‹ L'Egypte et l'EuropeChapitre 41 sur 85 · XI · texte numérisé non relu

XI

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ses deu^ femmes (Hafzà et Âïcha) sont censurées d'avoir conspiré contre lui, et menacées si elles continuent à marcher dans cette voie. — Observons que d'après les moeurs arabes Mohammed avait parfaitement le droit de. se faire une concubine de son esclave égyptienne, et que ses femmes orgueilleuses , les filles d'Omar et d' Abou Bekr , n'avaient aucun droit d'exiger qu'il la renvoyât. La promesse de renvoyer Marie avait été simplement une faiblesse de la part du prophète. De même, Abraham avait commis une faiblesse en renvoyant sa concubine Hagar pbur plaire à sa femme légitime. Il est vrai que Hagar était déjà mère, mais Marie Qtait enceinte ou pouvait l'être , si à cette époque son fils Ibrahim n'était pas encore né. On comprend donc que Mohammed , arabe et prophète , s'est repenti d'une promesse qui le mettait à la merci de ses femmes , et qui était injuste envers la concubine qui en effet lui donna un fils. Sa fierté virile s'est redressée contre la faiblesse qu'il avait commise. Il est resté convaincu que Dieu ne pouvait que désapprouver et annuler ^) l'engagement qu'il avait pris. Une révélation vint confirmer cette conviction. *) C'est à tort , par conséquent , qu'on l'a accusé d'avoir fait entrer en scène une révélation pour

*) Suivant le koran (V. 91) un serment ou engagement sérieux et solennel ne saurait être violé impunément Mais on peut en expier la violation, en donnant à manger à dix pauvres, ou en les vêtant, ou en libérant un captif, ou bien pour celui qui n'a pas les moyens de fidre ces bonnes oeuvres, en jeûnant trois jours. Ceci signifie, non sans doute qu'on peut se délier d'avance de tous ses serments ou engagements , mais qu'on peut expier l*' ce (pii a été fait contre la promesse, 2° les promesses qpi'on n'aurait pas dû faire et qu'on fait bien de ne pas rempûr. — U est dit LXVI. 1. »0 prophète, pourquoi t'interdire ce à quoi Dieu fa aujU^risé, par désir de plaire à tes femmes? Mais Dieu est iniséricordieux."

^ sDieu voiM (au pluriel , c'est-à-dire aux fidèles) a accordé d'expier vo9 serments, etc." Le sens semble donc (si l'histoire est vraie et que le passage s'y rapporte): t^Tu as promis à tes femmes de renoncer à Marie; Dieu, qui est miséricordieux, et qui pardonne aux hommesi la violation d'un serment expié par une bonne oeuvre, te délie de ce serment qu'il désapprouve." U n'est pas dit que Mohammed est dispensé de l'expiation.

pouvoir continuer, malgré sa promesse, un commerce illicite ou honteux.

La conduite du prophète dans l'affaire de la disgrâce Aïcha d'Aïcha a fourni un troisième chef d'accusation. Injustement accusée à la suite d'un incident où les apparences pouvaient être contre elle, elle fut soupçonnée d'infidélité par son mari et se* retira dans la maison de son père. Cepençlant, Mohammed regrettait vivement la perte de sa femme favorite , qui était la fille de son meilleur ami. Il désirait croire à son innocence, et après qu'elle l'eut attestée devant lui — toujours suivant la tradition — il eut une révélation qui lui apprit qu'en effet Aïcha était innocente. Conséquemment, il la reprit et fit battre de verges les calomniateurs. La soura du koran qui rappelle en termes vagues la calomnie dont Aïcha fut l'objot ^) , ordonna en outre que ceux qui accusent d'adultère une femme honnête sans produire quatre témoins à l'appui, seraient punis de 80 coups de verges , et que leur témoignage ne serait plus reçu à l'avenir «). — Il est permis de s'étonner de ce troisième chef d'accusation. Quoi de plus naturel que la conduite de Mohammed en cette affaire? Comment peut-on insinuer qu'il a repris Aïcha et puni les accusateurs malgré ses soupçons, pour satisfaire à sa passion et pour" faire plaisir à Abou Bekr, et qu'il n'a produit une révélation que pour sauver les apparences ?

Il est presque inutile de rappeler que les trois incidents susmentionnés ne sauraient troubler la foi des musulmans.

') XXIV. 4. La preuve de Tadultère par quatre témoins semble étrange* à M. Dozy. Cependant, cette innovation est un progrès, non moins que les règles qui suivent immédiatement et portent 1° qu'à défaut de témoins le mari ne pourra établir Tadultère de sa femme que par quatre serments consécutifs, et un cinquième serment appelant sur lui la malédiction de Dieu s'il a menti, 2^ que la femme pourra repous&er l'accusation par quatre serments et un cinquième appelant sur elle la malédiction de Dieu , si son mari a dit la vérité.

dispenBe On a fait encore au prophète le grave reproche d'avoir ^^*™'^®^ fait révéler en sa faveur une exception à la règle générale, également révélée, qui restreint le maximum des femmes légitimes à quatre. L'accusation n'est pas fondée. Le prophète n'a jamais limité le nombre des femmes des fidèles d'une manière générale et impérative. Il est incroyable qu'on ait jamais pu lire une limitation semblable dans le koran. Voici le seul passage qui se rapporte à la matière.^) . .

Donnez aux orphelins ce qai est à eux, et ne remplacez pas les bonnes choses qu'ils ont, par des choses sans valear, et ne dévorez pas leurs biens an profit des vôtres. Vraiment, ceci est on grand péché. Et si «vous craignez de ne pas traiter justement les orphelins, ne prenez que deux ou trois ou quatre femmes, de celles qui vous semblent bonnes. Et si vous craignez encore de ne pouvoir être équitable '), ne prenez qu'une seule' femme ou prenez ce que votre main droite possède, s) De • cette manière il vous sera plus facile d'être équitable. *)

Il résulte de ce passage que Mohammed n'a pas donné un commandement à tous , mais un avis aux faibles et aux très faibles, ou plutôt à ceux qui se sentiraient faibles ou très faibles à raison de leur plus ou moins de force d'âme et de leur plus ou moins de richesse. Il n'a pas eu en vue la spiritualité du mariage, ni l'intérêt et la dignité de la femme, ni la félicité conjugale, ni le bon ordre des ménages, ni même l'intérêt des enfants en général, mais seulement l'intérêt, et spécialement l'intérêt pécuniaire , des orphelins , c'est-à-dire des enfants dont les mères , leurs protectrices naturelles et leurs avocats auprès de leurs pères, seraient mortes. Remarquez en outre que la limitation recommandée n'est pas absolue, mais condi-

^) En observant ces limites.

') C'est-à-dire: vos esclaves comme concubines.

*) Envers les orphelins.

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tionnelle ; et qu'au lieu d'être simple , elle est multiple et progressive: »Si vous vous méfiez de votre justice, prenez quatre femmes seulement; si vous vous méfiez davantage, prenez en trois ; si votre méfiance est plus grande encore , prenez en deux; si deux vous semblent de trop, prenez en une seule j ou bien n'en prenez aucune, et contentez vous d'avoir des concubines esclaves. On voit que l'avis est, d'ailleurs, très vague. Faut-il compter les femmes stériles? Ne faut-il pas compter les femmes mortes qui ont laissé des enfants devenus orphelins?

