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ou national. La loi islamique postérieure a développé un droit rituel, pénal et privé, qui est musulman, oriental, universel, mais qui n'est guère arabe. Le koran est pour les musulmans un livre sacré arabe ^ écrit en arabe; comme la bible — ancien et nouveau testament — est pour les chrétiens un livre sacré juif^ écrit en hébreu et en grec. La langue arabe est la langue sainte de tous les musulmans, comme le latin est celle des catholiques du monde entier. Ainsi Tislam — primitif et postérieur — a des racines arabes, mais ces racines ne lui ont pas donné un caractère national arabe. Le génie de l'islam est bien plus oriental et universel qu'arabe.
Il n'y a de chrétien dans l'islam primitif que 1^ ce que le christianisme a de commun avec le judaïsme et 2®. la haute dignité attribuée à la personne de Jésus qui est le plus grand de tous les prophètes et apôtres de Dieu , sans excepter Abraham, Moïse et Mohammed. Du reste la rédemption, la trinité et tout ce qui faisait essentiellement partie du christianisme oriental contemporain est nié ou ignoré dans le koran.
Il n'est donc pas vrai que l'islam primitif ait été composé d'éléments arabes, juifs et chrétiens. Cependant il n'est pas exact de dire qu'il n'est que le judaïsme arrangé plus ou moins pour les arabes. — D'abord on ne peut lire le koran sans se convaincre que Mohammed n'a jamais eu l'idée de se faire juif et de prêcher le judaïsme à ses compatriotes. Il n'a pas songé davantage à être le prophète des arabes et des juifs à la fois. Dès le commencement de sa carrière il s'est cru appelé à annoncer à ses compatriotes le monothéisme absolu et la résurrection avec le jugement dernier, le paradis et l'enfer. A ses yeux, ces deux grandes vérités religieuses, que les juifs professaient déjà, leur avaient été annoncées par les prophètes ses devanciers et formaient le fond de la
vraie religion juive et de la vraie religion chrétienne , de la révélation faite successivement à Abraham, à Moïse et à Jésus. Il résulte des anciennes souras qu'il a toujours exhorté à la justice, à la prière, à l'aumône, qu'il a toujours montré la voie du salut, et qu'il ne s'est préoccupé que plus tard du rituel de la loi juive. — Il ne faut pas perdre de vue, en second lieu, que Mohammed n'a adopté ni la loi juive 1), qui était toujours une partie essentielle de la religion des juifs, ni leurs livres sacrés , qu'il ne connaissait pas et que l'islam postérieur déclara falsifiés après en avoir fait la connaissance, ni l'autorité de leur tradition. Observons de plus que le judaïsme était toujours une religion nationale, en arable comme ailleurs. Pour se faire juif de religion, il fallait entrer dans la communauté des juifs et devenir membre de leur société politique, sociale et religieuse. Or cette base nationale a été constamment et complètement écartée par Mohammed quand il prêchait aux arabes les deux grands dogmes déjà révélés aux juifs. De plus, à toutes les sources de la religion judaïque il substitua une nouvelle source dans les révélations koraniques, dont la collection devint plus tard la base historique de l'islam, laquelle écarta toute la base historique du judaïsme. Les récits mêmes de l'ancien testament furent remplacés par les versions seules autorisées qu'en donne le koran. Enfin, tandis que Jéhovah était toujours un peu, ce qu'il était à l'origine, le dieu de Son peuple, le dieu des juifs, Allah n'a jamais eu rien d'arabe; et les arabes, auxquels Sa révélation n'est parvenue que tardivement, n'ont jamais prétendu être Son peuple favori.
On peut donc dire que l'islam primitif est essentielle- judaïsme rément un judaïsme »rénové" et dénationalisé. C'est la foi ^^f ®f. f®'
') n imposa de son autorité, ou plutôt de ceUe de la révélation koranique, le peu de rituel qu'il leur emprunta.
