LXXX
*) XL Vin. 1,2 (ou de son péché antérieur et de son péché postérieur?).
•) Soura 114.
») V. ci-dessus FV. 157.
•) XXn. 75. Comp. XXV. 32, XXIX. 32. l\ est vrai que le prophète ne s'est pas interdit la prière qui a pour objet le pardon des péchés d'autrui , mais cette prière qui est loisible à tous, diffère essentiellement de l'intercession qui est Texercice d'un pouvoir, d'une influence. L'intercession dans ce sens n'appartient pas même aux anges (V. ci-dessus p. 434). sDieu est le seul intercesseur auprès de Lui."
446 OHAP. X.
dernier , 2^ rexemption de tout péché , 3^ une foule de miracles dont le plus grand a été celui d'avoir fendu la lune à tel point que les deux parties s'en éloignèrent Tune de l'autre. ^) — Tout ce merveilleux , tout ce surnaturel disparaîtra avec le retour au koran.
Mohammed se considérait comme le prophète envoyé spécialement au peuple arabe avec une révélation conçue en arabe, et en même temps comme le premier apôtre envoyé à ce peuple. •) Ce n'est qu'accessoirement qu'il s'est cru appelé à remettre dans la bonne voie les juifs et les chrétiens devenus infidèles à leurs prophètes. On ne peut induire du koran qu'il se soit attribué la mission ultérieure d'annoncer la révélation de Dieu à tous les hommes en général, même aux habitants des pays lointains. 3) — Il n'a jamais dit qu'à la différence des prophètes antérieurs, il était envoyé à toute l'humanité; et qu'après lui il n'y aurait plus de prophète. On peut dire qu'il ne s'est jamais occupé de cette question. — Cependant Dieu dit dans le koran*): » Mohammed est l'apôtre de Dieu et le sceau des prophètes". C'est l'expression d'une pensée qui revient souvent dans le livre sacré: ))le koran n'est pas une innovation , il ne fait que confirmer les révélations antérieures *^)". Le sceau signifie naturellement celui qui confirme, et non celui qui clôt une série ou qui est le
>) Ce grand miracle n*a pas été généralement accepté. D eet impossible de ne pas voir que le verset 1 du chap. 54 du koran, sur lequel le miracle s'appuie, »Uheure approche la lune a été fendue", se rapporte au jugement dernier.
^ Y. ci-dessous, au chapitre sur le koran.
>) Dans LXXXI. 27/8, LXVm. 54, XXXVffl. 87, XXXVI. 70, XXXIV. 27, Vn. 157 et YI. 90, le prophète, parlant aux mecquois, ne leur dit pas qu'il est envoyé ou qu'il annonce la lévélation (non seulement à eux mais) à tout le genre humain. Dans ces passages il parle à totia les mecquois et tout au plus à tous les arabes. — Quant aux lettres aux potentats étrangers, dont le koran ne parle pas, v. ci-dessous.
*) xxxm, 40.
•) Y. p. ex. VL 92, XLYI. 8. H, X. 38.
l'islam. 447
couronnement d'un édifice. Le »sceau des prophètes antérieurs" n'est donc pas le ^dernier" de tous les prophètes, i) Quelques passages koraniques disent que Mohammed, ou au moins la venue d'un nouveau prophète, a été prédit dans l'évangile par Jésus et même dans le pentateuque par Moïse. *) Mais cette prédiction n'implique nullement
') Cependant M. Edouard Sayous croit avoir trouvé un passage (V. 21/2) »oû Mohammed dit en substance: i^Tous les prophètes, même Jésus, ont été des avertisseurs et des réformateurs dlsraèl, préparant les voies au dernier et définitif prophète, qui est moi". M. Sayous appelle son inter^ prétation une traduction du sémitique en japhétique (!); elle n'est qu'erronée et dépourvue de tout fondement. Le koran dit dans la b^^ sourt: «Les juifs ont rompu leur alliance avec Dieu; et ils ont altéré des textes et oublié une partie de ce qui leur tut enseigné (16). De même les chrétiens ont oublié une partie de ce qui leur fut enseigné (17); notamment qu'il n'y a pas d'autre dieu que Dieu, en disant, le Mé^e, fils de Marie, est Dieu (19). Mohammed est venu pour remettre en lumière beaucoup de ce que les juifs et les chrétiens ont caché des écritures (18). C'est à tort que les juifs et les chrétiens se disent les fils de Dieu et Ses bienaimés. Comment donc Dieu les punit-il à cause de leurs péchés? (21) Mohammed est venu à eux pour leur expliquer la cessation des apôtres (ou plutôt: pour les éclairer après l'intervalle qu'il y a eu dans l'apparition des prophètes), afin qu'ils ne disent pas: vaucun annonciateur de bonnes nouvelles ou aucun avertisseur ne nous est venu" (22). Quelle que soit la difficulté que présentent les mots: i&éclairer sur" ou «expliquer la cessation des apôtres", il s'agit évidemment de la cessation des apôtres envoyés aux juifs, depuis Jésus; et le sens doit être qu'après un long intervalle Mohammed est venu leur rappeler les parties de leur révélation qu*ils ont oubliées ou même cachées. En tout cas, le koran ne dit pas qu'il y aura cessation à partir de Mohammed , et ne contient absolument rien sur. la préparation des voies de ce prophète par les prophètes d'Israël, y compris Jésus.
^ XXVI. 102 — 7 »(Le koran arabe) se trouve (=: est mentionné ou prédit) dans les anciennes écritures (des juifs et des chrétiens). N'est-ce pas un signe pour eux (les arabes incrédules), qne les hommes savants (les docteurs de la loi) le reconnaissent (= reconnaissent le koran arabe)?" — LXI. 6. » (Jésus a dit) o enfants d'Israël , vraiment je suis l'apôtre de Dieu •qui vous est envoyé pour confirmer la loi qui a été donnée avant moi et pour annoncer un apôtre qui viendra après moi et dont le nom sera Ahmed. Mais quand il (Ahmed) est venu avec des signes manifestes (de 8à mission = les révélations koraniques), ils ont dit: c'est de la sorcellerie manifeste." — VU. 156. sCeux qui suivent l'apôtre, le prophète illettré, qu'ils trouvent mentionné chez eux, dans la loi et dans l'évan- Ipile." U résulte de ces trois passages que Mohammed n'a pas voulu dire
que Mohammed serait le dernier des prophètes. Jésus aussi était venu pour confirmer la thora qui l'avait prédit ; et Dieu pouvait toujours susciter un nouveau prophète sans l'avoir fait prédire par un de ses devanciers.
