‹ L'Egypte et l'EuropeChapitre 12 sur 85 · XL · texte numérisé non relu

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C'est une fausse proposition que le protestantisme est essentiellement le domaine des teutons, le catholicisme celui des latins. Il est vrai que Tespagne, le portugal, ritalie et à peu près la france , tous pays latins , sont catholiques; mais il y a ii5 millions de teutons catholiques en allemagne, en autriche, en suisse, en belgique (les flamands), en hollande; et les suisses romans sont, au contraire, protestants. Ajoutez que ces millions de teutons sont en général des catholiques plus croyants et plus fervents que beaucoup de millions d'italiens et de français ; et que les suisses romans sont devenus des calvinistes austères et rigides.

Cependant il ne suffit pas de consulter la répartition actuelle; il faut remonter à l'origine de la réformation. La réforme a été un mouvement général dans les pays soumis à l'église romaine, y compris les pays slaves, hongrois, finnois ou mixtes. Au seizième siècle il se produisit un mouvement révolutionnaire contre l'église, ses institutions et son culte; un mouvement qui de toutes les doctrines de l'église ne respecta bientôt que les dogmes fondamentaux touchant Dieu et l'homme établis par les anciens conciles^), qui substitua l'autorité de la bible à celle de l'église, et qui exalta la foi aux dépens des bonnes oeuvres. Ce mouvement s'est manifesté au sud comme au centre et au nord, dans les pays latins comme dans les pays teutons, slaves, hongrois, finnois. S'il a éclaté d'abord parmi les teutons — en saxe avec Luther , à Zurich en suisse avec Zwingli — il a obtenu le plus grand succès , non seulement dans les contrées allemandes intermédiaires entre la saxe et la suisse, mais dans les pays les plus éloignés ; par exemple au nord , en écosse , en Scandinavie et en finlande; au sud-ouest, dans le midi de la france; au

1) Y compris ati moins le quatrième concile, celui de Ghalcédoine (451).

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sud-est , en hongrie. Les causes de l'initiative et de l'accueil , du succès et de l'insuccès de la réforme sont multiples et compliquées; et il n'est pas aisé de se rendre compte de toutes les causes qui ont produit l'état d'équilibre établi depuis la fin du dix-septième siècle, après l'épuisement tant du mouvement réformiste que du mouvement contre-réformiste. Mais il est facile de voir que ce n'est ni la température, ni la race qui a décidé entre le catholicisme et le protestantisme. Evidemment, malgré l'universalité du mouvement, les populations n'ont pas été également disposées à la réception de la réforme, à la lutte, aux sacrifices, au martyre. De plus il faut attribuer une large part d'influence aux circonstances favorables et aux obstacles, à l'appui et à l'hostilité des princes, à l'assistance de l'autorité et de la force publique, et aux persécutions. En effet, c'est une grande erreur de croire que les persécutions religieuses sont impuissantes et ne font qu'attiser le feu intérieur et augmenter l'enthousiasme des individus et des masses. Cela peut être fort vrai pour les petites persécutions dirigées contre des gens de grande foi et de beaucoup d'entêtement. Mais la vertu des persécutions zélées et prolongées par le fer et par le feu , celle du système de la sainte inquisition, est malheureusement très grande. En revanche , il est difficile de s'exagérer l'importance du mouvement contre-réformiste et de l'activité étonnante de la société des jésuites. Seulement l'influence de ce mouvement a dû être faible ou nulle dans les pays où le progrès de la réforme a été rapide , où les luttes ne se sont pas prolongées, où la nouvelle religion fut bientôt officiellement organisée et nationalisée. Les jésuites pouvaient arriver trop tard, lors même qu'ils étaient appelés et favorisés par les princes. Partant de la péninsule ibérique et de l'italie , ils n'ont pu se répandre et travailler instantanément dans les contrées les plus

éloignées, où ils devaient étudier d'abord la langue, les moeurs et le caractère des habitants.

Les chrétiens de la péninsule ibérique, lutteurs séculaires contre les infidèles ^), toujours remplis de zèle pour la conversion des musulmans, des juifs et des païens d'outremer, devaient être les européens les moins disposés à s'associer à une révolution religieuse. Néanmoins la réforme est entrée en espagne et en portugal. En espagne il y aurait aujourd'hui au moins une petite minorité protestante, si la réforme n'y avait été exterminée par l'inquisition, la torture et le bûcher. En portugal l'inquisition fut assez forte pour arrêter la réforme ou pour en prévenir l'introduction. — En Italie beaucoup d'intérêts, même en dehors des états du pape, se rattachaient à la conservation de la papauté et de l'église romaine; et le scepticisme qui y dominait à cette époque , rendait l'italie moins disposée que les autres terres chrétiennes à accueillir un mouvement destructif par rapport à l'église mais inspiré par une foi vive et profonde. Malgré cela la réforme a pénétré en Italie , mais elle y a été étouffée par l'inquisition. — Le succès de la réforme fut très grand en france; dans le sud, plus latin, plus encore que dans le nord plus teuton. Paris, la capitale du nord, resta toujours une ville très catholique et l'adversaire implacable du calvinisme. Si les rois de france avaient embrassé cette religion, si les protestants n'avaient pas été persécutés dès l'origine, s'il n'y avait pas eu de Saint-Barthélémy précédée d'une ))Saint-Amboise", s'il n'y avait pas eu le duc de Guise, formateur de la Ligue, si dans les luttes prolongées la politique des chefs protestants avait été plus habile et celle de la cour moins habile, enfin si Henri IV avait su »règner sur la france" comme roi huguenot, sans abjurer une seconde fois son hérésie, le calvinisme y aurait pu

^) Le royaume de grenade n'a été conquis qu'en 1492.

