‹ L'Égypte et la Nubie (volume 2)Chapitre 8 sur 40 · KG Y PT K KT UUBIK · texte numérisé non relu

KG Y PT K KT UUBIK

Nos yeux suivaient encore de loin la cange de nos amis, prête à disparaître , lorsque l’arrivée de nos dromadaires vint faire diversion aux pensées qui nous occupaient.

Ce n’est pas sans une certaine inquiétude que nous nous essayâmes d’abord sur ces animaux, dont la hauteur et l’allure inaccoutumées nous faisaient craindre des chutes dangereuses. Une selle fort élevée dans laquelle la bosse du dromadaire est comme enchâssée, et que maintiennent deux sangles passées sous le poitrail et sous le ventre , sert au cavalier pour s’asseoir, les jambes croisées , sur le cou de sa bête ; une corde de crin, attachée à un anneau fixé dans la narine de fanimal , tient lieu de bride et sert à le conduire.

Nos guides, poussant un son rauque et guttural, firent accroupir les dromadaires, et après nous être de notre mieux établis sur la selle, nous dûmes supporter les trois brusques secousses d’avant en arrière que ces animaux font éprouver à leur cavalier en se relevant. Nous réussîmes à grand’ peine à résister à la rudesse de ces mouvemens, sans être désarçonnés. Cependant, malgré ce début peu encourageant, nous fûmes bientôt habitués à cette manière de voyager, et l’allure de nos

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montures finit par nous paraître agréable (i).

Sept journées de marche nous séparaient du nouveau Dongolah (2). La route que nous avions à parcourir s’éloigne généralement peu du fleuve, et seulement autant qu’il le faut pour éviter ses détours. Cette route traverse, avant d’arriver dans les plaines du Dongolah, troisprovinces, dont la nature semble avoir elle - même fixé éternellement les limites.

La première, le Dar ou Bntn-el- Hadjar (pays de pierres), s’étend de Ouady Halfah jus-

(1) C’est ici le lieu de faire observer la différence qui existe entre les animaux connus par les Orientaux sous les dénominations de chameau et de dromadaire, et ceux qu’on désigne communément chez nous par les mêmes noms. Les Arabes appellent chameau ( djcmel ) le chameau à une seule bosse lorsque la nature robuste de ses formes massives le rend propre à porter de lourds fardeaux, et dromadaire ( hadjin ), le même animal, lorsque son allure élancée le rend propre à la course. C’est la même différence qui existe chez nous entre un cheval de trait et un cheval de selle.

Le chameau à deux bosses est inconnu dans la plus grande partie de l’Orient, et nous-mêmes, après un séjour de cinq années en Égypte, en Syrie et dans l’Asie mineure, nous n’avons eu occasion de voir que deux seuls individus de celle race.

Le chameau à deux bosses est originaire du Turkestan; il est, dit-on, commun en Perse et dans la Haute-Asie; du reste cette espèce est toujours, à cause de son extrême lenteur, classée au nombre des chameaux ( djemel ).

(a) Près de cent lieues. Les caravanes mettent dix à douze jours pour faire le même trajet.

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qu’à DAI, c’est-à-dire sur toute la longueur de la seconde cataracte. Ainsi que l’indique son nom, cette contrée n’offre qu’un sol de pierres ; des rocs amoncelés et des sables arides l’occupent tout entière , et c’est à peine si l’on y rencontre, de loin en loin , quelques champs cultivés ou des dattiers épars. Burckhardt, qui visita le pays en i8i3, n’estime pas à plus de deux cents le nombre de ses habitans, et cette évaluation doit être encore aujourd’hui peu éloignée de la vérité. Ces Nubiens, pauvres, timides, et sans cesse exposés à toutes sortes de vexations, vivent par familles isolées, les uns sur les bords du fleuve, les autres sur les îles escarpées dont son lit est semé. Ils cultivent, sur • le limon que le Nil dépose entre les rochers, un peu de doura et de lupin (, tourmous ), qui , joints au produit de leur pèche et au lait de quelques chèvres, forment leurs seuls moyens d’existence. La plupart de ces insulaires sortent à peine de leur retraite deux ou trois fois dans le cours de leur vie, et tous sont dans un état presque sauvage, et dans une complète ignorance du monde entier. I/absence de toute uniformité dans leurs traits indique le mélange de plusieurs races, mais le type dominant est celui des fellahs arabes.

