CHAPITRE XVI
Omer-Aga. — Moisson. — Deffar. — Amboukon. — Méhémet-Aga.— Chasse aaz gtrafTes.— Aatruches.— Chefkh- Moussad. -<^Cha^kyés. — Mosurf et coutumes.'^ Com- «larce.—Dogga.—IpvasioD égypUeqnp.— Mort d'ismaïl- Pacha. — Crueautés du Defterdar-Bey. — Hannek.
Prévenu de notre arrivée , Omer-Aga , kachef de Debbeh , nous envoya son M âlem pour nous complimenter. La lettre de recommandation que nous lui apportions de la part de Mahmoud- Bey nous valut l'accueil le plus distingué. Jaloux de nous prouver qu'il n'était pas plus que ses collèges étranger à la nouvelle civilisation, il nous fit présenter d'abord , à chacun , un grand verre d^eau-de-^vie de dattes, dont à son grand étonnement nous voulûmes à peine goûter. Par bonheur le naturel turc reprit bientôt le dessus , et la pipe et le café eurent leur tour. .
Omer-Aga était fort occupé, lors de notre arrivée, de la rédaction d'une dépêche qu'il
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adressait à Mahmoud-Bey, au sujet de la mort d'un de ses soldats détaché isolément dans un village pour presser la rentrée de l'impôt et qui avait été massacré par les habitans. Nous crûmes devoir faire au Kachef^ sur cet accident^ un compliment de condoléance qu'il accueillit par un sourire. Une seule chose le frappait dans cette affaire, le butin qu'il espérait retirer de l'expédition qui devait venger la mort de ce malheureux ; et tout ce qu'il désirait , c'était de pouvoir se retrouver souvent à pareille fête. Une fois, nous disaib-il avec un air de j ubila tion , j 'étais campé auprès d'un village de Bichârys avec une compagnie; ces chiens de Bédouins vinrent, comme c'est leur habitude^ nous attaquer pendant la nuit, et nous tuèrent six homimes* Mais, quelques jours après, nous en tirâmes une vengeance éclatante , set j'eus pour ma part phis de cinq cents piastres de bénéfice dans cette atbire.
Essayant d'employer le seul argument qui pût réussir auprès d'un homme d'un pareil caractère , nous nous efforçâmes de faire comprendre à Omer-Aga le déficit qui devait nécessairemeut résulter pour lui, dans la percep» tion de IHmpot, du massacre des habitans d'un village. Bah ! nous dit*il, les vivans paient pour les moits^ et puis les Ediaia» sont comme
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l'herbe 9 plus on la fauche , plus elle pousse. Pendant que nous causions avec leKachef, un jeune guépard en liberté entra dans la salle du divan et se mit à rugir en nous regardant. Omer-Aga le prit dans ses bras et commença à le caresser malgré ses rugissemens qui redoublaient. Il nous engagea à en faire autant , nous assurant que l'animal était d'une douceur remarquable; ce dont nous fûmes peu jaloux de faire l'épreuve. Il fit alors apporter des intestins de mouton que le guépard se mit aussitôt à dévorer en les traînant dans tous les coins de la salle, avec une grâcç que le Kachef ne pouvait se lasser d'admirer. Nos mariniers mirent fin à ce dégoûtant spectacle, en nous apportant quelques œufs de crocodile qu'on venait de trouver dans le sable avec d'autres œufs entièrement sphériques, à peu près du volume des œufs de pigeons , qu'on nous assura être ceux d'un grand lézard d'eau. Les renseignemens trop vagues que nous pûmes obtenir sur ce lézard ne nous permirent pas de vérifier si ces œufs qui sont, sans aucun doute, ceux d'une variété de tupinambis, appartiennent au tupinambis appelé FaranduNil^ ou au tupinambis étoile d'Afrique qu'on doit probablement rencontrer dans ces parages. L'œuf du crocodile, un peu plus gros que celui de l'oie, est
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moins renflé dans son milieu que les œufs ordinaires, et il a ses deux extrémités absolument semblables entre elles. S'il faut en croire les ha bitans , la femelle du crocodile dépose ses œufs dans quatre ou cinq endroits peu éloignés Tun de l'autre, où elle les arrange soigneusement et où elle les couvre de sable ; chacune de ces cachettes contient ordinairement treize de ces œufs: Dès qu'ils sont éclos, la mère , qui guette le moment où sa progéniture sort de dessous le sable , conduit ses nouveau -nés dans le Nil. C'est dans ce trajet que les jeunes crocodiles sont exposés à de grands dangers, surtout de la part des mâles qui ne les épargnent pas , soit par voracité, soit, comme le prétendent quelques naturalistes, par jalousie. Les grands oiseaux aquatiques , quelques poissons et les tupinambis, font aussi leur proie des petits crocodiles , ce qui explique la quantité peu considérable de ces animaux qu'on rencontre dans ces parages.
Quand nous quittâmes Debbeh , nous vîmes pour la première fois le ciel couvert de nuages ; mais bientôt le vent les chassa vers le sud^ et le ciel reprit sa sérénité.
La direction du Nil, qui remonte vers le nord -est lorsqu'on a dépassé Debbeh, rend contraires à la navigation les vents du nord qui II. i6
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régnent presque seuls pendant la saison d'été ; aussi le halage des barques est plus régulièrement organisé dans toute cette partie du pays. Les cheïkhs-el-beled sont chargés de surveiller à cet égard la stricte exécution des ordres du Gouvernement. Les riverains forment d'une sakie à l'autre des espèces de relais qui , dans ce district populeux et cultivé, sont en général de peu d'étendue. Quand ces hommes approchent du terme de leur course , ils poussent une espèce de glapissement prolongé (zékri) qui s'entend de très loin j et d'autres accourent aussitôt pour les relever , de sorte qu'il est rare que les barques éprouvent du retard.
Nos Barbarins nous demandèrent de s'arrêter quelques heures à Abdoum pour y convertir en farine le doura qu'ils avaient reçu pour taïm avant de quitter Dongolah. Les femmes de ce petit hameau furent chargées de cette opération assez pénible, qu'elles exécutèrent en broyant le grain entre deux pierres, pendant que leurs maris oisifs s'entretenaient avec nos gens. Dans cette partie de la Nubie, nous vîmes avec étonnement les femmes supporter une grande partie des travaux agricoles , contrairement à l'usage adopté en Egypte où leur seule occupation , hors de la maison , est d'aller laver leur linge au fleuve ou y puiser l'eau né-
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cessaire aux besoins du ménage. Elles étaient en ce moment occupées à faire la récolte de qud^ ques champs de doura, récolte qui se fait deux fois l'an en Nubie et s'opère à deux reprises. A la première, ou ne coupe que Fépi^ puis on arrache la paille, lorsqu'elle est par£aiitement desséchée. Par ce moyen, on parvient à la conserver intacte , tandis que, si on la recueillait avec l'épi, elle serait broyée sous les pieds des animaux, auxquels le plus souvent est confiée l'opération du battage. Il n'est peut-être pas sans intérêt de faire observer que ce système de moisson opérée en deux fois a été celui des anciens Égyptiens, ainsi qu'on peut l'inférer des peintures des tombeaux de Gournab et d'Élythia. Dans quelques autres cantons, nous avons vu couper l'épi et sa tige d'une seule fois et les femmes battre le grain avec des bâtons. Mais cet usage est beaucoup moins généralement adopté.
Nous avions laissé derrière nous la grande Ue de Guénatteh dont presque toute la surface est couverte d'arbres et qui , dans la saison des hautes eaux, fournit à des expéditicms assez considérables de bois dans les districts inférieurs. Peu à peu nous voyions se rétrécir la ligne de culture qui bordait le fleuve; cependant quelques groupes d'arbrisseaux d'une
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belle végétation , s'élevaient à peu de distance dans le désert, dont ces espèces d'oasis rompaient la fatigante uniformité. Plus loin, au nord, quelques montagnes de grès, qui dominaient la plaine, donnaient à la rive droite une physionomie toute particulière.
Deffar nous apparut bientôt avec ses murailles en ruines flanquées de tours et percées de meurtrières. Contre l'usage ordinaire , les murs de celte forteresse , située sur un rocher élevé, sont construits de grosses pierres, ce qui semble indiquer une origine ancienne. Une colonne de granit qui s'élève au milieu de ces ruines, et dont le chapiteau est orné d'une croix ,. vient confirmer cette opinion ; car en Nubie les traces de la religion chrétienne se confondent avec celles du culte d'Osiris , et les vestiges du christianisme sont déjà des vestiges antiques.
Le château d'Hettaneh qu'on aperçoit sur la rive gauche , à quelque distance au-delà de Deffar, fut comme celui-ci construit de pierres et postérieurement réparé avec de la terre. Quelques tours flanquent son enceinte à peu près carrée , au milieu de laquelle s'élève un donjon en forme de pylône. Cet édifice qui domine le fleuve est situé à l'extrémité d'une chaîne de collines qui s'enfonce dans le désert vers ïe sud -ouest. Un Mélek des Chaykyé y soutint
pendant long-temps une défense vigoureuse contre les Mamlqukjs et plus tard contre Ismaïl- PacliA' On distingue des ruines considérables de briques crues autour de cette forteresse aujourd'hui abandonnée, mais 'qu'il serait facile de mettre de nouveau en état de défense.
Une brise favorable nous conduisit en peu d'heures à Amboukon^ où commandait le ka* chef Méhémet-Aga, plus connu sous le nom de Délî'Méhémet , Méhénjiet-le-Fou. Un cour^ rier de Mahmoud-Bey qui était passé la. veille y l'avait prévenu de notre arrivée. Aussi^ dès que le pavillon français, qui flottait sur notre barque, eut été signalé, il nous expédia des montures pour nous conduire che^ lui. Le Kachef habi-. tait à un quart d'heure du fleuve une grande maison de tfdVKe à dea)i ruinée , mais entourée d'une enceinte qui la mettrait à même de résis-. ter à un coup de main. Autour de sa demeure s'élevaient quelque^ habitations également de terre y mais d'une meilleure apparence que la plupart de celles du pays. Par malheur elles ne paraissaient pas devoir demeurer long-temps debout , minées qu'elles étaient par une prodigieuse quantité de rats qui avaient comme envahi toute la surface du sol, en si grand nombre, que les habitans semblent avoir re* npncé à les détruire ; ils attendisiit que l'inon*
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dation vienne faire justice de ces hôtes incommodes , d'autant plus difficiles à atteindre que les nombreuses et profondes crevasses dont la terre est sillonnée, leur offrent une retraite assurée dont les eaux peuvent seules venir les chasser. On voit alors ceux de ces animaux qui échappent à l'inondation, se retirer par troupes dans le dései't, d'où ils reviennent plus affamés, quand le Nil rentre dans son lit, pour dévorer les grains nouvellement semés ; ces rats causent des dégâts si considérables qu'ils menacent souvent jusqu'à l'espoir de la récolte.
Près du village d'Amboukon s'élève un assez grand nombre de tombeaux de santon, de forme conique, très communes dans cette partie de la Nubie et qui présentent de loin l'aspect des meules de blé de nos climats. L'intérieur de ces cônes renferme, outrela sépulture du Saint, celles de quelques membres de sa famille ; toutes sont du reste semblables aux tombes des Nubiens.
