‹ L'Egypte et l'EuropeChapitre 22 sur 85 · DROITS ET DEVOIRS INTERNATIONAUX · texte numérisé non relu

DROITS ET DEVOIRS INTERNATIONAUX

le brésil, T Uruguay et la république argentine ont faite au Paraguay, ou la guerre tenace entre le chili et le pérou? U semble difficile de répondre affirmativement, même par rapport à la lutte entre le chili et le pérou. — En revanche, de ruigu langleterre, ou en son nom le puissant M. Gladstone^), ™ devait empêcher la guerre que la france allait faire à Tallemagne en 1870, cette guerre absurde et nécessairement désastreuse que l'angleterre pouvait arrêter en déclarant catégoriquement à l'empereur ©qu'elle lui ferait la guerre du moment qu'il la ferait à l'allemagne, et ce pour le contraindre de décréter la paix au plus vite". L'angleterre était responsable de la guerre qui allait éclater à ses portes entre les deux grandes puissances européennes qui étaient ses plus proches voisines; car elle avait le pouvoir de la prévenir par un acte de justice, qui était un immense service rendu à la france non moins qu'à l'allemagne. — Evidemment l'angleterre n'est pas appelée à mettre un terme aux cruautés du roi Théba de birman et moins encore aux hécatombes humaines du roi de dahomey. Elle n'est pas responsable de tout ce qui peut arriver aux hommes entreprenants qui s'aventurent partout parmi des populations sauvages ou incivilisées, soit pour gagner de l'argent , soit comme missionnaires ou comme explorateurs , et qui ont le malheur d'être tués , emprisonnés , dépouillés. Sous ce rapport la guerre d'abyssinie , entreprise pour dé-

') Il ne safiQt pas de dire que M. Gladstone n*a pas osé contre la france, que la pmsse et Tallemagne lui étaient antipathiques et que la neutralité lui semblait plus aTantageuse pour l'angleterre et ses finances, et pour sa propre vie ministérielle. l\ faut ajouter qu'il n'a pas eu la moindre idée d'un devoir moral qui obligeât son pays à prévenir une calamité aussi gigantesque et aussi terrible que devait l'être une lutte mortelle entre la france et Tallemagne. — M. Gladstone ne pouvait croire que l'empereur Napoléon m mépriserait l'alliance de l'angleterre avec l'allemagne. La marine anglaise ne pouvait-elle pas, pendant la guerre anglo-française, annihiler la marine française, chasser le pavillon français de l'océan, occuper toutes les colonies françaises, libérer Talgérie etc.?

livrer les captifs du roi Théodore n'était certainement pas exigée par la responsabilité internationale i). Mais l'angleterre était parfaitement responsable des assassinats et des cruautés qui ont été commises en Irlande sous le régime du »land league", et dont M. Gladstone pouvait arrêter le cours par le sacrifice temporaire d'une liberté et d'institutions libérales qui étaient hors de saison en présence d'une conspiration générale contre la loi et la justice, et d'un terrorisme universel*). Ici le gouvernement anglais ne pouvait dire : »rhistoire de Tirlande et le caractère des irlandais sont la cause de ce qui arrive ; je n'ai pas la mission ni le pouvoir d'y porter remède ; Dieu le veut ainsi", europe et Les nations européennes sont certainement responsables colonies ^^ ^^ ^^j g^ p^gge dans leurs colonies ou possessions

transocéaniques. Sous ce rapport l'angleterre et la hollande se sont imposé par leurs empires indiens une responsabilité excessivement lourde, même en comparaison des autres nations coloniales: la france, le portugal et Tespagne. Elles ont hérité ces empires de grandes compagnies commerciales, mais elles en ont pleinement accepté la

0 Cette guerre pouvait être justifiée par Fintérèt majeur que le maintien de son prestige en orient présente pour langleterre. Les deux gueri'es d'afgbanistan étaient infiniment plus justifiées par la nécessité absolue de maintenir ce même prestige contre la russie dans Tafghanistan, dans toute Tasie centrale et la perse, dans l'empire indien même.

^ En agissant ainsi, M. Gladstone aurait pu faire accepter une )»réforme agraire" beaucoup plus radicale que celle qu'il proposa; par exemple une conversion générale des locataires (tenants) en propriétaires moyennant la constitution d'une rente foncière inférieure au prix de location et rachetable avec quelque avantage pour l'ancien propriétaire. Seulement cette conversion devait être accompagnée d'une indemnité accordée par Tétat aux propriétaires qu'on expropriait pour des raisons de salut public. — M. Gladstone a Mi trop peu pour la justice, trop peu pour les propriétaires et trop peu pour les fermiers irlandais. La réduction des loyers (qui a été généralement de 25 p. c), malgré les propriétaires et sans indemnité publique, est une mesure révolutionnaire, non parce qu'elle est contraire au «laisfier faire", au libre échange, à la liberté des conventions entre les propriétaires et les fermiers, mais parce cpi'elle attaque par la base le droit de propriété.

