‹ L'Égypte et la Nubie (volume 2)Chapitre 13 sur 40 · L C Y PT K T T N U J ! I L · texte numérisé non relu

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plus prompte l’issue du combat, en envoyant au monstre, chaque fois qu’il paraissait à la surface de l’eau, quelques balles qui contribuèrent à l’affaiblir.

Quelquefois , au lieu d’employer un appat pour attirer le crocodile, un des chasseurs , après avoir observé l’endroit où l’animal a l’habitude de venir se reposer sur le rivage , se cache derrière un amas de sable placé sous le vent; dès qu’il le voit endormi il lui lance de toutes ses forces un harpon que le crocodile emporte dans le fleuve, entraînant après lui une longue corde et une bouée. Cette chasse s’achève de la meme manière que la première.

La peau du crocodile sert à faire des boncliers et des sandales. Sa chair, dont nous voulûmes goûter, est coriace et a un goût nauséabond d’huile et de poisson. Les Noubahs , comme les Barabrahs , mandent volontiers cette chair aussi bien que celle des serpens, des caméléons, des sauterelles, des lézards terrestres, et des tupinambis, grands lézards amphibies qui ne sont pas malfaisans, et auxquels ils donnent le nom de ouaran-e.l-bahr. Le principal but des naturels, en chassant les crocodiles, est de se procurer une substance analogue au musc qui se trouve dans quatre glandes de la

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mâchoire inférieure de l’animal, et dont ils se servent pour se parfumer. Ils recueillent aussi avec beaucoup de soin , pour les faire sécher , les parties naturelles du crocodile , qui possèdent, assure-t-on, de puissantes propriétés aphrodisiaques.

La direction du Nil change un peu avant l île de Tangoss; et le fleuve court de l’est, à l’ouest pendant plusieurs lieues ; la rive gauche continue dans cet espace à être la mieux cultivée et la joins riche. Quelques heures avant Debbeh, le lit du fleuve est creusé dans une espèce de poudingue composé presque en entier d’onyx roulésréunis par un ciment calcaire. Des groupes de ces singulières agglomérations, dont quelques-uns ont jusqu’à deux ou trois mètres de hauteur, bordent les deux rives pendant plusieurs lieues, et affectent les formes les plus bizarres et les plus variées. Au surplus, les onyx sont extrêmement communs dans tout le pays, surtout depuis Marakah, et forment la plus grande partie des cailloux roulés qu’on rencontre sur les bords du Nil. Nous avions eu occasion d’en recueillir plusieurs échantillons précieux que nos chameliers oublièrent ensuite à dessein en retournant à Ouady Halfah, pour soulager d’autant leurs dromadaires.

Il était à peine jour quand nous arrivâmes

à Debbeh , bourg situé sur la rive gauche, à quelques pas du fleuve, et dont la population peut être évaluée à deux mille âmes. Debbeli doit son importance à sa position à l’angle du grand coude que le Nil fait vers l’est , ce qui l’a rendu le lieu de rassemblement pour les caravanes du Kordofal.

Cette province est éloignée de Debbeli dequatorze journées de chameau. Quatre jours de marche conduisent à la source de Semryeh , et après quatre nouvelles journées, pendant lesquelles on ne rencontre pas d’eau, on arrive à des montagnes habitées et plantées d’arbres. Dans la saison des pluies, c’est-à-dire depuis juin jusqu’à la fin de septembre, i’eau est beaucoup moins rare dans ce désert; on v trouve même alors fréquemment de petits lacs et de la végétation; mais la facilité qu’on a de le traverser pendant cette partie de l’année, expose les voyageurs à d’autres dangers de la part des nègres du Dar- Four, qui se réunissent quelquefois en troupes pour venir dépouiller les caravanes.

Placé entre deux puissans royaumes, le Dar- Four et le Sennâr, et trop faible pour soutenir son indépendance contre d’aussi redoutables voisins, le Kordofal subit presque toujours un joug étranger. Toutes les traditions s’accordent à représenter cette province comme le théâtre

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et le prix de sanglantes querelles entre les souverains des Etats limitrophes (i).

Les plus anciens documens sur l’histoire du Kordofal remontent à un peu plus de quatre siècles. Le pays était alors soumis depuis longtemps aux princes qui gouvernaient le Dar- Four, et appartenaient à une secte appelée Dagou. Timgur et Rachifor furent les deux derniers souverains idolâtres de cette contrée, et les seuls dont le nom se soit conservé. Ils régnaient vers l’an de l’hégire 85o ( i44^ )• A cette époque, Ahmed-el-Maagour , Arabe Khoreïsch, et descendant en ligne directe d’Abdallali-ebn-Abbas (2), oncle du prophète, réussit, à la tète de quelques tribus nomades, à s’emparer du Dar-Four(3) et du Kordofal, et y établit l’isla-

(1) Nous devons la plupart de ees renseigneaiens sur leKordofal à l’obligeance de M. Kœnig, auquel nous sommes heureux d’exprimer ici toute notre reconnaissance.

(2) C est de Fodel, frère d’Abdaliah-Ebn-Abbas, que prétendent descendre les tribus d’Arabes nomades Rcfda , Oulad-Fodel, Kaouahlés et Guiadlin.

(3) Voici la liste chronologique des souverains qui ont régné au Dar-Four depuis l’établissement de l’islamisme.

85a de l’hégyre- - Ahmed-ee-Maagour.

877 — Refaa, son fils.

897 — ChaÔ-Dohchid, son fils.