De tous les hôtes qui nous ont accueillis dans l'Orient, aucun n'a exercé envers nous une hospitalité aussi franche, aussi généreuse queDéli- Méhémet. Cet excellent homme, nous attendait dans son divan. « Soyez les bien venus, mes bons « amis , s'écria-t-il en nous apercevant : grâce à « Dieu et au Pacha auquel ma tête apparue tient, me voilà bien établi ici, et les étrangers
« que mon maître me recommande , sont pour a moi des frères ; ordonnez : ma maison est à a vous. »
La conversation s'était engagée sur les objets curieux que pouvait offrir le pays , et le Kachef nous avait successivement montré des peaux de panthère, des œufs d'autruche et des courbachs de choix qu'il avait fait venir de Chendy, et dont nous avions admiré la beauté. Un joli singe de l'espèce des callitriches , qui gambadait autour de nous , vint sauter sur nos épaules : « Bien j dit le Kachef , il est tout joyeux de (c voir qu'il plaît à ses nouveaux maîtres. » Puis s'adressant à un de ses gens : « Va , ajoutac< t-il y et porte tout cela à la barque de mes a amis. »
Vainement nous voulûmes nous défendre de recevoir ces dons. « Va, dit-il à son esclave, hâtetoi de remplir mes ordres ; et vous , mes frères, ^ reprit-il en nous prenant la main avec affection, vous ne voudrez pas, je pense, me faire l'injure de refuser ce que j'ai tant de plaisir à vous offrir. »
La généreuse amitié de Déli-Méhémet nous embarrassait au point que nous n'osions plus manifester un désir, ni faire înéme une question qui en pût laisser soupçonner un seul. Cependant, nous avions à cœur d'obtenir quel-
ques renseignemens sur les animaux qui habitent ces déserts. Le Rachef lit venir un cheïkli de la tribu des Gararych, l'un des chasseurs les plus adroits du pays, celui-là même auquel est due la prise des giraffes amenées en Europe il y a quelques années (i). Le cheïkh s'engagea à partir pour le désert avec plusieurs cavaliers et à nous apporter morts ou vivans tous les animaux qu'ils pourraient prendre (2).
(c) La première giraife amenée ep Europe, il y a un demn siècle environ, par le voyageur Levaillant , produisit dans le monde savant une sensation extraordinaire, comme s'il se fût agi d'un animal entièrement inconnu. Il y a d'autant plus lieu de s'étonner de l'espèce d'oubli dans lequel était tombée Texistence des giraffes, que déjà un de ces animaux vivans avait été, en 1587, envoyé à Laurent de Médicis par le Soudan d'Egypte.
Plusieurs auciens voyageurs , et notamment le sieur Daramont, ambassadeur de France en Turquie sous le règne. de Soliman II, avaient aussi déjà donné des giraffes une description fort exacte. » Il y a encore, dit le sieur Daramont, dans le châ- «tteau(du Caire), des autruches et trois giraffes que tient le a Bassa, qui est un plus rare anima] que j'aie vu. Sa peau resn semble à celle d'un cerf, mais elle est mouchetée de blanc, le « pied comme un cerf et les jambes de devant deux fois plus « hautes que celles de derrière.Le corps plus long que d'un cerf, « et le col fort long ; la tête petite selon la proportion du corps, « en laquelle il y a deux petites cornes; le front pointu en façon « de diamant. »
(a) Les giralTes deviennent moins rares dans le district d'Amboukon depuis que les Égyptiens leur fout une chasse suivie dans le Ouadjr Zaraf ( vallée des giraffes), sur la route de Del3bçh à L'Ébeyed, où ces animaux sont très communs.
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Déli-Méhémet nous offrît des chevaux pour suivre nous-mêmes cette chasse , et après quelque hésitation y nous nous décidâmes à accom* pagner le cheïkh.
Nous quittâmes Amboukon vers la nuit. Noti e petite caravane était composée du cheïkh et de quatre chasseurs armés chacun d'une lance et d'un sabre et montés sur d'excellens chevaux habitués à ces sortes de courses. Cinq autres Arabes nous suivaient avec des chamelles qui portaient les provisions et principalement des outres pleines d'eau.
Nous fîmes halte vers'minuit. Nos gens, après avoir préparé à la hâte un modeste repas, sortirent un petit sac contenant la cafetière, les tasses et le café moulu , et chacun , avant de s'endormir, put fumer sa pipe et prendre une tasse de café. Nous remontâmes à cheval à l'aube du jour, et nos chasseurs marchèrent en avant pour chercher à découvrir les traces du gibier. Toute la journée se passa en courses horriblement fatigantes ; l'air était calme et la chaleur accablante , à la grande satisfaction du cheïkh , qui regardait ce temps comme le plus favorable pour fatiguer et forcer promptement le gibier déjà accablé par l'ardeur du soleil. Le désert que nous parcourions offrait un aspect bien moins triste, bien moins désolé que celui qui
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sépare Ouady Halfah de Dongolah. Ici , au milieu des vallées qui ce succédaient les unes aux autres, les tamarix, les acacias, les higlyg (i), les nebkés (a) et un peu de verdure variaient l'aspect du paysage, et la terre était souvent couverte d'une espèce de gramen odorant appelé par les Arabes Hamareïb.
Une heure avant le coucher du soleil le chef de la caravane nous fit remarquer les traces d'une giraffe qui s'était dirigée vers le sudouest avec son petit. Peu de temps après nous retrouvâmes, dans une autre direction, ces mêmes traces plus fraîches, et nos Arabes nous assurèrent que les giraffes avaient dû passer peu d'heures auparavant. Oubliant, à cette nouvelle 9 les fatigues de la journée, nous suivîmes au grand trot l'empreinte toute récente de leurs pas , et nous nous trouvâmes à la tombée de la nuit à quelque distance d'un petit bois d'acacias clairsemés, en vue duquel le cheïkh se décida à faire arrêter la caravane.
Dès que le jour parut nous remontâmes à
(i) Balanites Mgyptiaca. Le bois de cet arbre est 1res -dur , et les naturels s*en serveut pour les hampes de leurs lances. Le fruit porte le nom à^alôb ou dattes du Soudan.
(s) Ziziphus spina ChristL Les païens donnent à cet arbre le nom de kor.
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cheva], et nos Arabes s'écartèrent à droite et à gauche pour tâcher de cerner les giraffes qu'ils ne doutaient pas de rencontrer dans le petit bois d'acacias. Bientôt , malgré le silence avec lequel nous nous ayancions , elles entendirent le bruit de nos pas, et nous les vîmes quitter les arbres et fuir à travers le désert. Les chasseurs lance* rent aussitôt leurs chevaux au galop en poussant de grands cris. Pendant quelques instans les giraffes gagnèrent du chemin sur nos che*» vaux, mais au bout d'une demi-heure leurs bonds commencèrent à se ralentir. La plus jeune , qui ne paraissait âgée que de quelques mois, fut atteinte peu de temps après. Deux Arabes lui jetèrent , avec adresse , sur la tête leur manteau 9 et pendant, qu'aveuglée par ce lasso d'une nouvelle espèce , elle se débattait au lieu d'avancer, ils sautèrent à bas de leurs chevaux, lui attachèrent les jambes, pui& continuèrent à poursuivre la mère. Bientôt les chamelles arrivèrent; leurs conducteurs s'empressèrent de les traire et d'en faire boire le lait à la giraffe, après quoi ils lui lièrent les jambes sous le ventre et la chargèrent sur Tune d'elles qui se mit aussitôt en route pour retourner à Amboukon.
Tous ces arrangemens terminés, nous commençâmes à suivre les traces des chasseurs;
nous les rencontrâmes après quatre heures de marche. N'ayant pu réussir à prendre la grande giraffe comme la première, ils s'étaient décidés à la tuer à coups de lance. Ils achevaient aloi^ de la dépecer ; elle fut bientôt coupée en quartiers et chargée sur les chamelles pour être vendue au bazar d'Amboukon. Un morceau de sa viande, que nous fîmes griller pour notre repas, était noir et coriace et absolument semblable à la chair du chameau.
Encouragés par ce premier succès , nos Arabes voulaient continuer leur chasse , mais nous nous y opposâmes, et moyennant une petite indemnité nous les décidâmes à retourner à Amboukon. Cependant, l'un d'eux nous ayant assuré qu'en poursuivant les giraffes il avait rencontré les traces de plusieurs autruches, nous résolûmes de battre une vallée boisée dont la direction ne s'écartait pas beaucoup de celle de notre route.
Bientôt deux autruches, suivies quelques instans après de trois autres, commencèrent à fuir devant nous. Le calme et la chaleur ajoutaient à la facilité de cette chasse, presque impossible quand il fait du vent; car alors l'autruche, s'aidant de ses ailes, fuit avec tant de rapidité que les meilleurs chevaux ne sauraient l'atteindre. Malheureusement les nôtres , déjà
fatigués, ne pouvaient avancer aussi rapidement que nous l'aurions désiré, et de temps en temps ils étaient obligés de s'arrêter pour reprendre haleine et pour boire. Aussitôt que les autruches s'apercevaient que nous faisions halte y elles s'accroupissaient pour se remettre à fuir dès qu'elles nous voyaient les poursuivre de nouveau. Enfin, au bout de deux heures, l'une d'elles étant demeurée en arrière, nous la joignîmes, et le cheïkh lui abattit la tête d un coup de sabre. Quelques branches d'arbres furent allumées sur-le-champ , et la graisse de l'autruche fut fondue par nos hommes qui l'enfermèrent dans la peau du cou de l'animal. Les Arabes sont très friands de la chair délicate de cet oiseau , dont la graisse est employée pour les ragoûts et quelquefois comme Uniment.
Nous découvrîmes , dans notre marche , deux nids d'autruche composés chacun d'une vingtaine d'œufs entourés d'un petit cercle de sable. Dans l'un d'eux, plusieurs œufs étaient cassés; nos Arabes prétendirent que ce dégât était l'ouvrage des oiseaux de proie, et nous assurèrent que plus d'une fois ils avaient vu des vautours s'élever dans les airs et laisser tomber sur le nid des autruches , de grosses pierres qui cassent les œufs dont ils font leur pâture. La chaleur du soleil suffit pour faire éclore les
œufs. La mère s'éloigne rarement de son nid , afin de défendre ses petits contre les animaux qui peuvent les menacer à leur naissance. Quand toute la couvée est sur pied, Fautruchela conduit et la protège jusqu'à ce que les petits soient assez forts pour se défendre eux-mêmes.
Les Arabes chassent également à cheval, avec le sabre et la lance , le léopard , le lynx et quelques autres bêtes féroces. Ces animaux redoutent la chaleur du sable échauffé par l'ardeur du soleil, et quand on les poursuit ils fuient rapidement d'un arbre à l'autre pour chercher l'ombre, jusqu'à ce qu'enfin ils succombent de lassitude et de soif. Les singes, les moufflons, les porcs-épics, et quelques espèces d'antilopes, se chassent avec des chiens lévriers duDar-Four ; mais ce sont des chasses très peu productives, parce que le plus souvent les singes se sauvent sur les arbres, les moufflons sur des rochers inaccessibles , et les porcs-épics dans leurs terriers. Les chiens sont d'ailleurs fort rares. L'espèce de lévriers du Dar-Four (selouk) est la seule qui puisse vivre en Nubie , et tous les chiens de chasse qu'on y amène d'Egypte, meurent au bout de très peu de temps d'une maladie de foie. Les Arabes prennent les hyènes et principalement la hyène tachetée {marafil) avec des pièges (i). Us ne
(i) Ces pièges sont de petits paniers élastiques que les natu-
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font pas souvent la chasse aux lions ^ parce qu'il est rare que quelques hommes et plusieurs chevaux n'en soient pas victimes.