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judaïque sans la loi, le judaïsme détaché de sa base nationale, ayant contracté des rapports historiques avec l'arable et le peuple arabe, mais n'ayant au fond aucun caractère arabe national, défaut d'ori- On UB pcut soutcuir après ce qui vient d'être dit, que ginahtë? l'islam primitif soit une religion originale. Mais quel est le mérite de l'originalité quand il s'agit, non d'une oeuvre d'art, mais d'une religion? Mieux valait sans doute recueillir, épurer, perpétuer et répandre ce qu'il y avait de meilleur dans le judaïsme et le christianisme, que d'innover sur ces religions existantes par des inventions qui, pour avoir le mérite de la nouveauté , n'avaient pa^ celle du progrès. D'ailleurs, les choses nouvelles, dans ce monde, sont rarement du premier coup de grandes innovations, et les idées se développent lentement. Il en est de même dans l'histoire des religions. Le bouddhisme primitif n'in» novait que fort peu sur le brahmanisme. Le christianisme prêché par Jésus selon les trois premiers évangiles, innovait fort peu sur le judaisme contemporain. Ce n'est que plus tard et peu à peu que le bouddhisme s'est éloigné de son berceau, que l'église a continué l'oeuvre du Rédempteur, et que la tradition et la loi ont construit leur édifice sur la base du koran. Le bouddhisme actuel, au contraire , diffère beaucoup du brahmanisme ; et on ne peut plus reprocher au christianisme catholique ou protestant et à l'islamisme de trop ressembler au judaïsme existant. Au surplus, que peut-on reprocher aux deux grands dogmes de l'islam? — Le monothéisme absolu est le dernier mot de la religion, l'apogée du progrès religieux. Au delà il n'y a plus que le cosmisme^ c'est-à-dire la doctrine qu'il y a un monde existant par sa propre vertu, et qu'il n'y a pas de Dieu. Le panthéisme philosophique ou rêveur et poétique, de quelques formules qu'on le revête, ne contient que des pensées vagues, obscures, mal-
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saines, ou plutôt que de vaines ombres et de simples sons, jamais la conception intelligible d'une réalité. Il faut renoncer à la religion ou conserver le monothéisme absolu. — Et quant au dogme eschatologique, lequel est commun à Tislamisme, au christianisme et au judaïsme, on ne peut nier qu'il fût un progrès, dans l'antiquité et dans le moyen âge , et le seul progrès possible sur l'animisme primitif et non éteint avec toutes les superstitions qui s'y rattachaient. Il est vrai que dans les trois religions d'origine sémitique on peut considérer comme des images les événements de la résurrection et du jugement dernier, non moins que les conceptions matérielles du paradis et de l'enfer. Mais on ne peut, aujourd'hui encore, se défaire de la rétribution future sans que les masses retombent dans les superstitions de l'animisme ou se plongent dans un matérialisme grossier. Ceux qui ne croient pas à la rétribution, ni même à la vie future, ne pourront donc nier que ce fût un mérite de l'islam de proclamer à l'exemple de ses deux soeurs aînées, la croyance à une rétribution morale dans une vie nouvelle à laquelle le Tout-Puissant évoquera tous les hommes après leur mort.
Un chef d*accusation plus sérieux que celui du manque défaut d'unid'originalité a été porté récemment contre l'islamisme ^®"^*^' par M. Kuenen^). »L'islam, dit-il, est une branche latérale du judaïsme adaptée à la nationalité arabe qui en
') DaD8 868 Hibbert lectures de 1882, intitulées «national religions and tmiversal religions'*, M. Kuenen présente une foule d'investigations et d*obflonrationf» savantes et d'aperçus lumineux qui respirent Tesprit vraiment scientifique dont il est éminemment doué, mais auxquels son sujet ne semble servir que de trame ou d^à propos. Le résultat le plus clair qu'il obtient quant aux religions qui prétendent à l'universalisme, c'est que la prétention du christianisme est bonne et meilleure que celle du bouddhisme, et que celle de l'islamisme est nulle. Les conférences de M Kuenen sont donc en premier lieu une nouvelle flèche lancée dans le cœur de l'islamisme.
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est la limite infranchissable. De plus Tislam a été dès Torigine un système ^arrondi" et complet, avec son koran, son culte, son dogme tout fixqs, et il s'est immobilisé ultérieurement dans la sonna et la loi. Il n'est donc aucunement une religion universelle. Le bouddhisme l'est beaucoup plus. Le christianisme l'est tout à fait." diTiaion des La uotiou de religion universelle^) et la division des natS^'es ot ^eligions en nationales et universelles est née en alleuniTeraeUes maguo. A l'origine on a voulu distinguer les religions resserrées, ou à peu près, dans les limites d'une nation, de celles qui s'étendent au delà de ces limites sur la face de la terre. Comme il arrive en pareille occasion, ceux qui ont trouvé la division établie, lui ont cherché un sens plus précis et plus profond. M. Kuenen ne l'accepte qu'en la corrigeant. Pour lui le nombre des sectateurs d'une religion et son extension géographique sont des circonstances indifférentes. Une religion universelle, dit-il, est une religion précédemment nationale qui s'est détachée de son fond national de manière à pouvoir être acceptée par des hommes de différentes nations. Il reconnaît cependant la relativité de ce caractère, de sorte que les religions peuvent être plus ou moins universelles selon qu'elles sont plus ou moins dénationalisées et conséquemment plus ou moins aptes à. satisfaire les besoins religieux de nations plus disparates. — Ainsi, le bouddhisme est issu d'une religion tout à fait nationale , le brahmanisme hindou. Il sortit d'un ordre spécial d'ascètes brahmaniques, lequel, comme d'autres ordres, rejetait l'autorité des védas (non les castes). Émus de compassion pour la misère humaine et abandonnant un isolement égoïste , ces ascètes se mirent à prêcher à tous les hommes la doctrine que l'homme peut se délivrer de l'existence individuelle et réelle, et
^) Weltreligion.
