LA PRISE DE SATNT-JEAN D'ACRE
) décenibTe, un régiment tare avait reçu Tordre de se mettre en marclie avec de Fartillerie. On euppoeait qu*il devait aller à la rencontre d^Ibrahim Paelia, dont on paraissait Icraindre un mouvement offensif^ probablement à cause du succès qu'il avait obtenu près de Damas. Cet engagement avait lait une grande sensation parmi les Turcs, qui tremblaient en-
re au seul nom d'Ibrabim-Pacha, et pouvait contribuer à émoraliser l'armée ottomane.
Le haut Liban était couvert de neiges. Dans la montagne, la misère était grande et le mécontentement extrême. Les feoutes sont infestées de voleurs et d'assassins. L^administrapon et les troupes turques sont d^nne apatbie dont ou ne peut be faire aucune idée. Le nouveau Prince du Liban se plaint ■mèrement de la faiblesse du gouvernement et menace de se démettre de ses fonctions. La confusion et la division régnent les Cbefs. Une réaction très prononcée se manifeste
ntre la nouvelle autorité. Tels sont, Monsieur le Ministre, renseignemens qui me sont donnés par M, le Consul du
oi à Beyrout, qui se maintient toujours dans de bons rap* [M>rts avec l'autorité turque.
Un afiî-eux ouragan avait obligé les batimens de guerre anglais à quitter les côtes de la Syrie- Le brîgantin le Zèbre s'était perdu dans la rade de Caïflfa. La corvette la Pique avait été ralée. Une corvette autricldenne avait été démâtée dans la rirîère de Beyrout. Quatorze batimens marchands étaient à la ^te« Nos batimens de guerre avaient tenu ferme sur leurs an-
Indépendamment de ces nouvelles, que j'ai trouvées dans i correspondance de MM, les Consuls du Roi en Syrie, qui veuent vien continuer à me les transmettre, quoique je n'aie plus lueune direction à leur donner^ et dont j'ai cru devoir vous irésenter l'extrait, j'en ai recueillî quelques autres par des voya-
urs qui étaient à bord du bâtiment grec qui les a apportées.
Ds m'ont dit qu'à Jérusalem, où ils ont été et qui est au
uvoir des Turcs, le règne des anciennes avanies si communes
autrefois et qui n'existaient plus sous Méhémet-AJi, avait rcconunencé, et que les religieux latins avaient déjà cominencé à en souffrir. Je m'y attendais. J'ai obtenu depuis plus de trois ans trop d'avantages de Méhémet Ali en faveur du culte catho- Uque-romain, pour qu'il n'y ait pas une réaction contre lui. Les Arméniens, qui sont riches et qui peuvent acheter les autorités turques, feront payer cher aux religieux latins le rétahUssement de la Chapelle de l'Ascension dans son état primitif et la destruction des bâtimens qu'ils y avaient élevés près de la Coupole. Les Grecs, contre lesquels j'ai eu à soutenir une guerre continue, ne pardonneront pas à ces reUgieux d'avoir obtenu un Ueu d'habitation et de prière dans le village de Beit-GiaUa, voisin de Bethléem, qu'ils disent faussement leur appartenir^ et une foule d'autres concessions que Méhémet Ali m'accordait quand 0 était convaincu de la justice de mes demandes. Le Révérendissime Gardien du Saint^Sépulcre, qui était ici depuis près d'un mois et qui est retourné avant-hier à Jérusalem, est parti le cœur navré en songeant à la lutte qu'il va être obHgé de soutenir contre toutes les sectes reli* gieuses qui s'étayeront du nouvel état de choses pour chercher à opprimer les religieux latins. Il m'a prié instamment. Monsieur le Ministre, de vous recommander d'écrire à M. l'Ambassadeur du Roi a Constantinople de défendre lexirs intérêts cofltre toutes les intrigues.
Six à sept cents Anglais étaient à Saint- Jean d'Acre, et travaillaient à en relever les ruines • On y attendait encore de Malte des officiers d'artillerie et des canonniers. J'ai vu im officier polonais qui se trouvait dans la place au moment du siège. Il m'a dit qu'elle n'était pas fortifiée du côté de la mer, de manière à pouvou- résister longtems, quand même le magasin à poudre n'aurait pas sauté. Les pierres employées et le ciment qui les Uait, se réduisaient en poudre à chaque coup de canon, La place n'a pas d'ailleurs été attaquée de face. Les hâtimens anglais s'étaient placés de chaque côté, vis-à-vis de ce cjue l'on appelle en termes de génie des angles morU^
NOUVELLES DTBRAHIM-PACHA. 159
qui ne pouvaient leur faire aucun mal, et leurs feux <pii se croisaient, occasionnaient de grands désastres. La prise de Saint Jean-d^Acre, que les Anglais feront sonner bien haut, XL^est donc pas un fait d^armes très important par les difficultés qu^il a présentées. L^effet moral qu^elle a produit et le résultat qui Ta suivie, sont beaucoup plus significatif.
L^avenir fera voir si cette victoire a été utile à la Porte et au bien-être de la Syrie. Je ne le crois pas. On en est déjà assez embarrassé; car on ne sait déjà pluB que faire contre des populations anarchiques, qui ne demandent qu^à vivre de pillages, qui supportent avec peine le joug d^une autorité régulière, et que la Porte pourra difficilement gouverner.
Je suis avec respect. Monsieur le Ministre, etc.
COGHELET.
Cornspondanee poUtiqae, Egypte, XI, fo« 278-281.