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au moins rivaliser avec le catholicisme. — La réforme triompha dans les sept provinces unies qui surent conquérir leur indépendance; elle fut arrêtée puis exterminée dans les autres provinces des pays-bas par les persécutions et le régime de la terreur, par les armes et le despotisme du gouvernement espagnol. Sans Téloignement des sept provinces du centre et du siège du gouvernement (Bruxelles), sans la nature du terrain et Tinfériorité économique du pays, et surtout sans le prince Guillaume d'Orange- Nassau et ses fils, le nord aurait partagé le sort du sud, la hollande celui de sa soeur aînée , la flandre. — Si Zurich n'avait pas été battu , dans la bataille de Rappel en 1531 , par les cantons catholiques de Lucerne, Uri, Schwyz, Unterwalden et Zug, la réforme aurait triomphé probablement dans toute la suisse allemande. — Que serait-il arrivé si rélecteur Frédéric de Saxe, au lieu de protéger Luther , l'avait persécuté , et si son successeur Jean et quelques autres princes allemands avaient combattu la réforme au lieu de l'accepter et de l'introduire chez eux? — En revanche la réforme n'aurait-elle pu avoir un succès complet en allemagne, en bohème, en hongrie, si l'empereur Charles-Quint en avait embrassé la cause dès l'origine ? — Le triomphe de la réforme a été complet en angleterre et en écosse; mais dans les luttes religieuses la force matérielle du catholicisme n'y fut jamais formidable. Il est permis de croire , d'ailleurs , que sans Henri VIII , Elisabeth et Cromwell il y aurait aujourd'hui en angleterre une minorité catholique respectable. — La réforme a été absolument victorieuse en Scandinavie et en finlande; mais elle n'y a rencontré pas ou presque pas d'obstacles, et elle eut pour patrons le roi Gustave Wasa de suède et de finlande et les rois Frédéric I (1523) et Chrétien III (1536) de danemark et de norvège. Les sympathies catholiques des rois Jean III et Sigismond de suède furent tardives

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et impuissantes. Les jésuites, favorisés par Jean III, étaient arrivés trop tard.

Jj'europe moderne, considérée dans son ensemble, est donc essentiellement mixte au point de vue de la religion ^). Elle est protestante-catholique en même temps que iatino^ teutonlque. Mais ces deux distinctions sont parfaitement indépendantes Tune de l'autre *).

Le catholicisme et le protestantisme sont les deux religions de Teurope moderne, comme la religion romanochrétienne était celle de Teurope médiévale. D'abord , il n'y a en europe que des catholiques et des protestants ; ou n'y trouve ni bouddhistes, ni musulmans, ni chrétiens orien-

^) L'europe actuelle — composée des 5 grandes puissances européennes (allemagne, angleterre, autriche, france, italie), de la Scandinavie, de la hollande, de la belgique, de la suisse, de Tespagne et du portugal — compte UA ppu plus de 140 millions de catholiques et un peu plus de 70 millions de protestants. Les pays où la population est sérieusement mixte, sont Tallemagne, la hollande, la suisse, la hongrie et l'irlande. Proportion: des catholiques aux protestants, dans Pallemagne 1 à 1.74, dans la hoUaiide 1 .à 1.71, dans la suisse 1 à 1.45; des protestants aux catholiques, en hongrie 1 à 2.86, en irlande 1 à 3.31. En écosse et en angleterre les catholiques, dans Tautriche cisleithane et en france les protestants, ne forment que 4e faibles éléments de la population. Proportion: des catholiques aux protestants, en écosse 1 à 10, en angleterre 1 à 20; des protestants aux catholiques, en autriche 1 à 50, en france 1 à 60. Dans Titalie, Tespagne, le Portugal et la belgique avec le luxembourg le nombre des protestants eçt insignilUnt, dans les états Scandinaves celui des catholiques.

^ Y. la note précédente. Les pays où la population est décidément mixte sont la belgique et la suisse. II peut y avoir dans la belgique 3.300.000 teutons contre 2.200.000 wallons, en suisse 2 millions de teutons contre 800.000 roma/is. Mettons pour lallemagne et Tautriche 51 millions, pour les états Scandinaves, la hollande et le luxembourg 12.5 millions, pour la grande bretagne et Tirlande (déduction faite de 7 millions pour les celtes) S8 piUiops, pour le nord flamand de la france 1.5 millions de teutons; pour ritalie 28, Tespagne et le portugal 20.6, la france 35.5 millions, enfin pour l'autriche 600.000 latins. Gela fait ensemble 98.300.000 teutons et 87.700.000 latins. Si les celtes du royaume uni et les slaves, les hongrois, 16^9 ruthënes etc de l'autriche et de Tallemagne n'avaient pas été déduits, la différence aurait été plus gi'ande encore en faveur des teutons. — Ainsi la proportion des teutons aux latins dans Teurope actuelle est d'environ 1 à P.9t celle des pro|j9s^nts aux jcathoUques d environ 1 à 2.

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taux ^). Ensuite , il n'y a de catholiques et de protestants que dans i'europe et dans ses colonies ou possessions transocéaniques , y compris les pays émancipés*).

Le protestantisme est par rapport au catholicisme non seulement un schisme mais une hérésie formidable. Cependant il ne faut pas perdre de vue qu'il est sorti du sein de l'église catholique, et qu'il est absolument étranger à l'église grecque et aux autres communautés orientales. On peut comparer l'église catholique romaine et l'église grecque orthodoxe à deux soeurs qui se sont devenues étrangères après s'être séparées. L'église catholique et la religion protestante au contraire sont semblables à une mère et sa fille. La fille s'est révoltée contre l'autorité maternelle et s'est mise à suivre ses propres idées bien différentes de celles de sa mère. Il en est résulté des luttes opiniâtres et prolongées. Cependant la mère et la fille ont continué à habiter la même maison. Elles n'ont pas oublié le lien de parenté qui les unissait. Un modus vivendi^ ou même d'assez bons rapports se sont établis entre elles. — N'oublions pas que le protestantisme est né six siècles après la séparation réelle des églises de Rome et de Constantinople. Il a voulu retourner aux temps apostoliques et aux premiers siècles de l'église; mais il n'a eu rien à démêler avec l'église grecque orthodoxe. Il a beaucoup répudié et beaucoup conservé^) de ce qu'enseignait et

') Â Texception de trois iniJlioiiB de grecs dans les partie orientales de l'empire d'autriche, qui sont des annexes de Teurope latino-teutonique. Les juifs cosmopolites ne sont pas comptés.

