TER 184L
L*Ambassade de France, bien qu'elle ait été constamnxent tenue au courant de ces pourparlers par Fambassadeur d' Autriche, et les ministres de Russie et de Prusse, n'y est pa& intervenue officiellement; il nous a paru qae cette attitudesréservée, en nous maintenant libres de tout engagement^ avait le double avantage d'être plus conforme à nôtresdignité et de nous donner plus de moyens d'exercer pa^ des voies efficaces, bien qu'indirectes, une influence favorable au Vice -roi.
Dans cet état de choses, je conçois parfaitement le mécontentement que doit éprouver Méhémet Ali des tergiversation de la Porte et de ses hésitationg peu bienveillantes; maig je crois que lorsqu'elles auront enfin cédé, sur la question capitale de l'hérédité, à raction des conseils de l'Europe, il aurait tort de s'attacher trop opiniâtrement à quelques points secondaires, à quelques incidents de forme dans lesquels la Porte pourra chercher une satisfaction de vanité. Il serait surtout bien fâcheux que, puisant une confiance exagérée dans Faspect un peu plus favorable que semble présenter en ce moment, tant en Syrie qu'en Egypte, sa situation militaire, il voulût revenir sur les conditions auxquelles il s'est soumis. Sans doute, cette amélioration, si elle doit se soutenir, aura un bon côté. Un arrangement conclu sous de tels auspices lui laissera, quelles qu'en soient les bases, une force morale bien supérieure à celle qu'il eût puisée dans ce même arrangement, signé par lui alors qu'il semblait hors d'état de rien contester. Cet avantage est grand, mais poiur cette raison même, il faut s'empresser de le saisir, sans l'exposer, par d'imprudents retards et par des exigences déraisonnables ou seulement peu nécessaires, au hasard de quelqu'une de ces vicissitudes dont les affaires d'Orient ont depxiis quelques mois offert tant d'exemples. Je ne m'étendrai pas davantage sur une éventualité, bien peu vraisemblable d'ailleurs, puisquelle supposerait, de la part du Vice*roi, un degré d'impré* voyance et de témérité vraiment incroyable. J'ai voulu
MOHAMED-Ar.Y ET M. COCHELET.
seulement vous indiquer la nature des conseils que vous auriez à lui faire entendre dans les diflFérentes hypothèses qui pourra :Kit se présenter.
Hecevez, ete,
(l^^r^réspondance politique. Egypte, XIII, fo* 89-92*
'7. ~ M. Coehelet à Son Exeellence Monsieiif Cruizot KiBistre Secrétaire d^Etat des A&iies £traiigères«
> :MuàJM^: Mohamed Aly attend avec tranquillité le hattî-ftcltérir de l*héréd]té. -- H sait et il dit que, sani rintervention de la France, on aurait maiotenu
IM dédiêance. — U veut qu*oo laisse à la France tout le mérite deft avantages qui ont été obtenus. — L'intimité et la confiance sont rétablies entre le Vice^roi et Coehelet « — Mais on peut se demander quelle va être la conduite des autre» consuls généraux quand ils vont reveoir en Egypte. — D aurait été délicat de nommer de nouveaux titulaires dans des circonstances ausiii nouvellea. Le
Alexandrie, le 27 janvier 1841, Monsieur le Ministre,
I^c paquebot français est arrivé hier seulement et repart
amx^j ourd'hui. Il ne m'a apporté aucune nouvelle instruction
d^ A^otre Excellence sur les aflfaires de TOrient. Je n'ai rien,
n^oxm plus, à ajouter aux renseignemens contenus dans mes
Acîïirxuères lettres. J'ai vu hier Métémet-Ali, Il attend avec
V>^£i.ucoup de tranquillité le tatti-schéiif du Sultan qui doit
\iiî accorder Finvestiture héréditaire de TÊgypte- Il paraît
sa€:isfait de sa nouvelle position. Il m'a dit qu'il était persuadé
qti.^5, sans la France, ou aurait maintenu sa déchéance.
j'^i-i fortifié à cet égard sa conviction, et je l'ai engagé à la
faM^e passer daus l'esprit des membres de sa famille et de
c(ti.elques principaux fonctionnaires dout on m'avait rapporté
ie« propos tendant à nous représenter comme ayant trahi
^es intérêts. Il a paru fort peiné du reproche d'ingratitude que
27 JANVIER lfi4L
je leur fesais, et il m'a promis qu'il rectifierait les fausses idées qu'on pouvait avoir eues sur tout ce qui s'était passé, en ayant soiu de laisser à la France tout le mérite de son interven- . tion amicale.