Malgré l’état misérable où elle est réduite

aujourd’hui , la province de Dar-el-Hadjar a joui , dès les temps les plus reculés, d’une importance quelle a conservée jusque dans le moyen-âge. Frontière de deux puissans royaumes, la force de sa position militaires la rendit le théâtre de luttes sanglantes, et les forteresses de toutes les époques, dont elle est partout hérissée, attestent le prix qu’ont attaché à sa possession les divers souverains qui se sont succédé en Égypte et dans l’Éthiopie, depuis le temps tles Pharaons jusqu’à celui des Khalifes (r).

Au sud de ce district est le pays de Sokkot ( Dar-Sokkot ), séparé par la montagne de Docile, du pays de Mahass Dar-Mahass ) , qui s’étend jusqu’à la troisième cataracte. Ces deux provinces peuvent , sous quelques rapports , être comparées à la Basse-Nubie, et offrent, comme elle, sur les rives du Nil, une étroite hgne de culture qui s’élargit ensuite dans le Dongolah , où elle atteint quelquefois plus d’une lieue d’étendue.

La base de toute la contrée est un roc de granit rose sur lequel reposent plusieurs lits d’un

(i) C’est sans aucun doute aux îles fortifiées du Dar-el-Hadjar qu’il faut rapporter les représentations de forteresses entourées d’eau, qu’on remarque parmi les tableaux de batailles gravés sur les édifices de Ivarnak, de Médinel-Abou et d’Ebsamboul.

grès le plus souvent noirâtre et ferrugineux. C’est de cette dernière pierre que sont formées la plupart des montagnes. Parfois vous rencontrez des plaines entières de schistes d’un bleu cendré et d'un vert clair, bizarrement sillonnés par de larges veines de quartz d’une blancheur éblouissante. Au fond des vallées, se rassemble, en petite quantité , un sable d’un jaune éclatant. Peu de cantons offrent des traces de terre ailleurs que près du fleuve, mais partout où l’on en trouve, on est presque sûr de découvrir, à peu de profondeur, des couches, plus ou moins abondantes, de sel marin.

Après quatre heures de route, nous fîmes halte pour la première fois à Sulleh , près des débris de quelques huttes dans l’une desquelles habitait, solitaire, un pauvre Nubien, vivant du produit de quelques’herbes sèches qu’il rassemblait dans un petit enclos de terre, et qu’il vendait aux caravanes pour la nourriture des chameaux.

Notre petite troupe était composée seulement de cinq dromadaires. Deux Arabes Gararych, Ali et Chaÿn , nous servaient de guides, et nous avions pu nous dispenser de prendre une escorte, grâce à la tranquillité dont jouissait cette partie du désert , depuis la destruction d’une bande d’Arabes qui avaient longtemps intercepté les communications.

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Placé entre la résistance à main armée et la nécessité de se soumettre à une avanie du gouverneur de Ouady Halfah , le cheikh Regheb avait osé, avec moins de deux cents des siens, lever l’étendard de la révolte , et les obstaclesque la nature du pays apporte à une expédition militaire sont tels , qu’il était parvenu à se maintenir, près de deux ans, contre les soldats égyptiens envoyés pour le détruire. Pris au bout de ce terme, avec une partie de ses compagnons , ce cheikh fut mis à mort avec eux. Sa fille seule, bien qu’elle se fût fait toujours remarquer par son audace, à la tête des plus hardis de la troupe , n’eut à essuyer aucun mauvais traitement et fut presque aussitôt mise en liberté.