^) Ces colonies et possessions en amériqae, en australie, en afriqne et dans l'extrême orient sont des annexes on ci-devant annexes de Teurope.

') Ainsi , ils conservèrent le dogme latin , non formulé par les premiers conciles — le second concile (de Ck>n8tantinople) n'ayant exprimé que la procession du père — et combattu à outrance par les grecs , depuis Photius (v. p. 28 ci-dessus), que le Saint-Esprit ne procède pas seulement du Père mais également du Fils (iilioque). Ce dogme peut paraître peu important aujourd'hui que même l'orthodoxie protestante condamne la prétention de définir exactement la nature incompréhensible de Dieu et de violer ainsi le premier

pratiquait l'église romaine dont il sortait ; et il faut ajouter qu'il a peu innové. Il s'est toujours considéré comme une ^réforme" du catholicisme, lequel à son tour regarda le protestantisme comme une ^hérésie catholique romaine". Le protestantisme est aux yeux des protestants la fille purifiée^ aux yeux des catholiques la fille dénaturée de l'église de Rome ; mais les uns et les autres ont dû reconnaître la maternité de cette église par rapport à toutes les sectes protestantes. Les catholiques disent des protestants : »ils ont été catholiques comme nous, et leur aveuglement cessant, ils rentreront dans le giron de l'église". De même les protestants disent des catholiques : »nous les avons précédés dans la voie de la réforme, ils n'ont qu'à suivre notre exemple; n'avons nous pas été catholiques comme eux?" incrédulité Le mouvcmcnt d'incrédulité^) qui s'est produit en europe européenne jygq^»^^ nos jours, cst commuu aux catholiques et aux

protestants, non moins qu'aux teutons et aux latins. Il faut bien distinguer le protestantisme de l'incrédulité. Le protestantisme est aussi positif que le catholicisme. Il ne substitue pas seulement l'autorité de la bible à celle de l'église, mais il impose une interprétation de la bible qui conserve l'ensemble dogmatique du christianisme his-

mystère de la foi chrétienne, mais à Tépoque de )a réforme on y aUachait le plus haut intérêt. En effet, la doctrine grecque, qui séparait le Fils du Saint-Esprit, en faisant émaner l'un et l'autre du Père créateur, conduisait à une singulière espèce de trithéisme, au système d'un dieu originaire et de deux dieux dérivés, ou en d'autres termes d'un père et de deux fils, frères entre eux. Suivant le dogme latin, le Saint-Esprit n'est pas séparé du Fils; il est simplement l'esprit de Dieu et par conséquent l'esprit du Père et du Fils. Le Fils et le Saint-Esprit cessent donc d'être frères, et les \ro\s personnes ^ indissolublement et ir\conce\Bh]emeni entrdaeées , cessent d'être des individus et ne sont plus que des modes d'existence (non de simples manifestations) de Dieu (Unterschiede im Wesen Gottes, comme on Ta exprimé nouvellement) inaccessibles à l'intelligence; de sorte que la trinité est subordonnée à l'unité, et que le monothéisme, arraché aux étreintes de la spéculation grecque, est sauvé. *) Unbelief, Unglaube.

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torique, enseigné par l'église romaine. L'incrédulité au contraire est dirigée contre Tautorité tant de la bible que de l'église et contre le fond môme de la religion chrétienne. Elle se résuma, au 16« et au 17» siècle, dans Vunir tarisme ^), qui nie la trinité, la divinité du christ et l'oeuvre de la rédemption ') , et qui touche à l'autorité de la sainte écriture. Au 18«»« et au 19™® siècle naquirent le naturoh /«me, qui n'admet rien de contraire aux lois de la nature, le rationalisme, qui n'admet rien de contraire à la raison, le déisme, qui n'admet plus que Dieu et la vie future, ou sous une autre forme , la religion naturelle , qui n'admet pas la révélation comme source de la religion , Vathéisme qui nie Dieu, la théologie moderne qui base sa critique négative sur les résultats de ses recherches historiques et scientifiques. — Pour démontrer que l'unitarisme n'est pas essentiellement teuton , il suffit de citer les noms de quelques pères de cette hérésie: l'espagnol Servet, les deux Socins, italiens. L'unitarisme fut un mouvemeîit général, comme le protestantisme; chassé de l'italie par l'inquisition, il réussit spécialement en pologne et parmi les magyars de la transylvanie ^). Les unitariens ne furent pas plus odieux aux catholiques qu'aux protestants, qui les persécutèrent cruellement en suisse, en allemagne, en angleterre. — Quant au naturalisme et au rationalisme, au déisme, à l'athéisme et à la théologie moderne, il est impossible de ne pas voir que ce sont des mouvements généraux en europe et surtout communs au monde catholique et au monde protestant. Voltaire a été un coryphée

^) Les aDabaptistes ne sortent pas du protestantisme; ils n'étaient que l'extrême gauche (comme on a dit) de la réforme primitive. En admettant Finspiration des croyants et le droit individuel d'interpréter l'écriture, ils n'ont pas dénié Tautorité biblique, et ils ont respecté l'ancien dogme chrétien. Ils n'étaient pas moins bibliolâtres que plus tard les méthodistes.

^ Ou mieux salvation: rachat, sacrifice expiatoire, satisfaction vicaire.