Le koran ne dit nulle part que Mohammed est le plus grande et dans ce sens le premier, de tous les prophètes; et lui-même n'a jamais songé à s'attribuer cet excès d'honneur. S'il l'avait fait, comment eût-il pu reconnaître la naissance surnaturelle de Jésus et son pouvoir d'opérer de grands miracles , tandis qu'il n'était lui-même qu'un simple avertisseur né comme le reste des hommes? Comment eût-il pu exalter la mère de Jésus et ne jamais parler de la sienne? Comment eût-il pu faire profession d'humilité , comme il le fait tant de fois dans le koran ? — Par exemple dans ce passage:
Je ne sois pas nn novatenr parmi les apôtres; je ne sais ce qui adviendra de moi et de vous; je ne fais que suivre ce qui m'est révélé ; je ne suis qu'on avertisseur, i)
Cependant ou lui a reproché vivement d'avoir associé
son nom, sa cause et sa personne au nom, à la cause
et à la personne de Dieu, en dépit de sa perpétuelle
»comme le dernier et le plus grand des prophètes, j*ai dû être prédit par mes précurseurs" , mais qu'au contraire il a cherché un appui dans la loi et dans Tévangile pour sa révélation et pour sa mission , tant vis-à-vis des arabes que vis-à-vis des juifs et des chrétiens, et pour tenir tête aux deux grandes révélations qui l'avaient précédé. Cet appui lui semblait d'autant plus précieux que Jésus était le messie promis par les prophètes juifs, et que Jésus, d'après ce qu'il avait appris des chrétiens, avait également prédit ibvaï autre qui viendrait après lui". Gomme le sens spirituel de cette prédiction devait lui échapper, il s'est persuadé sans peine que, le »prophète prédit" n'étant pas encore venu, c'était lui-même qui avait été annoncé par Jésus, et que les prophètes d'Israël devaient l'avoir prédit en même temps qu'ils prédisaient le messie. Quant au nom Ahmed, il nous est impossible d'en expliquer l'origine, et nous pouvons laisser aux théologiens musulmans postérieurs l'honneur d'avoir inventé le prétendu changement de Teêçtxkvréç en Traçànlrivaç (consolateur). ') XLVI. 8.
l'islam. 449
menace contre ceux »quî associent d'autres dieux à Dieu". — D est vrai que les mots »Dieu et Son apôtre" se présentent sans cesse au lecteur du koran, mais seulement dans les souras médinoises , non dans celles de la période mecquoise. On trouve surtout »croire Dieu et Son apôtre (ou croire en Dieu et à la mission de Mohammed), obéir à Dieu et Son apôtre, offenser, plaire à, s'opposer à, résister à, se rebeller contre Dieu et Son apôtre etc i). Cependant, dans tous ces passages Mohammed ne s'est pas attribué une dignité égale à celle de Dieu ou s'en approchant, ni une communauté d'essence, de volonté, de pouvoir, ni une espèce d'association. Il a voulu dire, au contraire , qu'il est l'organe et Tinstruraent de Dieu , qu'il n'enseigne et ne commande que selon l'inspiration et l'ordre de Dieu, non pour son compte et pour son profit. Ainsi, »croire et obéir à Dieu et à Son apôtre" signifie Dcroire à la parole et à l'ordre du prophète, et par cela même à la parole et à Tordre de Dieu". «) })Dieu et moi" était dans la bouche de Mohammed l'affirmation énergique et militante de sa mission, au milieu des luttes acharnées qu'il dut soutenir à Médine contre ses ennemis de toute espèce. Au reste, cette affirmation n'a rien de
1) y. les souras médinoises , passim. — Dans la soura IX il est parlé d'un traité conclu, d*une immunité accordée et d'une proclamation &ite >par Dieu et son ap6tre" (1. 7. 3.); de ceux qui ne sont pas satisfaits de ce que »Dieu et le prophète'' leur donnent d'aumônes (59). — Nous lisons XXXUI. 22: vDieu et Son apôtre nous ont promis, ont parlé vrai."
>) Gomp. LXXII. 24. »(Je ne parle que comme messager de Dieu); le feu de l'enfer est pour ceux qui rebellent contre Dieu et Son apôtre." (Les Ysrsets 24 — ^28 sont une annexe médinoise). — V. 84. »Croire en Dieu et au prophète et au koran.'* — lY. 135. ^Croyez Dieu et Son apôtre et le livre qu'il a envoyé à Son apôtre et le livre qu'il a envoyé jadis." — UI. i74. ]>(Dieu ne vous révèle pas Ses secrets, mais il choisit à cet effet l'apôtre qu'il yeut); c'est pourcpioi : croyez Dieu et Ses apôtres." — XL'VIII. 10. »Ceux qui te jurent fidélité, ne font que jurer fidélité à Dieu; la main de Dieu est sur leurs mains." — Ces passages montrent bien que le prophète ne se considère que comme le simple envoyé de Dieu et ne demande foi, obéissance et fidélité que pour Dieu.
