IBRAHIM PACHA A GAZA
cette disgrâce. Chérif Pacha est un homme de beaucoup d'esprit et d'une haute capacité; il était justement considéré comme un des principaux soutiens du gouvernement égyptien.
La marche de Soliman-Pacha (le colonel Sèves) qui rentre par FAccaha et Suez, a été un peu ralentie autant par Fétat de sa santé que par les difficultés qu'il doit rencontrer dans le transport du nombreux matériel qu'il a avec lui .Le gros de l'artillerie composée de 220 pièces lui a été confié. On pense pourtant qu'il ne doit pas tarder à s'approcher du Caire,
Les nouvelles de Gaza du 23 janvier disent que Ahmed Pacha Menekli y était arrivé la veille avec huit régiments de cavalerie qui ont beaucoup souflfert par le mauvais état des routes et des privations de tout genre. Ils ont été pendant huit jours sans vivres et sans fourrage. Sélim Pacha était attendu à Caza avec cinq régiments d'infanterie, ainsi que Ahmed Pacha, de la garde, avec une colonne de même force.
Abbâs^Pacha, petit-fils de Méhémet-AU, et gouverneur actuel du Caire, vient de m^annoncer ce matin, dans ma visite à l'occasion du Courban Baîram^ qu'Ibrahim Pacha, le gêné* raliBsime, était positivement arrivé à Gaza le dimanche 31 janvier à cinq heures du soir. Il venait de l'apprendre, lui-même, par un dromadaire forcé qui a apporté aussi des dépêches, pour le grand Pacha, D'après mes renseignements, le généralissime doit avoir avec lui un corps composé de trois régimens d'infanterie et deux de câviderie de la garde.
L'armée naguères réunie à Damas était de 60.000 hommes; mais on ajoute qu'il ne faut pas s'attendre à en voir arriver au Caire plus de la moitié, tant il y a eu de désertions, et surtout de mortaUté par suite des privations et des rigueurs de la saison. Ces informations sont données par un Français, officier supérieur, en position d'être bien informé,
Ahmed-Pacha, neveu de S, A,, qui appelait, disait-on^ aon harem à Alexandrie, parce qu'il devait être nommé gouverneur de cette ville, est revenu prendre au Caire le Mini-
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Btère de la guerre; mais il est toujours questioii de son retour à Alexandrie. Je Tai vu aujourd'hui, pour la première foî«, à Foccasion de la fête. Il a été d^une extrême politesse, mais sa conversation me le fait croire bien au-dessous de sa position.
Il est toujours question aussi du voyage de Méhémet-AJi au Caire. Son petit -fils me disait que l'on saurait, sous peu, à quoi s'en tenir à ce sujet.
Un des pachas de la garde nationale (Osman Sennari) a été destitué^ ces jours^ci, par suite de concussion. Les exercices continuent^ mais avec moins d'activité. La ville est parfaitement tranquille et les solennités du Couxhan Baîram ont m Heu conmie d'usage.
Je suis avec respect, Monsieur le Ministre, etc,
Vattier de Bourville.
Goirrapondance politique. Egypte, XIII, f«* 106-107.
84. — U. Cochelet à Son E^icellence Monsieur Ouizot Ministrt des Affaires Etrangères.
SOMHAniE; Toatei li» craiiit«8 au iujet du retour de Tarmêe sont dissipées; on annonce Tartivêe d^Ibraluiii Pacha à Gaza; d'aiUeuro il a perdu tout le prestige militaiie qui était attaché à ion nom*. — Mohamed Âly est très satisfait de la conduite dv Commodore Napier, qui u*m pas cessé de chercher à aplanir toutes les difficiiltés. — n lui a donné à dîner et le comble de prévenances. — Le cominodore a des entretiens continuels avec Boghot bey. — Ce ne peut être qu'Hun jeu de la part de Mohamed Âly: U a trop de âneste et connaît titip bien ses intérêts pour se jeter entièrement dans le& bras de rAnglcterrc, — Il non» appartient d'y défendre aniÀ notre ancienne influence, qui est avantai^etise à la véritable indépendance àt rÉgypte.
Alexandrie, le 6 février 1841.
