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— C'est un empire colossal et solide qui deviendra rapidement formidable par son développement intérieur. La russie a des aspirations byzantines, panslavistes et panorthodoxes et des aspirations maritimes considérables. Elle veut posséder tout l'orient , excepté la partie occidentale du nord de l'afrique. Elle compte s'allier h la france pour annihiler la prusse et rautriche, pour détruire Berlin et Vienne , et pour humilier l'angleterre ; après quoi les deux alliées pourront enlever à l'europe ce qui convient h leurs anciennes et à leurs nouvelles aspirations.
Chap. IV, l'avenir db l'subope.
L'avenir de la petite europe — morcelée en plusieurs petits états peu susceptibles d'un grand développement intérieur, et dont l'un des plus puissants par sa population et sa richesse n'est qu'un ennemi dangereux de la plupart des autres — est fortement menacé par la russie secondée par la france et possiblement par deux autres colosses: les états-unis d'amérique et la chine. 11 £Eiut donc que tous les états de l'europe , hors la france et ses voisines de la péninsule ibérique, forment une union européenne restreinte. De plus, l'europe unie, encore assez forte aujourd'hui , pourra et devra imposer à la france une séparation de biens par&itement acceptable pour elle. Abandonnant à la france le nord occidental de l'afrique, l'europe unie se réservera le reste de l'orient, et la france sortira donc de Végypte.
— L'union européenne, qui laissera intacte la souveraineté de ses membres, leur fournira, outre la défense commune, des avantages précieux.
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ChAP. V, LA QUESTION d'ORIENT.
La question d'orient est réduite aujourd'hui à ces termes: l'orient sera-t-il russe ou européen? L'indépendance de l'orient est hors de question. Si l'europe n'en prend possession, la russie s'en emparera. Ainsi la possession de l'orient est une question vitale pour l'europe (restreinte). D'ailleurs, les titres de l'europe sont meilleurs que ceux de la russie , surtout parce que la domination de l'europe sera plus avantageuse pour l'orient que celle de la russie. Le partage de l'orient et des indes orientales entre les états de l'europe restreinte , notamment entre l'autriche, l'italie et l'allemagne, ne sera pas difficile. La grèce, la tripolitaine et Végyipte seront soumises à une protection européenne collective. La domination européenne en orient devra être bienveillante et temporaire.
ChAP. VI , DROITS ET DEVOIRS ÏNTERNATÎONAUX.
Il y a une morale internationale moderne concernant 1° ce qui nous est permis par rapport aux étrangers , soit chez nous, soit chez eux, et 2"^ notre responsabilité par rapport au sort des peuples étrangers. — Un fetux libéralisme se permet beaucoup trop contre les étrangers chez eux et se permet trop peu contre les étrangers chez nous. Ainsi , en égypte , les européens se sont conduits comme si tout leur était permis contre les é^ptiens chez eux ; et en même temps ils n'admettent pas que les égyptiens aient le droit d'expulser de leur pays les usuriers et banquiers grecs ou syriens et autres parasites malfaisants. — Souvent on méconnaît entièrement les limites de la responsabilité internationale. Tantôt on les recule, tantôt on les resserre beaucoup
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trop. En europe, en angleterre, on envoie des secours aux chinois affamés , comme si on était responsable des effets d'une disette chinoise; et en même temps on ne songe pas à son devoir de faire cesser en égypte les maux qu'on y a causés, à soulager les misères qu'on y a produites.
Ghap. Vn , l'usurb bt la haute finance.
L'usure est définissable et saisissable. C'est en vain qu'un &UX libéralisme a tftché de sauver l'usure , en la niant , ou en la représentant comme un protée , ou en produisant la très fausse doctrine de la „prime d'assurance", ou en attribuant la création de l'usure aux lois antiusuraires , ou en la renfermant dans les limites arbitraires de certaines formes et de certains excès usuraires. Les intérêts élevés seuls font l'usure selon les lieux et les temps. La liberté de l'usure ne présente aucun avantage.