Il faut avoir franchi la seconde cataracte et quitté les rives du Nil, pour commencer à se faire une idée des tableaux qu’offre l’intérieur de l’Afrique. Jusque-là c’est, en quelque sorte, toujours l’Égypte ; ce sont toujours ses babitans chez lesquels toute empreinte native achève , chaque jour, de s’effacer, pour céder la place aux informes essais d’une civilisation bâtarde. Après Ouady Halfah, la scène change entièrement : vous vous trouvez au milieu de populations que n’a pas encore défigurées le contact des Européens, et dont, aujourd’hui comme

autrefois, les vices, comme les vertus, sont à elles : c’est une nature à part, c’est l’homme inculte avec sa physionomie primitive, avec sa libre et rude allure. Aux dattiers, élégante mais monotone parure des bords du Nil en Égypte, se mêlent des arbres nouveaux. Les gommiers (< acacia gummifera ), au port élégant, au feuillage dentelé, les palmiers doum, dont les branches nues et bizarement partagées sont couronnées d’un bouquet de feuilles en éventail , l’ochar au large feuillage, à la fraîche verdure, dont les graines sont enveloppées d une si belle soie ( i ), le ta marix, l’osier et une foule de végé-

(i) Asclepias gigantea. Lin il. Asclepias proccra. Willcl. Ses graines sont enveloppées de longs filamens soyeux qui n’ont , jusqu’ici , reçu aucun usage en Nubie. Depuis i834 les naturels ont réussi à faire des cordes très solides avec des filamens semblables à ceux du chanvre, qu’ils détachent de cet arbrisseau. Ils sont même parvenus à faire, avec le boisdel’ochar, un char bon propre à la fabrication de la poudre, et supérieur, assure-ton, au charbon du saule et du nerprun.

L’ochar parait être le même que Yascheyr, arbre à soie, dont parle Burckhardt, et que ce voyageur a trouvé dans la plaine de Gohr,à l’extrémité sud de la Terre-Sainte. Dans ces parages les Arabes en recueillent la soie pour faire des mèches de fusil qui prennent feu plus vite que les mèches ordinaires. Ils conservent aussi le suc laiteux qui découle des jeunes branches pour le vendre aux droguistes de Jérusalem. Cette substance est, au rapport de Burckhardt, employée avec succès contre les catarrhes opiniâtres. Dans quelques districts tle Nubie, l’ochai porte le nom d 'Abouk.

taux rares ou inconnus en Égypte, viennent varier l’aspect du paysage. Au-dessous de la seconde cataracte, tant que vous suivez les bords du fleuve, vous avez toujours sous les yeux une vallée ombragée de palmiers et couverte de riches moissons; une vallée revêtue de verdure, où tout rappelle à l’esprit des idées de fertilité et d’abondance. Mais pénétrez plus avant, éloignez-vous pour quelques heures de ce Nil bienfaisant, tout change, tout se décolore. Nulle trace de culture, nul vestige d’habitation; jamais d’ombrage; de tous cotés, en avant, en arrière, se déroule, à vos regards, un sol aride, dévoré par les feux d’un soleil brûlant. Là , point de sentiers tracés , point de bornes milliaires qui annoncent au voyageur le chemin qu’il a parcouru ou celui qui lui reste à parcourir. C’est d’après le nombre de jours de marche qui séparent le lieu d’arrivée de celui du départ qu’il faut évaluer les distances. Quelques arbustes rabougris, quelques puits, placés à de longs intervalles, sont les seuls signes de reconnaissance de la route. Là ,

milles traces de la présence de l’homme, si ce n’est de temps en temps de petits tas de pierres de forme pyramidale, qui signalent aux voyageurs la sépulture de quelque infortuné que la mort a surpris en route, et qui sollicite, de

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