‹ L'Egypte et l'EuropeChapitre 16 sur 85 · L AVENIR DE L EUROPE · texte numérisé non relu

L AVENIR DE L EUROPE

cratie. En effet, le prestige militaire de la nation est pour tout bon français la première de ses gloires, la première source de sa réputation et de Thonneur national; et les républicains sont plus chauvinistes que les autres. Interrogez confidentiellement des républicains fougueux; ils vous diront qu'ils élèvent leurs enfants dans la haine de Tallemagne et la soif de la vengeance. Interrogez un républicain modéré. Tout en avouant que la france de 1870 seule porte la faute de la grande guerre, que Tallemagne a dû accepter la lutte et la continuer jusqu'au bout, et qu'elle a fait la guerre comme il faut la faire, logiquement et sans avoir mérité des reproches fondés — il n'en dira pas moins que sans être indigne d'elle-même, la france ne peut se dispenser de rendre le coup qu'on lui a porté; que réparant les grandes fautes commises par Napoléon III, elle doit désunir l'allemagne et Titalie et convertir ces deux voisins forts en plusieurs voisins faibles ; qu'enfin, outre la reprise de l'alsace-lorraine , elle se doit une bonne compensation territoriale aux dépens de l'allemagne, d'autant plus que celle-ci n'aura jamais de quoi lui rendre les dix milliards que la guerre de 70/71 lui a coûtés. Il est vrai que le ressentiment de la génération présente ne passera pas aux générations futures sans s'affaiblir ; mais d'autre part celles-ci auront oublié la leçon de 1870 , comme les français de 1870 avaient oublié la leçon de 1815; et on sera habitué au service militaire obligatoire pour tous. Il faut donc craindre que la france démocratique ne saisisse avidement l'occasion de regagner ses anciennes possessions et conquêtes légitimes , et d'humilier tous les auteurs et tous les complices de ses revers , quand elle aura ce qui lui manquait en 1870, un allié puissant. Voilà pourquoi le pronostic du patriote russe — tous détails réservés — n'est pas le mauvais rêve d'un pessimiste , mais l'exposé d'un danger trop réel.

union euro- Pour parer aux dangers dont l'avenir de Teurope est péenne menacé, il faut établir une véritable union qui empêche les conflits intérieurs, et qui soit une ligue défensive permanente. A cet effet, Tancien »concert européen" ne doit pas être renouvelé. Ce concert, qui était celui des })grandes puissances", y compris la russie , ne reposait sur aucune base solide; les parties n'étant liées entre elles, ni par des conventions^), ni moralement, ni par une communauté suffisante d'intérêts ou de dangers*), ni par des sympathies naturelles. Il s'est montré complètement impuissant dès l'origine. Issu du congrès de Vienne, il n'a pu même maintenir les arrangements territoriaux établis par le traité de Vienne en 1815. En 1830 le royaume des pays-bas fut scindé en deux parties , et depuis , le traité de Vienne a été déchiré dans tous les sens. Après 1848 un concert séparatiste ou sous-concert, celui de la france impériale et de l'angleterre , rendit illusoire le concert européen. Bientôt la russie et l'europe se séparèrent. L'autriche et la prusse se disputèrent l'hégémonie en allemagne, comme Athènes et Lacédémone s'étaient jadis disputé l'hégémonie en grèce. Il y eut de grandes guerres entre la russie, la france et l'angleterre, entre la france et l'autriche, l'autriche et la prusse , la france et l'allemagne. On convoqua des congrès , mais seulement pour prévenir ou pour faire cesser des guerres, en arrangeant des différends conformément aux désirs des parties intéressées, en se faisant des concessions réciproques, en pesant les unes sur les autres. Les congrès de Paris en 1856, de Londres en 1867, de Berlin

') La sainte alliance fîit et resta essentiellement un concert entre la russie, la prusse et Tautriche. L'angleterre y a été étrangère. La france y devint étrangère en 1830.

') Avant 1818 le concert des quatre puissances — russie, prusse, autriche et angleterre ~ pouvait reposer sur un danger commun. Il s'agissait dô contenir la france révolutionnaire et napoléonienne. Mais dès 1818 la france, sous son roi légitime, fut admise dans le concert.

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en 1878 n'étaient pas, certainement, les fruits d'un concert des grandes puissances. En effet, le concert européen n'a pas survécu sérieusement au cataclysme de ^848. Ce fut donc une idée excellente de faire entrer la turquie dans le »concert européen*' en 1856, à l'époque où la russie venait d'en sortir. En 1881 M. Gladstone, sous prétexte d'exécuter tout le traité de Berlin , a tâché d'établir un nouveau concert européen avec la russie et contre la turquie. Il a obtenu, il est vrai, la comédie de la démonstration navale dans Tadriatique et quelques concessions en faveur du monténégro et de la grèce. Mais du reste, le concert en question n'a pas été rétabli, et l'angleterre s'est empressée d'en faire bon marché en agissant seule dans les difficultés égyptiennes, sans se concerter avec les autres puissarices dont les délégués délibéraient aux conférences de Constantinople sur la question d'égypte. Il est donc très vrai qu'il n'y a plus d'europe, dans ce sens que l'ancien concert s'est évaporé; et il faut être superstitieux pour croire qu'il existe encore un peu. Evidemment, nous n'avons aucun motif de le regretter et d'introduire un nouveau »concert en l'air", auquel participeraient toutes les puissances européennes, grandes et petites, et dont la russie serait exclue.

