FORTIFICATION D*ALEXANDRIE
dant la faible et triste lutte que ses armes ont soutenue en Syrie; ainsi les projets dont j^avais reconnu Tutilité, sont, ou exécutés, ou en train «Inexécution, mais avec une lenteur désespérante. D'après ses ordres, je m'occupe depuis 4 jours de la rédaction d'un projet mixte, dont je lui ai donné l'idée il y a environ deux mois, et qui consisterait à rétablir un ancien fossé à travers la langue de terre, entre le lac Maréotis et la mer; il en résulterait deux grands avantages; l'un, de rendre à Fagriculture plus de 40 lieues carrées de surface, sur laquelle, avant la destruction de la digue d'Aboukir par les Anglais, il existait, dit ou, une soixantaine de vUlages; et l'autre d'augmenter considérablement les moyens de résistance contre une attaque par terre venant de l'Ouest.
Ce canal creusé dans le roc sous l'empire des Grecs, ou plutôt sous celui des Romains, si on en juge par des restes de maçonnerie encore existant sur ses bords, a 1168 mètres de long sur 20 de large, et n'exige qu'un déblais de 46,720 mètres cubes de terre à 3 relais, pour lui rendre ses anciennes propriétés, c'est-à-dire les deux avantages que je viens d'énoncer et en outre celui de pouvoir à volonté tendre une immense inondation qui se répandant dans le lac Madich, rendrait Alexandrie à peu près inattaquable dans toute l'étendue de cette inondation, sans que, comme il y a 40 ans, des flottiUes ennemies puissent s'en emparer. Mais ce projet pour lequel 3 ou 2 écluses de 1™ 50 au plus de bauteur seraient nécessaires, ne peut être définitivement arrêté, que lorsque je comiaîtrai le maximum de bauteur des eaux du lac Maréotis^ maximum qui n'aura lieu que vers la fin de février, d'après ce qu'on m'a assuré.
I Si mon séjour ici devait se prolonger, je réclamerais instamment un ou deux jeunes officiers du génie et deux fois autant de gardes; cette demande serait fondée sur l'inexpérience, l'ignorance et l'apathie des bommes que le pacha m'a adjoints. On croirait difficilement en Europe qu'il n'existe pas un seul ou Égyptien aux ordres du Pacha, même parmi ceux
qui ont été élevés comme les Européens, capable de faire m nivellement à plusieurs stations, et pourtant c'est Texactc vérité. Il est facile d'après cela de conclure les difficnltés que je rencontre à chaque pas: elles sont telles que sauB les aides dont je viens de parler, ma santé quelque forte qu'elle soit ne pourrait bientôt pliis y suffire, surtout si on considère que quand j^ai marché deux à trois heures mon pied droit devient douloureux à Fendroit où le tendon d'AchiUe a été rompu.
Je me renfermerai toujours dans ma spécialité, et j'éviterai autant qu'il dépendra de moi de parler poUtique, cependant, lorsque sur ma route, sans les chercher, je rencontrerai des faits que je croirai utiles à la France, je m'empresserai de le« faire connaître, principalement ceux qui se rattachent di^e^ tement à la défense de FËgypte; comme, par exemple, les suivants:
Vous savez, Monsieur le Maréchal, que lorsque, dernièrement les Anglais à deux reprises différentes sont venus fof cer la main au Pacha, ils ont tiré leurs principaux argumens de ce que, disaient-ils, les moyens matériels de défense de ce dernier étaient mauvais, tandis qu'Us représentaient lee leurs comme irrésistibles, et en outre de ce que les troupes dw Pacha ne voudraient pas se battre. Quant au 1% je répéterai ce que déjà j'ai eu l'honneur de dire dans mes rapport» antérieurs, savoir que la moitié des canons qui sont en batt^ rie suffirait pour détruire tous les vaisseaux de l'Angleterre: quant au personnel, il est certain qu'il renferme beaucoup d'élémens nuisibles, tels sont les enfans de 12 à 15 ans, la garde nationale, et ceux qui pour ne pas servir se sont mutilé les mains et l'œil droit, les matelots de la flotte turque, atc« etc., auxquels le Pacha mal conBeiUé, et au détriment de ses finances, a donné bon gré mal gré des fusils, croyant i{uc cela suffisait pour avoir des ^aidais, ou peut-être pour en im* poser par le nombre; toujours est-il qu'il croyait augmenter sa puissance tandis qu'il n'a fait que donner à la trahison les
moyens les plus actifs pour paralyser la bonne volonté de ses vieux soldats: il paraît démontré que si ces derniers formaient des corps à part, ils se battraient parfaitement et seraient assez nombreux pour donner Ueu à une armée de 45 à 50 mille hommes, sans compter tes 30 à 35 mille hommes éprouvés qm sont encore à Damas sous les ordres d^Ibrabim*Pacha. Il est évident qu^il n'y aurait pas de puissance européenne disposée à faire l'enjeu nécessaire pour attaquer l'Egypte défendue par une armée de 75 à 85 mille hommes, d^ailleurs ^ien pourvue de tous les accessoires*
P C^est donc à la réorganisation de son arnxée que le Pacha aurait dû procéder, depuis qu'il a consenti à évacuer la Syrie; au lieu de cela, qu'a-t-on fait?