Le koran ne contient pas d'autres passages qui limitent la polygamie. Mais on trouve dans la même soura un autre passage ^) qui admet la polygamie sans répéter l'avis susmentionné. Après avoir énuméré plusieurs cas de mariages illicites, le koran dit:

Mais Dieu voub a permis de chercher des femmes an moyen

de votre richesse ^) Et celui de vons qai n'a pas ce qu'il

&iit pour épouser des femmes libres et croyantes, qu'il prenne des filles croyantes que sa main' droite possède.

Ce passage dit assez clairement: vous pouvez épouser

des femmes libres dans la mesure de votre richesse; sinon

contentez vous de vos esclaves, pourvu que les unes et

les autres soient croyantes. Il est parfaitement conciliable

, avec l'avis conditionnel , non avec la limitation absolue. ^)

Evidemment, l'avis donné aux faibles n'était pas applicable au prophète; et certainement, ni lui-même, ni les fidèles, n'ont jamais pensé à l'application qu'il devrait s'en faire*).

») rv. 28. 29.

^ C'est-à-dire si tous pouvez leur payer un douaire (rancjen prix d'achat).

') Dans une des dernières souras (V. 7) , où il est dit «qu'il est loisible aux fidèles d'épouser des femmes chastes qui sont moslems ou juives ou chrétiennes, mais non d'avoir des concubines libres", l'avis limitatif quant au nombre des femmes n'est pas répété.

*) Remarquons au surplus que l'intérêt des orphelins, qui était le motif

C'est en vain qu'on alléguerait un autre passage du koran pour prouver que Mohammed, considérant le maximum de quatre femmes comme absolu, s'en est délivré une dispense exclusivement personnelle^).

0 prophète, Nons t^accordons les femmes auxquelles ta as donné leur douaire et les enclaves que ta main, droite possède (provenant) du butin que Dieu a mis entre tes mains, et les filles de tes oncles paternels et maternels et de tes tantes paternelles et maternelles qui se sont enfuies de la Mecque a?ee toi, et toute femme fidèle qui se donne au prophète, si le prophète désire l'épouser. — Un privil^ pour toi sur les autres fidèles; Nous savons bien ce que nous avons ordonné pour eux concert nant leurs femmes et celles que leur main droite possède, de manière qu'il n'y ait aucune faute de ta part. — Il ne t'est pas permis de prendre des femmes en sus (= des concubines libres^)), ni de les prendre (les concubines) au lieu de tes femmes (Intimes) quoique leur beauté te charme, à V exception de celles qne ta main droite possède ^).

de l'avis limitatif, ne pouvait s'opposer à la pluralité des femmes de Mo* hammed. Tous les enâints de sa première femme étaient morts, à Tezception de Fatiroa , et il n'eut qu'up fils de Marie la copte trois ou deux ans avant sa mort. Quant à ses concubines, il ne pouvait être question d'aucune restriction.

«) XXXni. 49. 50. 52.

') Gomp. V. 7 (note 3, p. 469) quant aux concubines libres. C'est ainsi qu'UIlmann traduit avec Wahl (sNebenweiber, d. h. Eebsweiber, Conçubinen)." Cette interprétation donne un sens satisfaisant. Hodwell et Palmer traduisent »here afler" et »afler (this)". Mais cette interprétation est inadmissible. Il est impossible que Mohammed se soit fait dire par Dieu : »tu peux conserver les femmes que tu as, mais tu n'en prendras plus à l'avenir; c'est bien assez, c'est complet". D'ailleurs cela serait contraire au verset 49 qui dit: ^(Nous t'accordons) toute femme croyante qui se donne au prophète, si le prophète désire l'épouser". — Il est incroyable d'ailleurs que Mohammed ait été disposé à s'interdire absolument de nouveaux mariages; et ceux qui l'accusent de sensualité grossière et impertinente, devraient être les derniers à supposer qu'il ait voulu faire cette concession à l'opinion publique.

') C'est ainsi seulement que XXXTTT. 52 fournit un sens acceptable ot naturel. »I1 ne t'est pas permis de prendre des concubines en sus de tes femmes légitimes, ni de les substituer à tes femmes légitimes répudiées à cet effet, excepté des concubines esclaves."

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n est facile de voir que ces passages renferment une réponse à des reproches que les ennemis et les faux amis du prophète lui faisaient au sujet de ses femmes. Mais la nature de ces reproches demeure obscure. La faculté d'épouser des femmes libres ayant reçu leur douaire et d'avoir des concubines esclaves est de droit commun selon le koran. Celle d'épouser des cousines germaines*) l'est également. Il ne resterait donc pour le privilège du prophète que la faculté d'épouser ^toute femme croyante qui se donne à lui". Cependant, se donner ne signifie-t-il pas simplement consentir , au lieu de s'offrir sans l'intervention du père , du frère , de l'oncle qui selon l'usage doit faire ou recevoir la proposition , sans obtenir un douaire et sans attendre l'initiative du futur mari ? *) Quant au douaire , on ne peut

') Le koran (FV. -26.) prohibe le mariage entre eollatéraux an troisième degré tavec vos tantes paternelles «t maternelles, avec les ûllee de vos frères et de vos soeurs", non an quatrième degré.

^ Les explications et les suppositions des commentateurs (v. Sale , koran) concernant ce verset (49) n'ont aucune valeur. — En parlant de ses cousines le prophète n'a pas eu en vue son projet de mariage avec OmmHaniy, qui était la fille de son oncle paternel Abou Taleb, et qui le refusa selon une tradition. Car elle ne le suivit pas à Médine, mais resta à la Mecque. Mais il a pu vouloir répondre à des objections qu'on lui faisait au sujet de son mariage avec sa cousine Zeynab, la femme répudiée de Zaîd, qui était la fille d'une de ses tantes paternelles. — Quant aux femmes qui se donnent au prophète, nous lisons chez Ibn Hisham, dans le chapitre sur »les femmes de Mohammed, mères des fidèles" (1001^005), qui est de lui, et non d'Ibn Ishak, que »le prophète obtint sa femme Maimouna de la main de son oncle Alabbas, mais que selon (Tauires elle se donna à Mohammed. Car, lorsqu'il la demanda en mariage, comme elle était assise sur son chameau, elle dit: Le chameau et ce qui est dessus appartient à Dieu et à Son apôtre. C'est alors que Dieu révéla: »quand une femme croyante se donne au prophète...". Selon d'autres (continue ïbn Hisham) ce fut Zeynab qui se doniia au prophète; sdon d'autres, ce fut 0mm Sherik Ghazyeh, fille de Jabar ben Wahab, des Béni Maunkid; selon cPaiUreséïle (cette dernière femme) était des Béni Semeh I-Louey. On voit que la tradition a cherché une femme qui se serait donnée au prophète, parce que le cas ou les cas auxquels Mohammed aurait épourà une femme sans l'intervention des agnats n'étaient pas connus. Tonte cette. recherche a donc été motivée par un passage du koran auquel on a voulu trouver son appli-<