') Où vivent encore plus de 50.000 unitariens.

du rationalisme, et Tathéisme a eu le plus grand succès en france avant la révolution. Aujourd'hui Strauss, protestant allemand, et Renan, catholique breton et français, se donnent la main. L'incrédulité porte le même caractère dans les deux camps religieux. Il est possible que parmi les catholiques la distance qui sépare le croyant de l'incrédule absolu, soit plus vite franchie, et que le mouvement prenne souvent des allures moins scientifiques chez les catholiques que chez les protestants; mais on ne peut pas plus distinguer une incrédulité protestante et une incrédulité catholique, qu'une incrédulité italienne, plus sceptique, française, plus négative, allemande, plus philosophique, anglaise, plus positive. Les principes et les résultats négatifs sont partout les mêmes. Il est complètement inexact de quaUfier de Dsecond acte de la réforme" le mouvement incrédule du présent siècle. Les croyants, tant catholiques que protestants reconnaissent fort bien que les incrédules modernes ne sont pas des réformateurs plus avancés mais des adversaires communs, procédant indifféremment des deux camps et combattant également les deux confessions. Aussi la lutte contre l'ennemi commun les rapproche nécessairemept.

science euro- La sdeuce modcme , postérieure au moyen âge , s'émancipant graduellement et devenue indépendante de l'antiquité , est née et s'est développée simultanément dans toutes les parties du monde latino-teutonique , sans distinction de latinisme et de teutonisme, de catholicisme ou de protestantisme. Cette «science nouvelle", dont la méthode est essentiellement empirique et historique^ qui ne cesse d'augmenter rapidement la masse de ses connaissances et de ses applications, et qui, par l'apport à l'ignorance et à l'impuissance antérieures du genre humain, a déjà fait des progrès considérables en lui fournissant des notions moins inexactes sur le monde et sur l'homme et une do-

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mination plus étendue sur les forces de la nature et la surface du globe, cette science moderne est exclusivement européenne. C'est Tesprit de Teurope — distinct de Tesprit de l'antiquité, de celui de l'orient et de celui de Tertrême orient — qui l'anime. Elle s'étendra sans doute un jour à toute la terre vraiment habitable. Mais jusqu'à présent ses travailleurs n'ont été que des latino-teutons, soit en europe, soit au delà de l'océan. Son laboratoire principal est toujours le sol de l'europe; c'est depuis peu de temps seulement qu'elle a établi une grande succursale en amérique, aux états-unis.

Il n'y a pas de science allemande, anglaise, française etc. Dans le domaine de l'art, de la littérature et même de la philosophie il y a, au contraire, de grandes diversités nationales. Cependant une vie commune résulte 1® des éléments de latinisme et de teutonisme et du mélange de ces éléments, 2° de l'influence que les créations nationales ne cessent d'exercer les unes sur les autres. — Ainsi »rt européen il y a encore des musiques nationales, répondant aux caractères divers des populations et s'influençant réciproquement ^) ; mais quant à l'organisation fondamentale , aux instruments, aux méthodes, il y a depuis longtemps une musique européenne, où toutes les innovations se généralisent. Cette musique , profondément distincte de la musique arabe , persane , hindoue , chinoise etc. , est en même temps celle de tous les européens d'outremer. — Il n'y a pareillement en europe qu'une seule sculpture et une seule peinture, y compris tous les divers genres de dessin et de gravure. Les mouvements artistiques, les écoles, les tendances, les méthodes se généralisent; et sous ce rapport les diversités nationales s'évanouissent même plus ou moins. Il en est de même de l'architecture et de l'in-

^) Saaf l'influence supérieure d'une musique qui a rbégéoionie européenne; de la musique italienne autrefois, de i allemande aujourd'hui.

littërature dustrie artistique. — Grâce à la différence des langues, européenne j^^ littératures nationales résistent mieux et plus longtennps à l'uniformité ^ européenne. Mais l'ascendant des grands poètes et des grands prosateurs de toutes les nations de Teurope^) et l'influence des genres littéraires créés ou développés par les nations qui exerçaient l'hégémonie, n'en ont pas moins été énormes. Autrefois l'influence de l'italie et de l'espagne a été la plus forte, ensuite l'influence française a prévalu , en dernier lieu celle de l'angleterre et de l'allemagne est devenue puissante; sans que l'influence réciproque ait cessé de se faire sentir et de contribuer à produire une vie littéraire commune phaoBophie en europe et parmi les européens d'outremer. — On parle européenne tQuJQupg, et à bon droit, d'une philosophie française, anglaise, allemande, etc.; la philosophie moderne en effet est beaucoup moins internationale que celle du moyen âge. Cependant les écrits des grands philosophes*) sont lus à l'étranger, les idées se communiquent, les tendances se généralisent, une terminologie commune s'établit, et on peut écrire une histoire générale de la philosophie européenne moderne, société La communauté et l'influence réciproque ne se manieuïopéenne festent pas moius fortement dans le domaine de la société et du gouvernement. — A la formation , au moyen âge , des classes ou des états distincts et de leur séparation, à la naissance et au développement des villes avec leur autonomie, leurs libertés et leurs privilèges, succédèrent l'établissement du pouvoir dynastique 3) et de la monarchie limitée par les états ou absolue, l'avènement du tiers-état

^) Et depuis peu de temps, des états-unis d'amérique.

') Même Jes écrits des philosophes allemands depuis Kant, malgré la difficulté que les étrangers - les français et les anglais notamment - trouvent à en comprendre la phraséologie.

') Des rois, des seigneurs territoriaux (Landesherrn , dans l'empire germanique), des tyrans (dans les cités d'italie).

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ou de la bourgeoisie et le déclin de Taristocratie. L'ancien régime^ en résumé, succéda partout au moyen âge^ dont il retint partout une bonne dose. — Un mouvement nouveau surgit dans la seconde moitié ou vers la fin du siècle dernier. Il déclara la guerre au moyen âge et à Tancien régime, et se proposa de fonder une société où tous les hommes seraient parfaitement égaux et tout-à-fait libres; sauf la limitation indéfinie de cette liberté par la volonté souveraine du peuple , c.-à-d. par la loi et le gouvernement établis par la majorité. Ce mouvement éclata d'abord sous forme de révolution, en franco, où l'ancienne société était plus décrépite et plus vermoulue , et où le caractère national est plus explosif qu'ailleurs. Mais il était général et pouvait se produire et agir lentement et sans violence^). A la révolution muselée par l'empire et utilisée par la bourgeoisie succéda une réaction générale qui tâcha de restaurer le plus possible d'ancien régime et même de moyen âge. Bientôt l'esprit de 1789 réagit contre la restauration et se manifesta dans la petite révolution française de 1830 , dont l'influence se fit sentir dans toute l'europe. Il s'ensuivit un système de transaction entre l'ancien régime et les principes de 1789. La monarchie parlementaire^ qui ne conservait les anciennes formes que pour mieux donner tout le pouvoir à là bourgeoisie , à la classe des possesseurs non aristocratiques, notamment aux commerçants et industriels à la différence des propriétaires fonciers, fut le fruit de cette transaction. Elle fut généralement acceptée par les rois et les aristocrates, trop faibles pour résister. Elle fut rejetée par ou au nom de la classe des travailleurs non possesseurs, notamment par les ouvriers des villes. Un mouvement nouveau fut organisé en faveur de l'in-

