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ver lorsque le khédive les recevait favorablement. Ce genre de politesse était tout à fait dans la manière de Sultan,
lequel d'ailleurs tenait beaucoup à être considéré comme loyal envers le khédive.
Cependant M. Malet ne rêvait que de l'arrivée des escadres. » L'avantage en est trop grand — c'est ainsi qu'il parla le 44 à Lord Granville — pour être balancé par le danger qui pourrait en résulter possiblement pour les euro^ péens du Caire". » D'ailleurs, ajouta-t-il, le danger sera diminué par l'arrivée des flottes à l'appui du khédive, qui semble avoir tout le monde pour lui maintenant, hors le parti militaire'*, ^)
Le 14 ou le 45 mai, la présidence du conseil fut offerte au ministre des affaires étrangères , Moùstapha Fahmi , qui refusa absolument. Sur ce, les ministres déclarèrent qu'ils ne donneraient leur démission que si la chambre le désirait *).
Ce résultat décontenança M. Malet , d'autant plus que le khédive les àéputés ne s'étaient nullement prononcés pour le khé- *^* dive et contre Arabi 3). Sans renoncer à son projet de faire tomber Arabi le plus tôt possible, M. Malet pensa que le khédive devait s'exécuter pour mettre fin à la crise qu'il avait causée en suivant les conseils du consul anglais. Ainsi , malgré l'arrivée prochaine des flottes dont Lord Granville informa M. Malet le 45, et qu'il annonça le même jour au khédive avec M. Sienkiewics , les deux consuls conseillèrent au khédive »de renouer des relations avec son présent
») vn. 188.
S) P. p. VII. 210.
') M. Malet ne mentionne pas une histoire cpie Ton trouve dans les correspondances du Times, savoir que Sultan pacha lui aurait dit qu'il pouvait compter sur 66 des 75 députés (corr. 15 mai) où sur tous les députés moins 6 (corr. 23 mai) contre Arabi et en faveur du khédive. Si M. Malet avait reçu cette nouvelle si précise et si rassurante, et s'il y avait ajouté foi, ne l'aurait-il pas communiquée à Lord GranviUe? On voit ce que valent tous ces ion dit" rapportés par des correspondants anonymes.
ministère" i). — Le khédive , toujours obéissant , envoya quérir immédiatement ses ministres et se réconcilia avec eux. Le 16 mai, M. Malet rapporta à Lord Gran ville Dque les ministres sont allés au palais et ont fait une complète soumission') au khédive, et que pendant Tentrevue le khédive n'a fait aiicune aUiision au conflit récent''. En d'autres termes : »Le khédive ayant rappelé les ministres , ils sont revenus; le khédive ne leur a fait aucun reproche, ne leur a demandé aucune déclaration, aucune promesse; en revanche les ministres n'ont parlé de rien et ont observé la politesse d'usage envers le souverain." Il parait du reste que les ministres ont cru devoir observer dans la conjoncture présente la plus grande modération. Le conflit est resté irrésolu. Le décret n'a été ni retiré, ni modifié; mais il n'a été ni contresigné, ni publié. Seulement les circassiens ont été expédiés, dès le 19 mai. Ce jour là une partie fut embarquée sur un bateau à vapeur russe pour Constantinople et Osman pacha Rifki partit pour la syrie sur un bateau autrichien.
Dès la réconciliation qui eut lieu le 15 mai, la réunion de la chambre des délégués n'avait plus d'objet. Cîependant une réunion formelle des délégués arrivés le 11 et le 12 mai, n'aurait pu avoir lieu que le 13. C'est" donc tout au plus le 13, le 14 et le 15 que les députés auraient pu s'assembler pour délibérer sur le conflit, et ne l'ont pas fait. Evidemment Sultan pacha n'a pas voulu
1) P. p. Vn 210. — M. Malet n'aurait pas conseillé an khédive cette démarche pénible et même humiliante, s'il avait cru le 15 comme le 14, que tout le monde, excepté Tannée, était du parti du khédive, et notamment s'il avait pensé «ncore le 15, comme il écrivait le 13, que les députés prenaient visiblement le parti du khédive.
*) iSoumission" quant à quoi? C'était le khédive qui, après la convocation des députés et la sécession de ses ministres, les avait invités à se remettre en rapport avec lui, et cette invitation était ineondUionnelk. ^ Une correspondance du Times (16 mai — weekly 19 mai) raoonte seulement qu'Arabi a passé par Jes forages de courtoisie aoeouiumées.
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convoquer et présider leur assemblée, et les députés ou un certain nombre d'entre eux n'ont pas essayé de se constituer sans lui. Sultan Hevait avoir la plus grande répugnance à présider une assemblée de délégués non convoqués par le khédive, et la plupart des députés devaient avoir des scrupules considérables à cet égard. Le ministère même a dû reculer devant toute mesure ten* dant à réunir les députés malgré leurs scrupules et malgré le khédive, qui se refusait à ratifier la démarche ministérielle par un décret de convocation en session extraordinaire. En effet , Tarrivée prochaine des flottes alliées , connue au Caire dès le 43, pesait sur les députés^ sur les ministres et sur tous les égyptiens.