admettre que Mohammed ait repoussé l'obligation de donner un douaire aux femmes qui s'offriraient à lui, dans le même verset où il s'est généralement soumis à l'obligation de donner un douaire aux femmes qu'il épouserait Le prophète se serait-il donc arrogé le privilège de se passer de l'intervention des agnats et de l'observation des convenances par rapport à l'initiative du mari? Cela n'est guère probable; car le privilège de se passer de l'intervention des agnats , sans être important , aurait paru odieux à ses compatriotes. Mais cette intervention pouvait être impossible ou hors de saison dans une foule de cas. Le parent appelé par l'usage pouvait être captif, sans qu'un autre eut pris sa place* d'agnat protecteur; il pouvait être un infidèle habitant la Mecque, ou un étranger non soumis aux usages des, tribus arabes ; la femme pouvait être une captive ou une esclave affranchie qui après sa mise en liberté n'avait qu'à accepter ou à refuser une proposition de mariage. Puisque Mohammed réclame pour soi la faculté d'épouser toute femme croyante qui se donnera à lui, sans indiquer aucun droit ou aucune convenance qu'il ne serait pas tenu d'observer, pourquoi n'aurait-il pas pensé aux cas nombreux où le don que la femme ferait de soi sans l'intervention d'un agnat serait parfaitement dans les règles? Ainsi le sens probable serait: il est loisible au prophète d'épouser toute femme croyante qui dans les cas où il n'y a pas lieu à l'intervention des agnats se donne à lui sur sa proposition , selon les convenances et en obtenant un douaire selon le droit commun auquel le prophète se soumet. Il n'y aurait donc pas de privilège. Mais il est permis de demander si l'expression arabe du texte ne signifie pas simplement ou ne peut signifier ^consentir, accepter, disposer de soi selon

cation spéciale. On a cherché une femme qui 0b donna, comme on a cherché une cousine. •

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son droit"? Dans ce cas le sens serait: le prophète est soumis aux règles de. droit commun; il doit donner .un douaire, observer les degrés prohibés, obtenir le consentement de la femme, et il lui est défendu d'épouser une

femme idolâtre. Mais il peut épouser, quoiqu'on en dise, une femme croyante qui consent à lui appartenir, bien qu'elle soit sa cousine germaine et pourvu qu'il lui donne un douaire. Le koran déclare donc, dans tous les cas, que Dieu accorde au prophète ce qu'il a accordé à tous les fidèles. De même, il est dit plus loin que Mohammed est soumis à la règle commune qui prohibe le concubinage avec les femmes libres. Si nous supprimons les mots Dun privilège pour toi sur les autres fidèles", les paroles suivantes présentent un sens intelligible dont elles manquent dans le contexte actuel. Elles disent alors : m\ résulte de ce que Dieu a ordonné touchant les femmes légitimes et les concubines de tous les fidèles, qu'on ne peut te faire aucun reproche au sujet de tes femmes et de tes concubines". On peut donc supposer que lors de la compilation du koran ou de sa révision sous Othman , on a fait des altérations ou des interpolations dans le passage précité. L'hypothèse la jplus simple est sans doute que la révélation primitive portait Daucun privilège", et qu'avant ou lors de la compilation ou de la révision la piété inintelligente et le zèle — plus royaliste que le roi — des fidèles ont substitué »un privilège". 'Avec cette légère correction, le sens du passage et la succèssion des pensées ne laissent rien à désirer. »Le prophète réclame d'abord pour soi le droit commun en matière de mariage. Il ne demande aucun privilège. Au* point de vue des règles communes sur le mariage et le concubinage, il est irréprochable. En rçvanche, il se soumet à la prohibition du concubinage avec les femmes libres." ' En tout cas, les passages cités ne contiennent pas la

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moindre allusion au nombre des femmes que Mohammed pourrait épouser. Cependant si son privilège se rapportait à la faculté d'épouser un nombre de femmes illimité ou indéfini, cette pensée aurait dû être exprimée ou au moins indiquée.

Les jurisconsultes musulmans ont établi le maximum obligatoire de quatre femmes légitimes (vivantes), en se fondant sur le koran. C'était à Torigine une interprétation pieuse, tous les hommes devant se réputer plus ou moins faibles. Plus tard c'est le désir de restreindre la polygamie qui a prévalu. Quant aux concubines esclaves les légistes n'ont adopté aucune limitation; le koran ne leur fournissait aucun appui.

L'idée de combattre la polygamie en principe n'est jamais venue à Mohammed. Il n'a donc pas péché contre ses convictions morales, et il ne s'est pas élevé au dessus de ses principes, méchanoeté A en croire la tradition, Mohammed est resté, à Médine et jusqu'à sa mort, un homnle simple; il n'a recherché le luxe et l'apparat, ni pour soi, ni pour ses femmes; il ne s'est jamais conduit en prince ou en pontife; malgré l'autorité d'envoyé de Dieu qu'il assumait, il a continué à se montrer bienveillant et bienfaisant , sensible et doux , dans la vie privée et dans ses rapports avec les fidèles en général. Ses détracteurs européens n'ont pas contesté la vérité de ce portrait qui semble rendre en effet l'impression générale qu'il a faite sur ses contemporains, sans qu'on doive s'arrêter d'ailleurs aux détails. — Néanmoins on l'a accusé de brigandage et d'assassinat, de cruauté et de soif de vengeance.

Pour le juger ainsi on a dû méconnaître le milieu arabe où il vivait, et la situation où il se trouvait placé, après la fuite à Médine.

11 ne faut pas se représenter que le prophète et les

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réfugiés aient fonné à Médine une colonie paisible qui n'avait qu'à se tenir tranquille pour jouir des bienfaits de la paix et pour faire une propagande pacifique. Les moslems de la Mecque avaient été maltraités et persécutés dans leur ville natale. Ils s'étaient réfugiés bien malgré eux. à Médine. Au commencement, le climat de cette dernière ville les fit souffrir, et ils aspiraient à retourner au plus tôt dans leurs foyers. Bref, à Médine, ils étaient, non des colons, mais des exilés. Ils brûlaient donc de se mesurer les armes à la main avec les mecquois idolâtres, de les vaincre, de se réinstaller à la Mecque et d'y faire régner l'islam. Mohammed aussi se considérait comme exilé et désirait rentrer chez lui et y continuer sa mission de prophète; mais comme il ne pouvait plus espérer d'y convaincre ses adversaires par sa prédication, il ne lui restait que de les réduire par la force. Cette réduction lui semblait d'autant plus désirable qu'il ne pouvait être question d'une propagande pacifique pour l'islam tant que la Mecque avec son sanctuaire national restait un centre puissant d'opposition contre la nouvelle religion.

Cependant , on reproche à Mohammed d'avoir commencé gjie"» oA'»»les hostilités, et ce, par voie de brigandage.

On peut croire que les intentions des mecquois ont été d'abord des plus pacifiques, et qu'ils se réjouissaient de l'évasion de Mohammed et des siens. Mais ils ont dû voir les choses d'un autre oeil après avoir appris que le prophète s'était constitué le chef d'une espèce de confédération médinoise, composée des réfugiés et des citadins arabes convertis à l'islam ^), ainsi que des juifs qui habitalent la ville. *) Ils ont dû croire que Mohammed à Mé-

^) Ils s'appelaieot anaara, c'est-à-dire auxiliaires. ') La ounfédération fat constituée au moyen d'une conyention explicite. Quelques tribus juives Toisines s'y joignirent bientôt par des traitée ana*

uTe

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dine était pour eux un danger considérable et une naenace permanente pour leurs caravanes venant du nord , et qu'ils feraient bien de l'anéantir le plus tôt possible. S'il est vrai, cependant, qu'ils n'ont rien entrepris ni médité contre Médine avant que le prophète eût pris l'offensive, il faut observer que leur organisation les rendait très lents à se concerter, à prendre une résolution et à l'exécuter, et que l'attente d'une riche caravane devait faire remettre une expédition résolue en principe. Mais ceci n'empêchait pas les manifestations belliqueuses et les projets de campagne, dont Mohammed ne tardait pas à être instruit par ses amis secrets de la Mecque. Comme cela arrive toujours en pareille occasion, les parties se , faisaient peur réciproquement. Le prophète ne pouvait donc se croire en sûreté à Médite; il était nécessairement convaincu que les mecquois méditaient sa ruine. Voilà pourquoi l'intérêt de sa cause le portait à devancer ses adversaires et à organiser' des expéditions qui avaient une double utilité : celle d'affaiblir les mecquois par la perte de leurs caravanes et la défaite des bandes isolées de leurs guerriers, et celle de fortifier les médinois par des traités de paix et de neutralité ou même d'alliance conclus avec les tribus arabes voisines, que l'on détachait ainsi de l'alliance avec la Mecque.