*) G*e8t ce qui arriva toujours en angleterre. Sans la réaction produite par la révolution française les aidées de 1789" auraient pu faire des progrès moins lents dans ce pays.

fluencô politique et de la situation économique de cette classe ; et pour atteindre ce but on proposa de démolir non seulement leç restes de l'ancien régime mais toute la société existante et de construire un nouvel édifice social. Ce mouvement éclata à Paris dans la nouvelle révolution de 1848, laquelle fit en europe une impression beaucoup plus profonde que celle de 1830. Elle fut suivie en france et ailleurs d'une réaction qui fut victorieuse parce que la bourgeoisie s'y associa et seconda par son pouvoir moral la force armée des gouvernements. Mais bientôt la réaction s'affaiblit et le mouvement «radical" reprit sa marche. Après la chute du second empire français amenée par la guerre franco-allemande, cette marche devint plus ferme, plus rapide, plus audacieuse. — L'esprit révolutionnaire européen tond aujourd'hui à obtenir le suffrage vraiment universel des deux sexes, un gouvernement mandataire et toujours révocable, le juge-arbitre élu à temps et révocable, la décentralisation politique, des communes souveraines s'associant et contractant ensemble selon les besoins, l'impôt direct progressif sur le revenu ou sur le capital , l'abolition de la succession testamentaire et légale , la plus grande jouissance matérielle des masses avec l'abolition des inutilités coûteuses (scientifiques, artistiques et religieuses) , la démolition des trônes , des autels et des chaires, des palais, des églises et des monastères. Une réaction européenne contre cet esprit anti-autoritaire et niveleur, dissolvant et destructeur ne se manifeste pas encore. Dans le camp des riches et des débris de l'aristocratie on ne s'inquiète pas de l'avenir ou on ne veut pas trop s'en inquiéter. Dans celui des hommes instruits et pensants, on semble plongé dans une étrange léthargie.

En attendant, la bourgeoisie est partout au pouvoir. Elle l'est en france, malgré le suffrage universel; le parti radical et républicain proprement dit y ayant été réduit

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de nouveau à l'état d'opposition. Elle est même parvenue au pouvoir en angleterre, où elle s'appelle ,,le parti radical". Les chefs aristocratiques du parti whig n'y sont ministres, et M. Gladstone n'y domine, qu'en cédant à M. Bright et à M. Chamberlain. — La bourgeoisie est partout menacée par le peuple; mais au lieu de se mettre en état de défense contre ce puissant adversaire, elle aime mieux combattre les restes plus ou moins considérables mais impuissants, ou même les ombres et les souvenirs de l'ancienne aristocratie, titrée ou non titrée, simple ou souveraine. — 11 est vrai que l'étendue, l'importance et le caractère de la bourgeoisie varient beaucoup dans les divers états de l'europe, non moins que les éléments des classes aristocratiques et populaires. Les radicaux anglais par exemple se distinguent des libéraux du continent par leur antagonisme marqué contre la classe des propriétaires fonciers. Néanmoins toutes les bourgeoisies de l'europe ont le sentiment d'appartenir à la même classe sociale et forment pour ainsi dire un parti européen. Les libéraux (bourgeois) du continent révèrent et chérissent M. Gladstone non moins que les radicaux anglais, parce qu'ils le considèrent comme le grand chef et la gloire de leur classe. Si M. Gladstone acceptait une pairie et consentait à se faire appeler par exemple Lord Hawarden, il descendrait immédiatement, aux yeux des libéraux continentaux comme des radicaux anglais, au niveau de Lord Gran ville ou de Lord Hartington.

A côté du grand courant révolutionnaire il y a eu d'autres courants communs ou contagieux. Ainsi nous trouvons partout en europe les doctrines économiques opposées du libre échange et du protectionnisme, et les théories politiques opposées de l'extension et de la plus grande réduction des fonctions de l'état, celles de l'étatpolice et de l'état-justice. Nous trouvons partout le même

engouement pour les constitutions écrites, pour les garanties constitutionnelles et pour les doctrines parlementaires du roi qui règne et des ministres qui gouvernent, du conseil des ministres et du ministère homogène qui représente la majorité parlementaire, et qui est formé par un premier ministre appelé par le roi mais indiqué au roi par les votes parlementaires. Ces doctrines s'insinuent partout, même en dépit de la constitution écrite.