450 ORAP. X.
personnel; ses prédécesseurs auraient pu se serrir de la même expression, le koran parle aussi de »Dieu et Ses apôtres". ^)
La fameuse formule x^Il n'y a d'autre dieu que Dieu et Mohammed est Son apôtre" ne trouve donc aucun appui dans le koran. Inventée par une théologie zélée longtemps après la mort du premier chef des fidèles , elle est complètement contraire à Tesprit du koran. Elle est antikoranique , parce que selon le koran Mohammed n'est pas j^V apôtre de Dieu", mais un de Ses apôtres, et parce qu'elle lui attribue un rôle de médiateur entre Dieu et l'homme, une dignité exceptionnelle et surhumaine qui le rapproche de Dieu. Elle est contraire à l'islam, elle est 8hirk^\ parce qu'elle place Mohammed à la droite de Dieu^ et parce qu'elle se présente comme un résumé dogmatique qui fait de Dieu l'objet du premier dogme et de Mohammed l'objet du second dogme de l'islam. Le second dogme est au contraire celui de la résurrection et du jugement dernier avec le paradis et l'enfer; et Mohammed, l'organe ou plutôt un des organes de la révélation divine , n'entre pour rien dans le dogme , dans le contenu ou le fond • de la religion. Il semble que Mohammed ait voulu répondre d'avance à cette formule sacrilège, quand il reproche aux juifs et aux chrétiens la vénération excessive qu'ils portent, les uns à leurs rabbins, les autres à leurs moines , malgré le commandement de ne servir que Dieu seul. ^) Il
>) Y. m. 174 dans la note précédente. •— LVm. 21. iDieu a écrit: Je triompherai certainement, Moi et Mes apôtres." LXV. 8. ^Combien de citée se sont détournées du commandement de leur Seigneur et de Ses apMres."
') On appelle shirk le péché contre le dogme fondamental qu'il n'y a d'antre dieu que Dieu , le péché qui consiste à porter la moindre atteinte à l'unité et à la souveraineté absolue, et pour ainsi dire à la solitude de Dieu.
*) IX. 30. »Les juifs disent qu'Esra est le fils de Dieu, et les chrétiens .que le messie est fils de Dieu." 31. »Ds prennenl leurs docteurs (rabbins) et leurs moines pour Seigneurs, en sus de Dieu , quoique ayant reçu
l'islam. * 451
réprouve toute vénération pour un homme assez profonde pour faire concurrence au culte rendu à Dieu seul. Qu'aurait-il dit de la glorification excessive^) dont il a été rob|et, et qui faisait de lui, non un simple prophète qui ne p»rle et n'agit qu'au nom de Celui qui l'envoie, mais une espèce de compagnon de l'Etre Suprême?
Il ne faut pas croire que les musulmans éclairés de nos Jours •) ne rabattent rien de l'importance religieuse qui a été attribuée au prophète en dépit du koran. »Croyezmoi — dit un jour à l'auteur un de ses amis égyptiens, un musulman éclairé, mais en même temps sincère et ssélé, pieux et pratiquant — nous pouvons nous passer au besoin de notre prophète; nous le révérons, non à cause de lui , mais parce que Dieu l'a choisi pour nous enseigner la vraie religion qui est la croyance en Dieu, Créateur et Juge; et si nous faisons abstraction de notre prophète, notre rçligion reste intacte."
Avec le retour au koran Mohammed redeviendra aux yeux des musulmans ce qu'il a voulu être selon le koran : 1** un prophète et un apôtre qui n'appartenait pas à un ordre supérieur à celui des autres envoyés de Dieu; 9P un homme qui ne dépassait pas le niveau des autres hommes , un homme qui , abstraction faite de sa mission , ne possédait aucune faculté surnaturelle, qui n'a jamais fait aucun miracle, et qui n'était pas exempt de péchés.
le commandement de ne servir que Dieu seul." — La justesse de ces reproches adressés aux chrétiens et aux juifs contemporains de Tarabie peut nous être indifférente.
>) Un historien de Tislam, M. A. von Kremer, a parlé de la déific(Uion du prophète dam le cours des siècles (dans son livre »herrschende Ideen des Islams"). G^est une grande exagération ; il n'y a eu qu'une glorification ezceesive. La prétendue »déification" est réfutée par les détails et les passages allégués par l'auteur même.
') dans compter la secte des Wahhabis, ennemie impitoyable du shirk, et ke musuknans anglo-indiens qui ont fidi des études européenQes, tek qae Syed Ameer Ali.
Mohammed.
dénigrement La personne du Prophète, même réduite à la taille de Moham- ^y^j^ homme Ordinaire , ne peut être indififérente au succès
med en ocei- ^
dent permanent de la religion dont il a été, dans toute la force
du terme, le fondateur. Il n'est pas nécessaire qu'un prophète et un apôtre de Dieu soit un sairU homme, il peut avoir beaucoup de défauts et de faiblesses et commettre des péchés considérables.^) Mais on ne peut admettre comme envoyé de Dieu un homme ignoble , et rimpureté de la soiïrce vicie la religion même. Il est donc naturel que les ennemis de Tislamisme se soient empressés de représenter Mohammed comme un homme immoral et ignoble. Ils l'ont fait, tant pour leur propre satisfaction et pour l'édification des chrétiens, que pour aider à la formation d'une opinion dominante qui pourrait désillusionner les moslems actuels et détourner de l'islam ceux qui seraient tentés de l'embrasser. — Les accusations lancées contre la personne du prophète par ses ennemis chrétiens ont été très graves en effet. Elles ont été soutenues ou n'ont guère été contestées par les incrédules et les pseudochrétiens qui n'étaient pas de ses amis '). Même les auteurs éclairés — chrétiens ou non — qui ont tâché d'apprécier impartialement la religion et le fondateur de l'islam, n'ont pu se défaire d'une prévention que les attaques contre la personne du prophète avaient laissée dans
*) Ck)nime les auteurs de saintes écritures David, Salomon, Jonas et S. Pierre, le prince des apôtres.
') Parmi les accusateurs chrétiens, il faut signaler: Muir, son biographe, Lûttke (der Islam und seine Vôlker , 1878), Edm. Sayous (1880) et Hauri (1882). — Parmi les incrédules: Sprenger, qui est beaucoup moins raisonnable et moins impartial que Muir. LMllustre M. Dozy cache à peine son antipathie contre Mohammed, et ne cache point son mépris. M. A. yod Kremer affirme que le caractère de Mohammed »décàle plus d'ombres sombres que de parties lumineuses*'.
leur esprit.^) Il faut donc examiner les charges portées contre lui, si Ton veut déterminer la valeur et la vitalité de l'islamisme.
