‹ L'Égypte et l'Europe; la crise de 1839-1841;Chapitre 65 sur 189 · LA DËFENSE D'ALEXANDRIE. IM · texte numérisé non relu

LA DËFENSE D'ALEXANDRIE. IM

Si, dans tout ce que je viene d'exprimer, Moneieiir le Maréchal, il est quelques faits qui puissent être utiles à la France, Je me féliciterai de vous les avoir fait connaître; dans l'hypothèse contraire, je vous supplierais de ne songer qu^au sentiment qui a dirigé ma plume.

■ Je croyais terminer ici ma lettre, le départ du paquelot qui n^aura lieu que demain me permet de joindre quelques réflexions à ce qui précède.

Le Pacha paraît être toujours dans Pintention de me faire parcourir les côtes d^Égypte pour en assurer la défense; il m'en a encore parlé dernièrement; je vois cependant qu'il a quelques motifs pour retarder mon départ; craint-il qu'on ne lui laisse pas assez de Uberté pour terminer une opération de cette importance. C'est ce que j'ignore; toujours est-il que malgré le dire contraire de ses intimes, qui considèrent Fargent dépensé en fortification comme perdu, il regrette beaucoup de n'avoir pas depuis plusieurs années travaillé sérieusement à la défense. Il voit aujourd'hui que les ^ands sabres et les bayonnettes seules ne suffisent pas pour donner aux empires une consistance suffisante.

Je suis toujours sur un très bon pied auprès de lui, et je crois que, surtout comme envoyé du Ministre de la Guerre français, j'exercerais sur lui une certaine influence si les cir^constances le lui permettaient. Dans le temps, il m'avait consulté sur les causes qui avaient pu amener aussi rapide^ ment la chute de Saint- Jean d^Acre, chute qui, exploitée dans l'intérêt anglais par la peur et la trahison, a imprimé une si fâcheuse direction aux afi'aires de l'Egypte. Je savais seulement alors que la flotte s'était embossée à 4 ou 600 mètres de la place, et je concluais d'après un mauvais croquis fait de mémoire, savoir:

que les Anglais avaient placé leurs vaisseaux dans deux angles noiorts que présentait la défense, l'un au aud et Tautre an nord du Cap;

kque de là ils avaient pu presque sans danger battre en

brèche les remparts formés probablement de matériaux fort mauvais, les renverser en peu de temps et mettre à découvert les défenseurs, à moins que, comme je fesais ici pour le fort du Phare, on n'eût eu la précaution de s'approvisionner d'un grand nombre de sacs remplis de terre, pour reformer le*» parapets à mesure qu'ils croulaient;

qu'après Texplosion du magasin (explosion dont la cause m^était inconnue) qui avait détruit un tiers des défenseurs, la garnison, dépourvue de poudre, s'était vue dans la nécessité d'évacuer la place;

et enfin qu'on pouvait inférer de tout cela que la moitié au moins des soldats s'était bravement comportée, puisqu'à travers mille dangers ils avaient obéi et suivi leurs che6 et que par conséquent la défection n'était pas générale comme on le prétendait.

J'établissais aussi que rien de ce qui était arrivé à Acre n^était à craindre pour Alexandrie, parce qu'ici tous les parapets, sauf ceux du Phare, étaient en terre, que les poudres étaient dans 20 magasins à l'épreuve, etc*, etc., qu'on exaltait outre mesure la puissance des canons anglais; j'affirmais enfin sur ma tête, que, grâce aux moyens immenses de défense dont disposait son Altesse, Alexandrie ne serait pas sérieusement bombardé, à moins que l'amiral Stopford n'eût perdu la sierme. Je n'ai pas été cru alors, mes rapports écrits et de vive voix ont été regardés comme non avenus, et voilà qu'aujourd'hui, uu officier polonak et un chirurgien qui lésaient partie de la garnison d'Acre, ont répété au Pacha, à peu près mot pour mot, tout ce que je viens d'avoir l'honneur d*expo8er à Monsieur le Maréchal. Ce n'est point par vanité que je suis entré dans ces détails; car il n^est pas de militaire un peu exercé qui n'eût conclu comme moi; mais bien pour démontrer que si les Anglais sont maîtres du httoral syrien^ ce nVst pas parce qu'ils ont remporté de grandes victoires dues à de grands efforts de génie et de bravoure de leur part; mais bien parce qu'il a manqué au Pacha quelques hommes

60. ~ Le Harëchal Duc de Dalmatîe, Frësîdeât du Consefl, Ministre Secrétaire d'Etat de la Ouerre à Mûosieiir le Mimitre des Affaires Etrangères, à Paris.

SomiAiRE; La présence du conuitandaiit Gallice est-elle encore utile en Egypte? — » Qnant & ses &ai9 et émolunietits, îls doivent lans doute être à la charge du Vioe-roL — Le Mimstre des affaires étrangères est d^nn avis différent; il faut demander à M^ Coclielet sj la présence du Commandant est encore utile: et, en ce cas, il serait impossible de mettre les frais de sa mission à la charge du Vice-roi.

Paris, le 24 décembre 1840.

Monsieur et cher Collègue, MÊ

Tai riioiiiieiir de voub transmettre en communication une lettre qui m'a été écrite, sous la date dn 27 novembre dernier, par M. Gallice, lieutenant-colonel du Génie, en misBion à Alexandrie.

Dans Fétat actuel des affaires à Alexandrie, la présence de cet officier supérieur ne me parait plus y être aussi nécessaire que par le passé, et il pourrait, peut-être, revenir en France sans inconvénient* Toutefois, avant de lui en donner rordre, j'ai cru devoir vous communiquer les observations de M. Gallice, et vous prier de me faire connaître si, dans l'intérêt politique, vous pensez qu'il doive encore séjourner à Alexandrie, attendu que, dans ce cas, je ne mettrais aucun empêchement à ce qu'il continuât à y remplir la mission qu'il avait acceptée.

Quant aux dépenses que M. GaUice a faites, et dont il demande le remboursement, il vous paraîtra sans doute naturel, comme à moi, Monmeiu et cher CoUègue, qu'elles restent à la charge du Vice-roi, et que les démarches nécessaires pour atteindre ce but soient faites par le Consul de France à Alexandrie, auquel vous voudriez bien, dès lors, donner des instructions conformes*

Dès que vous m'aurez fait connaître la suite que vous jugerez convenable de donner au contenu de la présente dépèche j'adresserai à M. Gallice les diverses instructions qui devront en être la conséquence.

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