‹ L'Egypte et l'EuropeChapitre 39 sur 85 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

*) Lui-même la nomma vision. XVII. 62.

») XVU. 62. •

prétendu que Dieu l'avait transporté corporelîement de la Mecque à Jérusalem^) et de Jérusalem à la Mecque. Il s'est représenté plutôt que son âme avait été séparée de lui pendant son sommeil et transportée à Jérusalem. Peut-être même n'a-t-il pensé qu'à une révélation intérieure , à une révélation faite à sa vue , comme les paroles du koran étaient révélées à son ouïe.*)

>) Le transport ultérieur, de Jérusalem au septième ciel etjusqu'autrdne d'Allah , a été complètement inventé par la tradition. D n'y en a pas trace dans le koran.

Ainsi réduit, le voyage nocturne n'atteint pas le ravissement de S. Paul ijusqu'aa troisième ciel et dans le paradis, où il entendit des paroles ineffables qu'il ne convient pas à un homme de redire". Le ravissement de S. Paul ne fut pas nocturne. L'ap6tre, cependant, n'ose afiBrmer qu'il a été levé au ciel corporeUement ^ puisqu'il dit deux fois i^soit dans le corps, soit hors du corps, je ne sais. Dieu le sait".

^) Le koran ne parle du voyage nocturne que très brièvement dans les deux versets précités de la soura XVH. U ne fournit aucun appui aux légendes du voyage au ciel, du cheval Borak, de la prière au temple de Jérusalem avec Abraham, Moïse et Jésus, du discours que l'Etemel aurait fait à Mohammed, et par lequel U l'aurait élevé au dessus de Jésus même, et lui aurait dit ces paroles incroyables: »Je ne recevrai plus désormais de prière que nous ne soyons unis et qu'en attestant qu'il n'y a qu'un seul Dieu, on n'atteste en même temps que Mohammed est Son prophète". Toutes ces absurdités — auxquelles on peut joindre l'empreinte du pied du prophète, laissée au moment où il quittait la terre pour s'élever au ciel, et qu'on montre encore aujourd'hui dans la grande pierre centrale de la mosquée d'Omar à Jérusalem — ont été inventées par la tradition. Une autre tradition très ancienne ne parle d'ailleurs que d'une vision. L'histoire merveilleuse du voyage nocturne est tout à fait contraire à l'esprit du koran. — M. Edmond Sayous s'est gravement mépris lorsqu'il l'attribue à Mohammed et la qualifie dHndigne imposture, J\ faut regretter pour lui qu'il n'ait pas lu une excellente observation de M. Edward Freeman dans son esquisse: History and conquests of the Saracens (lect. VI. Mohammed and his creed, 3 éd. 1877, p. 58;1. éd. 1856). »A single unintelligible allusion in the koran has grown into the portentous taie of his night-journey to heaven." — M. Dozy cite le voyage nocturne pour illustrer la formation des légendes de la tradition. Néanmoins il raconte que Mohammed, après n'avoir eu qu'une vision, annonça qu'il avait été corporelîement à Jérusalem; que sur les moqueries et les doutes que souleva son récit, il déclara ensuite n'avoir eu qu'une vision (17 — 62) ; et que plus tard il confirma son premier récit en l'enrichissant de son ascension au ciel sur le cheval Borak etc. Evidemment M. Dozy se contredit d'une manière flagrante et suppose gratuitement que^ Mohammed s'est deux fois démenti. Mohammed n'a jamais

l'islam. 445

Le fils d'Abdallah n'a jamais songé à réclamer pour soi ou pour les prophètes en général l'exemption de péchés. Le koran mentionne des péchés d'Adam , de Noé et de Moïse. Noé, Abraham et Moïse implorent le pardon de leurs péchés 1). Quant à Mohammed, Dieu lui enjoint dans le koran de demander le pardon de ses péchés »); Il lui reproche un péché, celui d'avoir mal reçu un aveugle et bien reçu un riche'); Il lui annonce le pardon de ses anciens péchés et de ses péchés postérieurs*); enfin le prophète cherche l'appui de Dieu contre les inspirations de Satan*).

Jamais,' dans le koran, Mohammed ne s'est attribué l'exercice d'une intercession quelconque au jour du jugement dernier. Aucune parole du koran ne donne un appui à la doctrine qui admet cette intercession. »Les prophètes antérieurs témoigneront chacun contre les incrédules de sa nation •), Jésus contre les juifs rebelles à sa prédication 7), Mohammed contre les arabes qui ne l'auront pas écouté «)."

La tradition et la théologie n'ont pas été satisfaites de la modestie du prophète. Elles lui ont attribué, malgré lui, 1^ des fonctions déterminées d'intercesseur au jugement

parlé que d'une seule vision, qui pour lui comme pour ses auditeurs était une réalité, et dont les sceptiques pouvaient se moquer indépendamment de tout transport corporel.

0 Noé. XI. 49, LXXI. 29, Abraham XXVI. 82, Moïse XXVIQ. 14/5.

2) XL. 57, XLVn. 21.

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