L'intimité et la confiance sont rétablies entre moi et j Méhémet-Ali^ comme par le passé. Daus son intérêt, je cher — cherai à ce qu'elles n'excitent pas d'ombrage. On dit que le^ Consuls généraux d'Angleterre, d'Autriche et de Russie nt tarderont pas à revenir. Je leur laisserai !a joie du triomphe Un sentiment de délicatesse bien entendu aurait dû engage" leurs gouvernements à les remplacer, A des circonstances noi velles, il aurait fallu des hommes nouveaux. D y a maint^^ nant une mission de civilisation et de paix qu'il faut bie?^^ comprendre et pour laquelle on doit être animé des mêm^^^ sentimens dans l'intérêt du bien-être matériel du pays, poxtr la prospérité de l'agriculture et du commerce. J'espère q^^ les Consuls généraux qui reviendront, et qui n'ont pas été prendre congé de Méhémet-Ali quand ils sont partis, ne se considéreront pas comme des vainqueurs qui lui imposeroDt leurs volontés et même leurs caprices. Il y a un plus beau rôle à jouer. C'est celui de ramener tout le système actuel à des idées d'ordre, de morale et d'humanité. C'est celui de tendre à dissiper tous les nuages <jui existent encore entre la Porte et rÉgypte, à faire naître la confiance entre le Sultan et Méhémet-Ali, et à raffermir, s'U est encore possible, le vieil Empire ottoman, si ébranlé et si convoité.
Je suis avec respect. Monsieur le Ministre, etc.
COCHELET
F. S. — Je joins à cette dépêche la correspondance de Constantinople et de Smyme, en date des 8 et 18 Janvier, adressée à Tagent d'Ibrahim Pacha,
GofTÇftpondanee politique. Éçypte, XIII, l» 95-94,
tn
deux jours pour le Caire. L^officier anglais, après sa conversation avec Mehémet- Ali, s'est mis immédiatement à la poursuite du Commodore,
En attendant son retour, rirritation qui paraissait exister en Syrie entre les chefs des deux armées, peut avoir des canséquences très graves, et amener des hostilités ouvertes. Le général Jockmus, fidèle aux instructions qu'il a reçues de Coastantinople, et que j*aî eu rhonneur de vous faire connaître le 17 déccmJjre dernier, voudrait trouver roccasion d'acquérir un peu de gloire en coupant la retraite à une armée démoraliséf et peut-être affamée II paraît que, depuis la nouvelle que je vous ai donnée le 22 janvier, que cette armée avait dépassé Tibériade, elle avait été continuellement harcelée et assaillie par les habîtans On dit même qu'Ibrahim Pacha avait dâ exercer des représailles en saccageant Jéricho. Il était pfu éloigné de Caza, où était arrivé Achmet Mennicli Pacha avec 10 à 12 mille hommes, Eg)^ tiens et Syriens; mais sa position pourrait devenir très critique si les sommations des chefs de l'armée turque rempêchaient d'avancer, lorsqu'il est séparé de son avant-garde, sous le commandement de Soliman- Pacha, arrivé à Âkaba, et d'une partie de ses forces qui sont à Gaza, entouré d'ailleurs, comme il l'est, de populations hostiles et commandant enfin une armée qui ne cherche peut-être que l'occasion de déserter.
Ce qui est inconcevable, c'est que depuis que Méhémet-Ali s'est exécuté franchement, et surtout, qu'il a rendu la flotte turque, les ordres les plus précis n'aient pas été donnés par la Porte et surtout par les Amiraux anglais aux chefs de« troupes de débartjuement en Syrie, pour les obliger à laisser la retraite d'Ibrahim. Pacha s'effectuer tranquillement. On saura bien forcer Mébémet-Aii à rendre les S>TÎens quand ils seront arrivas en Egypte, et d'ailleurs, son intention n'est pas de les garder malgré eux au service mihtaire; mais il est certain qu'il est assez difficile d'opérer un licenciement lorsqu'une armée est en marche. Il faut espérer que l'incident
LES COm>ITIONS TURQUES,
inattendu qui vient de s'élever ne troublera pas l'état pacificpie des choses*
Je suis avec respect. Monsieur le Ministre, etc.
