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qu'ils seront les plus forts. D'ailleurs, la guerre étant localisée en prusse, et la prusse seule étant menacée, les autres états allemands ne poursuivront pas la guerre à outrance. Quant aux autres grandes puissances , on pourra compter sur leur neutralité. L'angleterre , toujours disposée à rester spectatrice des luttes des autres nations, sera tenue en échec par Tamérique, sympathique à la russie et à la franco, et en tout cas fort antipathique à sa rivale européenne. L'italie, étant hors de cause, ne se décidera pas facilement à attaquer la france. L'autriche enfin aimera mieux ne pas secourir la prusse et gagner la silésie-que de risquer, par suite d'une invasion russe, un soulèvement général de ses sujets slaves et en même temps une attaque de l'italie saisissant l'occasion de lui prendre Vitalia irredenta très largement conçue. Après quelques années de repos les deux alliés attaqueront l'autriche. La russie lui réclamera la galicie et toute la hongrie , et la france appuyera cette demande. Sur le refus de l'autriche , la russie déploiera le drapeau du panslavisme et se jettera tout entière sur la hongrie, tandis que la france marchera sur Vienne. La russie occupera et gardera toute l'autriche-hongrie , hormis les deux autriches, le salzbourg, la carinthie et le tyrol, qui seront mis à la disposition de la bavière, après avoir été désarmés, et après que Vienne aura été détruite et rasée pour en finir avec Tautriche historique. Le tyrol italien sera laissé à l'italie. La bavière devra céder à la france le palatinat rhénan. Au sortir de cette guerre, la france, victorieuse et non affaiblie , proclamera la république à Milan , à Rome , à Naples , ce qui lui permettra de détacher des républiques italiennes et de s'annexer la ligurie avec Gênes , le piémont et l'île de sardaigne. Après avoir consolidé ses acquisitions la russie s'emparera tout à son aise du reste de l'orient. De son côté la france s'annexera la suisse française, la
belgique, le luxembourg et le midi catholique de la hollande ; et ce , au moyen du suffrage universel , après avoir fait des concessions suffisantes à Téglise romaine. Enfin, le reste de la hollande, plutôt que d'entreprendre une lutte inutile, consentira à se laisser annexer avec ses colonies. La neutralité de Tangleterre aura toujours été assurée par sa politique d'isolement et par l'attitude menaçante de Tamérique. C'est après tout cela que viendra le dies irae pour l'empire britannique. La russie, la france et les états-unis d'amérique lui demanderont simultanément: 1^. l'émancipation et l'évacuation immédiate de l'irlande et du cap ; 2^. le domaine du canada , la guyane , la Jamaïque et toutes ses possessions américaines pour les étatsunis, conformément à la doctrine de Monroé; 3*^. Chypre, Aden, Hongkong, le béloutchistan et le territoire autrefois afghan . au delà de la grande chaîne de montagnes avec Peschawar pour la russie ; 4^. Maurice , St^ Hélène et autres îles autrefois françaises , les îles normandes , malte , ceylan (autrefois hollandais) et la presqu'île de malacca pour la france ; 5°. Gibraltar pour l'espagne. La flotte russe , devenue très considérable , la flotte française et la flotte américaine étant ensemble plus fortes que la marine anglaise , celle-ci ne pourra plus empêcher une descente en Irlande et de l'irlande en angleterre. L'irlande , érigée en république sous la protection française , servira de point de départ pour la conquête de l'angleterre par quelques centaines de mille de français et de russes. L'angleterre et l'écosse ne seront évacuées qu'après avoir été complètement désarmées. On ne leur permettra plus d'avoir des vaisseaux de guerre. Du reste, on n'empêchera pas cette nation avide de lucre de faire le commerce et d'exploiter ses colonies et possessions comme par le passé. Seulement, elle devra payer quelque chose pour sa licence , sous forme d'un bon tribut annuel à la france et d'un autre tribut pour l'empire
indien à la russie. Afin d'assurer le payement de ces tributs, la france tiendrait garnison près de Londres et à
Edimbourg , la russie à Peschawar Après toutes
ces choses rien n'empêchera Favènement d'une longue ère de paix. En effet, la malfaisante angleterre étant rendue inoffensive, et l'europe centrale, composée de pays allemands et italiens , étant devenue impuissante , il ne restera dans Teuropasie , sans compter la chine , que deux grandes puissances, la russie impériale et la france républicaine. La france aura succédé à l'empire romain d'occident, comme la russie à l'empire d'orient. Le bassin occidental de la méditerranée. appartiendra à la france, comme le bassin oriental à la russie. Les deux empires seront séparés par l'europe centrale et auront un intérêt commun, celui de maintenir l'allemagne, l'italie et l'angleterre dans l'impuissance ; c'est ce qui les empêchera de se quereller. . . . Les européens seront peut-être d'avis que la russie manque de scrupules en ne reculant point devant deux ou trois guerres sanglantes pour obtenir et pour s'assurer ce qui lui revient. Us feront bien toutefois de se rappeler les guerres récentes et sanglantes qui ont été faites par la sardaigne à l'autriche pour libérer et s'annexer l'italie, par l'allemagne au danemark pour lui prendre le holstein et le sehleswig, par la prusse à l'autriche pour la faire sortir de la confédération gennanique et constituer l'unité allemande sous sa propre présidence, par l'autriche à la prusse pour conserver en allemagne une place qu'elle ne pouvait réclamer à raison de ses provinces allemandes."