Malheureusement, il y a un obstacle invincible à la is france an constitution actuelle d'une union européenne plénière. Cet **^"*^'* obstacle, c'est la franco. La franco n'est pas d'humeur à s'associer au reste de l'europe. D'abord sa politique traditionnelle est de rester isolée si elle ne peut dominer. Elle ne peut se représenter un allié que comme un état placé sous sa protection et sous sa direction. Une union dont elle ferait partie , lui semble devoir être une association d'états placés sous sa présidence ou sous son hégémonie i). Elle

') C'est ainsi qu'elle considère «l'union latine" qu'elle a inventée à son intention. V. ci-dessus p. 24.

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a eu autrefois des alliés dans ses guerres, mais seulement des alliés d'occasion. L'alliance avec Tangleterre sous Napoléon III lui a été imposée par Tempereur; ce n'était pas l'oeuvre du peuple français, et elle n'a jamais été populaire en franco. C'était d'ailleurs une alliance avec un état extra-continental et purement maritime, un état sans soldats qui n'était pas un rival militaire de la franco, mais dont l'appui la mettait en état de braver les autres puissances continentales et de jouer sur le continent un rôle prépondérant. De part et d'autre le concert anglofrançais n'était fondé ni sur des sympathies, ni sur des intérêts collectifs; il n'a pas eu de but commun. Chaque partie tâchait de fortifier sa position par l'appui matériel et moral de l'autre et d'obtenir sa coopération quand elle en aurait besoin. Les deux pays continuaient à être des rivaux qui ne se rapprochaient que pour s'exploiter mutuellement. Aussi , la franco eut tort de se déclarer abandonnée et trahie par son alliée en 1870. Evidemment la france n'eut pas bougé si la guerre avait éclaté entre l'angleterre et les états-unis à propos de l'Alabama, lors même que la fortune eût trahi l'angleterre. — La seule pensée d'une participation à une société européenne doit être insupportable au peuple français depuis la guerre allemande. Avant cette guerre il était conyaincu d'être aimé et admiré de tous les hommes, à l'exception seulement de quelques anglais maussades. Il ne soupçonnait pas encore qu'il y eût des prussiens gallophages. Il avait même l'amabilité d'appeler Berlin »la capitale de l'intelligence", bien entendu in partibus barbarorum. Cet optimisme a été déraciné par les événements de 1870/1, qui ont blessé profondément le sentiment national. Les français sont devenus extrêmement susceptibles; ils ont conçu une profonde défiance des étrangers; ils sont portés à croire qu'on ne les aime plus, et qu'on se plaît à les dénigrer et à les tourner en

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ridicule. La Dation boude et ne veut plus se mêler des affaires étrangères avant que le jour de revanche soit arrivé. — La france , d'ailleurs , n'a aucun intérêt à s'associer à l'union européenne au point de vue de la prévention des conflits entre les états de l'europe. Elle sait très bien en effet, malgré tout ce qu'elle dit sur son devoir de se mettre en défense contre ses voisins, qu'elle n'a rien à craindre, ni de ses voisins , ni d'aucun autre état de l'europe , et que tout le monde la laissera tranquille pourvu qu'elle n'inquiète personne. Elle sait bien qu'il en a toujours été ainsi , qu'elle a été constamment une puissance agressive , et qu'elle n'a été vraiment attaquée qu'une seule fois, quand elle avait effrayé toute l'europe par son effrayante révolution. — Il y a plus, la france repousse l'union, parce qu'elle aspire à une revanche éclatante contre l'allemagne et contre toute l'europe , parce qu'elle veut affaiblir et désunir l'allemagne et l'italie, chasser l'angleterre de l'orient, s'agrandir aux dépens de ses voisins de l'est et du nord. — Enfin la france ne saurait s'occuper d'un avenir menaçant pour l'europe dont elle fait partie. Ce qui lui importe, c'est d'avoir au plus tôt sa revanche en europe et contre le reste de l'europe. A cet effet la russie pourra l'assister spécialement contre l'allemagne et l'angleterre; les états-unis spécialement contre l'angleterre; la russie et les états-unis contre l'europe en général. La république américaine et la russie lui sont d'ailleurs plus sympathiques et lui semblent mieux disposées pour elle qu'aucune nation européenne. Si la russie n'a pas voulu la secourir en 1871 , si alors elle a pris sa

revanche pour Sébastopol en 1875 , au contraire — les

français en sont et en resteront convaincus — il n'y avait pas simplement à Berlin un parti qui conseillait de prévenir ^ par une guerre immédiate la revanche préparée par la france, mais la guerre y était décidée, et l'empereur Nicolas seul l'a empêchée d'éclater, réparant ainsi son

refus de 1871. La france considère donc tant la russie que Tamérique comme des alliés naturels et non comme des puissances dangereuses. Elle veut s'allier avec elles contre l'europe et non se liguer contre elles avec Teurope. europe res- Heureuscment , il est possible de fonder provisoirement trernte ^^^ uuiou européenne restreinte, sans la france et sans la péninsule ibérique; cette péninsule étant séparée par la france du reste de Teurope, et Tunion européenne devant Tabandonner complètement à la france, c'est-à-dire à sa sphère d'action et d'influence. Ainsi l'europe sera scindée en deux parties , 1® l'europe restreinte , 2° la france avec l'espagne et le portugal.