Après la réconciliation , le ministère eut quelques jours nouyeiies de répit. Le 46 mai, Mahmoud Sami et Ârabi rendirent visite ^'''^**'* à M. Malet et lui garantirent le maintien de la tranquil* lité publique quand les escadres seraient arrivés *). Une paix provisoire semblait donc conclue avec les puissances. Cependant M. de Freycinet regrettait le «replâtrage" du ministère égyptien *) ; et les 49 et 20 mai Lord Granville, poussé par M. de Freycinet, télégraphiait à M. Malet ©conseillez au khédive de renvoyer son ministère et d'en former un autre, par exemple sous Chérif, auquel cas Arabi et ses amis n'auront rien à craindre et garderont leur rang" 3). M. Malet, non content de ces instructions, fit une contre-proposition le 20 et le 24 mai^), celle de négocier directement avec Arabi par M. Monge, le consul français au Caire, qui savait l'arabe, à cet effet »que Mahmoud Sami, Arabi, Toulba, Ali Fahmi et Abdelâl quitteraient le pays jusqu'à permission de retour, avec garantie de leurs biens , de leurs rangs et de leurs
») P. p. VIL 219.
O p. p. Vn. 221.
•) P. p. vm. 14, 30.
*) P. p. Vni. 38, 47.
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traitements, et qu'une amnistie générale serait proclamée". Malheureusement M. Monge refusa son concours ^). M. Malet songea donc à se servir de nouveau de Sultan pacha. Au moins il rapporta le 22 mai })que Sultan est entré en négociation au nom des députés pour induire le ministère à résigner et Arabi à quitter l'égypte, les autres chefs militaires devant se retirer à l'intérieur du pays". M. Malet ajouta que dans le cours d'une conversation avec lui »Sultan recommanda Chérif comme futur ministre-président, et que si le ministère repoussait ses propositions, il demanderait au khédive de convoquer la chambre, et il ferait tomber le ministère par un vote immédiat". C'est le vote de censure imaginé par M. Malet *), dont il attribue de nouveau l'invention à Sultan pacha.
La prétendue négociation de Sultan pacha n'eut aucun succès. Car Mahmoud lui déclara, selon M. Malet, et Arabi déclara à M. Sienkiev^ics , que le ministère ne donnerait pas sa démission. Et pour comble de malheur. Sultan pacha dit le 23 au consul général français qu'il ne pouvait plus compter sur les députés à cause de l'irritation croissante contre l'intervention anglo-française 3). Ainsi, le 22, Sultan prétendait négocier au nom des députés , dont les voix lui appartenaient pour amener un vote foudroyant, et le 23 il ne peut plus compter sur eux. Cependant rien n'était arrivé dans l'intervalle du jour au lendemain. Les flottes étaient arrivées à Alexandrie le * 20 mai au lever du soleil*). Au reste, l'irritation causée par la nouvelle de l'arrivée prochaine des escadres ne pouvait être beaucoup augmentée par leur arrivée réelle, laquelle au contraire pouvait calmer l'irritation en augmentant la crainte.
1) vni. 49.
") Y. ci-dessus p. 300.
8) Vm. 65.
*) vm. 28.
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On voit donc ce que valent les rapports de M. Malet sur la disposition des députés et de ])tout le monde hors le parti militaire". Sa seule source égyptienne à cet égard était certainement Sultan pacha, dont il tirait et auquel il attribuait les pensées et les paroles qui lui plaisaient. Il est curieux de rapprocher des dépèches du consul anglais les télégrammes que M. Blunt reçut le 16 et le 17 en réponse à ceux qu'il venait d'envoyer à Arabi^), à Sultan et à plusieurs ulémas, députés ou autres chefs du mouvement. Sultan, le cheik-el-islam , Mohammed-El- Embabi'), le cheik Mohammed Âbdou, l'orateur populaire Abdallah Nadim, et un membre distingué de la chambre, Ahmed bey Mahmoud, lui assuraient que l'opinion publique avait toujours une entière sympathie pour Arabi ; et Sultan ajoutait »que les notables étaient décidés à soutenir le ministère de Mahmoud Sami de concert avec le khédive". En d'autres termes, les notables, selon Sultan, désiraient soutenir le ministère national contre les puissances et la turquie, et gagner le khédive à 1;^ cause nationale.
Les hostilités contre le ministère furent rouvertes le ooap d'Aat 25 mai. Cette fois M. Malet , de concert avec son collègue diplomatique français, renonça aux intermédiaires. Il avait appris le 25 mai que les chefs militaires faisaient circuler dans l'armée un document exposant les conditions imposées
* 1) M. Blunt enToya ces télégrammes pour leur demander si Sultan, les députés, le tparti national" n'étaient plus avec Arabi, comme l'avait prétendu Lord Granville, le 15 mai, dans la chambre des communes. — (Sur la foi du télégramme du 14 mai de M. Malet. V. ci-dessus p. 301.) *) Que fout-il donc penser de la correspondance du Times (Caire, 5 juin, weekly 9 juin) où le cbeik-el-islam est représenté comme brouillé avec Arabi? — On a raconté aussi que le cheik s'est empressé de faire profeedon de sa fidélité au khédive, à propos des télégrammes. Si le fait est vrai, il ne s'ensuit pas que le cheik ait été infidèle à la cause nationale ou n'ait pas eu le courage de son opinion. Les chefs du mouvement national prétendaient tous être loyaux au khédive. Ils désiraient seulement qu'il se mit à la tète du mouvement au lieu d'être l'ami des turcs et circassiens et de Teurope.