dII ne sera pas trop difficile à la russie de garder ses conquêtes de l'orient, d'une bonne partie de l'autriche et de la prusse, et de la suède, disposées en demi-cercle autour de ses frontières occidentales et méridionales. La force centrale et centralisée de la russie restera écrasante par rapport à toutes ces populations disparates et
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impuissantes à organiser une attaque ou une résistance combinée. Les slaves catholiques de Tautriche et de la prusse mêmes sont extrêmement hétérogènes quant à la langue et quant à la race — polonais, tchèques, Slovènes et croates. Ils vivent au milieu d'un grand mélange de nationalités. La russie pourra leur' faire d'ailleurs des concessions satisfaisantes quant à la religion ; et elle pourra leur procurer le plaisir d'opprimer les allemands et les magyars avec lesquels ils habitent le même territoire. Le nombre de catholiques des anciennes et des nouvelles provinces sera toujours minime par rapport à celui des orthodoxes renforcés par les roumains, les serbes, les bulgares et autres chrétiens de la turquie."
L'AVMIB DE L'EUROPE.
L'europe ^) comprend actuellement Tallemagne , Tau- l'europe et triche , Vitalie , la france , la grande bretagne et l'Irlande , "^ "^*^** avec la Scandinavie, la péninsule ibérique, les deux paysbas et la suisse.
L'europe actuelle est un monde parfaitement distinct, tant de son ancienne antithèse, l'orient, et de sa nouvelle rivale , la russie , que des états-unis d'amérique et du brésil , de la chine et du japon. L'europe est un monde en progrès , l'orient un monde en décadence , la chine un monde stationnaire , la russie un monde nouveau, Tamérique fédérée un monde en voie de formation. On peut dire que l'orient est la tante de l'europe, l'amérique sa fille, la russie sa nièce, la chine une parente éloignée.
Malgré sa division politique et à la différence de l'orient , l'europe est toujours un être collectif vivant, un individu social. Elle l'est non moins que l'allemagne ou la france, non moins que les états-unis ou la chine. Il existe entre ses diverses parties une communauté de vie spéciale qui n'est pas partagée par les autres agglomérations humaines, et elle porte un caractère spécial qui la distingue
1) C'est-â-dire Feurope latino-teutonique proprement dite , avec ses annexes. V. ci-deesns p. 72.
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même de sa fille, la jeune amérique. Sans doute, dans le cours des siècles les populations qui couvrent la surface de la terre seront de plus en plus amalgamées et assimilées. Mais il faut observer que l'océan séparera longtemps encore la vie commune de Teurope et celle de Tamérique, et que provisoirement la différence des caractères individuels de Teurope et de sa fille transocéanique, au lieu de s'effacer, deviendra plus marquée. Déjà, depuis un demi-siècle, l'individualité du peuple américain n'a cessé de se dessiner davantage, valeur de L'curopc a été pendant plusieurs siècles et elle est reurope eucorc le porteur principal de la civilisation humaine. Depuis le moyen-âge elle n'a rien reçu de l'orient. Elle ne doit rien à la russie. Jusqu'à présent elle n'a reçu des états-unis que des inventions techniques et de fort modestes contributions au progrès de la science. L'amérique sera sans doute la première à partager avec l'europe le rôle de porteur de la civilisation et d'agent du progrès de l'humanité. Mais il faudra encore plusieurs décades d'années avant que sous ce rapport elle marche de pair avec l'europe. Quant à la russie, une période beaucoup plus longue lui sera nécessaire pour qu'elle puisse marcher à la tête de la civilisation conjointement avec l'europe et l'amérique.