En faisant, le premier, des actes de guerre contre ses anciens concitadins, Mohammed ne Commettait rien de contraire au droit des gens tout à fait primitif de son pays et de son temps. Ses adversaires modernes oublient que, d'aprèSs ce droit primitif, la paix n'est pas un état naturel et ne peut être que le résultat d'une convention,

logues. — Sans être obligés au 8ervice militaire, les juifs étaient tenus de contribuer à la défense de Médine et de contribuer aux frais de guerre en général. — On ne croira pas, du reste, qu'Ibn Hisfaam (341 — 344) donne le texte authentique du traité primitif; il est même improbable que le traité ait été immédiatement rédigé par écrit.

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non moins que la neutralité et l'alliance. Or, comme chef des émigrés, le prophète n'était pas en état d'amitié et de paix conventionnelle avec les mecquois; il n'était pas même à l'état de non-guerre ; c.-à-d." il n'y avait pas entre eux des relations pacifiques existant de fait, quoique non fondées sur des traités. Au contraire, depuis l'évasion, ils étaient en état d'hostilité, même avant le premier acte de guerre. Telle était l'opinion des mecquois non moins que celle des médinois et de leur chef; et si les mecquois ont été furieux contre Mohammed, ce fut à cause de l'audace qu'il eut de les attaquer le premier, et non, comme l'on dirait aujourd'hui, parce qu'il avait commis j!>la perfidie de commencer la guerre en pleine paix".

Ainsi, au point de vue du droit national et contemporain, l'initiative guerrière du prophète était parfaitement justifiée. Mais pour lui elle l'était plus encore à un autre point de vue. La Mecque et Médine devaient entrer dans une lutte mortelle , une lutte pour l'existence. Si l'islam , partant de Médine, s'étendait et triomphait en arable, et si Médine devenait puissante, elle devait finir par exterminer le culte idolâtre de la Kaaba et porter ainsi un coup mortel à la prospérité et à la puissance des koreychites de ' la Mecque. En efiPet , la transformation de la Kaaba païenne en un sanctuaire musulman, accompagnée de la conversion des mecquois , a été un événement jqu'on ne pouvait prévoir à l'origine. De son côté, la Mecque, pour prévenir la perte de son indépendance et de sa prospé- ' rite, devait anéantir Médine et la religion du prophète. Dans ces circonstances, la guerre contre la Mecque était, dès l'origine , pour Mohammed et ses moslems , une guerre pour la cause d'Allah contre les incrédules, une gu&rre sainte^ qui était défensive non moins qu'offensive, lors même qu'elle était commencée par Médine.

Reste le brigandage. 11 est vrai que Mohammed commit brigandage

les prémices hostilités en attaquant des caravanes mecquoises qui retournaient à la Mecque. Mais la qualification de brigandage n'est pas applicable à ces attaques. En effet, les brigands sont des gens qui s'étant. mis hors de la société, attaquent et dérobent sur le territoire qu'elle protège, des gens sans défense qui comptent sur sa protection. En arable, au contraire, les attaques dirigées contre des caravanes ennemies^ comme les déprédations commises sur le territoire ennemi^ étaient des moyens réguliers de se faire la guerre entre les tribus nomades ou plus ou moins sédentaires. D'ailleurs les caravanes mecquoises n'étaient pas simplement composées de chameaux et de chameliers inoffensifs ; elles étaient conduites ou escortées par de nombreux guerriers, et à moins d'une grande supériorité numérique des assaillants, il fallait combattre pour s'en emparer. Mohammed n'était donc pas plus brigand quand il tâcha d'enlever des caravanes mecquoises, que du côté des mecquois Kourtz Ibn Jabir, quand il fit une incursion et enleva des troupeaux près de Médine.

Cependant, on reproche encore au prophète d'avoir fait attaquer une caravane — la seule attaque qui ait réussi — par Abdallafi Ibn Djash dans le mois saint de Regheb, pendant lequel les arabes observaient une »trève de Dieu". On ajoute qu'il n'a tardivement désapprouvé le fait que pour ménager l'opinion publique , et qu'il s'est servi d'une révélation pour ne pas perdre le profit de l'expédition. — Les faits rapportés par là tradition, où plutôt par les différentes versions de la tradition, présentent beaucoup d'incertitude. Il se peut que Mohammed n'ait envoyé Abdallah, accompagné de sept hommes, que pour faire une reconnaissance. ^) Mais supposé qu'il leur ait donné l'ordre ou

*) Gela semble résulter du rédt dlbn Hisham (423—425), qui raconte que le prophète avait donné une lettre fermée à Abdallah que celui-ci devait

l'islah. 479

la permission d'attaquer uue caravane, il ne s'ensuit pas qu'il leur ait dit ou permis de l'attaquer avant la fin du mois saint , lequel touchait à sa fin. Il n'y a aucune raison de croire que Mohammed — esprit fort ou fripon — ne partageait pas les scrupules de ses compatriotes et qu'il n'a désapprouvé la conduite d'Abdallah que par hypocrisie. Il n'est pas vrai, non plus, qu'il ait excusé la conduite d'Abdallah. Nous lisons dans le koran ^) : ^olls t'interrogeront (c'est Dieu qui parle au prophète) sur la guerre dans le moi^ saint. Dis (-leur) : ^combattre pendant ce mois est

ouvrir devx jours après, et qui conteuait Tordre »de se rendre à Nachlah > entre la Mecque et Taîf, d'y épier lee koreychites, et de donner des nouvelles sur eux". A Nachlah, cependant, ils attaquèrent l'escorte d'une oaravane mecquoise, laquelle escorte était composée de quatre hommes seulement, après avoir douté et difiéré d'opinion sur la question s'ils feraient l'attaque avant la fin du mois sacré de Regbeb ou s'ils laisseraient échapper la caravane. Wakidi (Wellhausen p. 35) rapporte cpie la lettre c<M)tenait l'ordre »d'épier la caravane des koreychites'*, sans parler cle ^nouvelles à donner". U n'y a aucune raison de préférer la version de Wakidi à celle d'ibn Hisham selon Ibn Ishak, et de considérer l'absence du mot »caravane" et l'addition des mots »donne des nouvelles sur les koreychites" comme une altération de la vérité historique destinée à disculper le prophète (Wellhausen, préface, p. 11/2.). La vérité de tous les détails rapportés par la tradition sur ce premier succès militaire des musulmans est douteuse; mais la version de la biographie la plus ancienne et en général la meilleure (Wellhausen, préface p. 12) est probablement plus rapprochée de la vérité. Wakidi a supprimé l'addition essentielle et intercalé »to caravane" qui ne devait entrer en scène qu'à Nachlah. Le secrétaire de Wakidi, Ibn Saad, a encore été plus négligent en ne mentionnant pas la lettre du prophète. Du reste, la version de Wakidi n'a rien qui compromette Mohammed, puisqu'il mentionne les scrupules des membres de l'expédition sur l'attaque avant la fin de Regheb, ee qui implique qu'une pareille attaque n'était pas voulue par le prophète. L'argument de Weil et de Muir (III p. 71) — que l'invitation faite par Abdallah à ses compagnons sde le suivre pour mourir comme martyrs" implique la pr<^sition d*attaquer une caravane selon l'ordre du prophète — est erroné, parce que l'expédition à Nachlah, situé à l'est et tout près de la Mecque, était fort dangereuse. L'expression -i» mourir comme martyr" n'est qu'une expression antidatée. Abdallah a invité ses compagnons à risquer sérieusement leur vie avec lui. — Selon la tradition la plus reçue (Wakidi) Mohammed ne paya pas le prix du sang. Selon une autre tradition il le paya (Wellhausen p. 37). On voit quel était l'esprit de la tradition t ') n. 214.