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conséquemment de la souffrance*), par une vie pure, par la charité envers tous les êtres et par Textinction de tout désir et de toute passion, surtout au moyen d'un ascétisme contemplatif. Tous les hommes furent invités à se joindre, comme associés laïques ou séculiers, à Tordre monastique. Ainsi le bouddhisme devint une église dont Tordre formait le centre, et dans laquelle lés institutions sociales hindoues, notamment la division des castes, se fondirent; et le bouddhisme détaché de son sol natal put franchir les limites de la nation hindoue et se répandre partout dans Textrême orient. Cependant, le mobile puissant de la compassion s'est affaibli ou éteint. Le bouddhisme a cédé aux conséquences de son principe pessimiste »qu'il faut chercher le néant par le bien"; il a abouti au quiétisme, à Tindifférentisme ; et, comme Tislam il s'est arrondi, complété, immobilisé, au sud comme au nord. C'est ce qui lui a fait perdre une grande partie de son universalisme primitif. — La religion d'Israël était à l'origine une religion tout à fait nationale. Les prophètes antérieurs à l'exil ont préparé l'universalité de la religion chrétienne qui devait en être le couronnement. Ils ont représenté Jéhovah comme un dieu moral, qui demandait à ses serviteurs une piété morale plutôt que des sacrifices. Après l'exil il y eut un mouvement inverse. Le culte fut centralisé à Jérusalem, dans le temple, entre les mains de la caste des prêtres; les sacrifices furent multipliés, la pratique religieuse devint plus étendue et
1) Ou plas correctement: Thomme peut avancer le terme de la délivrance qui est celle de ne plus causer une vie nouvelle (non la continuation de la vie du même individu sous une nouvelle forme), laquelle résulte nécessairement de Texcès du mal sur le bien (kharma) depuis la naissance jusqu'à la mort d*un être vivant. Celui qui aspire à atteindre le nirvana on à s'en rapprocher, ne travaille pas pour soi; car son successeur, triste fruit de ses oeuvres, ne sera pas lui. Tout ce qu'il peut espérer, c'est de n'avoir pas de successeur, ou de bâter l'instant où la série de ses successeurs cessera.
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plus sévère. La religion devint donc plus nationale. Mais en même temps il y eut 1^ une réception croissante des étrangers résidant en judée dans la communauté régie par la loi et 9/^. un prosélytisme croissant dans le pays et au dehors. Dans cet état de choses l'étude de la loi prit un grand développement, ce qui amena les scribes — lecteurs et commentateurs officiels — et leurs disciples , les pharisiens, à exagérer l'empire de la loi quant au culte et à la pratique religieuse. Mais en revanche les pharisiens développèrent et idéalisèrent le côté moral de la piété, le caractère moral du serviteur de Dieu. Ce fut sur le terrain ainsi préparé du judaïsme pharisaïque qu'apparut le christianisme, qui amena l'émancipation du juste de la loi juive et la réduction de la vie pieuse à la vie morale. Ainsi le christianisme, en se détachant du fond national du judaïsme, devint une religion vraiment universelle. Il est vrai, qu'il se manifesta d'abord sous la forme nationale du judéo-christianisme; mais il s'en défit bientôt, et depuis il a pu s'accommoder à toutes les formes nationales et particulières. En effet Jésus n'a fait que prononcer les grands principes et les manifester dans Sa vie et Sa mort. Ses sectateurs devaient ^chercher la formule de la vie chrétienne et développer la théorie correspondante"; ils devaient ^réaliser l'idée et tracer les chemins qui y conduisent". Ainsi le christianisme a pu se faire tour à tour byzantin, catholique, protestant de toutes les dénominations. Il n'a pas été arrondi, rendu complet, immobilisé. Il est essentiellement variable. C'est un protée , un caméléon. C'est ce qui fait sa gloire et son universalisme.