Observons , avant d'aborder cet examen , que la biographie courante et traditionnelle de Mohammed n'est nullement de l'histoire. La légende a commencé à se former immédiatement après sa mort, ^t la tradition écrite est venue beaucoup trop tard pour fixer la tradition orale avant que celle-ci n'eût eu le temps de s'altérer au gré de ses organes divers et successifs. *) On peut considérer
*) Un des auteurs les plus impartiaux sur Tislam, M. J. Reymond, qui »ne sait trouver des preuves de la supercherie et de l'imposture de Mohammed", opine néanmoins que vsa vie est souillée de violences, de guerres arbitraires, de crimes politiques, assassinats et massacres, d'actions injustiGables, bien que justifiées par de prétendues révélations*'. Ces faits, dit-il, qui ne se laissent pas nier, ni voiler, ni justifier sous prétexte de nécessité politique, s'élèvent comme autant de témoins accusateurs, convainquant Mahomet d'avoir été dans bien des circonstances un homme cruel, vindicatif, sanguinaire, soumis à ses passions. — M. Kuenen, qui est l'impartialité même, et qui reconnaît dans ses Hibbert lectures (p. 22/3) que Mohammed avait une nature vraiment religieuse, dit (p. 32): «Les événements politiques, les circonstances de sa vie, et hélaB! ses passion» aussi, sa vengeance et ses désirs sensuels^ ont laissé leur empreinte sur la parole d'Allah qu'il annonce".
') Les biographes de Mohammed ne sont certainement pas venus à temps. — Le plus ancien, Zohri, dont il ne reste que des citations faites par ses suc^ cesseurs, mourut en 124 de l'hégire à l'âge de 72 ans, c'est-à-dire qu'il naquit en 52 de l'hégire, 42 ans après la mort du prophète. D devait une bonne partie de son récit à Orwa, mort 84 ans après la mort du prophète. Orwa n'avait donc pas connu Mohammed. U était parent d'Aîcha qui a. été une source très impure de la tradition. — Vbïi Ishak, mort en 151, qui connut Zohri, composa sa biographie pour l'usage du calife abhasside Al Mansour(!). Les trois suivants, Ibn Hisham, mort en 213, V^Takidi, mort en 207, et Mohammed Ibn Sadd, son secrétaire (Ratib), mort en 230, étaient encore plus éloignés qulbn Ishak de la mort de Mohammed; et tous les trois avaient perdu l'intelligence de la réalité historique et de l'esprit du temps où vivait le prophète. — Les savants européens ne possèdent jusqu'à présent que 1*^ la biographie dlbn Hisham selon Ibn 'Ishak (trad. allemande par Weil, 2 volumes, 1864), 2^ l'histoire des guerres du prophète par Wakidi (trad: allemande par M. J. Wellhausen «Mohammed in Médina, d. i. Yakidis kitab al Maghazi, 1882) et 3». la biographie du prophète par Moh. Ibn Saad selon Wakidi (Kitab al Wakidi).
comme historiques les grands traits de la biographie du prophète; et beaucoup de détails matériels peuvent sembler non suspects. Mais en général les traits secondaires et les récits détaillés des événements de sa vie, de ses actes et surtout de ses paroles ne méritent aucune confiance. Ainsi, la tradition ne nous fournit sur le prophète qu'une vérité altérée et mêlée à beaucoup de pures inventions et à un tas de mensonges pieux ou intéressés. Elle nous présente un Mohammed formé par le travail des idées et des aspirations, des passions et des intérêts, non seulement de ses compagnons, mais de plusieurs générations de ses sectateurs. Ce n'est pas la faute de la tradition si l'image véritable du prophète perce à travers les nuages qu'elle a amoncelés autour de lui.
Remarquons encore que pour juger sainement la personne de Mohammed, il faut tenir compte des lieux et des temps, des idées, des moeurs et de Tétât social de ses contemporains arabes , en un mot du milieu qui l'avait produit, et où il a vécu depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Ses détracteurs ont trop oublié qu'il était un arabe pur sang, un fils de l'arabie du sixième et du septième siècle de notre ère.
Sans doute, pour les musulmans il est difficile de ne pas appliquer à leur prophète une mesure un peu plus idéale et un peu plus universelle. Mais il ne faut pas perdre de vue qu'ils sont moins sensibles que nous à ses imperfections nationales et historiques. Pour eux l'ancienne arable avec la Mecque et Médine, Mohammed et les siens, toute l'histoire de sa vie, appartiennent à un monde exceptionnel , auquel les idées d'une civilisation et d'une morale plus avancées, ne sont pas applicables, à un passé glorifié où les ombres et les taches se fondent dans le fond lumineux. Tout cela est pour eux de l'histoire sacrée , comme le koran est pour eux récriture sainte dont les défauts littéraires
leur échappent complètement. ^) De même pour les chrétiens l'ancien testament est de la sainte écriture , et l'histoire d'Israël qui y est exposée, de l'histoire sacrée. Or, malgré tous ses crimes, David n'en est pas moins, aux yeux des chrétiens, un homme selon le coeur de Dieu; Moïse, Josué et les autres juges, prophètes et rois exterminateurs sont les pieux serviteurs du Dieu d'Israël. Les croyants n'ont jamais été scandalisés par les massacres, les assassinats et les impostures que l'ancien testament attribue au commandement de Jéhovah. Ces horreurs n'ont pas altéré la conception de la justice, de la bonté et de la perfection morale de Dieu. — Il ne faut donc pas trop s'inquiéter sur l'influence funeste que les défauts et les fautes du Prophète pourraient exercer sur les musulmans, soit en ébranlant leur foi, soit en faussant leurs principes de morale.
