‹ L'Egypte et l'EuropeChapitre 71 sur 85 · LUI · texte numérisé non relu

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juives et chrétiennes étrangères aux arabes et qui leur faisaient Teffet de divinités féminines. ^) Mohammed leur répond que c'est une absurdité et une indignité de leur part d'attribuer des filles à Dieu , tandis qu'en vrais arabes ils préfèrent des fils pour soi*), de prétendre que les anges, qui sont les messagers de Dieu, sont des femmes 3), et en général d'élever les créatures et les serviteurs de Dieu au rang de Ses enfants*). La réponse des mecquois lui paraît d'ailleurs un subterfuge abominable, car »le Dieu unique et éternel ne génère pas, comme II n'a pas été généré , et aucun être ne Lui est semblable *) ; Il n'a ni épouse ni progéniture ^)". — Remarquons encore que la légende du compromis accueilli par les mecquois — lesquels consentirent à adorer Allah, si on leur laissait El Lat, El Ozza et Manat comme déesses, dont la mission était d'intercéder pour les hommes auprès d'Allah — confirme bien ce que nous apprend le koran. Les mecquois reconnaissaient Allah et ne repoussaient que le monopole que Mohammed réclamait pour Lui.

idées mono- Il est donc permis de croire que du temps de l'enfance ^^j^ '°" de Mohammed des idées monothéistes étaient déjà fortement répandues en arable, ou au moins dans le Hedjaz et à la Mecque. C'est à cette source que Mohammed a puisé dès son adolescence, et c'est l'empire croissant des idées monothéistes qui a préparé le terrain à sa prédication , et qui lui a valu , après un commencement tardif de succès ,

0 XXXVn. 149—452, XLUI. 18, XXI. 26.

2) LU. 39, Lin. 19—22, XXXVU. 149—152, XLIIL 14/5, XVn. 42, XVI. 59, 64.

') XLin. 18, XXI. 26, (XXXVn. 150).

*) XLHL 14/5, XXI. 26, VI. 100.

*) Soura CXII.

s) LXXII. 23. Gomp. VI. 101. «Comment l'Auteur du ciel et de la terre, n'ayant pas de compagne féminine, pourrait-Il avoir un fils?" (Il ne s'agit pas ici de Jésus-Christ, mais des divinités arabes. V. le verset précédent et précité.)

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la conversion rapide des anciens médinois (ansars) et des mecquois après la prise de leur ville ^). Mais comment expliquer le phénomène d'un monothéisme plutôt philosophique que religieux? On peut supposer que la pensée arabe y a été conduite par un développement interne ^ non populaire il est vrai, mais cependant conforme au génie des peuples sémitiques. Cette pensée peut avoir eu d'autres organes que Taristocratie mecquoise, mondaine et sceptique, et que les bédouins indifférents; elle peut s'être développée dans Tâme d'un petit nombre d'hommes sérieux et religieux tels que Mohammed. Cependant cette hypothèse n'est pas probable. L'ancienne religion des arabes — le culte des arbres et des pierres, restes de l'animisme primitif, celui des puissances naturelles plus ou moins personnifiées, enfin un polythéisme international au temple de la Mecque — n'était pas eh voie de développement à l'époque dont il s'agit. Aucune divinité naturelle ou nationale ne s'était élevée au dessus des autres de manière à devenir le dieu suprême. L'ancienne religion était simplement tombée en décadence et en décomposition. Ainsi le mouvement interne vers le monothéisme aurait dû être purement philosophique, mais les arabes préislamiques, même les plus avancés d'entre eux, avaient certainement un tour d'esprit fort peu philosophique. L'affaiblissement des idées religieuses traditionnelles des arabes les prédisposait, au contraire, à subir l'influence religieuse de l'étranger. Or, le monothéisme cernait l'arabie depuis la conversion de l'empire romain au christianisme. Les habitants du Hedjaz, par leurs nombreuses caravanes, avaient depuis longtemps de fréquents rapports avec l'égypte et la syrie. De leur côté les juifs et les chrétiens étaient descendus en arable , et les juifs surtout

^) Ainsi il n*est pas nécessaire de tout expliquer par Tesprit guerrier, la soif du butin , la crainte , Tintérôt , Tindifiérentisme religieux des arabes.