Il y a beaucoup d'objections à faire contre cette théorie de M. Kuenen. Si le christianisme est la religion que Dieu a révélée aux hommes, si parmi les religions du genre humain elle est la seule religion divine, laquelle n*a été précédée que d'une seule religion préparatoire, celle du
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peuple élu, alors la religion chrétienne est seule et vraiment et tout à fait universelle. Mais si on abandonne ce point de vue chrétien, le christianisme n'est pas la religion la plus universelle, selon la définition de M. Kuenen, et l'islam l'est certainement davantage. — Il faut distinguer d'abord, tant au point de vue chrétien qu'au point de vue extra-chrétien, entre le christianisme primitif, qui est celui des trois premiers évangiles, et le christianisme postérieur dans toutes ses phases, que nous pourrons appeler le christianisme historique. Les trois premiers évangiles ne contiennent que 1^ le monothéisme absolu, 2P. la rétribution future avec la résurrection et le jugement dernier, 3P. la morale la plus pure et la plus sévère, 4P. le messie juif qui annonce et amène le royaume de Dieu, auquel se rattache, selon les idées populaires, la fin prochaine du monde actuel. La divinité de Jésus, le Logos, le Saint-Esprit, la trinité, la rédemption, toute la foi chrétienne ultérieure, ne se trouvent pas encore dans la prédication de Jésus, ni dans les trois premiers évangiles. Au point de vue chrétien, toute la doctrine spécifiquement chrétienne n'a pas encore été révélée par Jésus, c'est-à-dire par Dieu sur la terre, mais après Sa mort. Sa résurrection et Son ascension, par. le Saint- Esprit, c'est-à-dire par Dieu dans l'église. De plus, dans la révélation ultérieure, la fin prochaine du monde a été reculée et détachée du royaume de Dieu, qui est devenu non certes un état idéal de l'humanité sur la terre, mais la communion des fidèles ou l'église fondée par Jésus; tout comme Jésus, qui était apparu comme le messie prophétique, a été révélé dans l'église comme Dieu incamé, de sorte que la messianité est réduite au rôle de l'écorce qui cache le noyau divin, et l'élément national primitif n'a plus qu'une valeur locale et temporaire, celle d'une forme historique. — Or, au point de vue de l'univer-
salité, il faut comparer le christianisme primitif des trois premiers évangiles à l'islam primitif du koran, et le christianisme historique (de Téglise) à Tislam historique (du koran, de la sonna et de la loi). On ne peut comparer évidemment le christianisme avant les chrétiens à Tislam façonné par une longue série de générations musulmanes. — Cependant, le christianisme primitif avec le messie juif prédit par les prophètes d'Israël, avec la conception juive du royaume de Dieu et de la fin prochaine du monde, avec le temple de Jérusalem et la loi non encore abolie , avec tous les liens qui l'unissaient encore à son milieu judaïque, n'est aucunement une religion universelle. L'islamisme koranique, avec ses doctrines religieuses importées, empruntées au judaïsme mais complètement détachées du fond national, et ses éléments arabes dénués d'importance ^), est en effet bien plus »universel" que le christianisme des trois premiers évangiles. — De même, au point de vue de la religion proprement dite , l'islam historique avec sa simple doctrine monothéiste est bien plus universel que le christianisme historique avec la trinité et la rédemption. Le fondateur de l'islam, quel que soit le cas qu'on fasse de lui, ne complique pas la religion comme le messie rédempteur. La simplicité fondamentale de l'islam fait qu'il se propage plus facilement^) que le catholicisme ou le protestantisme, malgré tout le bagage de la loi musulmane. — Cependant, pour être juste, il faut comparer l'islam historique et orthodoxe ou
*) Sauf le pèlerinage à la Mecque, lequel cependant n'est qu'une cérémonie traditionnelle, une pratique extérieure, qui ne touche pas le fond de la religion. Ce pèlerinage n'a nui en aucune façon à Textension de la religion. Les pèlerins sont même venus de partout, autant que les dis* tances et les moyens pécuniaires le permettaient.
^ n est évident qu'au point de vue chrétien cette facilité ne prouve rien pour l'islam. Mais elle prouve que l'islam est Miaturellement" plus propre à être accepté par une plus grande partie du genre humain.
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sonnite au catholicisme seul, et non au christianisme historique en général. En effet, le catholicisme et l'islamisme sonnite sont deux grands édifices religieux, construits dans le cours des siècles et d'une manière continue depuis l'origine des deux religions, chrétienne et musulmane, dont ils sont -les constructions principales. Or, dans le catholicisme tout est arrondi, rendu complet et immobilisé comme dans l'islam sonnite, et Véglise catholique embrasse et étreint beaucoup plus la vie humaine que la loi musulmane. En tout cas , il reste la simplicité du fond religieux à l'avantage de l'universalité de l'islam.
