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antique; Ouady Forkondy, où l’on rencontre tics ruines chrétiennes peu remarquables; et Ouady Ferek, où sont plusieurs hypogées d’une admirable conservation.
En passant près d’une cabane de ce dernier canton , nos mariniers s’emparèrent de quelques bois qui y avaient été amassés, et qu’ils emportèrent dans la barque, malgré les cris des propriétaires, familiarisés d’ailleurs avec ces sortes d’accidens.
Malgré ce méfait, nous avions continué à voguer doucement, quand tout à coup, en passant à la hauteur du tombeau du cheikh Abd-er- Rahim , un grain du sud vint, sans que la sérénité du ciel fût troublée, déchirer notre grande voile, et sans la promptitude que mit le Reïs à serrer la seconde, nous eussions inévitablement chaviré. Pendant que nous nous occupions à réparer de notre mieux le désordre des manœuvres, un de nos matelots s’avisa de dire que ce coup de vent ne pouvait être qu’une punition du santon, pour le vol de bois commis quelques heures auparavant. A ces mots, dont chacun admira la justesse, il fallut les voir se jeter avec une sorte de fureur sur les morceaux de bois qu’ils lançaient dans le fleuve en les accablant d’imprécations, et en invoquant l’interven lion du bienheureux Abd-er-Rahim et leur par-
don, de Dieu et de son prophète. Après cette espèce de transaction avec leur conscience qui, sans rendre au pauvre Nubien le bois dont ils l’avaient dépouillé, ne les laissait plus euxmèmes possesseurs de l’objet volé, nos hommes parfaitement tranquilles , nous assurèrent que le mauvais temps allait cesser; en effet, les plus fortes rafales du grain étaient déjà passées , et nous pûmes poursuivre sans accident, jusqu’à Ebsamboul, notre voyage, charmés par le récit des nombreux miracles opérés chaque jour par la sainteté des santons.
L’absence de végétation sur la rive gauche, et le rapprochement des montagnes dont le pied est souvent baigné parles eaux, semblaient nous interdire l’espoir de rencontrer sur cette rive stérile et désolée, aucun vestige de l’habitation des hommes , quand tout à coup , au milieu des rochers qui s’élevaient sourcilleux au-dessus du Nil , les merveilles de l’antique architecture égyptienne vinrent s’offrir à nos regards avec toute la magie de grandeur et de magnificence qui leur est propre.
Deux temples sont creusés dans le roc de la montagne d’Ebsamboul; le premier, dédié à la déesse Hathôr par la reine, épouse de Sésostris, est tourné vers le fleuve. Six colosses d’environ trente-cinq pieds de proportion , représentant
Sésostris et sa femme Nofré -Ari ayant leurs enfans à leurs pieds , ornent la façade de ce monument qui tire un intérêt particulier de la représentation de cette princesse qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Six piliers couronnés de chapiteaux à tête d’Isis , offrant quelque ressemblance avec ceux du pronaos du temple de Dendérah, soutiennent la première salle du petit temple d’Ebsamboul; toutes ses parois, aussi bien que celles du sanctuaire et des petites salles adjacentes, sont ornées de sculptures peintes du plus beau style. Malheureusement, ces hiéroglyphes ont subi de graves détériorations, et leurs couleurs ont entièrement disparu sous une épaisse couche de suie; chaque année , en effet, des feux y étaient allumés par les habitans de Balyane et des autres villages voisins, obligés d’y chercher un refuge contre les incursions périodiques des Bédouins qui occupaient le désert au sud de Syout et de la grande Oasis.