On remarquera facilement que les ennemis de l'islam qui cherchent de frapper cette religion dans son fondateur, se servent d'une double tactique. En premier lieu, ils se donnent un air d'impartialité en passant un jugement favorable sur le Mohammed persécuté et provisoire de la Mecque, afin de pouvoir accabler d'autant mieux le Mohammed triomphant et définitif de Médine. En second lieu, ils exaltent son intelligence, afin de pouvoir noircir d'autant* mieux son caractère moral.")
0 Non seulement, le koran eet informe an point de vue de la compoai' tiofty mais Tarabe du koran, quoique appartenant encore à la période classique de la langue, est détestable sous tous les rapports, s'il faut en croire le grand orientaliste M. Dozy dans «on livre précité.
^) Les deux principaux biographes de Mohammed sont toujours Muir (life of Mahomet, 1858 — 61) et Sprenger (Leben und Lehre des Mohammed, 1861 — 65). — Le savant ouvrage du docteur Sprenger contient presque un acte d'accusation. Il cherche à démontrer que le fondateur de rislam a été un personnage ultra-i'eligieux, un homme possédé par la religion, un fanatique, un coquin. Pour lui ces qualités se tiennent. Ge qui pis est, il s'amuse à insulter sa victime. D aime les mauvaises plaisanteries et fait bien peu de cas de l'impartialité de l'historien. — Muir,
456 OHAP. X.
charges Une des charges principales portées contre Mohammed est celle d'une x>sensualité grossière, impudente et sans scrupules".
tensuAiité D'après la tradition, le Prophète a toujours été très sobre à Médine. Ses repas restèrent excessivement simples. Il buvait de Teau et du lait. Il ne rechercha jamais le confort, beaucoup moins le luxe. En revanche il aimait les bonnes senteurs; l'odorat était plus puissant chez lui que le sens du goût. — Abstraction faite des détails et des anecdotes, ce portrait semble résulter d'une impression générale laissée par des faits qui frappèrent vivement l'imagination de ceux qui avaient connu l'original, et non simplement d'une tendance à idéaliser le prophète après sa mort. En effet un peu plus de magnificence n'aurait pas nui à son prestige.
Il faut avouer que ce portrait traditionnel ne confirme nullement l'imputation d'une «sensualité grossière". — Mais, dira-t-on , il aimait beaucoup trop les femmes , et c'est par elles qu'il a péché.
trop do On lui reproche d'abord d'avoir eu beaucoup trop de femmes et de concubines. — Ce reproche ne peut se rapporter qu'au déclin de sa vie. Il avait 25 ans lorsqu'il épousa sa première femme Chadidja, qui avait 45 ans de plus que lui. Il en avait 50 , ou à peu près , quand elle
au contraire, sans se donner les grands airs de Sprenger, a été un biographe sérieux et scrupuleux. H faut regretter seulement qu'il ait cm devoiç prendre le parti de Jésus-Christ contre Mohammed. Il accueille avidement tout ce qui peut faire ressortir Tinfériorité du fils d*Abdallah comparé au fils de Marie qui était exempt de toute impureté charnelle, à l'agneau de Dieu qui, se laissant immoler sans résistance, donna l'exemple de l'observation de son commandement de ne pas résister au méchant. Par cette comparaison qui lui est toujours présente, et en détachant Mohammed du cadre de sa nation et de son temps, il applique constamment une fausse mesure au prophète arabe. Cependant, au point de vue de ceux qui croient que le fils de Marie n'a pas été un juif distingué qui fonda une religion -supérieure au judaïsme, mais qull est Dieu, ladite comparaison est aussi absurde qu elle est peu chrétienne.
l'islam. 457
mourut; et pendant les 25 ans de cette union mal assortie quant à l'âge des époux, il n'eut pas de concubines. On ne peut donc lui reprocher de s'être remarié presque deux mois après la mort de Chadidja. Sa deuxième femme, Sauda, était la veuve d'un moslem fugitif et mort en abyssinie. C'était un tnariage de piété, et peut-être en même temps d'inclination.
Passons en revue ses autres femmes et ses concubines. Il épousa , après Sauda , (3^) une femme en herbe , âgée de 7 ans, la fameuse Aicha, fille d'un de ses principaux compagnons, Abou Bekr, qui fut le premier calife. Cette union qui était plutôt un engagement pour l'avenir qu'un mariage actuel, était parfaitement conforme aux moeurs arabes , non moins que les noces précoces qui furent célébrées trois ans après, Aïcha ayant dix ans. Le mariage avec la fille d'Abou Bekr fut suivi fort naturellement d'un mariage avec (4^) la fille d'Omar , autre pilier de l'islam et plus tard le deuxième calife, la veuve Hafza. Mohammed épousa en outre: (5® — T) trois autres veuves^) auxquelles il servit de soutien; 8^ Zeynab, femme divorcée de son affranchi et fils adoptif Zaïd ; 9^ Jouv^airiya , captive , fille de Harith, chef d'une tribu arabe, que le prophète épousa après avoir payé le prix de rachat au musulman qui l'avait capturée; 10^ Safiya, captive juive, veuve de Kinana, chef des juifs de Chaybar, tué après la prise de cette ville ; 11^ Maimouna , belle soeur de son oncle Abbas , âgée de 50 an§ quand elle s'unit au prophète lors de son pèlerinage à la Mecque. De plus, il eut deux concubines: Marie la copte, esclave chrétienne que lui envoya Makaukas, gouverneur d'égypte; et la juive Rihana, prison-
^) Zeynab Bînt Ghozayma , dont le mari était mort à la bataille de Bedr, 0mm Salma, dont le mari fut blessé à Obod et mourut de sa blessure, et 0mm Habiba, dont le mari mourut en abyssinie où il s'était réfugié. Elle était fille du koreychite Abou Soiyan, et en l'épousant Mohammed peut avoir eu un but politique.