Dans la nuit du troisième jour, nous étions à Amboukon , sous le toit hospitalier du Kachef , chez lequel notre jeune giraffe nous avait précédés.
Ce ne fut pas sans beaucoup de peine que nous parvînmes, vers le soir du lendemain, à nous arracher aux témoignages d'amitié dont nous comblait Déli - Méhémet , qui voulait absolument nous retenir quelques jours auprès de lui. De retour à notre barque , nous lui envoyâmes une paire de pistolets à piston , qu'il accueillit avec une joie inexprimable. Il ne connaissait encore ces armes que de réputation , et ce fut pour lui un cadeau du plus grand prix. Aussi nous arriva-t-il bientôt, en échange de notre présent , deux moutons et force provisions de toute espèce, parmi lesquelles se trouvait un poisson dont nous ne pûmes savoir le nom et dont la chair couleur de safran , était d'un goût exquis.
rels couvrent d'an peu de sable, et auxquels sont attachées de petites cordes armées de bâtons. La patte de la hyène demeure engagée dans ces paniers , qu'elle emporte avec elle. Mais lorsqu'elle veut fuir, les bâtons gênent sa marche, et les chasc seors s'emparent d'elle avec la plus grande facilité.
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Au moment où nous allions nous mettre en route, notre Mahmoud, que l'état de sa santé, sensiblement altérée depuis quelque temps, avait retenu à Amboukon pendant notre excursion au désert , vint nous prévenir en secret qu'un Arabe Chaykyé, redoutable chef débande lors de l'invasion dlsmaïl-Pacba^ et actuellement inquiété par le gouvernement égyptien , nous priait de lui donner passage jusqu'à Hannek. Cette faveur, que l'humanité ne nous permettait guère de lui refuser, nous la lui accordâmes d'autant plus volontiers , que nous avions l'espoir d'obtenir de lui quelques détails sur les guerres que ses compatriotes avaient eu à soutenir contre Méhémed-Ali. A un signal de notre interprète, le pauvre Arabe sortit de quelques bouquets d'ochar , parmi lesquels il s'était blotti en attendant notre réponse.
C'était un homme de moins de quarante ans , remarquable par l'expression farouche de ses traits amaigris. Une chemise d'une étoffe brune usée et ternie cachait à peine ses membres robustes et laissait à découvert des bras nerveux, dont il semblait montrer avec complaisance toute la vigueur; le sourire incertain de ses lèvres minces , trait particulier à sa race , était une sorte de contraction convulsive qui laissait apercevoir des dents blanches et aiguës comme
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celles d'un animal sauvage ;tin œil ardent à demi voilé achevait de donner à cette physioildmiê africaine le caractère d'une diâsiintilation pto^ fonde unie à une indomptable fierté. !Nons invitâmes le Chaykyé à {^rendre place aùpr èft de nous y ce qu'il fit sans ndns répondre et comme s'il ne nous avait pas entendus ; mais bientôt nous dûmes craindre que notre complai^iâneë ne lui devînt funeste.
Nous mettions à la voile lorsque DéK-Méhé^ met accourut mi rivage pour nous reniercier lui-mémel^ disait-il ^ de notre magnifique cadeau et nous dire un nouvel adieu ^ eu fumant avei; nous la pipe du départ. Il nous amenait en même temps un de ses gens^ ehargé de nous àocêira» pagnër et de veiller à ce que les riveratinSr^ qiii devaient remorquer notice barque ^ ne notes fissent éprouver aucun retard.
La présence du Gfaafjkyéy (|u'il n'avait pas d'abord remarqué, parut l'étoamer ; il lui lançst un regard investigateur^ qu'il reporta ensuite sur nous, comme pour nous demander compta de ki protection que nous semblions lui accorder 7 puis il attendit quelques instans ^ en et^tiimsià de futner paisiblement la p^ que MafcsKyud veliait de lui pirésente^. Cependant s^aper èevànt que l'Arabe demeurait obstinément daÉs là mtâme attteade et semblait lutter avec h» d'im^ II. 17
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mobilité, il se décida à écarter avec lenteur de ses lèvres le bout de sa pipe et à articuler gravement le Selam aleïkoum auquel notre hôte répondit avec la même gravité par Aleïkoum selam. Soit que le Kachef n'eût pas d'instructions précises à l'égard du Chaykyé , soit que son séjour dans notre barque devînt pour lui un titre sacré d'inviolabilité, c'est à ce simple salut que se borna une entrevue dont nous avions d'abord redouté les suites.
IjC Kachef nous quitta bientôt , mais, grâce aux soins de l'homme qu'il nous avait laissé et qui remplissait avec un admirable zèle la mission dont il était chargé, nous naviguâmes toute la nuit si heureusement, que le lendemain, au lever du soleil, nous nous trouvâmes près de Korti, autrefois ville épiscopale du royaume de Nubie, aujourd'hui bourgade de peu d'importance où finit le district d'Amboukon. Une grosse muraille en pierre*^ espèc» de fortification qui avance sur le bord du fleuve , marque à Korti les limites du Dongolah et du pays des Chaykyé, reculées jusque là depuis un siècle environ. Avant cette époque, la province des Chaykyé ne s'étendait pas au-delà de la montagne de Degga.
Seuls parmi les peuples de la Nubie, les Chaykyé opposèrent à l'invasion égyptienne une résistance sérieuse. Leurs mœurs, leurs habi-*
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tQdes guerrières , leur taille élevée , leur peau moins brune et la coupe de leur visage qui est celle de toutes les races arabes , les rendent faciles à distinguer des races nubiennes c[ui les entourent. Les femmes^ qui sont généralement jolies et dont le courage ne lé cède en rien à celui de leurs maris ^ passent pour avoir des mœurs très dépravées. L'hospitalité des Ghaykyé est renommée, et jamais l'hôte qui partagea avec eux le pain et le sel n'eut à souffrir la moindre insulte. Cependant on les dit fourbes, plus intéressés que jaloux,superstitieùx à l'excès, et observateurs peu zélés de la religion musulmane qu'ils professent. Malgré l'état d'asservissement où les a réduits l'invasion des Égyptiens, leur caractère belliqueux n'a pas dbangé, et lé souvenir des cruautés qui accompagnèrent la conquête , leur arrache encore des larmes. L'espoir de la vengeance dans un temps plus ou moins éloigné, adoucit pour ces hommes le re* gret de la liberté perdue, et leur amour de l'indépendance n'attend peut-être , pour éclater de nouveau, qu'une occasion favorable ; chaque jour encore, on dirait qu'ils cherchent à le ré-j chauffer par des chants guerriers qui rappellent leur temps de gloire.
Ils étaient autrefois armés d'un bouclier ablong de cuir d'hippopotame ou d'éléphant,
d'un djélabéj long sabre droit à deux tranchans, et 4^ trois ou quatre lances dont ils se servaient en guise de javelots et qu'ils lançaient fort loin avec une adresse remarquable. Quelques-uns portaient aussi des arcs et des flèches empoisonnées avec le suc de certaines plantes ou avec le venin de quelques espèces de ser** pens. Mais ces armes sont devenues fort rares aujourd'hui. Les fusils à mèche ^ue quelques chefs tiraient de Djedda ont aussi disparu presque entièrement.
L'instruction est beaucoup plus répandue dans la province des Chaykyé que dans toutes celles qui l'avoisinent ; aussi n'est-il pas rare de voir des jeunes gens du Dongolah, du Berber et même de districts plus âoignés , y venir pour s'instruire^ et s'adresser à quelque Faky qui se charge de leur éducation. Il existe dans plusieurs villages des éccdes publiques où les ensuis apprennent avec les principes de leur re^ ligion , ceux de la lecture , de l'écriture et du calcul. Les Chaykyé parlent principalement U langue arabe; mais ils ont aussi un langage particulier ^ qui ol&e des di£Férences assez mar-^ ^uées avec cekti des Dongolaouy et des habitan» de Mahass. Ces langues sont douces sans être barmonieuses^etla plupart des Nubiens les parlent toutes. De là ^ Fiauiften&e difficulté de£ùre
iOYPTE ET NtJBIB. a6l
un bon vocabulaire de chacune d'elles séparé* ment , les Nubiens empruntant indifféremolent à Tune ou à l'autre le nom des objets qu^on leur demande j sans indi€[uer quelle^ est celle dont ils font usage au moment où ils parlent (t).
lie commerce que les Ghaykyé entretlenlient avec le Senn&r commence à faire renaître parmi eux une prospérité que l'occupation égyptienne leur avait presque entièrement ravie. Le froment et le doura, qu'ils culthretit en abondance^ leur permettent de faire des expoi1:ations assez importantes au nlarché dé Djeddlsi par Souâ]^in , port de la mer Roilgé, éloigné de. 4ouze journées éb marche de leurs frontière^.
Riches autrefois en bétail et en produite de toute e^ce, les Chayt^yé formaient une petite république gouvernée par trois Méleks (li), établis à Korti y à Hannek et à Méraouy et ayant chacun sous leurs ordres phisieurs chdtkhs.Deux
(b) Nsii» troafons la preoi^e de cette' «sserlien dam lé ▼àoabalaire de la langue de Dongolah , pi|faUé par ML GaiHràdL Ce voyageur âisant sod travail à Dongolaht ne raetlait point eo doute son exactitude. Malheureusement il parait avoir reçu M reosèigiiemeDf d'un faabîtâïit de Ilf abass , qui ii*a pas négligé l'emplM des am» deson. pays, detel!» sorte qtt^o» piicirraôJt dire avec plus de rai8on« peut-étce g que ce vocttiulaîie est celui de la langue de Mahass. Nous nous sommes attachés, dans les deux vocabulaires que nous publions, à éviter cette erreiir.
(2) OuDbftlelts, Bois. Au Sennâr on les appelle Méliks.
2&X iGYPT£ £T NUBIE.
espèces bien distinctes, d'habitans composajient la population du pays. Les premiers , de .race Noubah, occupaient les bords du fleuve et se livraient à Tagriculture f ils étaient méprisés et tenus dans une espèce de servitude par les autres, les Chaykyé proprement dits. Ceux-ci habitaient pour la plupart le désert et menaient la vie de Bédouins.
« Les Chaykyé, dit Abdallah Ben-Ahmed-So- « laïm, paraissent être les descendans des Zé- « nafredj, tribu de Bedjah, qui ont émigré en « Nubie depuis un temps immémorial , se sont « fixés dans cette province et y ont conservé « leur langue et leur vie nomade, ne se mêlant « pas avec les Niibiens et n'habitant pas leurs a bourgs. Us ont un commandant qui relève du ce roi de Nubie. » Ce qui donnerait du poids à cette opinion derhistorien de Nubie, c'est qu'ils prétendent eux-mêmes être une branche de la tribu bédouine de Djahelin qui quitta le Hedjaz pour se rendre en Nubie et qui s'établit aux environs de Chendy.
Ces Arabes reconnurent pendant long-temps la suzeraipeté du roi du Sennâr. Mais , à l'époque du démembrement de ce royaume , vers le milieu du dix-huitième siècle , les trois Méleks, qui pouvaient mettre ensemble sous les armes jusqu'à trois mille cavaliers et douze mille fan-
iGTPTS ET IfUBIB. ^63
tassins, s'affranchirent ^ tribut qu'ils étaient auparavant obligés depayer^t se rendirent indépendans. Quelquefois divisés, on les vit toujours ajourner la décision' de leurs querelles particulières pour se réunir contre l'ennemi commun*
Cet esprit d'union, leur bravoure recomiue, leur caractère belliqueux et in quiet,, le nombre de leurs chevaux, avaient rendu les Chaykyé redoutables à leurs voisins ; ils envoyaient par-* tout au loin des bandes pour piller les caravanes; les provinces de Berber, de Dongolah, et même le Dar^l-Hadjar avaient sans cesse à souffrir de leurs incursions, et la terreur qu'ils inspiraient devint telle que plusieurs bourgs importans de ces contrées furent abandonnés par leurs habitans.