C’est également aux incursions de ces Bédouins, qu’il faut attribuer l’état d’abandon et de stérilité dans lequel les naturels ont le plus souvent laissé le peu de terre cultivable qu’offre la rive gauche du Nil, depuis Dekkeh jusqu’à l’île d’Argo. Chaque année, ces enfans du désert arrivaient à l’improviste, parcouraient les bords du fleuve avec environ cent cinquante
chevaux et autant de dromadaires; ils pillaient les provinces de Maris, de Batn-el-Hadjar , de Sokkot et de Mahass, et fuyaient avec leur butin. Il paraît au surplus qu’en tous temps les tribus nomades du désert libyque sont venues inquiéter les cultivateurs de la rive occidentale du Nil ; car on lit sur un tableau hiéroglyphique gravé dans le roc, à peu de distance du temple :
« Le royal fils d’Éthiopie a dit : Ton père « Amon-Ra t’a doté, ô Ramsès, d’une vie stable et « pure; qu’il t’accorde de longs jours pour gou- « verner le monde, et pour contenir les Ly biens « à toujours. »
A quelques pas au sud du spéos que nous venons de décrire, est situé l’un des monutnens les plus remarquables que l’art égyptien nous ait légués, le grand temple d’Ebsamboul auquel les rives du Nil n’offrent rien de comparable dans son genre. Burckhardt est le premier des voyageurs modernes qui ait signalé l’existence de ce monument, mais il ne réussit pas à y pénétrer. Plus heureux que lui, Belzoni, sans se laisser décourager par le peu de succès d une première tentative, parvint enfin à y entrer le ier août 1817.
Qu’on se représente, sur le flanc d’une montagne taillée à pic, une façade de quarante mètres de longueur sur trente d’élévation, décorée de
quatre colosses assis, taillés clans le rocher même et hauts cle plus de vingt mètres, et l’on aura une bien faible idée de l’imposant aspect du temple d’Ebsamboul. Une ligne horizontale d’hiéroglyphes d’une exécution parfaite, surmontée d’une corniche composée de vingt-deux figures de singes accroupis, d’environ trois mètres de proportion , et une figure symbolique de Phré, gravée au-dessus de la porte, complètent ce magnifique frontispice, encore aujourd’hui presque intact. Quelques-unes des figures de singe de la corniche et la partie supérieure d’un des colosses ont seuls été mutilés par l’éboulement d’unrocher. La parfaite conservation des autres permet d’apprécier encore maintenant toute la pureté et toute la simplicité de leur travail.
La physionomie de ces colosses exprime la jeunesse ; malgré l’absence de mouvement, systématiquement imposée aux artistes égyptiens, elle se rapproche beaucoup de la grâce des modèles grecs, et tout dans ces immenses statues, jusqu’à leur pose droite et symétrique, est empreint d’un calme et d’une majesté indicibles. Les quatre colosses, parfaitement semblables entre eux, représentent le meme personnage, Sésostris, dont les traits sont encore reproduits par les cariatides de l’intérieur.
Les sables du désert, poussés peu à peu par
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les vents, ont formé, sur le flanc de la montagne d’Ebsamboul , un large éboulement qui, en enveloppant la partie inférieure de trois des colosses, a entièrement obstrué la porte du temple. Nous fûmes forcés de donner nous -mêmes l’exemple, et de travailler les premiers à la déblayer, pour encourager notre équipage à qui la peur des serpens servait de motif ou du moins de prétexte, pour refuser de se mettre à l’ouvrage.
Après quelques heures péniblement employées à écarter le sable, nous commençâmes à découvrir la corniche qui surmonte la porte, et bientôt l’ouverture fut assez large pour nous permettre de nous glisser, armés de torches, dans ce séjour ténébreux.
L’intérieur du temple répond admirablement au grandiose de sa façade. Quatre salles successives , offrant ensemble une profondeur de cinquante mètres , composent, avec dix chambres latérales moins remarquables, cette vaste excavation. La première salle, qui présente quelque analogie avec celle du temple de Kircheh, est soutenue par un double rang de huit pilastres, auxquels sont adossées des statues de dix mètres de proportion. Bien que familiarisés depuis long-temps avec la majesté des temples égyptiens, nous demeurâmes muets d’admiration à
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la vue de ces énormes cariatides qui impriment au monument un caractère de grandeur indéfinissable, et semblent placées là, gardiens éternels et silencieux , pour rappeler aux mortels le recueillement et le respect que l’on doit apporter en pénétrant dans les temples des dieux.
Toutes les parois sont revêtues d’un stuc très fin et couvertes d’hiéroglyphes d’un travail comparable à celui des plus beaux monumens de Thèbes. L’éclat seul des peintures est un peu altéré; mais ce qui en existe encore peut donner une idée de leur antique magnificence. Parmi les grandes compositions figurent surtout des combats; on voit le monarque égyptien assiégeant une forteresse ou terrassant ses ennemis ; son armée, rangée en bataille, s’avance contre celle des Nègres et des Nubiens , et les deux partis engagent l’action. Plus loin, le Pharaon vainqueur , monté sur un char de triomphe , conduit des prisonniers et les présente aux dieux.