Tous les états de l'europe restreinte ont le plus grand intérêt à entrer dans l'union. Tous ont besoin de l'appui mutuel qu'ils pourront se prêter. L'autriche est immédiatement et fortement menacée par la russie ; l'italie par la france; l'allemagne par la russie et la france; l'angleterre par la russie, la france et les états-unis; la belgique, la hollande et la suisse par la france; la suède par la russie. La norvège et le danemark seuls ne sont pas menacés; mais ces deux états ne sauraient rester indifférents si l'indépendance ou l'intégrité de la suède était en danger.' L'union donnera à tous des garanties contre des conflits intérieurs, et aux petites puissances notamment des garanties contre la prépotence et Tavidité des grandes puissances. Ainsi l'autriche et l'italie, l'allemagne et l'autriche, l'allemagne et le danemark, la hollande et l'allemagne seront rassurées sur leurs intentions réciproques; et les petites puissances neutres, la belgique et la suisse, obtiendront une garantie réelle au lieu d'une neutralité sur laquelle elles ne se font pas illusion , et qui ne vaut plus rien , ou plutôt qui est purement imaginaire, depuis que le concert européen ou la pentarchie des grandes puissances qui la garantis-

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sait, a disparu. Cependant, pour que Tunion produise ces avantages, il faut que les limites entre les divers états soient tracées équitablement et avec le plein assentiment des nations intéressées. Le nord du schleswig devra donc être cédé au danemark. A cet effet on consultera sérieusement^) les populations mixtes des parties douteuses, on pèsera tous les éléments de germanisme et de danisme qui s'y présenteront, au besoin on soumettra la décision à un arbitrage. De même Tau triche cédera spontanément à l'italie le trentin ou tyrol italien. En revanche Titalie renoncera sans réserve à Trieste et à tout le pays riverain de Tadriatique qu'elle a réclamé jusqu'à présent comme i^italie non libérée"; elle comprendra que Trieste et toute VUalia irredenta sont habitées par une population mixte, et que la possession en est une nécessité vitale pour Tautriche, qui est un empire mixte par excellence.

Peut-on croire cependant que les nations de l'europe obstacles à restreinte soient disposées à s'unir étroitement, malgré ^'^^°"* les rivalités, les antipathies, les préjugés qui les séparent? — Il est permis de croire que ces obstacles tendent à disparaître.

D'abord, la rivalité déjà séculaire de Tautriche et de la prusse a cessé d'exister depuis que Tautriche est sortie de la confédération allemande et que lallemagne favorise l'extension indéfinie de Tautriche dans la turquie d'europe. Les deux empires ont déjà compris qu'ils ne peuvent se passer Fun de autre, et le génie du prince de Bismarck n'a fait qu'opérer prématurément un rapprochement qui était dans la nature des choses et que le temps devait amener. Les allemands d'autriche , d'ailleurs , n'aiment pas à se séparer de leurs frères dallemagne; les magyars se convaincront que l'alliance allemande est leur seule planche de salut; les slaves du nord et du sud pourront croire

') NoD par le suffrage universel.

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que Tautonomie que leur réserve la grande monarchie fédérative des Habsbourg est préférable à l'annexion par la russie, à la russification. La politique du gouvernement central devra être avant tout de faire sentir à ses sujets slaves les bienfaits du système fédératif et autonome, d'introduire la parité réelle et absolue des races et des langues parmi les populations mixtes, et de faire accepter cette parité par les slaves comme une nécessité résultant de leur cohabitation avec les allemands et les hongrois, et comme un devoir imposé par la fraternité humaine à tous ceux que Dieu a fait naître sur le même sol. Ce sera la tâche spéciale de Tautriche. — Les anglais et les allemands ne s'aiment pas encore. Depuis la guerre francoallemande, une jalousie mesquine et une défiance mal fondée s'est développée en angleterre contre l'allemagne ^), et celle-ci porte une rancune profonde à l'angleterre à cause de son attitude pendant la grande lutte que la nation allemande a dû soutenir contre la france. Ces sentiments s'affaibliront à mesure que l'ancienne angleterre s'habitue à la nouvelle allemagne , et que le souvenir des souffrances^ de la lutte s'efface en allemagne. En se plaçant au point de vue anglais en 1870, les allemands se rappelleront que Napoléon III et non le roi de prusse avait été l'allié de l'angleterre, que la confédération du nord venait de naître et que l'allemagne n'était pas encore née, que l'angleterre était gouvernée par M. Gladstone, ami spécial des français et ennemi des allemands, enfin qu'à cette époque le sentiment de famille était nul parmi les teutons. — L'angleterre et l'autriche sont d'anciennes connaissances qui n'ont rien à se reprocher ni rien à appréhender l'une de l'autre. Les préventions absurdes de M. Gladstone et de ses disciples contre l'autriche ne sont

*) Surtout parmi les radicaux qui considèrent Tallemagne comme le pays du monarchisme, de Taristocratie et du militarisme.