Remarquons encore parmi les traits distinctifs de Teurope actuelle une tendance générale à porter à l'excès, à exagérer, à convertir en abus beaucoup de choses qui sont bonnes ou qui au moins ne sont pas mauvaises en ellesmêmes. — Ainsi on est porté à trop réglementer, à trop administrer et à trop centraliser. — L'association qui multiplie les forces humaines , est poussée à l'excès en matière pécuniaire , philanthropique , charitable , morale , religieuse , scientifique. — On abuse des expositions , des concours et des congrès, des commémorations et des cadeaux. — Lâchante est multipliée à l'infini, mais elle est exercée sans discernement et de la part de ceux qui y font appel, d'une manière indiscrète, bruyante et vantarde. Pour chaque accident, chaque misère, chaque besoin on recueille au loin et de toutes les façons le plus d'argent possible. — Le grand mouvement scolaire tombe dans l'exagération. On enseigne trop; on fatigue les cerveaux des enfants et des jeunes gens de connaissances qu'ils ne peuvent digérer; on surcharge leur mémoire aux dépens de leur intelligence; on exploite leur réceptivité au détriment de leur productivité. On néglige, au profit de l'instruction encyclopédique et uniforme, le développement spécial conforme aux aptitudes personnelles. On abuse des examens, simples et comparatifs; et on éteint le désir de s'instruire en exigeant trop de savoir. On nomme trop de professeurs,

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et on fait des dépenses surabondantes pour Tinstruction publique. — La presse périodique nous inonde de journaux et de revues, de publications instructives et amusantes, de romans et de traités scientifiques et populaires. La polygraphie et la polytypie sont devenues de vrais fléaux. On écrit et on publie plus qu'on ne recherche , ne réfléchit et ne lit. Le nombre des auteurs dépasse celui des vrais lecteurs. On s'habitue à parcourir et a feuilleter ; et on perd la faculté de lire , de relire et de retenir. Les produits de la presse sont surtout multipliés et gâtés par sa vénalité; elle est tombée abondamment dans les mains des spéculateurs: auteurs, éditeurs, associations lucratives. — La polylalie est une autre maladie contemporaine. On abuse de la parole dans les parlements, dans les assemblées et les réunions de tout genre, aux fêtes et aux banquets; et partout, même aux congrès scientifiques, les discours sont arrosés de Champagne. — On abuse de la musique et des fleurs. Trop de personnes font trop de tableaux et de dessins de tout genre. On sacrifie trop aux constructions et autres travaux publics. Ou poursuit à Texcès Taugmentation des moyens de transport et de communication, (bateaux à vapeur, chemins de fer et tramways, postes, télégraphes et téléphones) et on en fait un usage immodéré (locomotion inutile des personnes et des choses , correspondance sans intérêt). Ou parcourt la surface du globe sans but, sans s'y préparer, sans étudier ce qu'on voit, et sans emporter des souvenirs.

Cependant, on ne se borne pas à exagérer ce qui en soi est bon ou innocent; il y a en europe une tendance générale à pousser à Texcès une foule de choses qui ne sont nullement bonnes en elles-mêmes. — Ainsi l'abus du tabac, sous forme de cigares et de cigarettes, et Tabus de l'alcool, sous forme de vin, de bière et de liqueurs, s'étend et se généralise de plus en plus en europe. — La

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vanité européenne s'est emparée de la caricature d'une institution médiévale , des ordres de chevalerie ; et les chevaliers foisonnent malgré le demi-ridicule qui les couvre. — La soif des richesses, le désir de s'enrichir rapidement et sans trop de scrupules quant aux moyens, l'esprit de la spéculation et du jeu, esprit ennemi du travail et de la production réelle et utile, l'empire de la banque et de la bourse, en un mot le mammonisme, est devenu un fléau européen. A la soif des richesses s'allie la passion des dépenses, ennemie de l'épargne, et le luxe outré et de mauvais goût dans les vêtements , les meubles , l'omementation intérieure et extérieure des maisons. Ajoutez un besoin extrême de se dissiper hors de chez soi. Il en résulte partout la multiplication des hôtels, restaurants, cafés, clubs, jardins , concerts , bals , spectacles et autres divertissements publics. Le produit des contributions, des entrées, des locations et surtout des consommations que le grand public paie à tous ces établissements, suffit pour couvrir les frais des constructions les plus colossales et les plus somptueuses, lesquelles remplacent les monuments religieux et nationaux d'autrefois. Une autre conséquence du besoin croissant de se distraire est l'abandon du foyer domestique , du home^ de la vie de famille et du travail assidu et patient chez soi.

La vie européenne porte de plus en plus le même cachet, au moins dans les classes supérieures. Les usages, les modes, les moeurs mêmes s'uniformisent sous l'hégémonie spéciale de la franco et de l'angleterre. Les mouvements sociaux s'étendent et se généralisent promptement. Par exemple celui de l'émancipation des femmes, qui tend d'une part à améliorer leur sort et à leur procurer la parité légale et sociale qui leur revient, mais d'autre part à les faire sortir du caractère de leur sexe. Partout enfin ceux qui ne suivent pas le courant, sont

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mécontents et dégoûtés du présent ; ils se sentent impuissants à le corriger et à conjurer les dangers de l'avenir. Le pessimisme social est à Tordre du jour dans Teurope actuelle.

En somme les maladies ^) de la vie sociale qui affligent l'europe et le malaise qu'on y éprouve , sont tout aussi bien des phénomènes communs que le progrès scientifique et matériel qui ne cesse de s'y produire.

Depuis le moyen âge jusqu'à la révolution française on rapports ioa l)eaucoup guerroyé au sein du monde latino-teutonique. ***"^**®^^ Il y a eu des guerres d'indépendance provoquées par la conquête ou l'oppression étrangère, et des guerres religieuses entre catholiques et protestants qui aboutirent, soit à l'extermination du parti le plus faible , soit à la tolérance du plus faible par le plus fort, soit même à la parité des deux religions. De plus, les querelles et les antipathies entre voisins et les rivalités d'intérêt ou de vanité ont poussé souvent à la guerre. Enfin l'ambition belliqueuse des princes et le désir insatiable des princes et des cités d'agrandir leurs domaines, ont surtout contribué à rendre la guerre presque permanente en europe. Cependant ces luttes ont plutôt rapproché que séparé les nations européennes. Elles ne leur permettaient pas de s'isoler, mais les forçaient à s'occuper les unes des autres et à se mettre en rapport les unes avec les autres. Les luttes amenaient des coalitions aggressives ou défensives, des alliances plus ou moins prolongées; et les ennemis de la veille étaient les amis du lendemain. Les négociations pour faire ensemble la guerre à un tiers alternaient constamment avec les négociations pour conclure la paix. Il y eut des associations passagères contre la prépondérance

') l\ est vrai que plusieurs de ces maladies se manifestent plus ou moins hors du territoire européen. Mais c'est que la population y est européenne, on que l'europe y exerce une puissante influence.

d'une seule puissance ou maison souveraine, contre Tespagne, Tautriche, la france. Mais Teurope ne fut pas partagée en partis se faisant obstinément une guerre suivie et acharnée. Il faut remarquer surtout que les guerres des trois derniers siècles ne portèrent aucunement le caractère d'une lutte entre les latins et les teutons^), qu'elles n'eurent que partiellement un caractère religieux dans la première moitié de cette période *) , c.-à-d. jusqu'à la paix de westphalie (1648), et que dans la seconde moitié elles cessèrent complètement d'être inspirées par la religion^).