57. — IL Vaitier de Bourville à Son Excellence Monsieiir le Ifinistre et Secrétaire d'&tat au Département des Affaires Strangères, à Paris.
SamCAiBB: NouveDes contradictoires an tnjet d'Ibrahim-Pacha : il serait encore aux environs de Damas avec près de 40.000 hommes en fort bon état. — Troupes envoyées d*Égypte à sa rencontre pour soutenir sa retraite. — Désordre universel parmi les populations de la Syrie qui ne veulent pas plus du Sultan que du Pacha d*Êgypte. — La route de Suez est toujours infestée par les Arabes du désert. — La viDe est toujours fort tranquille.
Caire, le 23 décembre 1840.
Monsieur le Ministre,
Malgré les dispositions prises pour la réception d^Ibrahim Pacha, ce généralissime n'arrive point, et si les renseignements que y ai pu obtenir d'un employé au Ministère de la guerre sont exacts, il serait encore en Syrie; on dit qu'il a pris position avec
son armée dans la plaine qui s^étend de I^Anti- Liban à Damas. On ajoute que ses forces, évaluées à 40-000 hommes, ont victorieusement repoussé une attaque des montagnards.
Une lettre écrite par un Français attaché à l'école de cavalerie que Fon a demièrement fait partir pour El-Arich et Gaza, annonce que le colonel Varin Bey avec ses cavaUers se mettait en route pour Jaffa afin d'aller, dit-on, à la rencontre des troupes d'Ibrahim Pacha. D'après cette lettre aussi, il lui resterait de 36 à 40.000 hommes de troupes régulières en très bon état. On ajoute que Soliman Pacha (le Colonel Sèves), Âlunet Menekli Pacha, et Cherif Pacha sont avec le généralissime égyptien.
Au dire de la même lettre, le désordre est dans toutes les populations de la Syrie qui ne veulent pas plus du Sultan que de Méhémet-Ali. Les Bédoiiins de Nablous pillent et assassinent sans distinction, et les routes ne sont praticables qu'avec des forces majeures; de son côté Ibrahim Pacha se serait vu dam la dure nécessité de tout permettre à ses soldats pour se les attacher et leur laisser procurer des vivres qu'il ne pouvait plus leur fournir.
D'ici, on voit partir fréquemment des caravanes d'approvisionnements que Ton dirige sur El-Arich; il règne surtout une grande activité dans les travaux de boulangerie.
La route de Suez continue à être infestée par les Arabes du désert. Un Français au service d'un hôtel anglais a été dépouillé. Une escorte est donnée pour la valise et les voyageurs des Indes qui partent ce soir ou demain matin,
La viUe est toujours fort tranquille. L'officier sup^eur de la garde nationale dont j'ai annoncé l'incarcération a été . acquitté et rendu à la liberté.
Je suis avec respect. Monsieur le Ministre, etc.
VaTTIER de BoURVIIâLE.
CoireupontiaTice politique. Egypte, Xï, f«* 282-283.
Toutes les troupes égyptiennes étaient revenues de TArabie. On peut évaluer à 10 mille hommes le nombre de celles qui se trouvent maintenant en marche et au Caire.
COGHELET.
CSorrespondance politique, Egypte, XI, î^ 284.
59. — De M. Gallice à llbiisieiir le Maréchal, Due de Dalmatie, Hinistre de la Ouerre, et Président du CkuMfl des Ministres.
Sommaire: Continuation des travaux de fortiûcation et d*armement. — Pjnijets divers soumis au Vice-roi: un canal entre le lac Maréotis et la mer, comme fl fuit au temps des Grecs ou des Romains; restes de maçonnerie. — D oontribosnit I assurer la défense d* Alexandrie par de larges nappes d'inondation. — Si Gallice doit demeurer quelque temps en Egypte, il demande qu*on lui envoie un on deux jeunes officiers. — Sans faire de politique, il doit dire que la moitié des canooi ci batterie aurait suffi à détruire tous les vaisseaux de rAngleteire si les Aa|^ avaient risqué une attaque ou un bombardement. — Mais aussi il faudrait réivganiser ou même remplacer les troupes égyptiennes cbargées de cette défense. C« on a recruté n'importe qui. — Les mauvais conseillers et favoris du Vice-roi; nécontentement des meilleurs officiers. — Les mauvais conseillers du Vice-roi s'efforcent de jeter le blâme sur la France. — Ils craignent aussi le prochain retour d'Ibrahim, qui marquera la fin de leur crédit. — On peut s'attendro à ce momsit à de graves événements, peut-être même à une reprise d'hostilité. — Le Viee-ni a demandé à Gallice de parcourir toutes les côtes pour en inspecter et organiser tooi les moyens de défense; il lui manifeste toujours la plus grande confiance. — Détails techniques sur la prise de Saint Jean d'Acre. — La situation ne serait pai du tout la même à Alexandrie. — Fléaux de toute espèce abattus désormais soi la Syrie. — Si l'argent qu'on y a dépensé eût été prêté au pacha, il aurait ouvert un canal de navigation à travers l'isthme de Suez, dont toutes les nations et sortout l'Angleterre, auraient profité.
Alexandrie, le 24 décembre 1840.
Monsieur le Maréchal,
En attendant les instructions que j'ai rédamées à différentes reprises pour savoir ce cpie j'aurai à faire au milieu des graves événemens qui peuvent surgir d'un moment à Pautie, j'ai l'honneur de vous exposer que le Pacha fait continuer les travaux de fortifications et d'armement, tout comme pen-