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pas nationales^). — L'italie a déjà éprouvé ce que lui a valu l'alliance avec Tallemagne; elle lui en est reconnaissante et disposée à resserrer les liens qui l'unissent déjà à la nation qui a lutté, comme elle et à la même époque, pour fonder son unité politique. — Depuis que l'autriche est expulsée de l'italie, l'empire autrichien et les tedeschi ont cessé d'être antipathiques aux italiens, qui n'avaient à oublier que le despotisme éclairé et paternel de leurs voisins du nord, et non des spoliations, des injustices, des cruautés. La cession du trentin fera aimer l'autriche des italiens, qui sont les plus reconnaissants des hommes. — La cession du nord du schleswig produira entre toute la Scandinavie et l'allemagne un rétablissement de confiance et d'amitié. Cette cession rendra également à l'allemagne la confiance trop ébranlée des autres états secondaires: de la hollande, de la belgique et de la suisse.

Il reste à faire une observation générale. Abstraction faite des deux cessions à accomplir, les limites entre les divers états de l'europe sont tracées d'une manière satisfaisante pour tous *). Ils n'ont rien à se réclamer, et ils

^) L'historien distingué M. Freeman a fait insérer dans le contemporary review (1882) un article qui contient une longue suite d'injures contre l'autriche et sa maison impériale. L'article est inspiré par un doctrinarisme libéral et gladstonien des plus aveugles et tout-à-lait indigne de Tillustre auteur. M. Freeman oublie Thistoire de la franco et de la prusse et tous les péchés anciens et récents de Tangleterre. R ne pense pas à Tirlande, ni au transvaal, ni à Gibraltar, malte et héligoland, ni aux colonies hollandaises du cap, de ceylan etc., que Tangleterre n'a pas voulu rendre lors de la chute de Napoléon I et du rétablissement de la hollande.

^ Le danemark ne convoite plus la possession des duchés allemands, il ne vent plus que le nord danois du schleswig. — La hollande et la belgique sont habituées à la délimitation qu'on leur a faite et ne désirent plus la changer. — L'allemagne ne convoite ni la suisse allemande, ni la hollande, c-à-d. 4 millions d'hommes parlant une autre langue et qui lui causeraient en permanence un embarras beaucoup plus grand que l'alsace-lorraine, ni les provinces allemandes de Pautriche, dont l'annexion à l'allemagne livrerait le reste de l'autriche à la russie, et ne permettrait pas à l'allemagne de s'étendre jusqu'à l'adriatique. — L'autriche se félicite d'être sortie de l'aile-

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ne sont pas divisés par des intérêts contraires. Rien ne s'oppose donc au développement d'un sentiment de communauté de race parmi les teutons, de parenté spirituelle et historique dans toute l'europe restreinte. En présence de l'accroissement colossal de la russie et des états-unis, en présence du mouvement panslaviste et d'une masse humaine comme celle des chinois, les teutons d'europe remarqueront qu'ils ne sont qu'un groupe peu nombreux occupant un territoire de peu d'étendue dont une partie est déjà fort peuplée et dont une autre partie est peu productive et peu habitable à cause de la nature du sol et à cause du froid i). Le sentiment de leur exiguïté et de leur faiblesse les portera à se rapprocher les uns des autres, puisqu'ils sont en réalité une seule famille, parlant au fond la même langue et se trouvant avoir dans une grande mesure les mêmes traditions, les mêmes moeurs et les mêmes idées. La communauté de race avec les ressemblances et les sympathies qui en résultent, est en effet le fondement le plus solide pour les alliances permanentes entre les peuples. Si les deux grandes puis-

magne et d'avoir obtenu par là son assistance contre la russie; et Vienne n'aimerait pas à perdre son importance par son annexion à l'allemagne ni à devenir la suivante de Berlin.

^) Le territoire teuton, comprenant Fallemagne, la hollande, la Scandinavie, toute Tangteterre, la suisse allemande, la belgique flamande, la moitié de Tautriche cisleithane, est à peine la moitié du territoire européen, lequel a été évalué à 3.825.000 kil. carrés environ. Rappelons-nous que Taréa de la russie proprement dite (V. ci-dessus p. 117) a été évalué à 3.870.000; que la superficie des états-unis sans lalaska est de 7.700.000, celle du brésil de plus de 8.000.000, celle du mexique et celle de la république argentine de plus de 2.000.000 k. c. Cette république et le mexique ont donc chacun un territoire plus grand que le territoire ^eutonique.

Quant aux habitants, en comptant 10.000.000 pour Tautriche et en ne faisant aucune déduction en irlande, en belgique et en suisse, on arrive à 114.000.000, c-à-d. à la moitié environ de la population de toute Teurope. A ce propos rappelons nous les 350 niiliions de chinois de la chine proprement dite, les 250 raillions de Tempire anglo-indien, les 100 millions à peu près d'habitants de l'empire russe actuel, et pensons aux populations futures de Tamérique et de la russie (V. ci-dessus p. 117/8).

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sances teutoniques, l'angleterre et Tallemagne, s'isolent, elles risquent d'être mangées séparément par leurs puissants ennemis ou d'être noyées dans la grande lutte pour l'existence des multitudes croissantes qui se pressent sur la surface du globe. En tout cas elles pourront mieux lutter, spirituellement et matériellement, si elles se tendent la main et s'adjoignent en même temps la Scandinavie, la hollande et la suisse allemande, ainsi que les éléments teutoniques de l'autriche et de la belgique. Ce noyau teutonique servira de point de ralliement au reste de l'europe restreinte, c'est-à-dire à toute l'autriche, à toute la belgique et à toute la suisse, ainsi qu'à l'italie.