Lorsque les restes des Mamlouks, éehap^ pés au massacre du Caire, vinrent, en i8ia, chercher un refuge dans le Dongolah et établir à Maraka le chef4ieu de leur résidence, les Chaykyé, deveiAis en quelque sorte maîtres du pays, n'hésitèrent pas à aller attaquer ces hôtes incommodes et dangereux; mais, malgré leur valeur , malgré leur habileté à monter à cheval, ils furent souvent vaincus, et peut-être auraient-ils fini par être obligés de plier sous le joug des Mamlouks, si l'apparition de l'ar^ mée d'I^maïl-Pacha ne leur avait fait sentir la
!2(i4 ÉQJVn^E ET IfCJIIIE.
nécessité de se réiuoir ud instant à leurs adversaires « pour résister à cette nouvelle invasioi^ (|ui les menaçait tous deux.
Cette. Ibis le ^rt des combats ne pouvait étp^ long^tfMV^psi douteux, et les armes à feu de-r vaient nécessairement triompher d'ennemis qui n'avaient à opposer que leur courage et leurs lances. Surprise, mitraillée, rompue, partout où elle fut rencontrée , l'armée des CSiaykyé céda partout la victpire. Considéré comme un Ul)érateur, le fils du Vice-roi devait inévita- 14eineiU être accueilli avec enthoi^siasine par toutes les populations des provinces limitrq^ phes; elles n'avaient plus en effet à redouter^de )a part du vainqueur, Une tyrannie aussi accar blante que celle dont elles av^ent eu à souffrir si long-temps de la part des Chaykyé. Maître du pays^ Ismaïi exigea, afin d'assurer sa conquête, que )es vaincus lui livrassent leurs armes et sur^ tout leurs, chevaux qui faisaient leur principale force i\\ les contra^it ainsi à renoncer à leurs habitudes guerrières et àenihrasserla vie agricole.
lies pro.vincea conquises furent , à l'instar de l'Egypte, divisées^ en gouvernemens et districts confiés à des IVtoudirs et à des Kiichefs, Tous ces administrateurs sont choisis dans Farmée , et des Turcs peuvent seuls prétendre à ces emplois. Les Moudirs ont chacun sous leur auto-
ÉGTPTE ET IfUBIE, !l65
rite inmiédiate, un corps de troupes assez coubî^' dérable pour étouffer à FiBstant une msure rection qui viendrait à éolater. Les Rachefs ne gardent auprès d'eux que le nombre de soldats nécessaire à la police du pays , et répartissent isolément les autres dans les villages pour surveiller la culture des terres et presser la rentrée des impolsu
Les Méleksy qui , à l'approche du vainqueur a'étaâfint prudemment décidés à lui obéir^ con-r laervent e^ récompense une sorte d'autorité sur le district qui leur fut autrefois soumis. Ils y exercent les fonctions de juges pour les causes oirdiQaires et celles de percepteurs d'impôts, sous Tinspection du Moudir qui peut les déposer et les Feotptaeer à son gré. Quelques-uns ont obtenu des emplois dans d'autres provinces con^ quis€(s. Quant à ceux qui voulurent essayer de réaistep aux Égyptiens et qui furent assez heu- ?eu(x pour sauver leur tête, ils spnt entièrement ruinés et assimilés aux plus obscurs de leurs aneiens sujets. Cependant ksar influence sur ces pisflubâoiDSt Bj'a éprouvé aueune atteinte^ et il n'est pas douteux qa'à la piremière occasion fe? voraUe, il ne hssvnp soit facile de soulever de$ peuples qui fr^aîssent sous le jo|ig auquel il$ sont soumis. La mort de Méhémed-Ali est peut^ être destinée à devenir le signai de cette révo*.
a66 EGYPTE ET NUBIE.
lution, qui devra fermer probablement pour long-temps aux Européens l'accès de ces contrées encore si peu connues.
La moitié du jour s'était écoulée sans que notre nouveau compagnon de voyage proférât une seule parole , et c'est à peine si nos questions avaient obtenu de lui quelques courtes réponses. Accroupi sur ses talons , la tête penchée sur sa poitrine^ il demeurait les yeux fermés et comme plongé dans la plus profonde méditation , en tournant négligemment entre ses doigts un chapelet qui était demeuré toute une nuit exposé à la Mecque sur la sainte Kiabé. '
Quand nous eûmes dépassé Rorti, et que l'homme dont Déli - Méhémet nous avait fait accompagner se fut retiré ^ Gheïkh Moussad, c'est ainsi que se nommait notre hôte, devint peu à peu plus coramunicatif. Nous approchions de la montagne de Degga, désormais célèbre dans le pays par la victoire décisive qu'y remporta Ismaïl-Pacha sur les forces réunies des Chaykyé. Des tertres de pierres accumulées, qui marquaient autrefois les limites de la province, signalent aujourd'hui le champ de bataille. On aperçoit, à peu de distance, les ruines du village qui portait le même nom que la montagne.
A la vue de la solitude muette qui régnait au
milieu des décombres, une larme vint mouiller la paupière du pauvre Moussad et une malédiction s'échappa de ses lèvres. C'était sous les débris enflammés de ce village qu'il avait vu périr sa femme et ses enfans. « C'est ici, s'écria-t-il, « que la main de Dieu a frappé les Chaykyé ! » Peu à peu une espèce d'intimité s'établit entre nous, et nous pûmes tirer de lui quelques renseignexnens sur ce combat, seul engagement sérieux qu'ait eu à soutenir l'armée égyptienne.
Battus une première fois à Korti, les Chaykyé réunirent toutes leurs forces à Degga pour re* fouler les Égyptiens dans le Dongolah; les pierres qu'ils lançaient avec leurs frondes, engagèrent l'action; puis armés, suivant leur coutume, de plusieurs lances , ils coururent à l'ennemi qu'ils forcèrent à plier sous une grêle de traits , auxquels répondit bientôt l'artillerie égyptienne. Excités par les cheikhs qui leur avaient promis de les rendre invisibles à l'aide de talismans, les Chaykyé continuèrent à avancer sans crainte, malgré la mitraille qui les moissonnait, et le car* nage devint affreux.
Les femmes commencèrent la déroute. Elles se tenaient , suivant l'usage , à peu distance du champ de bataille, pour encourager les leurs par leurs cris. Tout à coup, frappées d'une terreur panique , elles se précipitèrent parmi les
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combattans ^ les pressant de fîiir et s'efforçant de les entraîner avec elles.
Après trois heures d'une lutte acharnée, les Chayky é vinrent se réfugier péle-méle dans le viL lage de Degga où un nouveau combat s'engagea aussitôt.Maitres des premières maisons, les Égyptiens eurent recours à Finçendie. En un instant le village fut en feu. Phis de mille Arabes de tout sexe et de tout âge périrent dans les flammes. Un nombre au Hioins égal de ces infortunés tomba, en cherchant à fuir , sous le sabre de la cavalerie égyptienne qui les entourait de tous côtés, et un très petit nombre réussit, à la fa-^ veur de la nuit, à gagner le désert. Plusieurs blessés se traînèrent sur ces ruines fumantes, poisr achever de mourir parmi les corps de leurs amis que le fer avait moissonnés. '
Le lendemain, les soldats égyptiens se jetèrent sur les cadavres , noQ pas pour leur donner la sépulture, mais pour leur couper les oreilles et obtenir la récompense de vingt-einq piastres turques (8 fr.), qui leur était donnée par Ismaïl- Pacha pour chaque paire qu% apportaient. L'appât du gain fit que lesprisonniers eux-mêmes ne purent échapper à cette mutilation : «t Mais ce Dieu est grand, ajoutait Moussad , ce qui était ff écrit dans lesdestins a eu lieu. Le maître de Tuaia vers, le roi des rois agit toujours avec justice. »
EGYPTE ET KUBIB. ^69
Quelques jours après le combat de Degga , le sort des armes fit tomber entre les mains d'Ismaïl, la belle Zafié^ la fille du Mélek Ziber. ' Loin de permettre qu'elle soùfïnt le moindre outragé, le prince égyptien s'empressa de la renvoyer à son père comblée de présens. Cette générosité calculée eut son effet , et Mélek Ziber donna, en se soumettant au Paeba, un exemple qu'imitèrent bientôt plusieurs autres chefs. De ce nombre fut le Mélek deChendy, Naïr, plus connu sous le nom de Nemr {tigré) que lui avait valu son intrépidité. Il vint à la tête de trois cents des siens, faire sa soumission et baiser la main du vainqueur.
Après quelques miods ^ l'smaîl dont les armes victorieuses n'avaient presque phis rencontré d'dsstade , jusque bien au-^delà du Sennâr, divisa son armée dans les pays conquis et se disposa à revenir près de son père. L'arrivée du jeune Pacha fut, à Cbendy, l'occâsion de ^tés auxquelles prit part la population entière. Tout semblait faire présager un avenir tranquille, lorsque à l'occasion de ta perception d'un impôt de 2000 esclaves et de so,ooo piastres d'Es^ pdgne (i 10,000 fi*.) dont limait exigeait lé paie-^ . ment dans l'espace de cinq jouis , Mélek Nemr vint lui adresser des réclamations, pour obtenir quelque délai : le prince égyptien lui répondit
par plusieurs coups de pipe sur le visage ^ et jura de le faire empaler s'il ne satisfaisait pas ponctuellement à sa demande.
Cet outrage décida du sort dlsmaïl. Dissimulant la rage dont son cœur était dévoré , Nemr vint quelques jours encore baiser la main qu^il espérait bientôt couper; mais de ce moment il ne vécut plus que pour la vengeance. Le Mélek Mussaât, qui avait long-temps résisté aux propositions de révolte de Nemr, se réunit à lui pour se défaire du vainqueur, et ils ne s^occupèrent plus que de soulever une population qui leur était dévouée , et de préparer le coup qui devait les délivrer de leur ennemi.
L'occasion se présenta plus tôt qu'ils ne pouvaient l'espérer. Sur l'invitation du Mélek, Ismail consentit à quitter sa barque et à se loger dans la ville où Nemr lui avait assuré que tout était préparé pour le recevoir. Sous prétexte de rassembler du fourrage pour les chevaux du Pacha , on avait entassé une grande quantité de tiges sèches de doura autour du simulacre de palais qu'on lui avait élevé. Ignorant le danger qui le menaçait, celui-ci voulut avant de re-. tourner en Egypte , célébrer son départ par un festin.Pendant que, protégé seulement par quelques gardes , Ismaïl se livrait sans crainte aux plaisirs de la table , une foule d'hommes et de
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femmes se réunissaient autour de sa demeure. Des vases de bilbil^ largement distribués aux soldats , les avaient déjà mis hors d'état de veiller à la sûreté de leur maître, lorqu'à un signal convenu les troupes égyptiennes furent attaquées sur tous les points. C'est sur le palais du Pacha que se portèrent surtout les efforts et la rage des assaillans. Aux cris de ses mamlouks égorgés y Ismaïl s'était renfermé dans son divan, où il se défendait courageusement en attendant du secours. Impatient de se venger et craignant de voir sa victime lui échapper, Nemr saisit un brandon et met le feu au palais. La populace furieuse accueiUe par d'effroyables cris de joie la première lueur de l'incendie : hommes, femmes , enfans, accumulent autour de ces murs toutes les matières capables d'en hâter la destruction. Les ÉgypticQS, engourdis par l'ivresse , essaient vainement de se frayer un passage au milieu des flammes qui les pressent de toutes parts. Déjà le palais n'est plus qu'un vaste bûcher qui bientôt achève de s'écrouler sur le corps à demi consumé du prince.