COCHELET
CdiresEHiïEid&iice politique. Egypte, XÏII, f®» 95-96.
79. — Copie d'une correspondance particulière de Constantiiiople en date du 28 janvier 1841*
Sommaire: E faudra voir les conditions que la Porte prétendra imposer à Mohanred Al y pour lui reconnaître Thé redite, — Lord Ponsonby fait tout aon possible pour fjue ces conditions soient dures, a£n de réduire à une simple forme Tinvesti" ture de 1 hérédité* — Il voit tous le« joum Reschid pacha. — Il trouve cpie sou gouvernement a commi» une grande faiblesse en recoEmaissant le traité Napier qui traite Mohamed Aly couime une Puissance indépendante et non comme un pacha rebelle. — La Porte peut réparer cette faiblesse dans les conditions qu'elle dictera au pacha vaincu, L'Angleterre sera obligée de soutenir le gouvernement ottoman pour garantir l'avenir, — La Russie et la France sont d'accord pour con trecarrer cette politique. — Diverses manifestations le prouvent, — On pense que Heschid pAclia sera bientôt renversé. — Il ne faut pas que Mohamed Aly se presse de céder; sa situa lion n'est pas si mauvaise; il faut qu'il garde tonte la force et toute la fidélité de son armée. — La guerre est possible pour le printemps. — La RuBsie et la France redoutent ensemble les entreprises de rAngleterre dans tout TOrient; elles soupçonnent des arrangements secret» entre lord Ponsonby et Reschid pacha. — ^ On ne croit pas que « la bombe tardera à éclater ».
Je vous ai écrit par le dernier bateau sous la date du 18 coturant. Je vous fesais connaître que Ton avait reçu la nouvelle officielle que le gouvernement anglais avait ratifié le traité du conunodore Napier, et que, malgré cette ratification, il ne fallait pas s'y fier. Aujourd'hui, je pense que vous devez être officiellement instruit de cette sanction de l'Angleterre, parce qu^en outre des nouvelles directes que le Viceroi aura reçues des quatre Puissances alliées, un bateau à vapeur du Gouvernement turc, qui est parti, il y a 8 jours^ pour Alexandrie, lui aura porté cette intéressante nouvelle.
Maintenant^ il faudra voir les conditions que la Porte lui
imposera après ravoir reconnu héréditaire, quelle somine eUe exigera de lui aonuelleineiit pour le tribut qu'il de\Ta payer, et de quelle manière eUe préteudja que FÉgypte soit gouvernée. Je vous dirai à cet égard cjue Lord Pousonby fait tout sud possible pour engager Reschid Pascha à imposer au Vice-roi les conditions suivantes:
La Porte devra expédier des Pachas pour commander les troupes; des Moubassils seront nommés pour percevoir les impôts; Fescadre égyptienne devra être remise au Sultan; le Vice-roi ne pourra plus construire des navires de guenc; tous les employés des administrations civile et militaire seront nommés par la Porte et le Vice-roi recevra une somme annuelle que la Forte fixera. En inculquant ces idées au Ministre turc» Lord Ponsonby n'a d'autre but que de réduire à tme simple forme rinvestiture de l'hérédité.
J'ignore si le Ministre anglais réussira. Mais ce qu'il y a de certain» c'est que joumeUement il a des entre\Ties avec Reschid Pacha et il fait appuyer ses démarches par Tinternonce d'Autriche, Voici ce que lui disait le Ministre anglais dans les trois dernières conférences qu'il a eues avec lui et en réponse aux plaintes que Reschid Pacha lui a faites relativement à la ratification par l'Angleterre du traité Napier.
a Votis vous plaignez par ce que je vous ai conseillé de protester contre le traité Napier. En vous donnant alors un pareil conseil, je le fesais dans le but de prouver au Pacha rebelle et à vos Alliés ainsi qu'à la France, que vous n'entendiez pas traiter avec Méhémet-Ali comme avec une Puissance indépendante, mais comme un maître envers son sujet. Aussi vous avez vu que, connaissant sa faiblesse, il s'est de nouveau sotimis aux intimations de l'Amiral Stopford parce qu'U a vu que pour peu qu'il eût voulu se tenir aux conditions de Napier, il était tout à fait anéanti. Si mon gouvernement a reconnu et ratifié le premier traité, c'est une grande erreur qu'il a commise, ou, pour mieux dire, il a montré une fai* blesse sans exemple. En vous exprimant ma manière d'envi-