La répugnance de l'angleterre à prendre part à l'union, répugnance due à son isolement insulaire et traditionnel, sera le plus difficile à vaincre. Cependant les anglais finiront probablement par comprendre qu'il faut bien payer le luxe de ne pas avoir d'armée sérieuse, et qu'il vaut beaucoup mieux de s'unir à titre de parité à ses proches parents parmi les nations, que d'être obligés à commettre de temps à autre, même sous prétexte d'amitié on d'équité, des lâchetés envers ses rivaux ou des ennemis dont on a peur, envers la franco, la russie et l'amérique, selon la méthode libérale et gladstonienne.

La france ne sera pas disposée à autoriser la formation Bëpantionde d'une union européenne dont elle refusera de faire partie. Î!*®°f ^^^

^ *^ lumon et U

Mais les états de l'europe restreinte pourront se passer franœ de son consentement. Ils sont assez forts pour s'unir malgré elle ; au moins actuellement et avant que la russie ne soit devenue assez puissante pour former avec la france une ligue formidable contre l'allemagne et l'autriche. Cependant il importe que la france se console de l'existence de l'union. L'europe restreinte devra donc s'efforcer d'établir entre elle-même et la france une séparation de biens dont celle-ci pourra se contenter provisoirement, et

à laquelle elle pourra s'habituer. — Voici le programme des conditions de séparation qui semble être indiqué par l'état actuel des choses. L'europe restreinte réserve à sa sphère d'action et d'influence tout l'orient ^) , avec le bassin oriental de la méditerranée , les indes orientales et l'archipel indien , l'australie , l'afrique orientale et méridionale , le canal de Suez. Elle abandonne à la france — outre l'espagne et le portugal , l'algérie , la tunisie , et le maroc — le bassin occidental de la méditerranée, toute la partie occidentale de l'afrique au sud de la tunisie , de l'algérie et du maroc, enfin toute l'amérique au sud des états-unis (hispano-portugaise). A cet effet la france pourrait abandonner à l'europe restreinte ses petites possessions sur le continent des indes anglaises (Pondichéry etc.) et sur l'île de Madagascar , avec l'île de la Réunion (Bourbon) •), la cochinchine et le protectorat du Cambodge. Elle recevrait en échange 4^ les guyanes hollandaise et anglaise et le honduras sur le continent de l'amérique , 2^ les îles de la Jamaïque , la Trinité , la Barbade , la Dominique , la Grenade et toutes les autres petites antilles anglaises , hollandaises et danoises 3), avec les îles Bahama et Bermudes , 3° les possessions anglaises de Gambie, Sierra Leone et de la côte d'or dans l'afrique occidentale, ainsi que les îles anglaises de St« Hélène, de l'Ascension et de Tristan dans l'océan atlantique. La france, pour se consolider dans les antilles et dans l'amérique, pourrait reprendre son ancienne possession de Saint-Domingue, ce qui serait un bienfait pour tous les habitants des deux républiques , de celle de haïti et de celle de la république dominicaine. De cette façon l'océan atlantique serait réservé à la france, l'océan indien à

') Sans le maroc, Talgérie et la tunisie.

') A la suite de Maurice (ile de France).

^) La cession de plusieurs de ces îles, qui ont été autrofois des possessions françaises, serait très agréable à la france; notamment celle de la Dominique, la Grenade, Si^ Lucie, St« Croix, St. Eastache.

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Teurope restreinte ^). La france deviendrait une puissance américaine, et elle aurait le contrôle du monde hispanoportugais au delà comme en deçà de l'atlantique. L'angleterre serait délivrée de la présence inquiétante et dangereuse des français dans Tindostan et dans Vindo-chine. La hollande et le danemark ne feraient aucune perte sensible. La cession de ses possessions américaines à la france épargnerait à Tangleterre de grands embarras en cas de conflit avec les états-unis. Cet inconvénient n'existe pas pour la france, contre laquelle les yankees n'ont aucune défiance ni aucune antipathie; ils ne lui refuseront pas une bonne place dans l'amérique hispano-portugaise, pourvu qu'elle ne vienne pas fonder un grand empire »latin" à leur porte, au mexique, empire qui opposerait . une barrière à leur extension naturelle vers le sud. Les échanges proposés") serviraient donc à assurer la paix européenne et la paix du monde, en prévenant des conflits entre l'europe restreinte, la france et l'amérique. Il importe de les effectuer au plus vite, avant qu'il ne soit trop tard.

L'union européenne pourra et devra être organisée de ayantaget de manière à être un grand bienfait pour les populations ^^^^ qu'elle renferme, et à amener un grand progrès dans la vie sociale et internationale du genre humain.

En premier lieu le principe que l'union est purement

I) Le changement de gouvernement serait surtout pénible pour les habitants blancs des anciennes colonies. Cependant pour toutes ces populations mixtes et éparses, habitant des fragments de territoire, le changement ne serait pas un grand malheur.