La révolte s'organisait en même temps , sur la rive opposée, à Métamma, où Mélek Mussaât, oncle de notre Chaykyé, achevait de massacrer le reste de la suite d'Ismaïl - Pacha. Quelques Turcs qui réussirent à se sauver dans la maison
â^a iGTPTE ET NUB4E.
du Faky Reya , échappèrent seuls à cette horrible boucherie.
Le corps défiguré dlsmaïl-Pacha fut racheté à prix d'or par un ttiarchand qui le rapporta^ en Egypte. Son médecin ^ que sa cruauté avait rendu odieux aux naturels ^ fut saisi yitant et dut regretter de n'avoir pas partagé le sort de son maître. On lui arracha d'abord toutes le» dents^qui furent soigneiiseinent renfermées datis des sachets dé ciiir j comme préservatifs dontre les maladies ; puis on lui fit subir le supplice auquel il avait fait lui-mémé condatnner tant de malheureux... Il fut empalé.
A là nouvelle de ce désastre, le Défterdar Méhémet-Bey, déjà fameux par ses cru^ité^^ accourut du Kordofal pour venger la mort de son beâu-fi*ère* Ce monstre promit vingt mille têtes aux mânes d'Ismaïl et dépassa de beaucoup éùtè hofriblè vœu. Commandant à de nombreuses troupes d'insUJ^és, îf émr eût peut-être pu dé^ traire en détail la petite a^mée du Défterdar y mais il eut l'imprudence de vouloir le combattre^ en rase campagne : ses masses indiscipliflées et dépourvues d'armes à feu ne puretrt résister aux troupes turques , et dés la première affairé Nemr éprouva uiie défaite complète.
La victoire du Défterdar fut le signal de massacres auxquels il aimait àf présidefT en per-
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^onne. Femmes , enfans, vieillards , nul ne trouva grâce devant lui. Des supplices de tout genre furent inventés , et pendant plus d'un mois , les bourreaux promenèrent la désolation et la mort depuis le Kordofal jusqu'à Chendy. La population de cette ville, frappée de terreur à l'approche des Égyptiens , avait fui presque tout, entière dans les montagnes. Ne trouvant plus de victimes à égorger, le Defterdar fit proclamer ïjàman (amnistie), qui ramena peu à peu les émigrés.
Déjà la tranquillité commençait à renaître, lorsqu'un jour, au moment où il entrait chez le Faky Reya, pour le remercier de l'asile qu'il avait accordé aux soldats turcs, lors des massacres d'El-Métamma, Méhémet-Bey fut frappé dans le dos d'un coup de javeline. Rendu par ce trait d'audace à toute sa féi*ocité, il rassembla aussitôt ses troupes et donna l'ordre d'un pillage général. Malgré son * innocence , malgré les services qu'il avait fendus , le Faky Reya fut empalé devant la porte de sa maison , et tous les hommes qu'on put saisir furent massacrés ou mutilés. Épargnées cette fois, les femmes furent dirigées sur le Caire, après avoir reçu sur le bras avec un fer chaud , la marque de l'esclavage, sans qu'aucune d'elles , pas même les filles de Méleks, que distinguait II. f8
3^4 EGYPTE ET NUBIÇ.
une beauté remarquable I pu^t^nt é^l^ipper ii^e triste sort.
Averti trop tard de ces ))arbarefi| exéci]|tiQns^ Méhémed^'AU ordonna que G€| triste convoi re* tournât à Chendy , et rendit au pays qui Tavait vu naître le reste de c^tte malheureuse popu» lation, à laqui^Ue il fit même distribuer quelques sommes d'argent 9 £^ble dédoxpmagement pour les épouvanjipbles malheurs qui l'avaient feappée et dont die se ressentira lopg*;temps encore*
Ces cruautés inouies allaient peut «être rer tomber sur leur $mteur, ajoutait Moussad^ quand le Sultan d'%ypte rappela le Defterdar ; mais i^osf cœurs iie \es\ ont. pa^ oubliées..,* Dieu est grai^d y reprenait-il ensuite, et Vayenir lui appartient. Unous protégjera;,c^r ^ suffît pour punir les méchans et sa justice çsf; ^cirrihle»
Nous étions, arrivés» à ^ap^c;!^ £îans avoir pu obtenir de IVf oussad le moindre mof sur son exi^ tence ni sur la part qu'il avait prise lui-même à ces événements. Pendant que n/os^ genfs étaient allés renouveler nqs pipo vif ionfi, i]^ nous dit adieu» npus remercia de quelques hagg^elle^ que noua l'avions presque forcéd'aCjpepti?i^,Qts'^Qignaen nous comblant de béi]^édic.tiQ|is.
ÎGtVn ET XXrBl£« ^.^5
çHAPiTRJs xvn.
ElTel-Bénab. —Maladie dé llafimoÉ^. — NQUf . »-<-l^^
Napata. ^ Famille nuliieoiie. ^> ^ous retoamoiis sur nos pad. — Méraoïiy. — Malades. — TaRsmam. — Bobémiennes. — Superstitions. — tt^pbtc«c6. — IfeafrehéAs Métêouy, -^ UaiBfek. ^ ¥» dîtoroe. — Bi^MolMt^ t^ Cbe&kb 41)4-eiv^abiii«iik — Tehtelu-^&etoiir à Maraiui-
Une brise favorable nous fit franchir l'île d'£l-Tel-Bénab^ aussi remarquable par sa fertilité que par les soins que ses habitans donnent à 1^ culture. L'aspect de cette île paraît d'autant plus riant qu'il contraste avec Je spectacle nu et désolé qu'offrent les rives du fleuve^ resserrées en cet endroit par lesf rochers escarpés qui ter* minent le désert. Le blé ^ le doura et les dattes sont les principaux produits de ce district où l'on récolte aussi de l'or^^ du coton^ un peu de tabac^ et du ricin dont l'huile est çmployé^ par lesiMbir tans pour se graisser le corps et les cheveux.
Une forteresse de terre assçz importante , construite au soqimet d'un rocher, §'élève au milieu des ruines du village 4^ Kadjabéy d'où Ton jouit| sur le cours du fleuve, de la vue la plus riante et la plus étendue. iPendant la nuit, nbus dépassâmes
arj6 EGYPTE ET JYUBIE.
Méraouy ou Méraoueh. Enfin, au lever du soleil , nous abordâmes sur la rive droite à Barkal, misérable hameau près duquel sont situées les ruines de Y antique, Napata.
L'état de notre Mahmoud, qui nous donnait depuis quelque temps de viVès inquiétudes, noj^s fit prendre le parti de louer à Barkal une cabane pour l'y établir et lui laisser prendre quelques jours de repos. Le lendemain, une navigation de deux heures nous conduisit sur la rive opposée du Nil, à Nour, bourg d'environ quatre cents âmes , dont les maisons sont bâties d'un mélange de terre et de paille hachée. Quelques-unes sont faites en forme de cône, comme celles du Kordofal, afin qu'elles puissent mieux résister aux pluies qui, depuis quelques années, soiit plus fréquentes dans ces parages.
A une demi- heure environ de Nour, s'élèvent au milieu d'une plaine inculte (i) , les pyramides d'El'Éellal. Leur nombre a dû être autrefois de plusse quarante ; mais c'est à peine si parmi les débris de celles que la barbarie des hommes ^ plus encore que la main du temps, a réduites à des masses informes, on peut en compter aujourd'hui quinze dans un état de conservation qui permette d'apprécier leur importance.
(x) On leconnait près des pyramides , les, vestiges d*uD canal qui en faisait presque le tour et qui aboutissait au Nil.
EGYPTE ET WUBIE. ^77
Presque toutes ont perdu plus de la moitié de. leur r^yêtement. Ces pyramides varient entre eUes de grandeur et d'inclinaison ; lei^rs quatre faces répondent à peu près aux quatre points cardinaux. EUes ne diffèrent de celles de l'Jlgypte, que par leur forme plus aigué. Les matériauif: qui y sont employés sont le grès et une espèce de poudingue grossier, et de nature ferrugi.neu^e. Ces matériaux sont joints seulement avec de la terre. Le noyau de quelques-unes des pyramides est également formé de terre recouverte par une certaine épaisseur de pierres. La plus grande et la plus remarquable de ces montagnes de main d'homme ^ quoique bien ruinée elle-même, a presque conservé son élévation primitive. Les côtés de sa base ont cent cinquante mètres de développement; sa hauteur est de trente-quatre mètres environ. Elle est divisée dans sa hauteur en trois parties, et sa forme est celle- de trois pyramides tronquées, superposées l'une à l'autre et reposant chacune sur un socle d'environ trente centimètres d'élévation dont la coupe est verticale. Cette dispo^ sition laisse régner autour de la base des deux petites pyramides supérieures, une galerie d'environ un mètre vingt - cinq centimètres de largeur. Les dégradations qu'a souffertes le monument permettenl^ vQÎr que cette • con-
dkjB ia^PtE ET itùBiÈ.
&?tii(i^m e^iéeieùt^ seHràitjcottinie d^èntelo{>pe à U»é tmtï^ pyramide d'une indthiàisoù régulière é^ ddfit ofi aperçoit dans quelques endroits fe t^têt^niettt encot^ intact , formé de belles aiïsiftèd d'tiii gréé gris et luisant taillé avec le
Aveunè^ trdcsè Été dotme à: petfset* qu'on ait jMM&a tettté d^eurrir cette pyramide, pi'éservée sânsdôUM coiÈîï^ la cupidité Sacrilège des fouiltmvs pAt le p4ti lie i^ésnilàts obtemts dtos la déstflldtlon de Cèflesqui Fenvirannent. L'absence totale de tniines afiliqttes> aus eâvirons d'El-BeHal^ ne permet guère de croire qu'une vilk ait jamais exisl^ ûmB edt endf^it, qui sàùs dÈmte fbt la nécMpole de Napata. Onisait en effets, quSrn motif religieuts ftdsait fe' plus souvent séparer par h Nil, dit au thoins par un canal > Tasile des morts de hidemefire des vîvcms; Il fallait presque toii jours passer Fciau pour arriver à la nécropole placée de préférence vers l'oceident , lieu où le scdeil se couche et &Èt commencé Tempire des ténèbres. Ge voj^geà travers te fkfirve était Fem- Même du voyage de Famé à travers Focéan dièi aivs qu'il fallait trâveràèr pour arriver an séjour du repos. Atijourtfhtri e«cdré,!es tdmhleaux des moderh^s bâbittms dé Nour entourent ees an-» tii[{ir^ sépi^rltiires ^ c^mme ^ ée Keit devait être
éternellémeni consacré à la moi^.