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y avaient formé depuis longtemps de nombreuses colonies. Ainsi, l'ascendant du christianisme et du judaïsme, de ce dernier surtout, s'imposait nécessairement aux arabes profondément illettrés^) et sentant malgré eux leur infériorité religieuse et intellectuelle *). Ils repoussèrent, il est vrai, la résurrection, et partant, le jugement dernier et la rétribution future; l'idée qu'un homme pourrait revivre après sa mort leur semblait même risible. Mais la notion d'un dieu universel, créateur, supérieur à la foule des divinités, ne se laissait pas rejeter ou éconduire une ' fois qu'elle s'était emparée de leur attention.

Ainsi un monotiiéisme importé était partout répandu dans le Hedjaz et surtout à la Mecque. Il était dans l'air et dans les cerveaux des hommes, mais il n'avait pas pénétré jusque dans leurs coeurs. Il fallait une étincelle pour changer en religion l'idée nouvelle qui planait sur les ruines et les ombres des anciennes croyances. Cette étincelle fut l'inspiration religieuse qui fit de Mohammed l'organe de la révélation d'Allah et le prophète du monothéisme absolu s).

1) Selon M. Dozy (p. 120/1) »l66 arabes étaient parrenns à un très haut degré de développement et de civUis<xtiony non matérielle, mais itUdledueUe^ tandis que Mohammed, faisant exception, n'était qu'un enthousiaste vulgaire, un exalté médiocre". M. Dozy se fait illusion sur les progrès intellectuels des arabes païens, des mecquois incrédules. Les citadins pouvaient être plus avancés que les bédouins, mais pas énormément. Ils excellaient par leur poésie orale et par la délicatesse et la pureté de leur sens linguistique et métrique, c'est-à-dire par un développement spécial de nature esthétique ou artistique, mais leur civilisation vntèUectueile n*était pas plus avancée que leur civilisation matérielle. Intellectuellement ils n'avaient pas dépassé certainement les contemporains d'Uomère ou des troubadours.

') Les grecs et plus tard les romains ne sentirent aucune infériorité intellectuelle par rapport au petit peuple bizarre qui leur apportait le monothéisme juit et chrétien, et la civilisation de ce peuple ne leur sembla aucunement supérieure. Néanmoins, le monothéisme juif et chrétien leur fit une profonde impression.

') On peut ajouter: le prophète du monothéisme par excellence, le pré> dicateur le plus puissant du monothéisme que Thistoire nous fiisse connaître. JéhoTah avait été reconnu dés Texode comme le diea natîooal

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Mohammed ne s'est pas contenté d'aspirer le mono- ^An«it« théisme qui était dans Fair. Il est évident par le koran^^^^^ qu'il a subi l'ascendant du judaïsme et du christianisme, et arabes qu'il s'est enquis diligemment des croyances et des traditions des juifs et des chrétiens, et qu'il s'est mis à l'école des juifs. Il a emprunté aux juifs toute son eschatologie, sauf le choix des images, sa démonologie à l'exception de ce qui concerne les djinns, l'idée de la prophétie, à peu près tout ce qu'il rapporte sur l'histoire du passé, l'usage d'une kibla pour la prière et celui des ablutions précédant la prière, le devoir du jeûne et un peu de législation alimentaire. Aux chrétiens il n'a emprunté que ce qu'il dit dans le koran sur Isa (Jésus), sa mère et quelques personnes de sa famille. Encore nie-t-il la crucifixion, quoiqu'il ait dû savoir qu'elle étstit pour la grande majorité des chrétiens un article essentiel de leur foi.

Il n'y a donc rien d'arabe dans ce qui fait le fond de l'islam primitif. Le monothéisme et la résurrection avec le jugement dernier, le paradis et l'enfer étaient des croyances étrangères importées en ambie. Le pèlerinage et le temple de la kaaba avec la kibla de la Mecque, voilà tout ce qu'il y a d'arabe dans les pratiques religieuses du koran. La vengeance privée, quelques peines établies contre quelques délits, la polygamie, un peu de législation relative au mariage et à la succession héréditaire, c'est tout l'apport de l'arabie au droit privé et au droit pénal selon le koran. Encore ce peu de droit arabe était-il plutôt du droit primitif que du droit spécifiquement arabe

dlsraël, et ce fut graduellement que toute concurrence d'autres divinités s'éteignit, et qu'il fut l'econnu par tous et sans réserve pour le seul Dieu, créateur du monde. Ainsi l'affirmation du monothéisme n'a pu prendre dans l'ancien testament les proportions qu'elle présente dans le koran. Quant au christianisme, il n'a plus en à prêcher la doctrine monothéiste déjà fortement établie en palestine.

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