Ainsi tout ce qu’ont de prestiges l’amour de la patrie et (eluide la gloire se réunissait à l’empire des idées religieuses, pour attacher les Égyptiens à un culte dans les sanctuaires duquel ils retrouvaient, à côté des images sacrées des dieux, celle des forts qu’ils avaient enlevés à l’ennemi, des nations qu’ils avaient
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subjuguées, des princes dont ils avaient partagé les travaux, les dangers et les victoires. Certes l’architecture d’aucun peuple n’a de monumens plus capables de graver profondément dans l’esprit, de nationaliser davantage }e souvenir des faits éclatans que les temples de l’antique Égypte immortalisaient, en les associant à l’existence des dieux eux-mêmes.
Au fond du sanctuaire sont quatre statues assises, plus grandes que nature , et représentant les dieux Amon-Ra, Phré et Phtah , et le roi Sésostris. Devant elles est une pierre cubique sans ornemens, qui fut probablement un autel.
C’est sans doute du fond de ce sanctuaire impénétrable aux regards du vulgaire, que, forts de l’empire que leur donnait la superstition, les prêtres se faisaient les interprètes du ciel, et rendaient des oracles, auxquels la mystérieuse obscurité du temple ajoutait encore une impression profonde de respect et de terreur. Oh ! si quelque puissance magique pouvait, après tant de siècles, rappeler à la vie un de ces vieux Égyptiens, et le ramener sous ces mêmes voûtes, où sa foi fut si entière, sa piété si naïve, combien ses souvenirs seraient confondus en voyant ces parvis sacrés qu’il frappa tant de fois de son front, foulés par des pieds
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profanes; ce sanctuaire, où sa pensée même n’eut jamais la témérité de pénétrer, souillé par la curiosité sacrilège de voyageurs, auxquels l’idée du culte sacré de Phtah n’arrache qu’un sourire de dédain. Ainsi, en traversant les siècles, les empires s’écroulent, les institutions s’effacent , tout périt , et les croyances religieuses elles-mêmes, dont la durée devait, aux yeux de leurs adeptes, égaler celle de l’éternité, disparaissent à leur tour inconnues au milieu même des sanctuaires qu’elles avaient élevés, ne laissant après elles d’autres traces de leurs dogmes que le principe sublime de l’existence d’un dieu , autour duquel les cultes nouveaux viennent tour à tour grouper quelques idées en harmonie avec le siècle où ils prennent naissance, et les hommes qu’ils doivent régir.
Fondés, ou plutôt creusés par Sésostris, les temples d’Ebsamboul sont au nombre des types les plus saillans de la dernière époque du style égyptien primitif, de celle où l’art, parvenu à son plus haut degré de perfection, ne pouvait plus que décroître. Les monumens pharaoniques anciens , produits de siècles où l’Égypte , jouissant en paix du bienfait de ses lois, n’avait pas encore cherché à s’agrandir par les armes, offrent les exemples d’un style de plus en plus gracieux , à mesure que leur
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fondation remonte à une époque moins reculée. Cette première période de l’art égyptien dure jusqu’au temps où Sésostris. aspirant à la fois à tous les genres de gloire, étendit au loin, par la guerre, les limites de l’empire de ses pères. Du règne de ce prince date pour l’Égypte une ère d’illustration militaire, pendant laquelle les arts, devenus stationnaires, cessèrent de tendre vers la perfection. Bientôt les peuples humiliés par Sésostris vinrent à leur tour menacer l’Égypte. Obligés de pourvoir avant tout à la défense du pays, les Pharaons n’eurent, pendant cette période presque nulle pour les arts , qui , déjà, commençaient à déchoir, que peu de temps à consacrer à l'érection de nouveaux monumens. Alors vint Cambyse avec ses hordes dévastatrices, qui, portant le dernier coup à l’empire des Égyptiens , déjà affaibli par les conquêtes deSabacon, roi d’Éthiopie, confondit dans une ruine commune leurs institutions et les temples mutilés par sa main sacrilège. Alexandre arracha l’Égypte à la tyrannie brutale des Perses; mais si ce généreux conquérant ne porta pas comme eux une main impie sur les chefs-d’œuvre des arts, il continua cependant d’altérer le type égyptien primitif, et le génie des Grecs s’infiltrant insensiblement dans toutes les parties de l’ordre social, donna au pays une
physionomie nouvelle. L’art reprit, il est vrai, un brillant essor sous l’empire des Ptolémées, mais déjà cet art n’était plus celui des Pharaons. Je ne sais quelle élégance étrangère, empruntée à l’art grec, en avait altéré le style sévère, qui, s’abâtardissant peu à peu, acheva enfin de disparaître entièrement sous l’empire des Césars, Nous nous disposions à remettre à la voile, lorsque des habitans du village d’Ebsamboul situé à environ un quart de lieue au sud du temple, vinrent, au nombre dune vingtaine, pour exiger de nous un bakhchich, prétendant qu’ils avaient seuls le droit de déblayer le temple des sables qui en obstruent l’entrée. Nous refusâmes de reconnaître la légalité de cette réclamation ; mais leur demande ayant bientôt pris le ton de îa prière, et leur misère intercédant pour eux, nous leur donnâmes quelques piastres qui nous valurent mille bénédictions.