480 chap. X.

un grand péché; mais détourner les hommes du chemin de Dieu, et ne pas croire en Lui, et chasser son peuple du temple sacré (de la Mecque), est un plus grand péché aux yeux de Dieu; et tenter les hommes (à l'idolâtrie) est pire que de verser leur sang". Par ces paroles Mohammed répondait aux mecquois qui accusaient Abdallah , en leur disant que leurs oeuvres étaient pires que l'action d'Abdallah; mais il n'excusait pas cette action, puisqu'il l'appelait un grand péché. — S'il est vrai, enfin, qu'il ne paya pas le prix du sang^) d'un des conducteurs de la caravane qui fut tué, qu'il accepta au contraire les rançons de deux conducteurs faits prisonniers, et qu'il par- * tagea le butin, cela prouve qu'il sépara les conséquences * de l'action d'Abdallah de cette action même, qui n'était

mauvaise que par le temps de l'année où elle avait eu lieu. Mais il ne s'ensuit pas que sa désapprobation à ce point de vue n'ait pas été sincère. Du reste, pour juger équitablement sa conduite à cette occasion, il ne faut pas oublier qu'il était en guerre avec les mecquois. Or, dans la guerre, la restitution de ce qui a été obtenu par des moyens blâmables, est considérée, même aujourd'hui, comme une générosité et non comme l'accomplissement d'un devoir. Et la guerre dont il s'agit, était une guerre sainte j une guerre contre les infidèles dans un pays et à une époque où l'on faisait la guerre sans trop de scrupules. Les mecquois disaient au prophète » rendez nous le butin, renvoyez les prisonniers, payez le prix du sang pour celui qui est tué"; le prophète leur répondait: »pas à vous, idolâtres; car ce que vous faites, est bien pire que le péché d'Abdallah". A son point de vue cette raison était excellente.

flBSMsinat , Les charges d'assassinat , de cruauté et de soif de ven- «ruEuté, eoii nrgance sout cUcs mieux fondées que celle de brigandage?

de yengeance " x o o

^) Le prix de rachat de la veng^eance privée.

l'isuuc. . 481

n faut « ^r de i„g. Mo.a.n.ed a'ap^ „. Idées sur le droit de guerre et le droit pénal. De son temps et dw6 son pays les principes d'humanité qui se faisaient valoir déjà dans la vie de famille et dans la vie privée au sein de la tribu, n'avaient pas encore pénétré dans les sombres régions de la guerre et de la justice criminelle. On était bien loin des amis de la paix et des ennemis de la peine de mort qui proclament aujourd'hui le principe de l'abolition de la guerre et de la peine capitale. Personne n'avait prêché la modération et la douceur dans le traitement des prisonniers de guerre et des coupables. On croyait avoir le droit illimité de mettre à mort les captifs, si on ne préférait profiter de leur capture en les réduisant en servitude, en les vendant comme esclaves, ou en acceptaut une rançon. Et quant au droit pénal, on ne connaissait que la vengeance privée. La justice criminelle qui la remplace, n'existait pas encore en arabie. L'organisation sociale nécessaire pour l'exercer — l'état, pu plutôt, soit la cité, soit le chef revêtu de l'autorité sociale et exerçant les fonctions de juge — n'était pas encorore née. Il n'y avait que des associations de familles et de tribus.

Dans la convention susmentionnée i) Mohammed fut constitué arbitre par ceux qui l'avaient acceptée. Il y est parlé de la vengeance privée, du prix du sang et de la coopération générale contre les coupables, mais non d'une justice criminelle exercée par le prophète. Ainsi, dans Médine, la vindicte publique contre ceux qui attaquaient Tordre de choses établi, qui violaient les conditions de la convention, qui agitaient contre l'islam ou conspiraient contre le prophète, ne pouvait être exercée que dans les formes de la vengeance privée. Tous les moslems avaient le droit et au besoin le devoir de mettre à mort les cou-

n. ' . SI

482 GUAP. X.

pables; et ce, sans forme de procès, sans arrestation préalable , et sans que les moyens de la 'surprise et du guetapens fussent le moins du monde interdits. Par conséquent , quand Mohammed , en sa qualité de chef des fidèles, d'apôtre de Dieu et de médiateur et chef de la confédération, eut acquis une espèce de pouvoir suprême à Médine, c'était bien à lui de désigner aux fidèles les personnes qu'il avait reconnues coupables de haute trahison et méritant d'être mises à mort. Et celui qui se chargeait de remplir cette mission, en voie privée, même en secret, agissait avec l'approbation de tous les autres moslems.

C'est donc à tort qu'on a parlé à'asscLssinat dans les cas de cette nature. Les médinois mis à mort sur l'invitation ou avec l'approbation du prophète étaient considérés , par lui et par les siens , comme des ennemis publics , et non comme des ennemis personnels. Il est vrai que Mohammed avait conservé toute la force et toute la fougue des sentiments et des passions d'un arabe de son temps; mais depuis plusieurs années il avait pris son rôle assez au sérieux et il s'était placé assez haut pour que chez lui l'homme privé fût absorbé par le prophète, et sa vie privée ^) par sa mission apostolique. Les injures et les railleries mordantes dont on l'accablait , lui semblaient lancées non contre l'individu mais contre l'apôtre d'Allah et son oeuvre. Il haïssait ses détracteurs comme les ennemis de Dieu. Les souras médinoises du koran montrent bien que dans sa polémique et ses indignations, dans ses menaces et ses invectives, il s'identifie constamment avec la mission qu'il remplit. Il n'y a donc aucune raison de lui attribuer des rancunes et une soif de vengeance personnelle.

Pour ce qui regarde les prisonniers de guerre, il faut observer que ceux dont il autorisa ou ordonna l'exécution

^) Abstraction faite, toujours, de ses relations avec ses femmes. et ses enfants.

l'islak. 433

en masse , étaient en même temps des conspirateurs contre la constitution, des violateurs de la convention, des traîtres, des félons.

Cependant, les réflexions générales ne suffisent pas. Examinons les principaux cas ]>de cruauté, de vengeance et d'assassinat" qu'on allègue pour prouver qu'à cet égard Mohammed n'était pas meilleur mais pire que ses compatriotes.