nière de guerre de la tribu juive des Koraitza, que le prophète prit en partage après le massacre des Béni Koraitza, au nombre desquels était son mari. ^)
Observons d'abord que si le nombre des femmes (2 — ^11) de Mohammed , sans compter deux concubines , nous semble excessif, il ne faut pas oublier que la polygamie illimitée ne répugnait nullement aux moeurs et aux idées des arabes contemporains, et que le nombre des concubines était également considéré comme indifférent. Le nombre des femmes, comme celui des enfants, était censé rehausser la dignité d'un homme ; et plus un homme était riche, distingué, puissant, plus il semblait naturel qu'il eût beaucoup de femmes et de concubines. La polygamie n'éveillait jamais l'idée d'une trop large part faite aux plaisirs des sens. On devait* donc considérer la possession d'un grand nombre de femmes et même de concubines comme convenant à la dignité du prophète. Il faut ajouter que par la plupart desdits mariages il poursuivait en même temps un but politique, celui de s'attacher ou de se concilier des alliés ou des ennemis '), ou bien il accordait un soutien et une protection à des femmes qui en avaient besoin.^) Il ne reste que deux mariages qui
>) Sprenger rapporte que Mohammed Taffranchit et Tépousa plus tard après sa conversion à l'islam. Il rapporte quelques autres mariages (avec Fatima, Asma, Maleykji, Amra) presque immédiatement suivis de séparation, d*un mariage manqué par sa mort (avec Kotayla), d'un autra mariage (avec Saba) manqué par la mort de la fiancée, enfin d'un reftia qu'il essuya (de la part de sa cousine 0mm Haniy, fille de son oncle Abou Taleb). — En outre plusieurs femmes se seraient offertes spontanément au prophète; et il n'aurait refusé une de ces femmes, Leyla, que par crainte de ses épouses et de l'opinion publique. Tout cela serait arrivé vers la fin de sa vie. Sprenger ne discute pas les traditions auxquelles il emprunte ces faits que Muir ignore. Quelle qu'en soit la valeur, il n'en résulte pas que Mohammed ait eu plus de dix, ou ait tenté d'avoir plus de onze femmes légitimes à la fois.
^ Les mariages avec les filles d'Abou Bekr et d'Omar, Venfani Aïcha et la wuve Hafza (3 et 4), avec Jouwairiya (9) pour se concilier une tribu arabe, avec Maimouna (li) pour se concilier l'aristocratie mecquoise.
^) Aux veuves (5—7) et à la veuve Sauda (2).
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n'étaient à aucun point de vue des mariages de raison, ceux qu'il contracta avec Zeynab (8) et avec la prisonnière juive Safiya, auxquelles se joignent les deux concubines. Mais il faut observer que les iSls et les filles qu'il avait eus de Chadidja étaient morts en bas âge , à l'exception de la seule Fatima, qui épousa Âli, plus tard le quatrième calife; et que de toutes ses femmes légitimes et de ses concubines il n'eut qu'un seul enfant mâle, Ibrahim, fils de Marie la copte, qui mourut à Tâge de deux ans. Or ne pas avoir de fils, pas même un seul, était une cruelle douleur pour son coeur arabe et un opprobre aux yeux de ses compatriotes. Le désir ardent d'avoir un fils devait donc le pousser à épouser plusieurs jeunes femmes et à prendre des concubines après sa cinquantième et vers sa soixantième année. Il faut tenir compte de ce désir spécialement par rapport à sa femme Zeynab (8) qu'il épousa en 625, à sa femme Jouwairiya qu'il épousa en 626, à sa concubine Rihana qu'il prit en 627, à sa femme Safiya (10) qu'il épousa en 628, et à sa concubine Marie la copte qui lui fut envoyée également en 628, c'est-à-dire dans la quatrième année avant celle de sa mort.
Il n'est donc pas nécessaire de recourir à l'hypothèse d'une sensualité extraordinaire pour expliquer la pluralité des femmes et des concubines du prophète. Au reste, il est avéré qu'en général le coeur de l'homme (non celui de la femme) devient plus polygame avec l'âge. Sa puissance d'aimer se concentre moins facilement sur un seul objet; il devient moins exclusif et plus capable d'aimer beaucoup de femmes à la fois. En outre, chez les hommes la vieillesse a communément plus que Tâge mur une préférence pour la jeunesse féminine. Le fait que Mohammed, cinquantenaire et touchant à la soixantaine, s'est entouré de plimeurs jeunes femmes et concubines, ne
présente donc rien d'anormal au point de vue moral et psychologique. ^) Zeynab Cependant, on produit le mariage du prophète avec Zeynab (8) comme une preuve spéciale de sa sensualité et de son manque de scrupules dès qu'il s'agissait de la possession d'une femme. — Zeynab était la fille- d'une de ses tantes , fille de son grand-père Abd-El-Motalleb ; et lui-même avait favorisé le mariage de cette cousine avec son affranchi et fils adoptif Zaïd. Suivant les moeurs arabes l'adoption empêchait le mariage tant entre le père adoptif et la femme divorcée du fils adoptif qu'entre le fils adoptif et la femme divorcée du père adoptif Néanmoins Mohammed épousa Zeynab après que Zaïd l'eut répudiée , et justifia cet acte par une révélation qu'on retrouve dans le koran. — D'après les données de la tradition*) l'affaire se serait passée à peu près de la manière suivante: Un jour il arriva au prophète d'être ému des charmes de Zeynab, et une fois qu'il la vit chez elle, il lui échappa une exclamation trop admirative qui fit une grande impression sur l'esprit de la jeune femme. Elle ne laissa donc pas de rapporter à son mari les paroles de son illustre cousin; elle lui reprocha sa naissance inférieure à la sienne, et la bonne entente entre les époux fut nécessairement rompue. Enfin Zaïd se décida à offrir à son père a,doptif de lui céder sa femme et de la répudier à cet effet. Sur le refus de celui-ci, Zaïd insista en lui
1) S'il était prouvé (v, p. 438 n. i) que Mohammed a eu les deux dernières armées de sa vie la manie du mariage, pourquoi ne pas mettre cette fiiiblesse sur le compte de sa vieillesse, d'un penchant devenu maladif pour les femmes et d'une impatience devenue maladive d'avoir des enfants mâles? Pourquoi admettre que i^lorsqu'il en eut le pouvoir et qu'il eut perdu la faculté de se contenir, il ne résista plus à la sensualité grossière qui était au fond de sa nature"?