Dans ce monde un peu chaotique, où les guerres multipliaient les rapports internationaux, un droit de guerre et de paix, un droit des gens*) européen, a pu se former sans aucune sanction matérielle; un droit généralement reconnu et plus ou moins respecté par les belligérants et

0 Pas plus qu'au moyen âge.

n est inutile de démontrer qu'au moyen âge Jes luttes entre les maisons souveraines de france et d'angleterre, et entre le nord et le midi de la france, entre Paris et Toulouse (guerre des albigeois), n'ont été en aucune manière des luttes entre l'élément latin et l'élément teutonique. Même en italie il n'y a pas eu de luttes entre les i^italiens" et les Dalleraands"; les expéditions allemandes n'étaient pas plus désagréables et détestées que les entreprises françaises. Les gibelins s'appuyant sur la domination des empereurs allemands^ n'étaient pas moins un parti italien que les guelfes qui s'appuyaient sur le pape. Dante, le grand poète et grand patriote italien, idéalisait, et appelait de tous ses voeux en italie ïempire romain de nation allemande. Les italiens n'ont pas plus lutté contre l'allemagne que contre la france et contre leurs propres tyrans.

') La suisse resta , après la réforme , une confédération ayant pour objet la défense commune contre les puissances voisines. La franco catholique, tout en persécutant ou en combattant les protestants chez elle, s'est alliée aux princes protestants de l'allemagne dès avant la guerre de trente ans, et pendant cette guerre elle a été longtemps l'alliée de la suède contre l'empereur catholique. La même guerre vit le danemark s'allier à l'empereur contre la suède. Enfin le lendemain de la paix de westphalie les anglais de Gromwell et les hollandais se livraient des combats sanglants sur l'océan. 3) La succession au trône d'angleterre fournit la dernière fois un motif religieux dans la seconde moitié du dix-septième siècle. ^) C'est à-dire des nations, ou plutôt des états.

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par les gouvernements. De même, malgré la diversité des législations nationales, il se forma des règles de droit international privé (civil et pénal) entre les états latins et teutoniques de Teurope.

Au moyen âge les populations latines et teutoniques europe tnns'étaient déjà indifféremment associées pour faire les croi- "** ^"*' sades. Après la découverte de l'océan et de Tamérique les pays riverains de l'atlantique se précipitèrent sur les >indes occidentales et orientales" — chacun pour soi , il est vrai, mais sans distinction de latins et de teutons — pour les découvrir, les exploiter, les conquérir, les coloniser. L'espagne et le portugal marchèrent les premiers dans cette voie; la france, la hollande, l'angleterre, la Scandinavie suivirent. La belgique, l'allemagne, l'italie et la suisse s'abstinrent. Mais il faut observer que la suisse avec le sud et le centre de l'allemagne sont des enclaves continentales ; que l'espagne a ruiné et étouffé la belgique au seizième siècle ; que l'allemagne entière fut déchirée par les guerres religieuses au seizième siècle et taillée en pièces par la guerre de trente ans; que la hanse teutonique, indépendamment de ces malheurs, entra en décadence au même siècle et ne put que s'efforcer de maintenir ce qui lui échappait peu à peu; que Gênes et Venise, seules héritières de la grandeur maritime et commerciale de l'italie du moyen âge , consacrèrent pendant le seizième siècle tous leurs efforts à conserver les possessions et les débouchés qu'elles possédaient. En d'autres circonstances Gênes et Venise auraient pu s'élancer à travers l'océan non moins que le portugal et l'espagne, et les flamands non moins que les hollandais.

Cependant, les conquêtes et les premiers établissements de colonies furent suivis d'une émigration, quelquefois ralentie mais jamais arrêtée, qui a pris des proportions croissantes dans le cours du présent siècle, et à laquelle

70 GHAP. I.

Tallemagne , Tautriche , Titalie , la suisse et la belgique ont pris une part de plus en plus active. De cette manière toute Tamérique , Taustralie , la plupart des îles de l'océan , le sud de Tafrique , Tindostan et des parties de l'indo-chine ont déjà été soumises , colonisées , peuplées par les latins et les teutons. La conquête , d'abord armée , ensuite pacifique , d'une grande partie du globe extra-européen est leur oeuvre collective et exclusive. Dans ces immenses domaines transatlantiques la population prépondérante^) ou la population dominante*) est composée d'européens latins ou teutoniques. Et au sein de ces latins et de ces teutons de plus en plus cohabitants on n'entend parler que des langues latines — l'espagnol et le portugais , l'italien et le français — et teutoniques — l'anglais , le hollandais et l'allemand. De plus ces langues — notamment l'espagnol, le portugais, l'anglais et le hollandais — se sont imposées ou s'imposent de plus en plus aux populations non européennes^). De même, abstraction faite des populations dominées qui professent l'islamisme, le bouddhisme ou le brahmanisme, et des populations restées sauvages ou isolées, le catholicisme et le protestantisme sont les seules religions qu'on rencontre dans les domaines ou plutôt les annexes transocéaniques de l'europe. Enfin on ne trouve parmi la population prépondérante ou dominante, c'est-àdire européenne, de ces contrées d'autres institutions et d'autres lois, d'autres moeurs et d'autres idées, que celles qui dérivent de la terre-mère latino-teutonique.