Après la première bataille livrée entre la Mecque et Médine, celle de Bedr, qui donna la victoire au prophète, sur une cinquantaine de prisonniers, deux seulement eurent la tête tranchée: Nadhr fils de Narith et Okba^). Ces deux koreychites s'étaient montrés des ennemis acharnés de l'islam. Ils s'étaient moqués de la prédication qui proclamait le Dieu unique, la vie future et la nullité des idoles, et n'étaient aucunement des ennemis personnels du prophète ^). — Une tradition raconte que Mohammed ordonna l'exécution de Nadhr malgré Tintercession du mu^ sulman qui l'avait capturé, et qui par conséquent avait droit à sa rançon; et qu'il ajouta »0 Dieu, accordez lui une meilleure prise". Il n'y a certes rien de féroce ni d'ironique dans ces paroles, qui disent: »Cet ennemi de Dieu doit être immolé, mais qu'il plaise à Dieu de vous donner plus tard un autre prisonnier qui puisse être épargné et vous payer sa rançon." — Quant à Okba , une tradition rapporte que ce prisonnier, au moment d'être mis à mort, s'étant écrié »qui prendra soin de ma petite fille", \e prophète aurait répondu ^le feu de l'enfer". Ces mots

. ') Muir (suivant Ibn Saad) lui reproche ces deux exécutions comme les premières manifestations de sa cruauté et de son caractère vindicatif (m. p. 45—17).

*) Gomme le reconnaît Caussin de Perceval, qui fut un biographe impartial de Mohammed dans son histoire des arabes (tome lE. 1848). Sprenger (El. p. 126) même allègue que ces deux hommes avaient surtout attaqué la doctrine religieuse du prophète.

plus que féroces sont complètement invraisemblabes i) , d'autant plus que dans le koran les peines de l'enfer sont toujours représentées comme personnelles, c'est-à-dire comme la rétribution de l'iiicrédulité et du péché, et qu'elles ne sont pas données en partage aux descendants des incrédules et des pécheurs*). On voit par cette légende, comme par beaucoup d'autres paroles attribuées à Mohammed, que la tradition ne s'est pas toujours empressée de le représenter comme un homme doux et clément. Il y a , au contraire, dans la tradition un courant formé par les guerriers impitoyables et sanguinaires et par les zélateurs indignés de toute résistance à l'islam qui se trouvaient parmi les compagnons du prophète et parmi les épigones, et qui ont tâché de créer un prophète à leur image 3). — Caussin de Perceval croit que la réponse féroce précitée fit donner aux enfants d'Okba le surnom de Béni En Nar

»enfants du feu". Il est probable, au contraire, que ce surnom , qui était celui d'une branche de la tribu à laquelle appartenait Okba, a fait naître la légende*).

Les paroles attribuées à Mohammed, lorsque après la bataille de Bedr il assistait à l'enterrement sommaire de plusieurs de ses compatriotes dont les cadavres étaient précipités dans une fosse commune, ne sont nullement

1) Wakidi (Wellhausen p. 71) ne les rapporte pas, mais raconte en revanche que Mohammed mit en liberté Amr Ben Abdallah à cause de ses 5 ûjles non mariées [jp. 70).

') Gomme la punition terrestre des pères atteint leurs descendants jusque dans la troisième et la quatrième génération, d'après le décalogue.

') Ge courant se retrouve chez tous les biographes et non seulement chez Wakidi et son secrétaire Ibn Saad, lesquels - comme l'assure le musulman anglo-indien Syed Ameer (Satd Emir) Ali Moulvi (of'the inner temple, barrister ai law) dans sa critical examination of the life and teachings of Mohammed (London 1873) — sont considérés dans le monde musulman comme les biographes du prophète qui méritent le moins de confiance (the least trustworthy and the most careless).

*) Gomme le suggère Syed Ameer, 11. p. 88.

l'islam. 485

%i%8uUcmte$'^); elles ne renferment qu'un reproche douloureux. Si, à plus d'une occasicm, Mohammed s'est réjoui et a

k)ué Dieu en apprenant la mort d'un adversaire puissant ou acharné de l'islam, il n'y a rien là dedans qui puisse exciter notre indignation. Une tradition rapporte que lorsqu'on lui apporta, à l'issue de la bataille de Bedr, la tète d'Abou Djahl , il s'écria : »elle m'est plus agréable que le chameau le plus exquis de toute l'arabie" *), Il est probable que cette exclamation poétique , qui nous semble de fprt mauvais goût, mais qui devait plaire aux compagnons du prophète, n'a pas été prononcée par lui mais a été inventée par eux ou par la tradition postérieure. Quoiqu'il en soit, elle est imprégnée de l'esprit arabe contemporain, et nous ne pourrions en vouloir au prophète s'il l'avait prononcée. Les chrétiens songeraient-ils à adresser le moindre reproche aux héros d'Israël se réjouissant et louant Dieu en pareil cas?

' Parmi les ^assassinats" celui qui nous répugne le plus est sans doute l'homicide nocturne commis peu après la bataille de Bedr sur la médinoise Asma, fille de Merwan, qui était poétesse comme tant d'autres femmes arabes de son temps et n'avait pas embrassé l'islam. »Asma avait composé des vers sur la sottise des médinois qui avaient reçu chez eux et avaient confiance dans un homme qui venait de tuer à Bedr les principaux d'entre ses compatriotes mecquois. Ces vers ayant fait beaucoup d'impression , Mohammed dit publiquement •— selon la tradition — »qui me délivrera de cette femme*', et un moslem aveugle, nommé Omeir, s'empressa de la tuer nuitamment Le lendemain cet homicide fut approuvé par Mohammed dans la m,osquée de Médine."^) Nous pouvons admirer le cou-

>) Muir m. p. 114.

») Muir ra. p. 108, 3) Muir m. 130--132. Selon Wakidi (guerres, ^'ellhau&en p. 90/1)

rage d'Asma à son point de vue. Mais il faut reconnaître qu'au point de vue de Mohammed cette ennemie de l'islam, qui avait attaqué , non le fils d'Abdallah, mais le prophète, le chef des réfugiés et le médiateur de la confédération, était coupable d'excitation à la révolte et à la violation de la charte que sa tribu, celle des Béni Aus, avait acceptée ; et que cette excitation était fort dangereuse pour l'état de choses nouvellement établi. N'oublions pas, en outre, que des vers ou des chants injurieux étaient considérés en arable, ainsi que dans toute les sociétés primitives, comme une offense plus grave qu'une injure corporelle, et qui demandait un châtiment rigoureux ou donnait lieu à la vengeance privée. On sait qu'à Rome le Carmen famosum était anciennement puni de mort.

Le juif Abou Afak fut tué peu après ^), sur une invitation semblable de Mohammed, par un homme de sa propre tribu qui avait été converti à l'islam. Abou Afak avait également composé des vers qui excitaient les médir nois contre le nouvel ordre de choses, la convention constitutionnelle et le prophète.

• Le juif Kab Ibn Ashraf , ayant été pareillement désigné par Mohammed pour être mis à mort, fut tué nuitamment par plusieurs personnes qui d'une manière perfide l'attirèrent hors de sa maison ou surent s'y faire admettre. La tradition a brodé beaucoup et complaisamment sur la trame de cet homicide et sur la manière perfide de son exécution. ^) Kab avait combattu l'islam d'une manière éner-

ces vers étaient dirigés contre les moslems de Médine, selon ïbn Hisham (995/6) contre Fislam et les moslems. La version de ces vers donnée par ïbn Hisham ne contient rien contre la personne du prophète (995).

')*»Another foui murder" (Muir, p. 132) »a lawless and perfidious act" (p. 134.) — Les versions différentes chez ftn Hisham (995) et Wakidi (guerres ,»Wellhau8en p. 91) ezemplifient combien, dans ces traditions rapportées par les biographes, les détails appartiennent au domaine de l'invention ou du roman.

