‹ L'Égypte et l'Europe; la crise de 1839-1841;Chapitre 67 sur 189 · L'ETAT D'ESPRIT DE MOHAMED-ALY · texte numérisé non relu

L'ETAT D'ESPRIT DE MOHAMED-ALY

ver. Il recevait des avis de Constantinople au nioment où les nouvelles de la Syrie venaient de lui parvenir. Celles-ci lui montrent que la situation d'IbraBdm-Pacha n'est pas désespérée comme on Tavait cru, qu^il est encore à la tête de 70 mille hommes et qu'enfin xme réaction très prononcée 8*est opérée dans les esprits en Syrie. Il apprenait aussi que toutes ses troupes étaient revenues de FArabie et se trouvaient sur le sol égyptien. Il est entouré d'un grand nombre de Faclias qu'il ne sait plus comment employer et qui murmurent de ce qu'il a fait, sans combattre, autant de concessions. Le moment a donc paru favorable à Méhémet-Ali pour relever un peu la tête et jeter dans la conversation quelques-unes des anciennes phrases qu'il débitait avec tant d^emphase, avant que les circonstances lui eussent montré le mauvais vouloir de son armée et du peuple qu'il gouverne: « Je ne me laisserai pas imposer des lois honteuses. Je ne m^ abaisserai pas da* vantage. Je préfère mourir les armes à la main, etc. ».

Ayant appris que Méhémet-Ali reommençait à tenir son langage belliqueux, et voulant juger moi-même de la portée de ses paroles, je me rendis hier au SéraiL Je le trouvai d'abord assez calme. Je vis ensuite qu'en parlant de ce qui se passait à Constantinople, son imagination se montait successivement, et enfin il dit positivement que si la Porte lui fesait des conditions trop dures, il commencerait par supplier Sa Hautesse de vouloir bien le traiter avec faveur, mais que, dans le cas où on voudrait l'humilier, il était bien décidé à ne pas supporter le déshonneur; qu'il laisserait Ibrahim- Pacha libre de rester en Syrie ou d*en revenir, et que, quant à lui, il se défendrait avec les forces qu'il avait en Egypte.

Je gardai quelque temps le silence, Monsieur le Ministre, afin de montrer bien positivement à Méhémet-Ali que j'avais peu de confiance dans la résistance qu'il pourrait faire, et je linis par lui dire que, puisqu'il ne pouvait pas compter sur Farmée et le peuple, il fallait, par tous les moyens possibles^ chercher à capter la bienveillance du Sultan, en affectant de

gouverner l'Egypte à son compte et en son nom, en obéissant ponctiieUement à ses ordres et en se soumettant à la néces* site du moment, sauf ensuite à laisser au temps, aux réactions dans les personnes et dans les choses à Constantinople, le soin de raffermir et d'améliorer sa position.

Il m'en a coûté, je l'avoue. Monsieur le Ministre, après tout ce qui s'est passé depiiis trois ans entre moi et Méhémet-Ali, de lui tenir un tel langage, lorsque Lord Ponsonby le poursuit de sa haine et de sa vengeance; mais j'ai dû rompre le silenœ que j^avais gardé depuis quelque tems dans mes relations avec lui, au moment où on pourrait craindre de le voir entier dans une nouveUe voie de résistance. Je l'ai dû aussi pour donner à la poUtique de l'Orient un nouveau gage de cet esprit de paix et de modération qui a toujours dicté mes paroles et dirigé mes actions. J'ai peine à croire cependant, que la Porte et les Puissances alliées, au point oii les négociations sont arrivées, aient l'intention d'exaspérer Méhémet-Ali, en lui accordant d'une manière illusoire l'hérédité de l'Egypte, en le considérant comme un simple Pacha gouverneur civil d'une province, en limitant, de la manière la plus restreinte, ses forces de terre et de mer, et en lui ôtant le pouvoir de faiw des règlemens d'administration intérieure. Je ne le pense pa§. L'Angleterre, qui a tout dirigé, dans ces derniers temps, est trop engagée par les déclarations de Lord Pahnerston, par la convention Napier, par les négociations de Famiral Stopford, pour revenir sur ce qui est fait. L'opinion serait unanime en Europe pour la hlâmer.

Dans l'incertitude où l'on est encore ici sur ce qui sera décidé à Constantinople, j'ai cru devoir m'empresser de vcms rendre compte, Monsieur le Ministre, de la première impredsion produite sur Méhémat-Ali, par les avis qui sont arrivés, des dispositions peu favorables de la Porte à son égard, afin de vous tenir en garde contre la réaction que celles-ci pour* raient amener en Egypte, Je ne pense pas, cependant, qu^elle puisse être sérieuse. Méhémet-AH me paratt, malheureuse*

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