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domination. Elles se sont donc engagées à secourir des millions d'indigènes en cas de famine ou d'autres misères, à maintenir la paix intérieure et à faire régner la justice dans les immenses domaines du continent et de Tarchipel indiens , à gouverner les indigènes dans leur intérêt, à tâcher d'améliorer leur condition économique et sociale, enfin à les protéger énergiquement contre l'exploitation et la prépotence d'une foule d'anglais ou de hollandais et d'autres européens, chinois etc., décidés à s'enrichir par tous les moyens à leurs dépens sous la protection du gouvernement colonial.

Le partage de l'orient donnera une grande extension à emope «t la responsabilité 1® de l'autriche et de l'italie, de l'aile- ^'™°* magne et de l'angleterre. par rapport aux pays de l'orient qui leur écherront en partage, 2^ de toute l'europe restreinte par rappojrt aux pays soumis au protectorat commun.

Déjà maintenant la responsabilité européenne est large- eaiope et ment engagée en turquie. Depuis la guerre de crimée les *'*^°** grandes puissances de l'europe se sont ingérées dans les aCTaires intérieures, dans le gouvernement de la turquie. Le régime consulaire y a été largement appliqué; on a protégé les européens, ainsi que les grecs et autres orientaux chrétiens ou rajahs, contre le sultan et les indigènes musulmans; et ces derniers ont été abondamment exploités par les protégés. On a permis que le sultan fît de grands et nombreux emprunts en europe, et on l'a obligé d'affecter au service de ces emprunts, outre le tribut de l'égypte, plusieurs branches régulières des revenus de la turquie. On n'a pas empêché la russie de faire la guerre à la turquie, d'abord indirectement par la Serbie et le monténégro , ensuite directement avec toutes ses ressources militaires. On n'a sauvé qu'à la dernière heure Constantinople et l'existence de l'empire ottoman, mais on lui a

enlevé la bosnie et Chypre, la bulgarie et la roumélie orientale, les agrandissements de la Serbie, dumonténégro et de la grèce. Ainsi on a laissé la turquie démembrée et désorganisée, affaiblie et appauvrie. L'europe ne peut donc plus prétendre que le sort de la turquie ne la regarde pas, que cet empire est situé hors de sa sphère d'action et d'influence. Elle est tenue avant tout de protéger les indigènes musulmans — tant dans les provinces enlevées que dans les provinces laissées au sultan — contre les européens, les grecs et autres orientaux chrétiens qui les dévorent, eoiope et é- La responsabilité de Feurope est excessivement grande ®^^ par rapport à Tégypte , parce que son immixtion dans les

affaires de ce pays a été exceptionnellement grande, et parce qu'elle lui a fait beaucoup de mal i). Celle de l'angleterre était déjà plus grande que ^elle des autres puissances, excepté la france. Après la guerre de 1882 elle est devenue formidable. Avant cette guerre Tangleterre avait eu en égypte sa part dans le règlement de la dette au profit des créanciers en bonne partie anglais, sa part dans le commissariat de la caisse publique et dans le contrôle anglo-français, sa part dans la grande enquête et dans la liquidation générale. Elle avait eu son ministre anglais, ses nombreux fonctionnaires tous bien payés et souvent incapables*). Depuis la guerre de 1882 l'angleterre est maîtresse absolue de l'égypte. Arabi et ses amis sont internés dans une île anglaise ; leur armée est licenciée ;

») V. vol. I., résumé p. 342/43.

^ n y a eu sans doute d'excellents fonctionnaires anglais, comme feu le général Marriott et M. Gaillard. Mais ils sortaient de la règle. On pourrait nommer trois fonctionnaires exerçant la même profession, dont deux étaient des idiots et le troisième un jeune homme incapable de remplir ses fonction» graves et difiQciles. Ce dernier habitait le village européen, grec et levantin de Ramleh près d'Alexandrie et n'avait aucune relation avec les indigènes. Néanmoins il disait Toffîce de correspondant du Times, auquel il fournissait des articles anonymes tirés des sources impures qui Tentouraient.

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le khédive replacé sur le trône par les anglais n'a d'autre pouvoir que celui qu'il leur emprunte; les pachas turcs, les officiers circassiens sont impuissants, à moins de pou- Toir s'appuyer sur la protection anglaise; les égyptiens sont retombés généralement dans un abattement complet. La responsabilité morale de l'angleterre par rapport à l'égypte est donc provisoirement absolue.

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