') Muir HL p. 143—8. Les récits chez ftn Hisham (548—553) et Wakidi

gique, soit à la Mecque en excitant les koreychites, soit à Médine même. De plus il appartenait à la tribu juive • des Béni Nadhir, limitrophe de Médine, qui avait accepté la convention constitutionnelle. Aux yeux de Mohammed il était donc ennemi de Dieu et violateur de la convention, et il méritait abondamment la mort. Mais rien ne porte à croire que le moyen perfide ait été communiqué au prophète et qu'il l'ait approuvé d'avance. Muir même n'osé l'affirmer. »Les auteurs de semblables exploits , dit-il avec raison, ne laissaient pas d'agrandir et d'embellir leurs services aux dépens de la vérité; on a pu vouloir justifier une perfidie, trop forte même pour la faible moralité de l'époque, en la rejetant sur le prophète,'' Ajoutons que Mohammed était certainement moins féroce et plus scrupuleux que la plupart de ses compagnons et de ses partisans fanatiques, que ceux-ci étaient intéressés à se donner en toutes choses pour les exécuteurs de la -volonté du prophète^), et qu'ils ont inspiré la légende. Nous pourrons donc croire, avec les musulmans éclairés de nos jours, que Mohammed a ordonné l'homicide, mais que l'invention du mode appartient entièrement aux auteurs, et que s'il ne condamnait pas le mode le moins dangereux pour les auteurs, comme la surprise ou le guetapens, il ne pouvait approuver l'emploi d'une déception lâche et traîtresse.

Un autre juif, Ibn Sounaina, fut tué, suivant une tradition, après que Mohammed,' le lendemain du meurtre de Kab, eut permis de tuer tous les juifs sans distinction. Cette permission générale^ précédant un seul homi-

(Wellhausen p. 95 — 98) tiennent du roman. U n'y est pas dit que Mohammed a été instruit d'avance de la trahison projetée ou l'a approuvée après coup. La tradition n'a pas évité de le dire, mais elle ne l'a peu osé,) Gomp. l'anecdote rapporta par Wakidi (ibidem p. 98/9).

') Faut-il rappeler que dans l'ancien testament c'est toujours Dieu quiest dit avoir ordonné les horreurs commises par les enfants d'Israël.

488 GHAP. X.

cide, lequel a eu lieu probablement, est évidemment controuvée. Elle -eût été aussi insensée qu'impolitique ; et si elle avait été donnée, les conséquences auraient été plus sérieuses, et les zélateurs ne se seraient pas bornés à tuer un seul fils d'Israël. On voit encore que ce trait de la légende est dû à la haine que les moslems des premiers temps nourrissaient contre les juifs. ^)

La tradition rapporte qu'après la défaite d'Ohod , le chef d'une tribu voisine de la Mecque, Sofyan Ibn Chalid, organisa une expédition contre Médine. Mohammed , l'ayant sii, expédia Abdallah Ibn Oneys pour le tuer. Celui-ci se fit enrôler par Sofyan, et profitant d'une occasion favo*rable, l'assaillit et le tuâ. L'expédition n'eut pas lieu, et le prophète (selon la tradition) témoigna toute sa recon,naissance à Abdallah. — Muir s'indigne beaucoup de cet ^assassinat". *) A tort, évidemment. Abdallah remplit une mission dangereuse et ne commit aucunement une lâcheté. En se faisant enrôler il ne se procura que la possibilité ou du moins la facilité d'approcher de Sofyan et de le tuer. Sofyan était le chef ennemi qui fut tué préventivement pour empêcher l'expédition. Il ne faut pas juger les arabes du septième siècle selon nos principes et nos scrupules. *)

Le juif Abou Rafi Sallam Ibn Houkaik fut tué à Chaibar par cinq hommes expédiés par Mohammed. «Encore un

1) Gomp. les trois versions fort différentes rapportées par Tbn Ishak (chez Tbn Hisham 553/4), Ihn Hisham (554/5) et V^akidi (Wellhausen p. 98). Tandis que chez V^akidi Mohammed ordonne de tuer les juiis qu'on trouverait à tuer, le lendemain du meurtre de Rab, cet ordre fut donné un jour chez ïbn Isli'ak; et selon une tradition rapportée par Ibn Hisham, la conversion qui selon Wakidi fut la conséquence du meurtre, eut lieu après Texécution de Kab Ibn Jehoudsa , l'un des 400 Béni Roraytza massacrés, après le siège de Médine, par deux hommes dont Tun portait à peu près le même nom que le meurtrier de Ibn Sounaina. L'ordre général du prophète disparaît dans cette dernière version.

^) Sprenger, cette fois, n'y pense pas.

') V. Ibn Hisham 981/2, Wakidi, Wellhausen p. 224/5.

l'islâm. 489

sale assassinat'' selon Muir. La victime, cependant, chef des juifis de la tribu des Béni Nadhir, avait reçu chez lui le koreychite Abou Sofyan ^) lors <ie l'incursion faite par celui-ci aux environs de Médine après la bataille de Bedr , et ce , malgré le traité qui liait sa tribu. En outre , il soulevait contre Médine des tribus voisines. C'est à cause de ces menées hostiles que sa mort fut résolue. L'entreprise des cinq envoyés était dangereuse et devait être considérée comme un exploit militaire. *)

Le successeur d'Abou Rafi Sallam à Chaibar, Osair Ibn Razim, continua à conspirer contre Médine et à soulever les Béni Ghatafan. Sur la proposition du prophète de se rendre à Médine pour faire la paix avec lui, avec la perspective d'être nommé son lieutenant à Chaibar, Osair aurait suivi l'envoyé moslem Abdallah Ibn Rawaha avec trente des siens, et ce sur la foi d'un sauf-conduit formel. Osair et les trente juifs seraient donc montés chacun sur un chameau avec un compagnon moslem. Chemin faisant le compagnon du chef* Osair, Abdallah Ibn Oneis, aurait tué Osair en prétendant qu'il l'avait vu attenter à sa vie, et les trente autres juifs auraient été tués ensuite, chacun par son compagnon de chameau. Supposé que toute l'histoire soit vraie et qu'il y ait eu trahison de la part d'Abdallah Ibn Oneis, de concert avec le chef et le$ autres membres de l'expédition: est-ce une raison pour croire 8) que cette perfidie a été tramée par Mohammed

1) Muir m. 139.

*) V. les récits de Ibn Hisham (714—716) et de Wakidi (Wellhausen p. 170/1). Hs trahissent le zèle excessif de ceux qui par de pareils exploits dédiraient rendre service à Tislam et au prophète, et de leur rivalité à cet égard. Mohammed avait défendu de tuer des femmes et des eniants; c'est à peine que cet ordre retint les cinq hommes de tuer la femme d'Abou Rafi lorsqu'elle se mit à crier.

") Avec Sprenger et un peu avec Muir. — Le récit très court de Ibn Hisham (080/1) et le récit plus déUillé donné.par Wakidi (Wellbaus» p. 239/40) représentent Tentreprise comme une expédition militaire, oiv

ou avec son consentement? Et si Ton croit que le prophète a dit, au retour de l'expédition, » vraiment Dieu nous a délivré de gens injustes" ^), faut-il croire en même temps qu'il ait été informé de l'innocence du malheureux Osair et de la violation du sauf-conduit? Evidemment s'il y a eu trahison, les auteurs ont encore une fois tâché d'en rejeter la responsabilité sur le prophète. Les musulmans éclairés de nos jours n'admettront pas que la perfidie en question ait été concertée avec lui.