M. Kuenen observe que le christianisme s'est partout spécialisé et nationalisé en vertu de sa nature variable. Il est difficile de voir quelle est la portée de cette observation en présence de l'unité historique de l'église et de l'uniformité essentielle de la foi chrétienne embrassée et conservée par des sémites, des égyptiens, des grecs, des romains, des celtes et des ibères, des germains, des slaves et même des hongrois, finnois et bulgfires. Les différences dogmatiques et même rituelles entre l'église orientale et l'église catholique sont relativement légères. Il en est de même des différences des fractions de l'église orientale entre elles. Le protestantisme a été dès le commencement, non un mouvement national, un mouvement germanique par exemple, mais un mouvement général au sein de l'église ; et les sectes protestantes sont tout aussi internationales que le catholicisme même. Les grecs ont exercé une grande influence sur l'histoire de l'ancienne église, les romains ou latins ont exercé une moindre influence dans l'église d'occident, et l'influence des conquérants germains en occident a été encore moins considérable. Mais il n'y a pas eu de variétés grecques, latines, germaniques, slaves de la religion chrétienne. Les germains, notamment, ont été subjugués par l'église
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romaine, et cette église n'a jamais été, même un peu, germanisée. Les différentes nationalités des arabes et des persans ont exercé une plus grande influence sur les destinées de l'islam que la différence entre les grecs et les latins sur celles du christianisme ; l'islam sonnite et l'islam chiite diffèrent plus entre eux que les églises d'occident et d'orient On peut alléguer à l'appui de la mobilité du christianisme qu'il s'est produit beaucoup de grandes et de longues dissensions et beaucoup d'hérésies au sein de cette religion; mais il s'en est produit beaucoup aussi au sein de l'islam. Si le motazilitisme n'avait été vaincu sous les abbassides, il se serait formé une scission profonde et permanente entre les motazilites et leurs adversaires plus traditionnels, plus autoritaires, plus sévères, plus unis; et cette scission aurait eu quelque analogie avec celle de l'église catholique et des sectes protestantes. Au surplus, l'islam est âgé de six siècles de moins que le christianisme; la réforme protestante n'a pas encore l'âge de quatre siècles; il reste donc deux siècles pour qu'il se produise un mouvement qui a été signalé ci-dessus comme celui du retour au koran, et qui serait analogue sous ce rapport au mouvement protestant qui était ou voulait être un retour à la bible et au christianisme apostolique. Le wahhabisme a déjà servi de précurseur à ce mouvement. Peut-on dire qu'il ne se produira pas? Est-ce à cause de la longue stagnation religieuse et de l'immobilité générale de l'orient? Mais l'orient n'est pas si immobile, surtout en matière de religion. Seulement, il se repose plus longtemps, il est moins inquiet que l'europe. Les mouvements y sont séparés par de plus longs intervalles, mais ils s'y produisent inopinément avec une grande vigueur. Qui aurait pu s'attendre d'avance au Vf^ahhabisme dans la monotone arabie ou au babisme dans la perse déchue?
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M. Kuenen, en effet, a commis la faute de juxtaposer le christianisme antérieur à son évolution historique et l'islam koranique, à l'effet de les comparer au point de vue de l'universalité. De plus, et c'est ce qui explique la faute commise, au moment de faire la comparaison, il ne s'est pas rendu un compte suffisant de la grande simplicité de l'islam koranique, auquel les musulmans pourront retourner. Cet islam contient: 1^ le monothéisme absolu, 2® la rétribution future avec la résurrection, le jugement dernier et beaucoup d'images, 3° une démonologie vague et sans importance, 4^ Mohammed, simple organe de la révélation, non élément de la religion, 5P rien sur »fc koran", qui n'existait pas encore, 6*^ peu ou très peu de droit privé et pénal et de pratique religieuse (jeûne du ramadan, kibla de la mecque, pèlerinage), 1^ une morale pure et sévère, avec les devoirs de la prière et de l'aumône. Tout cela est très simple et très vague, et manque de détails et de développements; et les trois premiers évangiles n'ont pas un contenu religieux moins précis.