^) Dans les états indépendants et les colonies (toute Tamérique, i'australie etc.), à c6té des indigènes qui y ont survécu, des nègres qui y ont été introduits, et des races mixtes (surtout entre indiens ou nègres et européens) qui s'y sont formées.

^ Dans les possessions proprement dites (l'indostan, java, etc.), à côté des populations dominées et gouvernées par les états européens.

^) Même un peu, comme langues officielles, civilisées et à la mode, aux populations dominées, à celles par exemple de Tindostan et de java.

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La conquête par la petite europe latino-teutonique de son nouveau monde d'outremer est le fait le plus considérable de rhistoire. Comparées à ce fait, les colonisations et les conquêtes phéniciennes , grecques et romaines n'ont aucune importance. Le territoire de Teurope historique — dont il faut exclure 1° la russie avec la finlande et la pologne , 2" la turquie avec la roumanie, la bulgarie, la serbie, le monténégro et provisoirement la bosnie et Therzégowine — est complètement insignifiant auprès du territoire qui lui appartient au delà de la mer. Et tandis que la population de Teurope-mère ne dépasse pas 230 millions, celle de l'annexe atteint déjà 400 millions i).

L'europe proprement dite 2l des annexes continentales et wmexe» de des annexes d'outremer. Pour qu'un pays appartienne à •""^ l'europe proprement dite, quatre conditions sont requises: 1. la situation européenne du territoire, 2. une population soit latine, soit teutonique, soit mixte, 3. une langue romane ou teutonique, 4. le christianisme latin, catholique ou protestant. Toutes ces conditions étant réunies , un pays peut néanmoins cesser de faire partie de l'europe par son incorporation prolongée dans un état non européen et par sa subordination complète sous le gouvernement de cet état. En revanche , si une ou deux seulement des trois dernières conditions sont remplies, il se peut qu'un pays contigu au territoire européen doive être considéré comme une annexe de l'europe, surtout s'il est incorporé dans un état européen et fortement soumis à l'influence de cet état. Sous ce rapport ou peut distinguer des annexes et des demiannexes.

Au moyen âge l'église latine acquit des annexes à l'europe 1®. à l'ouest parmi les celtes — Irlande, nord de l'écosse, wales, comwall, bretagne —, 2° à l'est, parmi les

») T compris 250 pour Tempire anglo-indien, 27 pour Tempire hollandoindien, 90 pour les états indépendants de Tamérique.

slaves, dans la poméranie, la silésie, la bohème et la moravie, la prusse, la pologne, la lithuanie, la courlande, Testhonie et la livonie, la Croatie, resclavonie etc., 3^ au nord-est parmi les finnois et au sud-est parmi les magyars. Les acquisitions à Touest furent plus fortement rattachées à l'europe par l'immigration et la domination d'abord teutoniques, puis anglaises et françaises. De même une partie des acquisitions à l'est par l'immigration et la domination teutoniques : allemandes et suédoises. C'est au dernier siècle seulement que la russie a pris à l'europe une partie de ses annexes orientales: la finlande, les duchés de la baltique , la part russe de la pologne et de la lithuanie catholiques.

Actuellement l'europe a encore des annexes dans l'enapire britannique ,• Tallemagne (prusse) et l'autriche. Les basques ne comptent plus, ils sont perdus dans la france et dans l'espagne. De même les celtes de la bretagne se perdent dans la france , et les celtes des highlands , de wales et de cornwall dans Técosse et l'angleterre. Quant à l'irlande, il faut observer qu'elle a un élément de latinisme par la religion catholique de la majorité et le protestantisme de la minorité de ses habitants; un élément de teutonisme par la langue anglaise, par l'annexion politique à l'angleterre, avec toutes les influences de cette annexion nonobstant la résistance nationale à l'union, et par la population teutonique du pays , anglais et écossais , dont la proportion à la population celtique ne peut être actuellement au dessous de 4 à 3.5. Les annexes de Teurope dans l'autriche et dans l'allemagne sont les parties orientales de ces deux empires où la population teutonique est inférieure en nombre ou en importance au reste de la population. En prusse la population allemande n'est inférieure en nombre à celle des slaves que dans la posnanie (6.5 à 8) ; elle est fort supérieure dans les deux prusses et dans la silésie. Mais en posnanie l'élément aile-

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mand domine par Tinfluence du gouvernement et de la civilisation allemande , et les polonais posnaniens sont d'anciens et bons catholiques. Il est vrai, cependant, que Tautriche contient des provinces ou des contrées qui cesseraient d'appartenir à Teurope dès qu'elles seraient détachées du grand empire qui donne l'hospitalité à tant de races et à tant de langues. La galicie par exemple, où la population allemande est très faible, et où les ruthènes, grecs unis, sont plus nombreux que les polonais catholiques, se détacherait de l'europe si elle était séparée de l'autriche. Il en est de même des contrées où les roumains, grecs orthodoxes, sont en majorité. Mais si l'on considère toutes les provinces autrichiennes comme les parties d'un grand ensemble politique, il faut reconnaître que le latino-teutonisme y domine par la population teutonique partout répandue^), par la religion latine^), par la grande capitale commune, par la prépondérance de la civilisation latino-teutonique. On pourra objecter que les magyars s'éloignent plus que les slaves des nations teutoniques, parce qu'ils ne sont pas même aryens, mais touraniens. Observons qu'en revanche ils ont dépassé jadis les nations les plus latines en adoptant le latin comme langue non seulement sainte et savante, mais comme langue littéraire et ordinaire, comme langue écrite et parlée à l'usage des classes aristocratiques et civilisées. Aujourd'hui que la langue hongroise a été remise en honneur , les prêtres hongrois catholiques aiment encore à parler le latin entre eux.

^) Dans la hongrie proprement dite, où les magyars eux-mêmes ne sont pas en majorité, les allemands ne forment pas moins de la huitième partie de la population; et dans le pays des tchèques, la bohème et la moravie, la population allemande n'est pas inférieure à un tiers des habitants.

') Les grecs unis ne dépassent pas quatre millions, les grecs orthodoxes pas trois millions d'âmes dans tout Tempire.

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