*) Ibn Ilisham, Thn Saad et W^akidi (Guerres) ne parlent pas de l'incident. Tout ce qu'en disent les traditions n'a peut-être d'autre fondement que les versets du koran (soura 33) qui s'y rapportent.
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représentant qu'il désirait se séparer de sa femme devenue hautaine envers lui, et il la répudia en effet. Néanmoins Mohammed ne l'épousa pas immédiatement. Il ne le fit qu'après avoir justifié cette démarche par la communication d'une révélation qu'il avait eue. Cette révélation ne lui accordait pas une dispense personnelle ou relative au seul cas de Zeynab, mais elle abolissait complètement l'adoption arabe. Par ce moyen il triompha de la résis* tance des parents de Zeynab et des scrupules des fidèles. — n est difficile de nier que Mohammed ait commis une faiblesse en contractant ce mariage auquel personne ne l'obligeait. Ajoutons qu'il aurait pu réconcilier les époux et empêcher Zaïd de répudier sa femme, s'il l'avait sérieusement voulu. Mais on comprend d'autre part que Zaid était sérieux lorsqu'il offrit à son patron et bienfaiteur de lui céder une femme qui ne voulait plus de lui et aspirait à épouser le prophète qui l'aimait. Au point de vue arabe cette proposition était pieuse au lieu d'être inconvenable; et elle aurait été considérée ainsi par Zaïd, par Mohammed et par le public arabe, sans la circonstance de l'adoption. Il faut manquer d'impartialité pour croire que Zaïd a offert la séparation à contre-coeur et s'est conduit en flatteur habile, et que Mohammed a agi avec préméditation et a usé de contrainte morale envers son affranchi. ^) — Pour ce qui regarde l'empêchement naissant du lien de l'adoption, il faut remarquer que l'adoption arabe n'était pas un moyen de faire entrer l'adopté dans la famille de l'adoptant^), mais qu'elle n'avait qu'une
1) Ces apprécUtions se trouirent chez plusiears auteurs.
^ Chez les romains, les grecs et les hindous, Tadoption avait cette signification; elle conférait à Tadopté tous les droits et lui imposait tous les devoirs d*un fils réel et d'an membre- de la famille; elle fournissait anciennement le seul moyen de le rendre héritier de Tadoptant. Dans le droit teutonique l'entrée dans la famille, qui se faisait dans l'assemblée populaire , se perdit quand cette assemblée tomba en désuétude. L'adoption
yaleur honorifique. L'adoptant témoignait son affection à l'adopté et l'honorait en l'appelant son fils, et celui-ci portait le nom de son père adoptif^) et l'appelait son père; sauf le droit de ce père de répudier son fils, à la façon d'une épouse. De plus cette paternité adoptive s'opposait au mariage soit du père soit du fils avec les femmes divorcées du fils ou du père, comme s'il s'agissait d'une paternité réelle. Le désir d'épouser Zeynab dut faire réfléchir Mohammed sur la valeur et de cette cause d'empêchement et de toute l'adoption arabe. Quant à l'empêchement, il est évident que l'adoption, soit honorifique, soit juridique , n'est qu'une fiction , et qu'elle ne peut donc produire une véritable parenté , une consanguinité sans laquelle il ne peut y avoir d'inceste. *) Cette considération ne pouvait échapper au prophète. En même temps, ses réflexions devaient le conduire à ce résultat que toute l'adoption arabe était un usage sans fondement et sans
qui ftii réintroduite dans le droit européen, est celle du droit romain. — Dans le droit hébraïque on ne trouve aucune trace d'adoption. Probablement l'adoption des peuples aryens, celle qui implique un changement de famille, était inconnue aux anciens sémites. — Les paroles du koran indiquent que l'adoption arabe était matériellement un simple changement de nom (l'addition personnelle du nom du père adoptif an nom personnel du fils) et non un changement de famille et éventuellement de tribu. — Le biographe Ibn Saad rapporte sur l'histoire de Zaîd Ben Haritha un petit roman finissant par son adoption par Mohammed. (Sprenger L p. 401. 402, Muir n. p. 48/9.) D'après ce récit le prophète aurait dit dans l'enceinte de la Kaaba en présence de témoins: »Zaïd est mon âls; il sera mon héritier et je serai le sien". On ne peut inférer de ce récit composé à une époque où les musulmans ne reconnaissaient aucune espèce d adoption, que l'ancienne adoption arabe impliquait un droit de succession réciproque entre Fadoptant et l'adopté. Les paroles attribuées à Mohammed ne semblent qu'un ornement du récit qui est fort poétique.
^) Zaîd, p. e., appelé auparavant, d'après son père Haritha, »Ben Haritha", fut appelé plus tard »Ben Mohammed".
^) On conviendra que si le lien de l'adoption n*est sanctifié par la religion, le mariage entre l'adoptant et l'adoptée ne peut être considéré ni comme incestueux, ni même^ à moins que l'âge des parties ne s'y oppose, comme répréhensible. U en est de même, à plus forte raison , du mariage entre Tadoptant et la femme divorcée de son fils adoptif.