Nous arrivâmes bientôt au château d’Àddeh , plus ruiné que celui d’Ibrym , avec lequel il offre quelque ressemblance par sa situation. Le rocher de Djebel- A ddeh est percé de quelques hypogées d’une belle conservation. Un peu plus loin est une autre excavation plus considérable ; ce temple, car c’en est un, fut, dans l’origine, dédié au dieuThot parHorus, fds d’Aménophis- Memnon ; les murs ont ensuite été revêtus par
les chrétiens d’une couche de stuc; sur ce stuc, des figures, parmi lesquelles on distingue le Christ et saint Georges, patron des braves, ont remplacé les dieux égyptiens; des niches taillées dans plusieurs endroits et destinées sans doute à recevoir les objets nécessaires à l’exercice du culte chrétien, sont du reste les seules dégradations qu’ait subies ce monument; les antiques hiéroglyphes existent intacts sous l’enduit dont 011 les a couverts.
A quelque distance au sud de Djebel- Addeh est un petit sanctuaire également creusé dans le roc, et dédié à la Vesta égyptienne, la déesse Anoukis, par un prince éthiopien du nom de Pohi ; le 1 ieu où ce sanctuaire est situé se nomme Maschakit.
Nous dépassâmes ce jour-là le village de Faras et l’îie qui porte le même nom ; en passant, nous avions aperçu quelques colonnes de granit soutenant une mosquée en ruines et plusieurs tombeaux creusés dans la montagne.
La plaine s’élargissait de plus en plus, surtout sur la rive droite; au milieu de bouquets de dattiers, de doums et d’acacias , nous voyions s’élever de nombreuses cabanes entremêlées de champs de doura et de coton; les sakies se succédaient à de très petites distances et indiquaient par leur rapprochement l’existence
d’un territoire plus riche que les plaines que nous avions rencontrées depuis Assouan. Vers le soir, quelques rochers de granit, avant-coureurs de ceux de la seconde cataracte, commencèrent à se montrer çà et là, dans le lit du fleuve, comme pour nous annoncer le voisinage de Ouady Halfah; cependant, notre reïs s’étant refusé à naviguer de nuit, dans la crainte des écueils, ce ne fut que le lendemain, 10 avril, que nous pûmes atteindre ce bourg, le dernier que rencontrent, avant la seconde cataracte, les voyageurs qui remontent le Nil.
Ouady Halfah ( la vallée des joncs ) doit son nom à la quantité de joncs qu’offrent les plaines qui l’avoisinent, et qu’on y recueillait avant l’invasion égyptienne pour faire de belles nattes fort estimées , dont la fabrication donnait quelque activité au pays. Le monopole a étouffé cette pauvre industrie dont Méhémed-Ali n’a pas dédaigné de s’emparer, et le commerce de Ouady Halfah se borne aujourd’hui à quelques dattes et à un peu de nitre que les Arabes recueillent dans le désert de la rive gauche et qu’ils expédient à Assouan. Les caravanes d’esclaves qui arrivent du Kordofal y donnent également lieu à quelques échanges. Une compagnie de cent hommes de troupes régulières, destinée à contenir les Bédouins qui viennent de temps en
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temps exiger des habitans quelques contributions, forme la garnison de cette bourgade, dont la population ne s’élève pas maintenant au dessus de cinq cents âmes.
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