son aTenir L'être coUcctif qui s'appelle europe^ a donc toujours et menace promet d'avoir quelque temps encore une grande valeur comme membre de la famille humaine. Son rôle n'est pas terminé^ ou comme on se plaît à dire, elle a encore une mission importante à remplir. Cependant, et il faut être optimiste pour ne pas s'en apercevoir, l'avenir de l'europe est fortement menacé.
86 petitoeBd D'abord , il faut bien se représenter la petitesse de l'europe actuelle, de l'europe dont la russie et l'ancienne turquie ne font pas partie. L'aréa de cette section occidentale
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de Teuropasie est au dessous de 3.830.000 kilomètres carrés. Or la superficie de Tempire russe — déduction faite de la Sibérie, du caucase et de l'asie centrale, du gouvernement d'Archangelsk et des trois quarts des gouvernements septentrionaux de Wologda et d'Olonez et de la finlande— dépasse 3.870.000 kilom. carrés^). La superficie de la chine propement dite, sans la corée, atteint 4.000.000, et celle des états-unis, déduction faite de l'alaska, dépasse 7.70O.0OO k. c. La russie proprement dite, déduction faite des parties moins productives et moins habitables à cause du froid, est donc un peu plus grande que Teurope entière, sans retranchement des parties équivalentes de la suède et de la norvège. L'europe est également un peu plus petite que la chine proprement dite, et elle est un peu moindre que la moitié des états-unis. Ajoutez que la russie proprement dite et les états-unis ne sont pas, en général, moins fertiles et moins riches que l'europe. La progression de la population devra donc être beaucoup plus rapide dans la russie et dans les états-unis que dans Teurope; et il ne faudra pas un temps incalculable pour que l'empire russe, comme les états-unis, ait une population supérieure à celle de l'europe. Supposons que vers la fin du vingtième siècle la population de l'europe atteigne le chiffre de celle de la chine proprement dite, c'est-àdire qu'elle s'élève de 227 à 350 millions. Alors, à la même époque , la population de l'empire russe pourra s'être élevée de 100 à 250 et celle de l'amérique de 52 à 250 ou 300 millions. Encore un siècle, et le chiffre de 400, supposé qu'il ait été atteint par l'europe, sera dépassé
1) Empire russe 21.739.000 k. c. (d'après Behm et Wagner, 1882). — Sibérie 12.495.000, asie centrale 3.344.000, caucase 472.000. Ensemble 16.312.000. Reste 5.427.000. — Archangelsk 858.000. Olonez 148.000, Wologda 402.000, finlande 373.000. Trois quarts 693.000. Ensemble 1.551.000. Reste 3.876.000 k. c. — La population d'Archangelsk est d'environ 280.000, celle de Wologda de 1.000.000, d'Olonez de 300.000, de la finlande de 2.000.000.
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par Tamérique, tandis que la russie aura dépassé les 300 '' et s'approchera des 350. Enfin la population de l'europe cessera , et celle de la russie et des états-unis continueront , de progresser sensiblement i). Si par exemple Teurope s'arrête à 400, il y a lieu de croire que la russie ne s'arrêtera qu'aux 500 et l'amérique qu'aux 600 ou 700 millions. • M faiblesse Tous ces chiffres pourraient sembler rassurants si les états de l'europe formaient une confédération politique et militaire, ou si au moins ils étaient fortement unis pour la défense commune. Mais au contraire, si l'on fait abstraction de l'entente austro-allemande , qui n'a pas encore été mise à l'épreuve et n'est pas encore une alliance, les 5 grandes et les 7 petites puissances de l'europe vivent actuellement dans un état d'isolement complet. Il faut ajouter que les puissances secondaires, même l'espagne, sont militairement nulles, si ce n'est pour la défense de leur propre territoire ; que l'angleterre se permet toujours le luxe de ne pas avoir d'armée comme les états du continent; et que l'autriche est devenue un empire fédératif encore mal consolidé , et dont la population est slave ses puissan- OU majorité. Evidemment la force militaire de la russie sera tes m es ^^ j^^^, accablante vis-à-vis d'une europe désunie, même au cas d'une coopération improvisée de tous ses membres épars. La condition de l'europe serait bien pire si le colosse du nord était assisté par le colosse américain. Une alliance de la russie avec la chine contribuerait à rendre désespérée la situation de l'europe. La chine, en effet, aura des soldats, des vaisseaux de guerre et des canons en abondance quand elle croira devoir s'en procurer. Elle
') Abfitraction faite des agrandissements que la russie acquerra, sans toucher à Teurope, par Tannexion de l'asie centrale, de la perse, de la Corée et d'une grande partie de la turquie d'europe, et sans compter Tagrandissement des états-unis par Tannezion des états septentrionaux du mexique, c.-.à-d. de plus de 1.000.000 kil. carrés.