Le bouddhisme, selon M. Kuenen, est plus universel que l'islamisme. Cela n'est vrai, ni quant au bouddhisme primitif comparé à l'islam primitif, ni quant au bouddhisme historique comparé à l'islam historique. — Le bouddhisme, bien que détaché entièrement de la société hindoue, est resté profondément hindou par les idées fondamentales, par les théories philosophiques qui lui servent de base, par le pessimisme dont il est pénétré. Sous ce rapport il est beaucoup moins détaché de sa base nationale, que l'islam ne l'est de la nation arabe. — De plus, l'islam semble plus apte que le bouddhisme à satisfaire les besoins d'une plus grande partie de l'humanité ou de plus de nations diverses. Le bouddhisme diffère profondément de l'islamisme et en général des trois reli-
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gions d'origine sémitique. La religion du Bouddha est 4. une religion sans dieu, au moins sans dieu proprement dit; 2. elle ne connaît pas de vie future, ni de rétribution future dans cette vie, mais des séries de nouvelles existences toujours déterminées par la balance du mal dans les existences antérieures; 3. par le bien elle vise, non à la vie et au bonheur, mais au néant i)
Avec ces principes le bouddhisme a pu être adopté par des centaines de millions d'êtres humains dans l'extrême orient. Néanmoins cette religion sans dieu et sans espoir est moins bien faite pour trouver un écho dans les coeurs humains les plus divers que les religions d'origine sémitique , monothéistes et nourrissant à la fois l'espoir et la crainte. — De plus , ceux-là mêmes qui ne croient pas à la rétribution future ni à la vie future devront concéder 4®. que la doctrine de la vie future avec sa rétribution n'est
*) M. Kuenen observe que le bouddhisme se distingue du christianisme par son pessimisme, sa tolérance et son monachisme, qui n'est pas accidentel comme chez les chrétiens, mais fondamental et central. U ajoute qu41 ne faut pas voir une différence essentielle dans la cii'constance que le bouddhisme est une religion sans Dieu, puisqu'il a laissé subsister d'abord les dévas hindous pour le peuple, et que plus tard Télémeiit de la divinité lui a été fourni par la déification du Bouddha. Cependant l'essence du bouddhisme est le cosmisme, le monde sans dieu; les dévas n'étaient qu'une concession au peuple non ipitié; la déification du Bouddha est une corruption grossière de la doctrine primitive. U n'y a pas de contraste plus grand que celui du monothéisme et de la religion athée. En outre, M. Kuenen passe légèrement sur la différence capitale entre le dogme de la vie et de la rétribution futures et celui des exis^tences successives sans continuité personnelle et du néant désirable. l\ est remarquable, en effet, que M. Kuenen ne parle jamais de la vie et de la rétribution futures et de la résurrection quand il traite de l'islam, du judaïsme, du pharisaîsme et du christianisme, comme si ce dogme n'était pas une doctrine religieuse fondamentale, comme si elle n'était qu'un accessoire, dans les religions qui^ la professent. Enfin M. Kuenen remarque que le bouddhisme et le christianisme ont en commun la rédemption (dans le sens, non de rachat, mais de délivrance). Cependant ces deux délivrances n'ont rien de commun. La rédemption chrétienne est la délivrance de l'empire du péché, de la mort et de l'enfer, la rédemption bouddhiste est la délivrance de la souffrance et de l'existence.
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pas une doctrine absurde , comme celle des existences successives déterminées par le déficit moral des existences antérieures, et 52^ que la doctrine que toute existence est un mal, est une doctrine désastreuse pour l'humanité astreinte à lutter pour l'existence et pour le progrès sous peine de déchéance et de destruction finale. — Jusqu'à présent l'islam, quoique le nombre de ses adhérents ne semble pas dépasser le tiers du nombre des bouddhistes, a obtenu une extension géographique et ethnologique bien plus considérable que le bouddhisme. L'islam domine dans l'orient, il s'étend toujours en afrique. Il est établi dans l'asie centrale, dans l'indostan où il a quarante millions d'adhérents, dans l'archipel indien; il a pénétré et s'étend dans la chine. ^)
Du reste il ne s'agit pas d'emporter pour l'islam le prix de l'universalité. M. Kuenen a reconnu la relativité de la notion de l'universalisme , et il a tâché de corriger la division des religions. Mais il vaut mieux supprimer toute la division. Les caractères du ^détachement du fond national" et de i>raptitude à satisfaire les besoins du coeur de l'homme" sont vagues et incertains, et ne peuvent servir de base à une division. La distinction qu'on a voulu établir, est sans valeur au milieu de l'infinie diversité des formations religieuses. — Si l'on admet que le christianisme est la religion de Dieu, elle est universelle; sinon elle ne l'est pas plus que toutes les autres. — Toutes les religions — inférieures ou supérieures, primaires ou secondaires , naturelles et populaires ou ayant eu des fondateurs et étant issues de la méditation théologique ou de la réflexion philosophique — portent un caractère plus ou moins particulier, le caractère du temps et du lieu où elles sont nées et se sont développées , celui du génie d'une nation , d'une race, d'une civilisation commune à des nations et