tOn a supprimé la circulation de la monnaie turque qui, à use de la facilité qu'elle présente pour les ménages, est en grande partie entre les mains des pauvres et des soldats qui généralement sont mariés.
■ On a ramassé, de force, tous les domestiques mâles qui sont tort nombreux ici, pour les incorporer dans l'armée.
Vous jugez, Monsieur le Maréchal, combien des mesures de cette nature, que la trahison seule a pu inventer, étaient dangereuses au milieu des circonstances politiques actuelles! Aussi le sang aurait-il coulé et peut-être que le Pacha serait maintenant détrôné, si, informé à temps, il ne s^était hâté de les rapporter* Telle est ropinion de plusieurs personnes,
rrviteurs sincèrement dévoués à sa fortune. Par mes fonctions je suis en relation avec des hommes de tou8 les étages (je ne dis pas classe, car ici il n'y a que des esclaves; les uns travaillent la terre, fournissent des recrues et des alimens aux armées, et les autres, généralement turcs, ont des titres qui leur donnent le droit, malgré leur ignorance profonde, de commander les premiers, soit civilement, soit militairement selon la volonté du Pacha ou de ses conseillers) ce qui m'a mis à même de juger qu'il s'opère ime forte réaction en faveur de la guerre dans l'hypothèse surtout oii la famiUe
du Pacha ne serait pas reconnue héréditaire du Pachalid[ d'Egypte. Voici sur quoi je me fonde:
Depuis fort longtemps le Pacha ne consulte que de vieux Turcs, tels que ses anciens sais, porte-pipes, mignons, etc., ou d^anciens négocians grecs, italiens, arméniens, ou encoie de vieux drogmans, qui, les uns et les autres, ont fait d% normes fortunes au détriment des fellahs: un porte-pipe, qui, dit-on, est le type de Pignorance et de la stupide gravité turque, touche annuellement mille bourses ou cent vingt cinq mille francs.
En procédant ainsi, le Pacha a excité la jalousie des chefr de Parmée et de la flotte contre son conseil, et aujourdlmi h plus grande partie de ces chefe sont ou paraissent indignés de ce que les conseillers du Pacha ont mis en doute h bravoure et le dévouement des soldats et des marJUB ^yptieos. Ils regrettent donc que le Pacha n^ait pas persisté à avoir confiance dans ses armées.
De cet état des esprits, il résulte deux choses: les conseillers du Pacha disent beaucoup de mal de la France, qaHs accusent de tous les maux du gouvernement égyptien, afin qu'on ne les en rende pas responsables eux-mêmes, et sont loin d'être fâchés que Péloignement d'Ibrahim se prolonge: ils retarderaient même son arrivée s'ils le pouvaient, paioe qu'ils sont persuadés qu'à partir de ce moment, leur règne serait fini; ils sentent si bien cela qu'ils éloignent de Son Altesse tous ceux qu'ils soupçonnent avoir quelque énergie pour parler avec franchise en sa présence d'un sujet anm scabreux pour eux. En cela ils sont dans l'erreur; leurs antagonistes sont trop façonnés aux chahies qu'ils partent et ont trop de confiance dans la fatalité pour essayer de rétabUr les affaires de leur mattre, sans y être directement appeDés par lui et celui-ci, par un aveu^ement inconcevable, ne les appellera pas, dit-on, dans ses conseils tant quibrabim, son fils, ne lui aura pas ouvert les yeux; ainsi la poKtique actuelle sera continuée jusque-là.