On accuse Mohammed d'avoir prémédité l'expulsion ou l'extermination des tribus juives des Béni Kaynoka, des Béni Nadhir et des Béni Koraytza , qui habitaient des faubourgs de Médine ou des villages voisins; et ce, tant par haine des juifs qui l'offensaient en ne reconnaissant pas sa dignité de prophète , que pour s'emparer de leurs terres et de leurs richesses. Il est certain, cependant, que ces juifs ne se bornèrent pas à ignorer ou à nier l'apostolat de Mohammed. Ses prétentions et la convention constitutionnelle qu'ils avaient acceptée, leur étaient insupportables; ils firent une opposition sourde ou ouverte à l'existence de la confédération, et ils conspirèrent avec les koreychites. A cet égard Abou Afak, Kab Ibn Ashraf et Abou Rafi Sallam ne furent pas des exceptions. On comprend que l'opposition et l'hostilité des juifs 'faisaient naître chez les moslems une défiance croissante contre eux, et que cette défiance a dû disposer ces derniers à croire trop facilement que les juifs conspiraient entre eux et avec les koreychites et autres ennemis de l'islam.

ganisée par Mohammed, et que les trente hommes auxquels elle fut confiée,, exécutèrent à leur manière. l\s n'avaient pas la mission d'amener Osair, ni celle de lui proposer de se rendre à Médine et de le tuer en route. Ils devaient simplement le tuer, jure helli.

^) Selon Muir (m 15^17), qui rapporte ce qui précède d'après Ibn Saad. Ibn Hisham et Wakidi ne rapportent aucune parole du prophète prononcée à cette occasion.

L'iSIiAM. 491

Néanmoins ils ne confojidirent pas tous les enfants d'Israël sous ce rapport. L'hostilité des juifs dut se manifester plus ouvertement dans lesdits faubourgs ou villages voisins que dans Médine même; aussi les habitants juifs de cette ville ne furent pas persécutés. Du reste, il y avait, en effet, lutte pour l'existence entre les moslems et les juifs qui habitaient le même territoire. Les juifs sincères devaient considérer Mohammed comme un faux prophète qui ne réalisait en aucune façon le messie juif qu'ils attendaient, et qui les accusait d'avoir rejeté et tâché de crucifier, en Jésus, le messie qui leur aVait été envoyé. A leur point de vue ils devaient perdre à tout prix Mohammed et sa secte. D'autre part, au point de vue du prophète, les juifs étaient des ennemis religieux et politiques qu'il devait mettre hors d'état de nuire à l'islam, parce qu'il était impossible de conquérir leur alliance ou seulement leur neutralité.

Les traditions diffèrent entre elles et sont obscures quant à la rupture de la paix entre le prophète et les juifs de la tribu des Béni Kaynoka. Celles qui sont rapportées par les plus anciens biographes ^), ne donnent pa's à penser que Mohammed en portât la faute. Il semble plutôt que la rupture ait été causée par les menées hostiles des Béni Kaynoka et par leurs mauvaises relations avec les moslems de Médine. Quoiqu'il en soit, ils furent assiégés dans leur village fortifié et se rendirent à discrétion, après quoi le prophète leur permit d'émigrer et se contenta de leurs richesses. C'était une clémence puisqu'ils étaient devenus prisonniers de guerre, et qu'à son point de vue le vainqueur pouvait donc leur appliquer le droit de la guerre en les réduisant en esclavage ou en les faisant mettre à mort. — Cependant on reproche à Mohammed de ne leur avoir accordé la vie et la liberté

') Ihn Hisham (545—547), Wakidi (Wellhausen p. 92— »4.)

492 c«AP. X.

que (te mauvaise grâce sur les instances d'Abdallah Ibn Obey, auquel il aurait même dit ^laissez moi tranquille". On aurait tort , toutefois , d'attribuer ces paroles à l'intensité de sa haine contre les prisonniers et à son vif désir (Je les faire tuer. Abdallah Ibn Obey était le chef des moslems qu'on appelait les hypocriies^ et dont on se méfiait comme de faux frères et d'ennemis secrets; et Abdallah jalousait le prophète ou était censé le jalouser. Son intercession était donc désagréable et suspecte à Mohammed. — Les traditions susmentionnées ne disent pas qu'il faisait déjà préparer le supplice et n'avait pas le dessein de faiire grâce à ses prisonniers. En effet, Abdallah l'aborda dès que les vaincus fureat en son pouvoir et avant qu'il se fût prononcé sur leur sort. — On peut induire de cette histoire que les hypocrites étaient favorables aux Béni Kaynoka, que les moslems sincères étaient très irrités contre eux, et que le prophète fut plus clément que ses compagnons ne le désiraient , quand il laissa partir les Kaynoka sans leurs richesses.

Quant aux Béni Nadhir, l'histoire de l'attentat contre Mohammed dont celui-ci fut sumaturellement averti et qui amena la guerre, est probablement controuvée. ^) Mais le véritable motif de la guerre et de l'ordye d'émigration que le prophète leur envoya'), doit avoir été semblable à celui qui le déterpaina à exiger le départ des Béni Kaynoka. Bien qu'étant alliés ou confédérés, ils s'étaient conduits en ennemis; ils s'étaient op-

') La Boura LIX qui mentionne la triste hûstoire des Béni Nadhir, ne parle pas de cet attentat.

') Selon Wakidi (Wellhausen p. 160 — 167) ce ne fut que sur leur refus d'émigrer que Mohammed marcha contre eux et les assiégea. Ibn Hisbam (652 — 661), dont le récit est très court, ne parle pas de cet ordre. Ibn Hisham dit encore qu'Abdallah Ibn Obey et d'autres demandèrent au prophète d'épargner la vie des Béni Nadhir. Cette intercession ne prouve pas sans doute qu'il désirait les mettre à mort.

l'islam. 493

posés à Dieu et à Son apôtre^); il fallait éloigner ces voisins dangereux. — On reproche à Mohapamed d'avoir fait couper une partie des dattiers des Beoi Nadhir pendant le siège de leur village , contrairement à l'usage des arabes dans les guerres qu'ils se faisaient entre eux. Cet acte avait été blâmé également par ses adversaires *). Il faut observer, cependant, que <;omme il poursuivait VeœpiUsion des Béni Nadbir, ledit acte n'était pas destiné à leur êti-e préjudiciable; et que la guerre faite à cette tribu juive était d'une toute autre nature que les guerres limitées que les tribus arabes se faisaient entre elles, et qui n'avaient pas pour objet d'exterminer ou de chasser le vaincu. — Il est vrtti qu'après avoir accepté l'émigration des assiégés sans armes mais avec bagages, Mohammed partagea leurs terres entre les réfugiés avec le consentement des anciens médinois appelés ansars ou auxiliaires. Mais rien ne justifie l'accusation qu'il a prémédité l'expulsion des Béni Nadbir innocents, seulement pour enrichir les siens. ' Les Béni Koraytza ont été attaqués par Mohammed immédiâtemeilt après que le siège de Médine par les mecquois et leurs alliés — siège qui faillit lui être fatal — fut levé; et ce, parce qu'ils ])avaient aidé les assiégeants con^ fédérés". Les paroles du koran^) qui mentionnent cette raison,* et la rapidité de l'attaque prouvent tout au moins que le prophète et les siens étaient convaincus que les Béni Koraytza avaient été favorables et utiles à l'ennemi autant qu'ils le pouvaient, s'ils n'avaient pas pris une part active au siège.*) D'ailleurs, la conspiration et l'entente

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