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valeur , que la substitution du nom du père adoptif à celui du père réel n'était pas raisonnable, et qu'une fiction de paternité ne justifiait pas une prohibition de mariage. Il lui sembla donc qu'en acbolissant toute l'institution, il détruisait toute objection contre son union avec la femme de Zaïd. A ses yeux cette abolition ne pouvait excéder sa compétence ou dépasser les limites de son rôle et de sa mission de prophète et d'apôtre de Dieu. En vertu de ses révélations il se conduisait comme législateur quant au culte et quant à la vie sociale. La promulgation d'un ordre de Dieu sur l'adoption lui semblait tout aussi normale qu'une nouvelle ordonnance sur le mariage et sur le divorce^). Ainsi il pouvait croire à une révélation par laquelle Dieu lui permettait le mariage avec Zeynab et abolissait virtuellement l'adoption arabe, et il pouvait annoncer de bonne foi cette innovation aux fidèles. Il pouvait s'attendre sans doute à une critique amère de la part de ses ennemis, mais il ne croyait pas risquer de scandaliser et de s'aliéner une partie des croyants. Il faut être hostile au prophète pour s'indigner vertueusement de sa conduite, à cette occasion , et pour dire qu'en feignant d'avoir reçu une révélation et en la produisant telle qu'elle se trouve dans le koran, il a parlé »comme tout autre coquin qui fait l'homme pieux". *)
Voici les passages du koran relatifs à l'incident. 3)
Diea n'a pas donné à rhomme deux coears an dedans de lai. ^) Il n'a pas, rendu les femmes que tous repoussez ^) , vos
^) Aussi la même soura (33) où se trooTe Vabolition de l'adopiton, eontieut-elle Tabolition d'une espèee de 'répudiation qui oonYertit l'épouse en mère fictive (v. ci-dessous).
') Ainsi s'expriment Sprenger I. 404 et Dozy p. 78.
») XXXni. 4. 5. 3tt. 37.
^) G.-à-d. un coeur pour les mères réelles et les fils réels, et un coeur pour les mères fictives et les fils flciifs.
^) Palmer traduit >whom you back awsy frem you". Un usage arabe
mères réelles, ni yob fils adoptifii tos fils réels. C'est ainsi qaeyos boaches parlent, mais Diea parle la vérité et II conduit dang le droit chemin. Appelez les par les noms de leurs pères ^); ce sera plus jaste devant Diea.
Et quand ta disais à celai anqael Diea a montré Sa faveor et qai a été Tobjet de ta fiavear') ^«garde ta femme poar toi et crains Diea'* ; et que ta as caché dans ton âme ce qae Dieu allait manifester 3) ; et que tu as craint les hommes, quoiqu'il soit plus juste de craindre Dieu , et que Zsîd l'avait répudiée . . . Nous te l'avons donnée en mariage, de manière que les fidèles ne soient pas empêchés d'épouser 'les femmes de leurs fils adopti£9 après que ceux-ci les auront répudiées. Et le commandement de Dieu doit être accompli. . . U ne faut pas reprocher au prophète ce que Dieu lui a permis.
Evidemment , ces passages sont rétrospectifs. Ils contiennent une répétition ou une confirmation d'une première révélation relative au mariage en question et à l'adoption, et déjà communiquée aux fidèles. Le second passage nous apprend que le prophète a reculé d'abord devant l'opinion publique médinoise, et qu'il ne s'est décidé à prendre la femme répudiée par Zaïd qu'après avoir obtenu une révélation qui lui disait: épouse-la. On voit par le premier passage que Mohammed n'a pas décrété lE^l'adoption est abrogée", mais qu'il l'a virtuellement abolie, en interdisant aux fidèles le vain usage de donner au fils adoptif le nom du père adoptif, ce qui était le signe extérieur et indispensable de l'adoption.
permettait au mari de dire à sa femme ou à une denses femmes »ton doe est pour moi comme le dos d'une mère'', après quoi elle devait être considérée et respectée comme sa mère par le man dont elle continuait à habiter la maison, et par tous les membres de sa famille. Gomp. LVHI. 2 — 5 où cette séparation est condamnée, et où il est dit qu'elle est fondée sur un mensonge.
*) G.-à-d. continuez à les appeler du nom de leur propre père et ne leur donnez pas celui du père adoptif.
*) A Zaïd qui fut affranchi par Mohammed et devint moslem.
') »Ton désir d'épouser Zeyuab répudiée, avec l'autorisation de Dieu."
En somme il est donc injuste de dire que Mohammed, pour satisfaire sa passion , a commis un inceste et Ta consacré. Il a commis une faiblesse en épousant Zeynab, mais il a été convaincu que ce mariage était justifié par une révélation ^) qui confirmait le résultat de ses méditations quant à la vanité de l'adoption arabe. Au reste, en abolissant la fiction de l'adoption , il amenda le droit arabe , non moins qu'en supprimant la fiction de la femme métamorphosée en mère.
On fait un autre chef d'accusation de la conduite du Marie u
prophète à l'occasion de la^ jalousie de ses femmes, au °^ moins de Hafza et d'Aïcha, contre Marie la copte. La tradition dit »que Hafza, rentrant dans sa maison^), y avait trouvé Moliammed et Marie , et là-dessus était entrée dans une telle fureur que pour l'apaiser il promit de renoncer à son esclave. Malgré le silence que son mari lui imposa, Hafza raconta l'affiaire à Aïcha; elle fut divulguée, et le prophète fut brouillé pendant tout un mois avec toutes ses femmes". Si l'histoire est vraie , et que les passages du koran^) où il est question d'une grave mésintelligence entre le prophète et deux de ces femmes, s'y rapporte, il faut inférer de ces passages kofaniques, dont la clarté laisse beaucoup à désirer: que Mohammed se repentit de sa promesse, qu'il ne renonça pas à Marie, et qu'il porta à la connaissance des fidèles une révélation qui lui dit: }!>tu as eu tort de t'interdire ce que Dieu a autorisé , seulement pour plaire à tes femmes". A ce propos
0 Y. ci-dessous stur la nature de ces révélations et sur la bonne foi du prophète.
^) Suivant la tradition, chacune des femmes du prophète avait une maisonnette à elle près de la mosquée de Médine. Conformément à la simplicité de Tépoque et à celle du chef des fidèles, celui-ci n'avait pas de maison distincte de celles de ses femmes.
') LXYI 1 — ^5. Ces passages ont-ils donné lieu peut-être à la naissance des traditions en question, dont ne parlent pas encore les biographes Ibn Hisham, Wakidi (guerres) et Ibn Saad?