A notre retour à Barkal, nous f fcmyàines ttottè interprète Mahmoud dans Fétat te plus ih({tdétant. Pendant no^6 incursion à Notir^ Il avait été pris d'un délire aft*eiix , qixe liôus troutâ* mes calmé, il est vtai ; niais il nous déclaf*a (|ue son intention formelle était de retourner en Egypte et que rien ne le ferait dianger dé détermination. Notre embarras était extrême, car nous ne savions pas assez la langue pour pou^ Toir nous aventurer seuls dans ces contrées lointaines; d'un autre côté, les fonds commençaient à nous manquer, et UQUsavioiis appris à Debbeb que le Malem de Chendy, sul* lequel nous avions une lettre de crédit, venait d'être pendu pou^ concussion , par ordte du Sloudir. Ces considérationfe puissantes , auxquelles il faut ajouter le triste état de nos âantés épuisées par la fatigue, enfin, l'approche de la saison des. pluies et des fièvres meurtrières qu'elle amène avec elle (i); tout nous faisait une loi de ne pas nous obstiner à pousser plus avant nos explo^ rations : nous décidâmes donc, bien qu'à regret,
(1) Dès le comiBencement de la saise^^des pluies, iea habl^ tans de Chendy, d'Halfày et du Sennâr quittent leurs habita-^ tiom pèttf fuir loin d« Tatmosphère empestée dés bords dû fleuve. CeA sur 4«s éimnetiees éloignées dm Nit qu^îls âe retirent pour respirer un air plus pur, jusqu'à ce que le dessèchement des lagunes que les pluies laissent après elles , leur per«^ mette de regagner leurs villages.
;^8o EGYPTE ET ITIJBIÊ.
qu'après aVoir visité les ruines de Napata, nous commencerions à revenir sur nos pas.
A un quart de lieue du Nil et sur la limité du 4éserty s'élève le mont Barkal, énorme rocher de grès dont lé sommet offre , comime celui de toutes les montagnes du pays, une surface plane ; il est accessible seulement du côté du nord; partout ailleurs ses flancs abruptes semblent menacer la plaine , déchirés qu'ils sont par mille crevassés qui servent d'asile à des louées d'oiseaux de proie. C'est au pied de la montagne, vers le sud, que sont situées les ruines de la ville. Plus loin vers l'ouest, s'étendent des pyramides au-delà desquelles on trouvait, il y a peu d'années , des puits sépulcraux creusés dans le roc, et aujourd'hui presque tous entièrement comblés par le sable.
Les pyramides sont éloignées d'environ cinq cents mètres du pied du mont Barkal. Elles spnt au nombre de di:^-huit, divisées en deux groupes et très rapprochées les unes des autres. La plus grande , dont la base a environ vingtneuf mètres de côté, est à demi ruinée. Sa construction rappelle celle des pyramides de Sakkara et semble remonter à une antiquité très reculée, au contraire des autres qui paraissent toutes appartenir à une époque beaucoup plus récente. Celles-ci, dont quelques-unes sont d'une çonserr
vation parfaite , diffèrent entièrement des pyramides égyptiennes , par Fexiguité de leurs proportions,et surtout parieur formebeaucoup plus aigujë que celles de tous les autres monumens de ce genre. Dans la partie inférieure , leur revêtement est régulièrement taillé en gradins , à l'exception des angles qui sont dressés dans toute la hauteur. A trois mètres environ du sommet y ce système change. I^e revêtement est alors taillé d'une seule pente et les angles sont façonnés en baguettes rondes^ aussi bien que les arêtes de la petite plate-forme carrée qui termine la pyramide. On remarque au centre de cette plate-forme un trou destiné sans doute à recevoir la tige de métal qui servait à fixer sur le monument l'ornement quelconque qui la surmontait.
A la plupart de ces pyramides est annexé sur la face qui regarde le sud , un petit sanctuaire dont l'intérieur est peint et orné d'hiéroglyphes d'une médiocre exécution et d'inscriptions en caractères éthiopiens. Deux de ces sanctuaires sont voûtés, ce qui ne permet pas de faire remonter leur édification à une antiquité bien reculée, puisque cette manière de bâtir fut, comme on le sait , inconnue aux premiers Egyptiens.
Ces constructions semblent,au premier aspect,
uSa EGYPTE ET NUBIE.
être comme le vestilnile deis pyramides et dévoir y donner entrée. Cependant tout poi*te à croire qu'il n'existe entre elles aucune communication, car le mur du fond de plusieurs de ces sanctuaires a été détruit avec l'intention de pénétrer plus avant ; mais sans autre résultat que de découvrir le revêtement de la pyramide aussi soigneusement travaillé que le reste de sa surface , et comme si le sanctuaire y avait été ajouté ^près coup.
Nul doute au surplus que, comme toutes les autres , les pyramides de Napata n'aient été destinées à couvrir des sépultures, et même, suivant toute apparence , des sépultures royales. Mais c'est sous Li base même de l'édifice qu'il faudrait chercher l'ouverture des puits qui doivent renfermer les corps deij anciens souverains de TEthiopie.
Entre les pyramides et le pied de la montagne, on rencontre un assez grand nombre de tombeaux modernes, surmontés de pierres tirées des ruines et couvertes d'hiéroglyphes. Bientôt après on foule un sol jonché des débris de palais et de temples. Nous allons les décrire en commençant par ceux qui se trouvent vers l'est,, et dans l'ordre oîi ils se présentent en suivant le cours du Nil.
Après avoir dépassé des traces d'un mur d'en-
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ceiiilt qui suil le pied du mont Barkal^ on tronve à peu près sur k même ligne, les restes de trois monum^is écroulés et presque entièrement en* sevélis sou» le sable et sous une incroyable quantité de fragmens de poterie antique. Tous les alentours j ainsi qu'une grande partie de \a plaine^ sont couyerts des mêmes fragmetis.
A quelques pas plus loin , on distingue les ruines, d'un yaste monument qui paraît avoir été un palais : de grands murB, des montagnes de pierres accumulées , et les i^estes imposans de quatre pylônes, attestent Fimportance de cet édifice dont l'ensembte piié^enté deux enceintes principales (i). Une colonne de la même forme que celles de Gorguia, demeure seule debout au milieu de la première enceinte , comme poui^ attester la grandeur et l'élégance de celles dont les restes sont renversés à ses pieds et dont on aperçoit encore les bases à demi enfouies sous les décombres. Parmi ces débris con&is^ on re« marque deux grandes pièces de granit gris, d'un très beau travail et ornées d'hiéroglyphes du
(i) Les ruines de ce monument occupent un espace de 4^0 pieds de longueur sur une largeur de 160. Son entrée principale étaib tournée irers le sud, et fut, sans aucun doute, précédée de cours et de galeries aujourd'hui détruites, mais dont Texistefice est attestée par une colonne et par les jambages d'une |)orte qu'on aperçoit encore debout à quelque distance et dans Talignement de la porte d'entrée.
meilleur style. L'une fut sans aucun doute un autel ; mais il serait plus difficile de déterminer à quel usage la seconde a pu être destinée.
Deux pylônes à demi écroulés et dans l'intérieur desquels sont pratiqués de beaux escaliers, s'élèvent entre les deux enceintes. On voit encore au pied de ces pylônes une base de statue en granit noir sur laquelle on distingue le cartouche du roi Taharaka, le premier Pharaon de la dynastie Éthiopienne qui envahit TÉgypte, et fit j suivant certaines traditions historiques, la\, conquête de toute l'Afrique septentrionale jusqu'aux colonnes d'Hercule (i).
La seconde partie de l'édifice est, comme la première, terminée par deux pylônes qui en ornaient l'entrée du côté de la montagne. On voit près de ceux-ci les restes de deux lions de granit rose. Deux autres lions semblables, mieux conservés, ont été dernièrement enlevés, mais les eaux trop basses n'ayant pas permis de leur faire franchir la seconde cataracte, on a été obligé de les abandonner, au moins momentanément, dans le Dar-el-Hadjar où nous avons eu depuis occasion de les voir.
Eptre le grand palais et le pied du mont
(i) Ce prince forma , suivant Cfaampollion , la xxv*^ dynastie du canon chronologique de Manéthon , au huitième siècle avant Père chrétienne.
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Barkal, on trouve des colonnes renversées d'un assez grand diamètre, qui ont dû faire partie dn péristyle d'un temple creusé dans le roc )et âu'^ jourd'hui écroulé. Après celui-ci, vient un autre temple très petit, qui ne contenait que deux sâUeà. Deux statues de granit noir assises et d'un assez beau travail, ornent la porte de ce petit temple au-delà duquel s'étendent les vestiges d'un monument beaucoup plus important, mais entièrement ruiné et couvert de sable et de débrisw
Après avoir traversé quelques autres ruines informes et dont il serait impossible de reconnaître la destination, on arrive enfin au Typhonium, le mieux conservé de tous les monumens de Napata. Celui-ci était en partie construit et en partie creusé dans le rocher.
Huit colonnes sont encore debout au milieu des débris amoncelés du pronaos. La hideuse statue de Typhon sert de chapiteau à l'une d'elles. Les autres sont surmontées de chapiteaux d'une forme particulière et ornés de la tête d'Isis surmontée de la façade d'un temple. La première salle du temple souterrain est aussi presque entièrement écroulée; aujourd'hui, il n'y reste plus debout qu'un seul pilier auquel est adossée la statue de Typhon , la tête ornée de plumes, de fleurs de lotus et du cartouche du roi
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Taharaka. Au-delà ^st le s^piotuaû^e ençprçiiitlaçty dont les murs sont recouverts de peintures biié* roglyphiques dVn style r^in^rquabte. Deux petites salles latérales p^raisseat n'avoir jbmâis reçu la dernière in^in,
Les ruines d'un petit t^niple presque 'entièrement détruit et creqsé d^Ds le roc , à très peu de distance du Typfaoïiiuin^isoiit les dernières qu'on rencontre vers l'ouest; ce temple e&t pratiqué sous une pointe isolée du rocher ^ détachée de la montagne et qui semble près de s'écrouler. On y distingue les vestiges de trois sa&es qui furent peintes et décorées d'hiéroglyphe».
Napata ne commence à aous être connue que par les écrivains du siècle d'Auguste. Cette ville n'est nommée par aucun des historiens ou géo«graphes plus ançieus , et n'est aucunement în^ diquée par Hérodote ^ <pd donne dans son second livre des détails sur cette partie d« l'Afrique et notamment sur Méroé^ capitale du pays, dont Napata^ ftit une des yilles les plus remarquables. Ainsi, rieu ne uous révèle wa existence avant la fin du siècle qui précéda notre ère , et cependant l'importance qu'elle avait à cette époque , atteste une fondation beaucoup plus ancienne^ fait sur lequd ne peut d'aiUeurs laisser aucun doute l'inspection de plusieurs de ses monumens. ^
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Strabon, Pline ^ Dion Cassius, et qu^ues^ autres auteurs , font mention de Napata* Il résulte (Je leurs récits que cette ville m fut pas connue des Romains avant l'époque ou Pétrpnius , préfet de l'Egypte sous Auguste, ftt une incursion en Ethiopie pour venger l'boniieur du nom romain, outragé par une irruption des Éthiopiens sur le territoire de l'empire, ou ils avaient commis de grandes dévastatiojEis et ren<> versé les statues de l'empereur.
Après avoir , au rapport de Strabon , mis les Éthiopiens en déroute aux environs d'A^souany àPselcis et à Prenmis^Pétronius s'avança contre Napata, capitale de la reine Cai)()ace (i), que défendait le fils de cette princesse. Ce prince ayant inutilement tenté la voie des négocia^ tions , abandonna la ville que le général romain ruina de fond en comble.
