‹ L'Egypte et l'EuropeChapitre 58 sur 85 · LXX · texte numérisé non relu

LXX

=) xxm. 1— il.

») VI. 152—154, XTII. 20—22.

ment , qui sont patients , observent la pridre , donnent des aumônes en secret et en pablic, et rendent le mal par le bien...

Ajoutez enfin la définition de la piété dans un passage déjà cité d'une soura médinoise ^).

On voit que ces résumés, qui se suppléent les uns les autres , embrassent la foi et la crainte de Dieu , la prière et la charité, l'humilité, la continence et l'honnêteté dans la vie sociale. On voit encore que ces résumés con- . tiennent une morale excellente , une morale large et profonde, qui est loin d'être réduite à certaines prohibitions et à certaines formalités, à remplir, phariflaïsme Néanmoins M. Hauri prétend que »la moralité dç l'islam est pharisaïque, qu'elle ne connaît qu'une justice extérieure, une justice des oeuvres". »Le paradis, dit-il, n'est que le salaire de l'obéissance extérieure ; ce n'est pas la . perfection morale qui amène la béatitude éternelle. Selon l'évangile, au contraire, l'accomplissement des commandements de Dieu — qui expriment l'essence intime de Dieu, laquelle est aussi celle de l'homme créé à Son image — est la perfection morale même et produit immédiatement la béatitude. La morale musulmane est donc eudémoniste."

Ce sont là des spéculations quasi-philosophiques qui valent celles des philosophes les plus spéculatifs. D'abord, la félicité ne peut résulter pour l'homme que d'un concours de conditions extérieures et intérieures , et il y a pour lui une présomption immense à croire qu'il peut se rendre bienheureux par sa propre activité, et qu'il peut assez bien accomplir les commandements de Dieu pour atteindre à la perfection morale. En second lieu, c'est une sottise de dire que les commandements de Dieu adressés aux hommes — soit le décalogue, soit les deux grands commandements, soit tous autres préceptes moraux,

^) II. 172 V. ci-dessus p. 674.

comme ceux concernant Thurailité, la patience et la douceur — expriment l'essence intimé de Dieu. Et au point de vue, non du panthéisme, mais du monothéisme, c'est un blasphème de dire que l'homme est créé à l'image de Dieu dans ce sens que la nature intime de Dieu est aussi celle de l'homme , et que l'homme se rend bienheureux par cela même qu'il reprend sa propre nature divine. La doctrine spéculative exposée par M. Hauri. n'est nullement celle de l'évangile. Selon les paroles de Jésus rapportées dans les trois premiers évangiles^), comme dans le christianisme historique, la peine de l'enfer et la vie bienheureuse sont une rétribution future de la foi et des bonnes oeuvres , du péché et de l'incrédulité. •) Mais cette rétribution n'est pas arbitraire. Elle est juste et conforme à la nature des choses. Suivant l'évangile comme suivant le koran , les peines futures sont le salaire du péché , et la miséricorde de Dieu rétribue par la félicité future la foi et les bonnes oeuvres, la piété et la repentance , imparfaites des hommes (relativement) justes.

La morale de l'évangile est donc tout aussi eudémo- eudémonism» niste que celle du koran; mais ni l'une ni l'autre ne le sont dans ce sens qu'il suffit d'observer quelques pratiques extérieures pour mériter la félicité éternelle, et que l'espoir du paradis et la crainte de l'enfer sont des motifs suffisants de cette observation. En effet , le motif eudémoniste s'allie naturellement dans l'âme du croyant — musulman ou chrétien — au motif religieux de plaire à Dieu

') La théorie en question ne peut être tirée du style métaphorique du quatrième évangile, qui garde le silence sur la rétribution future et ne considère la vie éternelle qu'au point de vue de la foi qui y conduit.

^ Les mots récompense ou salaire (misthos) et rendre sont employés dans les trois premiers évangiles dans un sens métaphorique. Mais Tidée non figurée qu'ils indiquent, est certainement celle de la rétribution. S. Matth. VL 1. 2. 4-6. 17. 18, X. 42, XVL 27, XIX. 29, XX. 1—16, XXV. 31—46; S. Marc IX. 41, X. 29; S. Luc. XVIII. 29. 30.