l'ayknib de l'bcuopb. 119
pourra lancer ces forces sur les possessions anglaises, hollandaises, espagnoles, portugaises et françaises aux indes orientales, afin de les conquérir et d'y déverser le trop plein de sa population; et pour mieux atteindre ce but, elle pourra organiser des expéditions formidables contre les mères-patries en europe. Aujourd'hui déjà les chinois cherchent à se répandre hors de leurs anciennes limites. Ils accueilleront l'alliance avec la russie pour pouvoir inonder les immenses et riches domaines de Tindostan, de Vindo-chine et de l'archipel indien, qui doivent leur sembler les dépendances naturelles de leur céleste empire. Et quant à l'amérique , croit-on que cette ))grande république" aurait des scrupules à se liguer contre l'europe avec la russie impériale, si ses intérêts et ses passions la poussaient à cette alliance, s'il s'agissait pour elle de supprimer à son profit la concurrence de l'europe et d'humilier cette vieille rivale ? Il y a déjà longtemps qu'elle a coqueté avec l'ours du nord qui lui céda l'alaska. On se considérait des deux côtés comme alliés naturels , contre Tangleterre d'abord et principalement, contre l'europe en second lieu.
On pourra penser que ces éventualités ne sont pas des probabilités , et qu'elles sont loin de nous ; mais il faut beaucoup d'optimisme pour les considérer comme imaginaires*
D'abord, quant à la russie, tous les grands empires ri?aUtëraB«5 conquérants, si ce n'est tous les empires, toutes les cités et tous les peuples du monde, ont toujours étendu leur domination jusqu'à concurrence de leur puissance. L'ancienne perse a été arrêtée par les grecs, Athènes par. Sparte, Rome par les parthes et les germains, la france par l'espagne et la russie. Tous ont été arrêtés, soit par des adversaires trop puissants, soit par les obstacles naturels et les distances, soit par les limites de leurs ressources et de leur population. On ne voit pas cependant
ce qui pourrait arrêter F extension progressive de la russie dans Teuropasie, où elle est »rempire du milieu", si ce n'est la chine d'un côté, Teurope unie de l'autre. Il faut observer d'ailleurs que la conquête de l'europe ne pourra manquer d'avoir un attrait spécial pour la russie. L'europe est sa voisine immédiate , qu'elle connaît depuis longtemps , et dont elle a subi longtemps l'ascendant. La race slave déteste les teutons et les hongrois, qui lui ont enlevé une partie de son domaine , et dont elle a porté le joug pendant des siècles. Elle est jalouse des peuples latino-teutoniques qui l'ont précédée sur la scène du monde et la regardent comme arriérée. C'est, donc avec l'europe que la russie désire se mesurer, non avec la chine ou l'amérique lointaines et étrangères à son passé. Elle éprouve envers l'europe un sentiment de rivalité, qui est celui du cadet envers l'aîné, des nouveaux envers les anciens, enfin du parvenu envers le grand seigneur qui, sans être riche ou puissant, a des aïeux et de la distinction, et se donne ou lui semble se donner des airs, riyaiité amé- L'idée , uou de conquérir l'europe , mais de l'affaiblir et de la livrer à sa rivale moscovite, de l'humilier et de se mettre tout-à-fait à sa place comme leader de la civilisation, cette idée serait extrêmement séduisante pour l'amérique. Il lui serait difficile de laisser passer la bonne occasion que lui offrirait l'alliance russe. Ceux qui connaissent un peu les américains i), savent qu'au fond du coeur ils jalousent et détestent les anglais et à un moindre degré leurs autres parents d'outremer. D'un côté, il est vrai, l'américain se sent supérieur à l'européen sous le rapport de la force , de l'énergie et de l'audace , du go ahead et du never mind ; l'européen lui semble pusillanime
^) n n'est pas question d'une petite minorité hautement civilisée et devenue aristocratique, mais de Tesprit des masses, dont dépendent la guerre et la paix sous un régime démocratique.