-) L'angleterre prendrait Pondichéry etc., la Réunion. Madagascar en échange de ses sacrifices. Elle abandonnerait le nord de Bornéo à la hollande. Le danemark serait dédommagé en argent. L'allemagne prendrait la cochinchine française, et toute l'indo-chine (Cambodge, annam, siam etc.) lui serait abandonnée. Il est évident que l'assistance de Tallemagne serait précieuse pour Tangteterre et la hollande quand il s'agirait de la défense commune contre la chine.

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défensive doit être exprimée dans Tacte fédéral et hautement proclamé au dehors, et il doit dominer toute l'organisation militaire. A l'intérieur, l'union produira l'effet d'une ligue de paix (Friedensbund). Ses membres ne se disputeront pas leurs territoires respectifs ; et si des litiges s'élèvent sur d'autres matières, le conseil fédéral tâchera de les concilier ou formera un arbitrage pour résoudre le différend. Ainsi, toute guerre entre les états fédérés étant exclue , leurs forces militaires seront consacrées à la défense commune contre Vétranger.

Par l'influence de l'union, l'organisation militaire sera perfectionnée, uniformisée et centralisée au point de vue de la défense commune. En outre, chaque état pourra coopérer à cette fin selon ses facultés spéciales en fournissant surtout, soit des hommes, soit des chevaux, soit des fusils , canons ou navires cuirassés , soit des fantassins , soit de la cavalerie, soit de l'artillerie. De cette façon les charges militaires seront allégées pour chaque état, en même temps que les sacrifices qu'il fera en hommes et en argent, porteront plus de fruits. Il y aura des fortifications aux frontières de l'europe seulement; les moyens de défense entre les états seront supprimés^). Les lignes stratégiques seront combinées et tout sera arrangé de manière que toute l'europe puisse se porter aisément et rapidement au secours de chaque partie. Ainsi l'union militaire permettra de diminuer considérablement l'effectif des troupes et les dépenses militaires de chaque état fédéré; ce qui n'empêchera pas qu'elle diminue, au moins pendant un bon nombre d'années, le danger d'une attaque franco-russe. Il ne faut pas oublier, du reste, que si l'état

^) Ainsi Tallemagne, l'autriche, Titalie, la belgique et la suisse seules auront des frontières à défendre contre la russie et la france. Les autres états, Tangleterre, la hollande, la suède, la norvège et le danemark, qui sont surtout des puissances maritimes, pourront compenser leur exemption de fortiûcaions par une contribution plus large aux armements maritimes.

l'at£ni& dk l'Europe. 1S7

d'armistice se prolonge, le danger d'une attaque pourra s'affaiblir beaucoup et finalement disparaître. En effet, malgré l'augmentation de sa force agressive et de sa richesse , la france , en oubliant ses motifs de revanche , en s'habituant au statu quo, en subissant l'influence d'une longue paix et des progrès de la civilisation , sera un jour de moins en moins disposée à se liguer avec la russie contre l'europe restreinte; et la russie elle-même pourra changer d'aspirations et perdre de son humeur belliqueuse.

L'union garantira à tous ses membres contre l'étranger 1° sans réserve , leur territoire européen , 2^ dans une mesure déterminée par les conventions fédérales, leurs possessions extra-européennes ^). Et comme elle pourra prendre fait et cause pour ses membres dans tous les cas où ils seraient injustement attaqués , son existence seule protégera les états fédérés par rapport aux possessions non garanties.

Les états de l'union devront conserver l'exercice de leur pleine souveraineté chacun chez soi, entre eux et au dehors. Mais le fait de l'union rendra possible et facilitera des conventions qui sont dans l'intérêt indubitable des états fédérés. Ainsi I. on établira une union douanière et des droits uniformes sur les principaux articles de consommation de luxe: 1° l'alcool, vins et bières compris, 2° le tabac, 3^ le thé, le café et le sucre; et ce, au grand avantage du commerce, au détriment des contrebandiers, et au profit du trésor et du système d'impôts de

1) L'orient, considéré comme domaine commun de Teurope restreinte, sera garanti contre toute attaque de la russie et de la france. Les indes orientales —anglaises, hollandaises, allemandes — ne seront garanties contre la russie et la chine avec la france et Tamérique qu*à condition que les habitants de tous les pays de T union soient admis aux mêmes avantages de commerce, d'industrie et d'établissement que ceux de Tétat possesseur, et si d'ailleurs la cause de cet état est trouvée juste et l'intérêt de l'europe suffisamment engagé. — Les autres colonies et possessions, comme le canada, le cap, Hongkong, l'australie et toutes les îles éparses de l'océan, ne seront aucunement garanties.

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chaque état. IL L'union n'est pas nécessaire pour introduire un système postal et télégraphique uniforme et international ou des relations internationales entre les chemins de fer , les bateaux à vapeur etc. Mais elle pourra conduire à l'introduction sur son territoire entier a. d'un système monétaire commun^), b. du système décimal de mesures et de poids existant, à l'exclusion de tous autres poids et mesures. L'union amènera une protection efficace des ouvriers et de leurs femmes et enfants. Tous les états établiront des règles uniformes concernant les heures de travail des hommes, des femmes et des enfants, l'âge auquel les enfants seront admis au travail, les genres de travaux auxquels les femmes et les enfants ne seront pas admis, l'hygiène des fabriques, les^ minima des salaires des ouvriers des fabriques et des mercenaires agricoles , etc. Par suite de l'uniformité de ces restrictions urgentes, la concurrence ne sera pas rendue impossible ou improfitable au sein de l'union, et on protégera la concurrence contre l'étranger, c'est-à-dire contre tous les états (france, étatsunis , russie etc.) qui n'auraient pas adopté des restrictions équivalentes. IIL Le droit pénal pourra être en grande partie uniformisé dans les états de l'union. On pourra établir les mêmes lois quant aux peines ; quant aux notions générales, comme tentative, complicité, récidive etc.; quant aux notions et aux définitions des délits ordinaires, comme homicide, blessures et coups, calomnies et injures, vol, détournement, escroquerie, usure etc.; quant à tout ce qui ne touche pas les idées reçues sur ce qui est dû