0 V. Blunt, future of islam p. 33/4.
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à des races diverses. Elles ont leur région géographique et ethnologique , qu'elles ne franchissent que par la migration ou la conquête. — Le bouddhisme , expulsé de sa patrie , l'indostan, est la religion la plus répandue dans l'extrême orient; mais elle n'en a pas franchi et n'en franchira pas les limites, à moins que ce ne soit par la migration des chinois, en amérique par exemple. L'islam et le christianisme n'ont rien à craindre du bouddhisme. — L'islam s'étend toujours en afrique et dans l'extrême orient. Mais y a-t-il personne qui croie que l'islam pourra encore faire des conquêtes en europe et en amérique ? — Si le christianisme n'est pas la religion de Dieu, il n'y a aucune raison de croire qu'il deviendra la religion de tous les hommes dans une de ses formes actuelles , et qu'il convertira les hindous brahmaniques, les bouddhistes et les musulmans de l'orient et de l'extrême orient, soit au catholicisme, soit au protestantisme orthodoxe ou néo-orthodoxe. — En revanche , le christianisme , comme toute autre rehgion , pourra s'étendre indéfiniment et s'est déjà étonnamment étendu par la migration et la conquête. Le conquérant peut imposer sa reUgion, par l'oppression, la persécution, la séduction, même aux sectateurs plus civilisés d'une religion supérieure, comme le fait encore aujourd'hui la russie. Le peuple vaincu, moins civilisé et ayant une religion inférieure , peut se convertir à la religion supérieure du conquérant plus avancé en civilisation. Enfin, le peuple conquérant peut adopter la religion supérieure. des vaincus plus civilisés. Ainsi les conquérants musulmans ont converti des vaincus confessant une religion inférieure ou une religion affaiblie , comme le parsisme et des fractions du christianisme oriental; et les conquérants turcs et mongols ont adopté rapidement l'islamisme des vaincus. Les conquérants ou envahisseurs germaniques, slaves, bulgares, hongrois ont été bientôt convertis par les vain-
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eus latins et grecs , et tous les germains et slaves voisins ont fini par céder au courant. Evidemment, l'extension d'une religion peut se faire par ces diverses influences de la conquête, non moins que par la migration, maigre le caractère national ou particulariste de la religion qui s'étend , et guoi^u'elle ne semble pas apte à satisfaire les besoins religieux des nations et des races les plus différentes.
Nous pouvons conclure que l'islam a une haute valeur Tsieur de parmi les religions. Son monothéisme absolu est sublime et sans reproche. Sa morale, celle du koran, sans être idéaliste, est pure, sévère, suffisante pour la vie réelle. La piété musulmane est saine, profonde et sincère. Les rapports entre le fidèle et Dieu sont ceux, non de l'esclave envers un maître despotique, mais de la créature envers son Créateur bienveillant, juste et miséricordieux. L'influence religieuse et morale de l'islam a été bonne , y compris la résignation à la volonté de Dieu qu'il enseigne. L'islam n'est pas fataliste et ne porte pas la faute de la stagnation actuelle des populations de l'orient. Moyennant le retour au koran, l'islam pourra se défaire d'une foule de superstitions et d'absurdités ajoutées par la tradition à l'islam primitif, et la réglementation qui étreint la pratique religieuse, et immobilise le droit de famiUe, pénal et civil, sera supprimée. Avec le retour au koran la pensée humaine sera remise à flot, non moins que la société. L'islam n'a jamais été hostile en principe à la science, à la philosophie. Il ne craindra ni la science, ni la libre expansion de la pensée humaine pour son monothéisme, pour la croyance à la vie et à la rétribution futures et pour la révélation koranique, et il deviendra ce qu'on peut appeler une religion éclairée, quand il aura réduit à sa juste valeur tout ce qui dans l'eschatologie, dans la démonologie et dans tout le koran n'est que figure
et image, et quand il aura compris que le koran ne contient absolument qu'une révélation religieuse et non une révélation scientifique ou historique. — L'islam est parfaitement inoffensif aujourd'hui. Sa période belliqueuse et agressive, rouverte par les turcs au quinzième siècle, est close depuis longtemps. Son prosélytisme est des plus pacifiques. Le russo-grécisme est autrement dangereux pour le monde chrétien et non chrétien. Du temps de ses conquêtes même, l'islam s'est contenté de la sujétion des infidèles; il leur a toujours laissé une bonne dose d'autonomie ; il a été relativement tolérant. Il a été bien plus tolérant que les chrétiens ne l'ont été en général entre eux et envers les vaincus non chrétiens. Le fanatisme — c'est-à-dire l'ardeur reUgieuse qui sacrifie tout au