et au motif moral de faire le bien ; et le motif eudémoniste même — l'espoir de la béatitude éternelle — est composé de deux éléments indissolubles: 1^ le désir d'être bienheureuse, de jouir d'un bonheur pur et serein dans un séjour meilleur, et 2®. l'aspiration vers Dieu , le désir de se sentir en possession de Sa faveur, celui d'être rapproché de Lui dans un sens spirituel, ou dans un langage figuré de voir Sa face et de contempler Sa splendeur. Il est vrai qu'il peut y avoir des musulmans irréligieuï disposés à faire de bonnes oeuvres seulement pour échapper à l'enfer et gagner le paradis. Mais ce n'est pas un phénomène normal; et il est faux que la perspective de la rétribution du mal et du bien par l'enfer et le ciel mette le moindre obstacle à la naissance ou au développement des autres motifs dans les âmes religieuses, soit chrétiennes, soit musulmanes, lormaiiflmo Du rcstc , la thèsc favoritc des enjiemis de l'islam parmi les pixxtestants , celle qui affirme que la morale koranique se réduit à des observations extérieures, n'est qu'une fable. Tout ce qui vient d'être dit sur cette morale le démontre abondamment. La thèse est réfutée, au surplus, 1®. par le témoignage des nombreuses fondations pieuses fontaines publiques , hôpitaux , mosquées , écoles etc. — ou des restes et débris de ces oeuvres au milieu de la décadence sociale, 2°. par la bienfaisance active et par la piété réelle qu'on trouve encore aujourd'hui dans les pays musulmans, indépendamment des prières régulières et stéréotypées, du jeûne de ramadan et du zakat nettement réglé par la loi.

Par le retour au koran la morale musulmane sera affranchie de cet élément trop formaliste qui est dû à la tradition et à la loi, et qui ne trouve aucun appui dans le livre sacré.

l'islam. 681

Bétribution future.

A un chapitre sur Dieu, sur Teschatologie et sur la morale il faut joindre un chapitre spécial sur la rétribution future. Par quoi est-elle déterminée selon lekoran, et quel est le rapport de son exercice avec la justice et la grâce de Dieu ? Les auteurs européens ont développé à ce sujet des vues inexactes et en même temps défavorables à rislam.

4®. La rétribution future dépend et de la foi et des inae oeuvres. C'est là une doctrine koranique indubitable. Le koran dit cent fois et clairement qu'il faut la foi et les oeuvres pour obtenir le salut, ce qui est la doctrine de réglise catholique et la saine doctrine protestanfe. Nous trouvons même dans une foulé de passages du koran, depuis les plus anciennes jusqu'aux dernières souras, une expression identique ^ceux qui croient et font le bien" ^). L'enfer serait donc le partage des croyants dont les oeuvres sont mauvaises, et des incrédules ou idolâtres qui font le bien. Mais le koran suppose que les incrédules ou idolâtres font le mal, et que les méchants sont aussi des gens qui ne croient pas en Dieu et au jugement dernier.

2^. Le koran met beaucoup de soin à faire ressortir la justice justice divine par rapport à la rétribution future. D'abord, les peines ou les récompenses seront déterminées uniquement et exactement par ce que l'homme aura fait ou non fait dans la vie actuelle*). »Au jour du jugement qui-

») XCV. 6, cm. 2. 3, LXXXV. 41 , XIX. 61, XXV. 70, XVIL 9. 10, XVIII. 29. 107, XLI. 7, XLV. 20. 29, XI. 25, XL. 43, XXIX. 58, XXXIV. 4, VIL 40, XIII. 28, LXIV. 9, XCVIII. 6—8, XLVIL 13, IV. 60. 121 , V. 12.

^ CI. 5. b ^balances lourdes et légères". LXXXII. 5. »L'&me verra ce qu'elle a fait et négligé de faire." LXXVIII. 41 sL'âme verra Toeuvre de ses mains." LXIX. 19. sRien de caché ne restera secret." IL 286.

conque aura fait du bien ou du mal ne dépassant pas le poids d'un grain de moutarde ou d'une fourmi, le verra (écrit dans les livres ou sur la balance) i); Nous le produirons. Nous ne ferons perdre aux croyants aucune partie du fruit de leurs oeuvres. Chaque homme est le gage de ses oeuvres auprès de Dieu ^). L'homme obtiendra le prix de ses efforts; il sera pleinement récompensé 3), mais non au delà *). Ce jour là Dieu ne fera pas la moindre injustice à personne *). C'est l'homme qui se fait injustice à lui-même •); Dieu ne veut pas être injuste envers Ses créatures''). Au jour de la résurrection Nous Nous servirons de justes balances, et nous pèserons avec justice^). Nous avons un livre qui dit la vérité, de sorte que personne ne sera lésé*). Toutes choses, soit qu'elles excèdent, soit qu*elles n'atteignent pas le poids d'une fourmi, sont notées dans le livre lucide, pour que Dieu récompense ceux qui croient et font le bien ^°). Nous mettrons un livre ouvert devant tout homme au jour de la résurrection (disant) : lis ton livre , tu pourras toi-même dresser le compte. Ce livre lui sera donné dans la main droite ou dans la main gauche, ou attaché au cou, comme un oiseau fatidique^^). Au jour du jugement chaque âme viendra plaider sa propre cause "). Ce jour là le père ne pourra rien pour

0 xcix. 7. 8, XXI. 48.

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