0 En adoptant le simple étalon, celui de Tor, et une dénomination unique ~ soit ]»livre dW — pour Tunité de la valeur monétaire. Cette unité sera fournie par une quantité déterminée d'or pur, soit celle que contient la livre sterling anglaise. Fractions de Tunité monétaire selon le système décimal. Nouvelles pièces d*or exclusivement selon Tunité adoptée. Valeur des anciennes pièces mesurée par cette unité et officiellement déterminée par Tunion.

l'avbnib db l'subope. 189

à la moralité, à Tutilité publique, à la liberté individuelle, ou d'autres idées qui varient notablement d'un pays à l'autre. Quant à la procédure pénale, on pourra la régler d'une manière uniforme pour toute Teurope. En effet, le problème que cette procédure donne à résoudre, est partout le même. C'est celui d'arriver à la découverte et à la preuve des délits et à la punition des coupables de la manière la plus simple , la plus rapide et la plus sûre, avec un maximum de garanties et un minimum d'inconvénients pour les non-coupables. Il est vrai qu'il y a de graves diff'érences sur l'équilibre à établir entre ce qui sert à assurer la punition des coupables et ce qui contribue à préserver et à ne pas incommoder les noncoupables ; mais ces différences dépendent plutôt des diverses tendances sociales qui se trouvent partout, que des tendances qui sont propres à certains pays^). Un moyen terme tend à prévaloir dans toute l'europe. Ainsi pour obtenir une procédure pénale uniforme, il ne faut suivre^ ni le système traditionnel français assez répandu, ni le système traditionnel anglais, ni le système allemand; mais il faut trouver le système moderne qui sera partout bien accueilli'). En tout cas. on pourra établir immédiatement

■) L'angleterre a certaines traditions qui lui sont propres, mais on ne saurait dire que les anglais sont en général plus disposés que les européens du continent à sacrifier l'intérêt de la punition du coupable à Tinlérét des non-coupables.

') Voici s. m. les traits principaux de ce système: 1. Un ministère public qui n*est pas :»partie publique", mais qui dirige la police détective, qui recbercbe et prend des informations, qui instruit la cause sans formée.

2. Un juge qui instruit la cause à l'audience publique, qui rend par écrit, sans jury, un jugement pleinement motivé, qui autorise la réclusion préventive et les visites domiciliaires, mais qui du reste demeure étranger à la cause avant Taudience et n'autorise pas le renvoi devant le tribunal.

3. Un tribunal composé d'un juge, qui préside à l'audience et rend le jugement, et de deux juges-assesseurs et aviseurs, qui écrivent au bas du jugement leur approbation ou leur désaccord détaillé et motivé. 4. Appel spécial et motivé a. du condamné, non du ministère public, b. de chacun des assesseurs en faveur du condamné; pas de cassation. 5. Les délits qua-

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des règles uniformes sur le forum pénal , sur l'arrestation et la réclusion préventive, sur l'extradition et sur Texécution des jugements dans toute l'union, de manière qu'on puisse mettre la main sur les personnes condamnées ou suspectes, comme si l'europe restreinte, ne formait qu'un seul territoire pénal. L'organisation internationale de la police et les rapports intimes entre les états européens permettront en outre de prendre des mesures hygiéniques générales et surtout de combattre uniformément, sur tout le territoire de l'union , les maladies contagieuses des hommes, des animaux et des plantes. De même il sera possible de traquer, de poursuivre, d'arrêter, d'extrader partout les régicides, les incendiaires, les »dynamitards" et autres dévastateurs, tous ceux enfin qui méditent, préparent ou enseignent l'usage de moyens criminels pour amener des changements politiques et sociaux. IV. En matière civile on pourra introduire un état civil uniforme, des règles identiques sur le domicile, le forum, les jugements et leur exécution, le droit cambial; même sur toute la procédure civile et tout ce qui concerne les obligations et les meubles^). On pourra au moins formuler, et introduire comme loi, un droit international privé ou droit forain*) pour toute l'europe restreinte; et l'exécution des juge-

lifiés oontraventions de police jugés par un fonctionnaire administratif, sur avertissement écrit et par inscription dans son registre. Appel du condamné devant le tribunal de première instance. 6. Le juge peut infliger une amende pour défense produite et pour appel interjeté de mauvaise foi ; pas de condamnation aux frais.

^) En d^autres termes tout le droit civil pécuniaire ou économique en dehors de ce qui touche les immeubles. Le droit foncier anglais surtout diffère de celui des autres nations européennes II fiiudra encore beaucoup de temps avant qu'on ait aboli tout le bagage des «droits réels" et réduit le droit foncier — même sur le continent — au droit de propriété foncière pure et simple , sauf les droits et obligations entre voisins fonciers.