ricune
LAVSNIK DE L BDROPB. 121
et plein de préjugés. Mais d'un autre côté il ne peut se défaire d'un sentiment d'infériorité. Il ne peut s'empêcher de penser que l'européen le méprise légèrement et le trouve vulgaire d'esprit et de manières. Il est impressionné par l'européen comme le parvenu par l'aristocrate. Pareillement, d'une part il trouve la grande république bien supérieure à chacun des états de l'europe; d'autre part il éprouve pour son pays et contre l'europe un sentiment de rivalité, au plus haut degré contre l'angleterre, à un moindre degré contre l'europe en général. Cette rivalité est celle de la jeunesse contre l'âge mûr, de la jeune démocratie contre l'ancienne aristocratie , du nouveau monde contre l'ancien; c'est celle du disciple contre le maître dont il est devenu le contemporain et l'égal, celle d'une génération sans passé contre une génération dont l'histoire remonte à la nuit des âges et la met en rapport avec tout ce qui est vénérable et glorieux dans les souvenirs du genre humain. — Il ne faut pas se faire illusion sur les instincts pacifiques de la démocratie. Une démocratie battue peut avoir horreur de la guerre et, comme cela arrive actuellement en france, sympathiser avec les bourgeois qui chérissent la paix. Mais les démocraties qui se sentent fortes , sont facilement entraînées à faire la guerre aux adversaires qui ne leur semblent pas redoutables. Comme autrefois le peuple athénien , le démos moderne est et sera irréfléchi et téméraire , vaniteux , vindicatif et sans scrupules.
Cependant l'europe porte dans son sein une autre cause la fr»noe un de danger ; c'est le peuple français. La france est mécon- j.^' ^^^ tente du rôle qu'elle joue en europe. Elle y a exercé une influence prépondérante depuis Louis XIV, et même depuis Henri IV, jusqu'à la révolution. Sous Napoléon I elle était l'arbitre des destinées de la plus grande partie de l'europe. Sous Napoléon III elle occupa de nouveau
pendant plusieurs années la première place parmi les grandes puissances européennes. Elle réclame toujours comme son droit l'exercice d'une espèce de protectorat sur ce qu'elle appelle les peuples latins, Titalie, l'espagne et le Portugal, et d'une espèce de présidence on d'hégémonie dans l'europe entière. Mais les peuples latins lui échappent; et elle n'est plus que l'égale de l'allemagne, de l'autriche et de l'angleterre. En outre elle garde le souvenir douloureux de deux défaites, de deux invasions, de deux occupations et de deux paix humiliantes, celles de 1813 — 15 et de 1870/1. La première fois on lui prit toutes ses nouvelles conquêtes, même celles qui lui paraissaient les plus naturelles et les plus légitimes, même la frontière du rhin. La dernière fois on lui enleva d'anciennes possessions et on braqua contre elle les canons de ses meilleures forteresses. Cette fatale guerre francoallemande a produit en france un ressentiment profond contre l'allemagne et contre l'europe. La blessure de 1813 — 15, qui pouvait sembler fermée, fut rouverte en 1870/1; les deux blessures demeurent béantes. La honte de 1813 — 15, qui pouvait passer pour effacée par les guerres de Crimée et d'italie et par l'annexion de la savoie et de nice, redevint visible à la lumière de la honte de 1870/1. La france a donc une revanche à prendre pour ces deux époques désastreuses. Pour 1815, contre l'angleterre, l'autriche et la prusse. Pour 1871, non seulement contre la prusse, mais également contre le reste de l'allemagne, qui seconda si bien la prusse, et en outre contre l'angleterre, ritalie et l'autriche, qui refusèrent de la secourir dans sa détresse et de s'apitoyer sur son sort. Ceux qui pensent que la démocratie française se consolera aisément des pertes et des humiliations subies par la france, et qu'elle renoncera à ses revanches, connaissent bien peu et le caractère du peuple français et l'esprit de la démo-