Monsieur le Ministre,
Les craintes qu'on pouvait éprouver sur le retour de Farmée égyptienne et d'Ibrahim-Pacha, diaprés les renseignements
MOHAMED AI.Y ET U ANGLETERRE- 23f
que j'ai eu !*hoimeur de vous donner le 27 janvier dernier, sont heureusement dissipées « Méhéniet-Ali a appris, le 2 de ce moÎ6^ qu'Ibrahim-Pacha était arrivé à Gaza avec une partie de son armée. On ne sait pas encore les pertes cjue celle-ci a éprouvées par la désertion, les maladies, le manque de vivivres et les attaques auxqueUes elle a été en butte; mais il parait qu'elles sont moins considérables qu'on pouvait le supposer. Un bateau à vapeur de Livoume, qui a été acheté par Méhémet-Ali et qui porte encore, pour la dernière fois, le pavillon toscan, a été expédié avec le Ministre de la Marine, à Gaza, pour être à la disposition d^Ibrahim -Pacha qui était, dit-on, malade. On ne pense pas que le généraUssime égyptien vienne maintenant à Alexandrie, On croit qu'il se rendra au Caire, en passant par Damiette, Sa contenance sera fort embarrassée en Egypte, car il y a perdu tout le prestige mi itaire attaché à son nom, et on ne peut attribuer qu'à lui seul la perte de la Syrie pour Méhémet Ali.
Le Commodore Napier, en apprenant les difficultés qui avaient été élevées pour la retraite de l'armée égyptienne, s'était empressé de revenir du Caire et allait partir lorsqu'on a appris Farrivée d'Ibrahim Pacha. Il paraît d'ailleurs que le Séraskier turc, Zacharia Pacha, avait interposé son autorité pour empêcher le général Jockmus d'exécuter îes ordres secrets qu'il pouvait avoir reçus,
Méhémet'Ali a su beaucoup de gré au commodore Napier de rempressement qu'il voulait mettre à aller aplanir les difficultés qui ont eu lieu. Il lui a donné un dîner où il y ava't aussi que ques officiers anglais et Boghos-Bey. Le pubhc a trouvé que Méhémet-Ali manquait de dignité en admettant à sa table, contre l'usage établi, des officiers d'un grade inférieur de la marine anglaise qui ont été la cause de ses revers, tandis qu'il n'a jamais accordé cet honneur à des marins d'une antre nation et même à presque tous les consuls généraux. Mais le V ce-roi, qui connaît l'orgueil britannique, veut le flatter par tous les moyens poss blés, afin de se concilier sa
bienveillance. Il a mis à la disposition du conunodore Napier son bateau à vapeur sur le Nil. Il le comble de prévenances, n y a entre cet officier supérieur et Boghos Bey des pourparlers continuels. Il est probable qu'on lui fait les plus grandes protestations de reconnaissance et qu'on lui donne Passurance que les intérêts anglais seront particulièrement prêtées.
Tout cela, cependant, ne peut être qu'un jeu de la part de Méhémet-Ali. Il a trop de finesse et connaît trop bien ses in* térêts pour se jeter entièrement dans les bras de PAni^eteiie Il m'a dit cependant, en riant, qu'on lui en donnait le conseil, et il m'a même cité un article à son adresse, en forme de lettre, qui est inséré dans le journal de Malte et qu'il suppose venir d'une source officielle. On l'engage dans cette lettre à être le vassal de l'Angleterre. A la manière dont Méhémet-Ali m'a parlé, j'ai b*en vu qu'il ne se souciait pas de suivre k conseil et que le vasselage de la France lui plairait plus que oehn de toute autre nation, car il sait parfaitement bien qa^il ne lui arrivera rien d'heureux que par nous. Cependant il est probable que l'Angleterre cherchera à gagner ses bonnes grâces pour en faire l'instrument de ses projets ultériems. De notre côté, nous devrions chercher à nous maintenir sor le terrain où nous étions sans exciter sa jalousie,»
Je suis avec respect. Monsieur le Ministre, etc.
COGHKLBT.
Coxretpondanee politique. Egypte, Xm, fo« 108-110.