Il paraît que , depuis lors , elle ne s'est jamw relevée de ses ruines, et Pline en confirmant 1^ récit de l'expédition de Pétronius, ajoi^te qu'en*viron un demi-siècle après cette époque , loiv que les explorateurs envoyés par Néron par- Ci) Nous savons par Pline que ce nom était» depuis nliBÎeurt générations, porté par les femmes qui gouvernaient le pays ; et saint Chrysostâme et Eusèbe nous font connaître que, de leur temps, c'étaient encore des femmes cpii régnaient en Éthiopien
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coururent TÉthiopie, Napata n'était plus qu'une ville de peu d'importance , tandis que Méroê était la capitale du pays. Peut-être pourrait-on inférer du rapport de Pline réuni à ceux d'Hérodote et de Strabon, que, florissante dès les temps les plus antiques , Méroé céda un instant à Napata, pendant le siècle d'Auguste, le premier rang et le titre de capitale, qu'elle reprit après la destruction de cette ville par les Romains. Une question long-temps controversée occupe encore l'attention des savans. Les Égyptiens ontils reçu des Éthiopiens la connaissance des arts? ou les arts ont-ils remonté le Nil pour s'introduire dans l'Ethiopie ? La similitude du style, qui trahit évidemment une origine commune, autorise l'une etl'autre de ces hypothèses. L'inspection des pyramides de Nour et de quelques-unes de celles de Barkal, ne permet pourtant guère de douter que leur construction ne remonte aux siècles les plus reculés; et cette réflexion s*applique avec encore plus d'évidence à celles de Méroé, point bien déterminé aujourd'hui de cette terre sacrée où s'accomplit le mystérieux développement d'une des plus anciennes civilisations dont les annales historiques aient gardé le souvenir. L'Ethiopie fut donc dès la plu3 haute antiquité décorée de monumens, et bien que leurs sculptures et leur style, inférieurs à
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ceux des temples de rÉg^ypte, aient souvent été pris pour une corruption du style égyptien, il nous semble plus juste de reconnaître dans ce dernier un progrès sur l'invention éthiopienne , un perfectionnement du type primitif emprunté par l'Egypte aux régions supérieures.
On ne retrouve en effet parmi les monumeus éthiopiens , ni le style des beaux siècles de l'art égyptien ni celui des premières époques de la décadence. Les productions élégantes du siècle des Psamméticus , et les productions grossières des dynasties Persanes , n'ont pas avec les monumens de l'Ethiopie plus de rapport que celles des époques Ptolémaiique ou Romaine. Le style éthiopien est. un style à part qu'il ne faut pas plus prendre pour une copie que pour une corruption de l'art égyptien.
 ces observations puisées dans l'examen attentif des nmnumèns , les caractères géologiques du pays viennent ajouter des argumens puissans^ pour attester que le style éthiopien est antérieur aux autres^ et que^ s'il n'est pas le meilleur^ il est du moins le plus ancien. Plus on avance vers le sud^ et plus le sol révèle son caractère primitif et indique que l'Ethiopie- Supérieure a dû recevoir des habitans avant la Basse-TTubie et l'Egypte. Jamais les hautes ré-* gions éthiopiennesy arrosées par des pluies au^ II. * 19
!2QO l^GTPTE irr KOBtE.
nuelieSy n'attendirenl pour entretenir leur fertilité le secours des inondations périodiques du Nil; jamais leurs plateaux n'eurent besoin ^ pour devenlT habitables , qu'un limon apporté peu à peu par le fleuve vint élever leur sol au* dessuis du niveau de la raer; et^ sans aucun doute, là vécut une popi^ation agglomérée avant que la lente action des sîèdes ait donné naissance à TÉgjpte , enéation du Nil , dont \a pente, en déterminant la marche des popula-*ttons y semble indiquer celle que la civiliaation dut suivre.
Les symboles religieux des Égyptietis, tes figures trajcéessur leurs temples ^ appartiennent en grande partie à l'Ethiopie. Le cynocéphale , d'autres singies, les serpens, la giraffe, Van^ truche et le bœuf Apis liii^méme, par le type constamment adopté ppur sa représentation, attestent une* origii^ étbiopieniie. Enfin l'en^ cens, la myrrhe, les bois odoriférant et la plupart des objets qui servaient au culte étaient presque exclusivepient; les proMluits de l'Étbiopie ; et tout , dans les usages religieux de l'Egypte, semble emprmité aux régions du sud.
Certes la civilisatioîn éthiopienne était iropar-* faite , ses arts étaient grossiers ; il Ssà\vA le beau ciel de TÉgj^pte , il fallut; les retations de tout genre <|ue sa position géographique loi permit
d*étabiir pout en achever le développement ( mais il nen reste pa6 moins probable que c'est à leurs Voisins des régions du sud que les Égyptiens ont emprunté le t)rpe primitif de leurs arts et de leur religion.
Plus tard^ par une de ces réactions si com* munes dans l'histoire de l'humanité , nous voyons cette civilisation , ces arts^ devenus plus parfaits ^ remonter le fleuve qu'ils avaient jadis descendu dans leur enfance^ et revenir en étrangers dans les régions mêmes dont ils avaient tiré leur origine.
Ui^e foule de mouumens de la Basse-Nubie^ de Barkal et même de Méroe y évidemment pos** térieurs à plusieurs des monumens de Thèbes ^ attestent celte réaction; mais tout porte à croire qu'un iniilienëe intervalle sépare l'origine de ces édifices de la renaissance de l'art éthiopien^ de celle de ses premières productions, et qu6 cet Ititervalle est le temps dans le^tiel ont été fondés les tnotlumens que l'art égyptien , pai^venu à sa perfectioil , a légués à l'admiration des siècles h venir.
Après avoir erré dans les ruines, nous venions^ aux heures btûlsltites de la jourhée, chercher daùs lé Typhoiiium^ à rortibt*e dti sanctuaire, uti abri conti^ lès dfdeurs du soleil. Là peht-étr^ les vaincus àvaiettt espéré trouvet lin asile cdntre
^9^ iGTPTE ET NUBIE.
la barbarie des soldats de César; les cris de» vainqueurs y leurs chants de triomphe, avaient retenti dans ces lieux où règne maintenant un morne silence. Assis sur quelques riches débris, nous réfléchissions à la singulière destinée des princes par qui furent élevés ces édifices somptueux. Sans doute ils furent grands et puissansr; sans doute aussi ils crurent qu'attachée à ces momimensy leur renommée traverserait les siècles f et cependant leur vie a disparu sans laisser de traces. Trahie dans ses égoïstes calculs, leur vanité n'a pas même pu réussir à nous conserver leurs noms , et ils semblent n'avoir épuisé toute leur puissance que pour porter à la postérité ces muets témoignages de leurs e£Forts infructueux pour échapper à l'oublia
Chaque soir, en revenant à notre bord, nous apercevions près du rivage une famille nubienne occupée à faire la prière. Le chef de cette famille, vieillard octogénaire dont la barbe blanchie par Page retombait majestueusement sur sa poitrine, se tenait debout tourné vers l'Orient. Derrière lui se plaçaient ses nombreux enfans rangés sur deux lignes , dont l'une était composée de ses fils ou gendres au nombre de sept, et l'autre de ses petits-fils en nombre presque double. Tous dans une attitude grave et recueillie , la tête baissée et les bras croisés sur la
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poitrine , répétaient à demi- voix la^ prière que récitait tout haut le chef de la famille , ou s'agenouillaient et frappaient avec lui la terre de leur front.
Il nous était impossible de nous défendre d'une profonde émotion à la vue de ce sacerdoce domestique, exercé avec une dignité et une simplicité que l'on chercherait vainement dans nos contrées civilisées. « Dans un pareil moa ment y nous disait au Caire un Turc de nos (c amis , on pourrait brandir un sabre au-dessus a de la tête d'un vrai croyant qu'il ne se tour- « nerait pas pour l'écarter; car le créateur est « plus grand que la créature et Dieu prend i< soin de ses serviteurs.»
Le 9 mai y à l'aube du jour, après avoir du haut du mont Barkal porté un triste et dernier regard vers les contrées qu'il ne nous était pas permis de parcourir, nous donnâmes à nos gens l'ordre du départ.
Le soleil venait de se lever quand nous arrivâmes à Méraouy, bourg formé de maisons éparses qui s'étendent entre le désert et les terres cultivables. Le nom de Méraouy a fait croire mal à propos à quelques voyageurs , que les ruines de Djebel -Barkal étaient celles de Méroë , mais le témoignage de Pline ne permet pas de doutes sur ce point, et cette analogie ne
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nous ne prouve rien , sinon qu'il est rçsité dans ces contrées un souvenir confus du florissant empire dont elles firent partie et dont Dïaps^ts^ fut peut-être un instant la capitale.
Nous étions attendus à MéraQUy QU notre premier passage avait été signalé , ^iusi que notre séjour aux ruines de Barkai ; sm&si, toujours préoccupés de l'idée des trésors que les Francs vont chercher danii \^$ ruinc^s f les hahitans n'avaient-ils pas ms^i^qué de nous supposer une habileté toute particulière dans U sorcellerie.
Notre arrivée fut à peine connue que nous violes se succéder nombre de malades ou de prétendus malades qui venaient nous consulter en nous suppliant de leur donner des remèdes et surtout des talismans , opération qui se horu^it à tracer des signes sur un morceau de papier qu'iU emportaient précieusement. X^a complais^^nç^ avec laquelle nous nous prêtâmes à ce«î demandes , nous valut mille héaédictiona. Nous ne pouvions pourtant nous empêcher de sourire, tout en distribuant gravement nos talismans, à la vue de ces hommes , pour la plupart granda et robustest , qui venaient chercher la manière infaillible de jouir toujours d'une bonne santé , auprès de deux pauvres diables , maigres , harassés , couverts de plaies et minés par la fièvre,
L'ex-Mélek de Méraouy» qua sa résistance au fils de Méhémed-Ali a fait dépouiller de ses biens et qui se trouve aujourd'hui réduit à la condition de pal^enier dans ces tnémes lieux où naguère on obéissait àla moindre deses volontés, vint aussi nous consulter. Il était affecté depuis quelques années d une ophthaliuie chronique, et voulait absolument connaître Finfluence que pouvait exercer sur sa maladie un petit épervier antique en lapis , qu'il portait depuis plusieurs mois suspendu à son cou ^i guise d'amulette.
A cette longue procession de malades réels ou imaginaires, succédèrent des bohémiennes ( Tchinguianè)^ au teint cuivré^ qui vinrent pro^ poser à nos mariniers de leur tirer la bonne aventure. Toute leur science magique consistait à jeter en l'air sept coquilles qui, selon la manière dont elles se trouvaient placées en tombant , annonçaient heur ou malheur; et cette opération devait être renouvelée sept fois , car l'idée mystérieuse attachée par les anciens au nombre sept , se retrouve encore mêlée à bien des superstitions modernes. Ainsi, jusque sur les con* fins de rÉthiopie, nous retrouvions ces tribus nomades dont l'origine se perd dans la nuit des temps et qui, partout étrangères et partout méprisées, sont condamnées par un destin
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bizarre à errer sans cesse sur toute la surface de l'ancien monde.