') G'est-à-dire le droit concernant 1^ les étrangers, 2> les immeubles située, les meublée se trouvant, les actes accomplis et les événements ayant lieu à Vétranger,

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ments pourra se faire dans toute l'union, comme si elle formait un seul état.

Remarquons que toutes ces uniformités et cette organisation de » services internationaux" ne touchent pas le fond de la vie humaine et ne nuisent en rien à la libre et multiple expansion de cette vie.

Malgré tout ce qu'on peut dire sur le passé, le présent eiirape et et l'avenir de Teurope, on ne trouvera pas mal de per- ^^ sonnes prêtes à enseigner que la notion de l'europe est déjà arriérée, et qu'elle doit être fondue sans délai dans celle du genre humain. Il faut résister à ces doctrines prétendument avancées et humanitaires. Abolir l'europe est un cosmopolitisme prématuré.

On doit admettre le genre humain dans ce sens qu'il n'est pas permis de traiter comme des êtres nuisibles les papous et les nègres, les hottentots et les australiens, en un mot les races décidément inférieures, lors même qu'il est impossible d'avoir avec elles d'autres rapports que la lutte armée ou pacifique pour l'existence i). Ils sont des hommes et non des animaux. Cependant nous ne pouvons considérer comme nos semblables , soit ces races inférieures , soit en général les populations sauvages on demi-sauvages. Il n'en est pas de même sans doute des chinois, des japonais, des hindous, des peuples civilisés de l'extrême orient, ni des orientaux — persans et afghans, turcs et grecs, arabes et berbères, égyptiens et bédouins —, ni des russes. Ces peuples, même s'ils sont arriérés, stationnaires, déchus, et si leur civilisation ne vaut pas la nôtre,

^) A moins qu'on ne renonce à cette lutte pour réduire en esclavage les races inférieures. Cette transaction, qui consiste à laisser la vie (servare) aux vaincus et à en faire des esclaves (servi) au profit des vainqueurs (selon le jeu de mots étymologique des jurisconsultes romains), a été recommandée de nos jours comme la seule solution de la question sociale. On veut qu'ils soient des esclaveç collectifs^ exclus de toute fonction sociale , dépourvus de toute instruction, voués au travail manuel et corporel.

sont nos semblables, nos pairs; et il faut les traiter en conséquence. Mais il n'est pas possible de les considérer comme de proches parents. Pour nous autres européens ils sont des étrangers, ils ne sont pas de la famille. Entre eux et nous il n'y a pas eu des rapports séculaires. Les liens qui, malgré toutes les rivalités, les antipathies et les souvenirs de guerre, unissent entre eux les divers peuples de Teurope et même des pays européens d'outremer, ne les attachent pas aux peuples de l'extrême orient , aux orientaux , «aux russes. Il n'y a pas de traditions et d'idées communes; il n'y a pas d'influence réciproque, d'échange spirituel. Ainsi cette communauté et cette union des nations, qu'on voudrait étendre au genre humain, ne peut être réalisée aujourd'hui que dans les limites de Teurope. Encore faut-il la scinder provisoirement en deux parties : l'europe restreinte , et la franco avec la péninsule ibérique. Au lieu d'être arriérée, faute d'être assez cosmopolite, la notion de l'europe doit encore faire son chemin; et l'union de l'europe restreinte sera déjà un grand progrès pratique. Plus tard la franco avec la péninsule ibérique se joindra à l'europe restreinte, et l'union européenne embrassera toute Teurope avec l'orient. Plus tard encore des rapports conventionnels intimes s'établiront avec les états-unis, toute l'amérique, l'australie, toutes les colonies et possessions européennes, puis avec la russie, enfin avec la chine et le japon et le reste du monde. Aujourd'hui le genre humain^ dans le sens de ^société universelle des hommes", n'est encore qu'un rêve de l'avenir, non moins que l'idée de la paix univereelle. Cependant , il est un cosmopolitisme doctrinaire qui , tout en admettant que l'humanité n'est pas plus avancée et en déplorant le fait, aime mieux attendre l'avènement de la société universelle que de fonder provisoirement 1 union européenne. C'est là une grande erreur. En général, c'est

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un système absurde de détruire les petites sociétés humaines au profit des grandes. Car les petites sociétés servent d'appui aux grandes, et on n'arrive aux grandes que par les petites. Ainsi, il ne faut pas sacrifier la ville ou le village à la province ^) , au canton , à l'état *) , à la patrie; ni la province à l'état; ni le canton ou l'état à la confédération nationale; ni l'état ou la confédération ou la patrie à une alliance entre plusieurs nations, unies par les liens d'une civilisation commune; ni une alliance de cette nature à la grande communauté future — possible , probable ou même certaine — du genre humain. Il faut cultiver simultanément toutes ces communautés dont chacune peut conduire et servir d'appui à une communauté plus étendue. On fera donc bien d'accueillir Vunion européenne restreinte pour hâter l'avènement de la société universelle des hommes.

') La proYin«3e naturelle, qu'elle soit appelée province, département, comté ou autrement.

') Etat y soit isolé et complètement indépendant, soit membre d'une confédération comme aux états-unis ou en allemagne. Canton ^ en suisse, est synonyme d'état dans ce dernier sens.

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