Dans l'histoire du genre humain la grande usure a précédé la petite usure qui nous afflige actuellement. — L'usure est plus ancienne que l'intérêt légitime du capital, qui est le fruit du développement économique. Autrefois on ne distinguait donc de l'usure que le prêt gratuit, et on enveloppait l'intérêt en général dans la condamnation de l'usure. Le libéralisme révolutionnaire, en proclamant vers la fin du dernier siècle la liberté de l'usure , s'est mis en contradiction flagrante avec l'opinion d'Adam Smith. La législation récente en allemagne et en autriche a entrepris la répression de l'usure après l'abolition des lois antiusuraires.
Le principe de la répression de l'usure doit être „le droit et le devoir de l'état de combattre les grands maux sociaux". Dans une loi contre l'usure il faut fixer
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le iDinimum du profit usuraire par un „tant pour cent", en laissant un intervalle notable entre ce minimum et le maximum normal de Tintérêt. La répression légale de l'usure doit être civile au premier chef, pénale en second lieu. La nullité civile doit frapper — outre le profit usuraire — le profit licite et le capital. La loi pénale ne doit atteindre que l'usure professionnelle et les aggravations.
Au point de vue économique, juridique et moral l'usure est une espèce du genre » soustraction", la plus désastreuse pour la victimiB, la plus l&che et la plus hypocrite.
L'usure est ancienne, la haute finance est moderne. Les ^hauts financiers" sont les pires parasites de la société actuelle. Ils exercent (non quant à la forme mais quant au fond) un mélange d'usure et d'escroquerie. Ils ne sont pas respectables.
L'usure et la haute finance ont trouvé en égypte un terrain exceptionnellement favorable à leur développement. Cependant l'europe n'avait pas le droit de les introduire en égypte et de les y protéger, soit par Taction directe de ses gouvernements, soit par ses consulats et ses tribunaux mixtes.
Chap. VIII, l'égtptb et l'europe en 1881/2.
Un mouvement national s'est développé en égypte après la chute d'Ismall. Les origines en sont obscures , la croissance en fut lente d'abord; les oppresseurs — turcs et européens — ne s'en aperçurent que lorsque le mouvement était déjà puissant, et s'obstinèrent à en méconnaître la nature. Les égyptiens commencèrent à être tirés de l'abattement et de la résignation où ils étaient plongés,
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lorsque dans les deroières années du règne d^lsmall le pouvoir de ce prince leur parut visiblement ébranlé par ringérence de Teurope. Le succès de la démonstration victorieuse du 18 février 1879, la chute dlsmall, la faiblesse de Tewfik, les enhardirent. L'introduction de quelques réformes et Tamélioration de leur condition sous le r^me du contrôle anglo-français eurent pour efFet de leur faire demander davantage. Ainsi un mouvement national naquit spontanément et se propagea au Caire, dans les villes, dans les campagnes, parmi les chefe militaires et Tarmée, parmi les ulémas, les notables du pays, les fellahs. Ce mouvement se tourna successivement contre les drcassiens et les turcs, les européens et leurs protégés , les fonctionnaires étrangers et les usuriers. La guerre de tunisie, la propagande panislamique , Témotion religieuse de Tépoque , donnèrent au mouvement national un caractère religieux qui s'affaiblit et se fortifia tour k tour, sous Tinfluence des évédements. Les rapports du mouvement avec le sultan et calife forent sujets h. la même oscillation; mais il ne fut jamais favorable à la restauration dlsmall ou à Tavènement de Halim. Au mouvement national et religieux s'allia chez les che& et dans les couches supérieures de la nation un mouvement politique , qui se proposait d'introduire des réformes sérieuses, et d'opposer au despotisme et aux abus un parlement k la franque et des garanties constitutionnelles.
Il n'y a pas eu de „parti militaire", l'armée et la population civile étant remplies de la même ardeur ou des mêmes aspirations nationales. 11 n'y a pas eu de ^parti national", toute la nation ayant la même aver-