9i3 1brahim-el-Delijl , sou frère. Ce prince

laissa deux fils: Bahar, chef de la dynastie des Mcssabbadtes ; Saboun ,

luisme, après avoir mis en fuite les chefs des idolâtres.

Suivant d’autres traditions, le Kordofal aurait

chef de la dynastie des Ko ndjaras.

La division du Dar-Four existe encore aujourd’hui telle que l’avait établie ce Sultan, en cinq grandes provinces : Dar-Kebirel-Facher , — Qar-el-Takagnaoui , — Dar-Abadima , — Dar- Abaouma , — D ar- Abou-Cheïkh.

Saboun, son Jils.

Iddris-Guial, son fils.

Koukou, son fi/s.

TerrindÈM, son frère.

SalboutÉ, frère.

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Abderrahman-Sahaf, son frère.

R OU MS AM, son frère.

DiatomÉ, son fils.

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SolÔn-Sulf.ïman, son neveu.

Moussa, son fils.

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Mohammed-Boulat, son frère.

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Restauration de Moussa.

Ahmed-Bokhour,///a- de Moussa.

Ismaïl- Abou -Haranna , son frère.

Mohammkd-Haranna, son neveu.

Moussa, son fils, s’étant révolté, il le fit venir sous prétexte de lui proposer la paix, et le tuadesa propre main.

Omar.

Aboul-Kassem, son oncle.

Teïrab-Adfl-Cham, son frère.

El-Hadji-Ishak, son fils.

Abderrahman, son oncle.

Mohammeu-Fodel , son fils. Ce prince règne encore aujourd’hui au Dar-Four.

ÉGYPTE: ET NIJJBIE.

été plus anciennement enlevé aux souverains du Dar-Four, et à l’époque de l’invasion d’Ahmed-el-Maagour, cette province, déjà soumise aux lois de l’islamisme, aurait fait partie des possessions d’Aguib-el-Kafouli , qui gouvernait toute l’étendue du pays comprise entre Dongolah-el-Agonz, Saouâkin, habité par les Arabes Kadorbar, et les montagnes des idolâtres, au sud.

En i474? à la mort d’Aguib-el-Kafouli , dont on voit encore le tombeau à Djebel-Garré (1), Amara-Donkis-Abou-Nail , premier sultan du Serinai* , de la race des Foungis, profita des querelles qui s’étaient élevées entre les tribus arabes nomades répandus dans les plaines, et les hordes montagnardes, qui formaient la plus grande partie de la population du Kordofal , pour s’emparer de cette province, qu’il réunit à son royaume.

Les souverains du Dar-Four que des discordes intérieures avaient momentanément forcés de renoncer à leurs prétentions sur le Kordofal , ne manquèrent pas de profiter de la mort du sultan Am ara , arrivée en i5io , pour faire valoir de nouveau leurs droits. Ibrahim-el-Delil , secondé par les tribus arabes Ghédéiates et

(1) Non loin d’Halfay, clans le district deGuémevé.

Toumâm, partit de Kobé à la tête de quelques troupes et entra presque sans coup férir dans l’Ebeyed, capitale du Kordofal. Ce triomphe fut de courte durée; bientôt les deux puissantes tribus qui avaient aidé le sultan du Dar-Four à s’emparer de leur pays, se disputèrent ellesmêmes l’autorité. x\la faveur de ces dissensions, Bàdi , sultan du Sennâr, réussit à intéresser les Ghédéiates aux droits des Foungis, et parvint avec leur secours à se rendre maître du Kordofal en i55c). Les Ghédéiates furent solennellement investis par lui de titre de Cheikhs des montagnes, et le pouvoir absolu fut confié, par Bady,à El-I!eissé, un de leurs cheikhs qu’il établit à Kazmieil.

Les divisions qui régnaient alors au Dar-Four empêchèrent pendant long-temps les souverains de ce pays de songera étendre leur domination. Deux familles puissantes, les Kondjaras et les Messabbaates (i) se disputaient l’autorité. Soutenues toutes deux par de nombreux partisans, elles s’étaient livré de sanslans combats et ie

Dar-Four était depuis plus de vingt ans en proie aux horreurs de la guerre civile, lorsqu’en i5y8 Iddris-Guial-Ibn-Saboun remporta une victoire signalée sur les Messabbaates, qui de ce mo-

(t) Pluriel de Messabbaoui.

ment cessèrent de pouvoir prétendre à la couronne.

Dekkin-el-Fougnaoui venait de succéder au Cheikh El-Ileissé dans le gouvernement duKordofal , au nom des Foungis, rois de Sennâr, lorsqu’en i6o3, Guiongol , prince de la dynastie des Messabbaates , ayant été chassé du Dar-Four, tenta de s’emparer au Kordofal d’une autorité qui lui échappait dans sa patrie. Aidé parles Arabes Bédérvès(i), chez lesquels il avait su se faire de nombreux partisans, il marcha sur FEbeyed. Mais il fut battu et Dekkin-el-Fougnaoui , après l’avoir tué de sa propre main , envoya sa tète au sultan du Sennâr. Cet évènement affermit pour un siècle environ l’autorité des Foungis dans le Kordofal. Mais vers 1700, Moussa, roi du Dar-Four, détrôné par son frère Mohammed Boulât , pénétra dans celte province à la tète de quelques tribus. Des mécontens se joignirent à lui et peu de jours suffirent pour le rendre maître du pays.

Cependant cinq années s’étaient à peine écoulées, lorsque Moussa rappelé au Dar-Four par ses partisans, réussit à remonter sur le

(1) Los Arabes Bédéryés occupaient ta montage de Séroug, a 1 ouest du Kordofal, sur la route du Dar-Four-

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