triomphe de la religion qu'on professe, ou seulement à la défense de cette religion — n'a pas fait défaut à l'islam et s'est manifesté surtout au commencement et dans les premiers siècles de son existence. Le contraire a eu lieu chez les chrétiens, mais il est certain que leur fanatisme a beaucoup dépassé celui des musulmans; par exemple dans les croisades où ils combattirent pour le triomphe du christianisme et les musulmans pour la défense de l'islam , dans la conquête et la conversion de l'amérique, dans la lutte entre le catholicisme et le protestantisme. Les chrétiens n'ont plus à craindre le fanatisme musulman pour le triomphe de l'islam, et le fanatisme de la défense ne se manifestera plus chez les musulmans, s'il n'est provoqué par les chrétiens mêmes, à l'exemple des français en algérie et en tunisie. — Enfin le musulman, il est vrai, a une haute opinion de sa religion. Il la croit fort supérieure au christianisme, qu'il dédaigne à cause de ce qu'il considère comme ses superstitions et son idolâtrie: le fils de Dieu et la trinité, l'incarnation et la rédemption, tout ce que la foi chrétienne contient de plus que la foi musul-
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mane. Ce dédain est exactement semblable et n'est nullement supérieur à celui que le catholicisme inspire aux protestants orthodoxes , qui admettent la trinité , Tincarnation et la rédemption mais considèrent comme superstition la messe, le culte de la S. Vierge, Tin vocation des saints, le purgatoire et tout ce que la foi catholique contient de plus que la foi protestante. Néanmoins, les catholiques et les protestants peuvent très bien vivre ensemble sans qu'on s'aperçoive de ce dédain, et il en est de même des chrétiens et des musulmans. Le commerce plus fréquent et plus intense entre catholiques et protestants, ou entre chrétiens et musulmans, affaiblit d'ailleurs considérablement le dédain que le catholicisme inspire aux protestants , ou le christianisme aux musulmans.
Au point de vue chrétien il ne faut pas considérer l'is- point de me lam comme une puissance ennemie ou comme une reli- °^*^®^ gion équivalant au paganisme antique ou au bouddhisme. Voici le jugement impartial que les catholiques, aussibien que les protestants, qui ne sont pas des gens de petite foi, pourront porter sur l'islamisme: »La religion chrétienne a aboli et remplacé, comme seule vraie religion , la religion préparatoire du peuple élu. L'islam a succédé à cette religion abolie comme porteur et gardien spécial du monothéisme et comme précurseur du christianisme. Aussi, Dieu a suscité l'islam à l'époque de la plus profonde décadence et corruption de l'église chrétienne orientale. — La religion juive est une religion morte et n'a plus de mission providentielle; de même que la nation juive en dispersion est une nation éteinte qui disparaîtra à mesure que les juifs cesseront de vivre en étrangers parmi les autres peuples, et qu'en adoptant la nationalité de ces peuples ils seront considérés et traités par eux comme . concitoyens. Les juifs prétendent qu'ils ont encore une mission au monde, celle d'être partout les gardiens du
monothéisme absolu. Ils se trompent, cette mission a passé aux musulmans dont la religion n'est pas une religion de famille comme celle des juifs, mais une religion cosmopolite et toujours pleine de vie. ^) — De toutes les religions de la terre , l'islam est la plus étroitement apparentée et la plus semblable au christianisme. Elle ne contient rien de contraire à la foi chrétienne, ni rien de plus que cette foi. Les musulmans accepteront un jour ce qu'elle contient de moins, si, comme nous le croyons, le christianisme est vraiment la religion de Dieu. — En attendant ce jour, qui sera déterminé par Dieu et non par les chrétiens, ces derniers feront bien de se borner à un proselytisme discret, patient et sensé, et de tâcher de corriger l'impression désastreuse qu'ils ont faite sur les musulmans. C'est surtout en orient et au dix-neuvième siècle, que par leurs représentants européens et leurs protégés grecs et levantins , par leurs vices , leurs violences , leur rapacité et leur perfidie , ils ont rendu le christianisme souverainement odieux et profondément méprisable aux yeux des musulmans qu'ils ont la prétention de convertir."
Les chrétiens devront donc reconnaître que l'islam a droit à être respecté par eux, et que M. Arnold a raison quand il dit dans un livre récemment publié*): »I1 faut gagner l'islam par la conciliation, il ne peut être ni écarté avec mépris, ni détruit."
I) Ce n*est pas d'ailleurs un fait sans importance que le nombre des juifs dispersés n'est pas supérieur à 7 (ou 8) millions, tandis qu*il y a environ 150 millions de musulmans.
^) Pearls of the faith, or islam rosary (= the 99 names of Allah), préface, p. Vn (1883).