Le Kachef de Méraôuy , Youssouf-Aga , nous envoya complimenter sur notre heureuse arrivée. Lorsque nous allâmes lui rendre visite , il était assis sur son divan , et entouré de quelques vieux cheikhs du pays : « £h bien , nous ic dit l'un deux en se caressant la barbe et nous « regardant avec des yeux d'envie , vous venez « donc aussi de puiser à pleines mains dans les ce trésors cachés à Barkal?» L'éclat de rire par lequel nous accueillîmes cette allocution, ne parut nullement l'étonner : « Je sais bien , re- « prit-il, ce que vous allez nous répondre : vous <c ne venez que pour voir les pierres ; mais nous (( ne sommes pas dupes de pareilles défaites et oc nous savons très bien que vos livres anciens oc vous indiquent les endroits où les trésors sont (c cachés ; comme vos magies vous donnent les o( moyens de vous en emparer. »
Vainement nous eussions essayé de le désabuser. Rien ne peut persuader à ces peuples qu'on s'expose à tant de fatigues , seulement pour venir visiter des ruines antiques. Cette préven-r tion est la principale cause des obstacles et des périls qu'on rencontre àjchaque pas dans l'Orient. Long-temps encore elle opposera aux explorations des voyageurs une barrière que la crainte
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d'un châtiment sévère peut aplanir un instant , mais que l'influence d'un gouvernement éclairé pourrait seule à la longue faire disparaître entièrement.
Youssouf-Kachef habitait l'ancien palais du Mélek. Au milieu de la salle du divan s'élevait un autel carré de granit noir , qui servait autrefois de trône & ce prince et sur lequel est sculpté avec une pureté remarquable le cartouche d'Osortasen I, Pharaon de la xvn" dynastie. On voyait dans la cour une statue assise, de granit gris y tirée y comme l'autel , des ruines defiarkal. Au-dessous des fenêtres du divan était le bazar, et un peu plus loin , sur une petite élévation , une potence dressée, que le Kacbef nous faisait remarquer avec une complaisance toute particulière, nous racontant, le sourire jiur les lèvres, comme quoi il avait eu quelques jours auparavant la satisfaction d'y faire pendre un meurtrier. Le frère de la victime n'ayant pas consenti à recevoir le D/ek (i)
(i) Lorsque, dans une querelle survenue entre Arabes, il y a eu du sang répandu, ce sang peut être racheté par une somme d'argent que le meurtrier paie à la famille de la victime. Cette somme, appelée djreh, met fin à toute poursuite judiciaire et à tou( projet de vengeance de la part des parens, lorsqu'ils consentent à Taccepter comme une réparation. De là cet adage s^ connu parmi les Arabes : «iV« crains pas de verser le sang que tu peux racheter. »
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(prix du sang), Tassassiu avait dû subir la peine de son crime. Cette exécution semblait avoir singulièrement relevé aux yeux duKachef sa propre autorité , et il prenait en en parlant, Tair d'importance d'un hobereau du moyen-âge lorsqu'il avait enfin trouvé l'occasion d'exercer le droit de haute justice, demeuré pendant deux ou trois siècles une sinécure dans sa famille.
Lorsque nous quittâmes Yousâouf-Âga^il nous offrit en cadeau une fort belle autruche que nous refusâmes à cause de sa grosseur, qui ne nous aurait pas permis de l'emporter. Avant de remettre à la voile , nous voulûmes aller visiter le bazar. C'était précisément le jour et l'heure du marché, et l'affluence était considérable. Les marchands, établis sous une espèce de halle assez vaste, soutenue par des pieux et couverte de nattes, fumaient paisiblement leur pipe, accroupis près de leurs marchandises. Quelques soldats égyptiens , se promenant çà et là , appliquaient avec une imperturbable gra* vite des coups de courbach sur les épaules des curieux qui encombraient inutilement le bazar et gênaient les acheteurs. Chaque denrée avait sa place assignée. Ici du doura , du blé , du maïs, des pois chiches, des légumes, des œufs, du beurre. Là du henneh pour teindre les ongles, de l'antimoine pour noircir les cils et les sour-
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cijs; W» p^u plus loin de menues merceries, des épici^ries do toute espèce, du sel geinme(i) que )e^ Arabes «apportent des déserts voisins; des chapelets de la Mecque , des morceaux de fer mal travaillé qui servent de monnaie au Dar-Four, du qafé d'Abyssinie, du Kerkadan {sida mur iiç^^ dont les naturels se servent en guise de café, des cuirs (2), des coquilles destinées à la parure d^ femmes, ainsi que des morceaux d'argent de différentes grandeurs grossièrement travaillés. Ënfin^àleiitrëmité du marché et dans un endroit séparé et découvert, des bœufs, des ânes et des chameaux étaient mis en vente péle^m^e avec de^i e$tçlaves des» deux soxes bien nettoyés et griws^éfi de3 pieds à Ja tête. Ces malheureux absi^ à terre demeuraient en attendant les cha* landa^ e^ipoaés à l'ardeur d'un soleil brûlant , comme les animaux avec lesquels ils étaient eonfondu^.
Au moment où nous nous disposions à partir, plusieurs soldats vinrent nous apporter des
(x) Ce sel ^t n^êlé d'qne si grande quantité de terre, que les naturels sont forcés, pour l'en séparer , de le faire dissoudre dans de Teau, qui leur sert ensuite à assaisonner leurs alimens^ quand la terre est déposée aa fond du vase. Le sel que fournit le désert aux environs de Dongotah est au contraire très pur.
(a) Lei fal>ric|«eik «le cuirs ont a«:quis assez d'importance depuis quelques années ; la province de Berber en fournit an^ nuellement plus de «ooo qui sont expédiés au Caire.
OXFORD
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lettres pour leurs familles en Egypte. Mahmoud, auquel l'espoir de revoir bientôt le Caire , semblait rendre des forces , se chargeait de leurs commissions, promettait de donner des nouvelles de celui-^ci à sa mère, de celui-là à sa femme , emportait les vœux de tous ; et nous étions déjà loin, que les yeux de ces malheureux exilés nous suivaient encore.
Hannek nous montra bientôt ses chaumières éparses au milieu desquelles on aperçoit le palais abandonné et tombant en ruine qu'occupait avant l'invasion le IVlélek Ziber. La population de ce bourg où l'on comptait plus de deux mille âmes en 1818, s'élève à peine aujourd'hui à cinq cents. Il s'y fabrique une assez grande quantité de toiles de coton et de lin.
Les femmes viennent, comme les Égyptiennes, puiser de l'eau, au bord du fleuve, avec des cruches dont elles portent jusqu'à cinq à la fois avec une grâce et une adresse remarquables. Nous en vîmes quelques-unes qui , occupées des travaux de la moisson, portaient leurs enfans dans une petite natte de feuilles de palmiers pUée en deux et suspendue à leur épaule, sans que ce précieux fardeau eut l'air de gêner leurs mouvemens.
Nous ne voulions pas quitter Hannek sans revoir notre ami Moussad; mais nous apprîmes
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que, menacé par le Kachef qui le soup connaît de venir fomenter le trouble , il avait disparu depuis la veille et s'était réfugié au désert, chez les Arabes Bichârys ou Bichâryn.
Nous allions nous embarquer lorsque des cris sortis d'une maison attirèrent notre attention. C'était un Arabe qui , après avoir répudié sa femme et en avoir épousé une seconde , s'était repenti de cette séparation et avait voulu reprendre la première. Celle-ci y avait consenti; mais, conformément à l'usage, elle s'était choisie, par forme de représailles , un mari provisoire pendant que le premier procédait aux forma^ lités de son second divorce. Le terme fixé était arrivé , mais l'épTiuse délaissée , profitant de la prérogative que lui. accorde la loi, n'entendait plus quitter ce mari par intérim dont elle était très satisfaite, de sorte que l'époux volage se trouvait de deux compagnes n'en avoir plus aucune. Profitant de l'absence de son heureux rival, il s'était furtivement introduit chez sa femme, pour la pilier de prendre son sort en pitié; mais celle-ci avait appelé à son aide quelques amies et venait de le chasser de chez elle, aux éclats de rire de tous les assistans.
Une assez grande quantité de pierres sépulcrales est aujourd'hui l'unique vestige de la population nombreuse qui se pressait naguère
sur la rive droite du Nil^ au-dessous d'Hatinek; des maisons abandonnées ou renversées et les ossemens dont le sol est jonché marquent encore dans plusieurs endroits les traces de l'armée victorieuse du Vice-roi* Quelle différence entre ces débris d'hier et ceux des vieux monumens égyptiens! Trop souvent, il est vrai, des scènes de sang et de désolation ont présidé à la ruine des antiques cités; mais peu à peu les traces d'une destruction Violente s'effacent, pour ne laisser place qu'aux poétiques images du passé , tandis qu*à l'aspect de ces demeures ravagées, de ces ossemens sans sépulture, à ces souvenirs affligeons qu'aucune illusion n'accompagne, le <:œur se serre involontairement, et rien ne vient balancer dans l'ame du voyageur le pénible sentiment qui l'oppresse.
A quelque distance du fleuve, sur les con* fins du désert, existent plusieurs puits carrés, creusés par les anciens dans le grès de la montagne , et destinés sans doute à l'irrigation des terres; ces puits ont si peu de profondeur, qu'on en tire l'eau à l'aide de machines à bascule (i).
(i) On peut évaluer à i4oo environ le nombre des sakies qui existent dant le kachiflik de Méraouy. On y cullive en abondance rindigo qu'on prépare dans tes fabriques établies à Mérâony,à Hannek, à Haffyr, et i Dongobh'CWAgôuz.
iOTPTE ET tfDBJE. ?}0'i
Le lo oiai, le souffle étouffant du khamsin qui régnait depuis le matin , vint ajouter enœre à la chaleur qu'il rendait presque insupportable. L'air était rempli d'une poussière impalpable et brûlante y qui gênait la respiration et desséchait la peau en s'y attachant» Dans l'après-* midi f le ciel se chargea de nuages, et pour la première fois depuis bien long-temps , il tomba quelques gouttes de pluie que les naturels saluèrent de grands cris de joie^ Cette petite averse mit fin à l'ouragan et le ciel reprit sa sérénité habituelle.
I^s deux rives du Nil, aux environs d'£l* Mokat, sont bordées d'un rideau d'acacias^ qui ombragent une ligne étroite de culture, Nous nous arrêtâmes à Ël-Mazeb pour examiner une ruine de peu d'importance. Elle consiste en huit colonnes de granit rose d'environ cinq mètres de proportion et d'un style détestable; tristes vestiges d'une époque où l'art dégradé ne £adsait qu'appauvrir la somptuosité des matériaux qu'il employait. Une seule de ces colonnes est encore debout. Les chapiteaux , ornés sur deux fates de la croix grecque , attestent que ces débris ont appartenu à une église chrétienne4
£n passant auprès des ruines du village de Degga f noâ Barabrahs s'arrêtèrent pour faire le sacrifice d'unjeune chevreau au cheïkh Abd-er-
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Rahman qui jouit dans la contrée d une très grande célébrité. Le tombeau de ce saint personnage est situé pres(|ue au sommet d'une colline peu éloignée du fleuve. Le plus jeune des matelots fut chargé d'aller y déposer les entrailles de la victime, pendant que les autres faisaient dévotement leur prière. Nous voulûmes payer aussi nous-mêmes notre tribut au Cheïkh en ordonnant le sacrifice d'un mouton, dont, suivant leur coutume, nos Barabrahs dévorèrent tout crus le cœur et les intestins.
Ce n'est pas sans un vif regret que nous apprînies, en arrivant à Amboukon ou Amboukol , la mort de notre jeune giraffe et l'absence de notre ami Déli-Méhémet. Il était parti de la veille pour Debbeh, afin d'accompagner un convoi de chameaux destinés à une caravane du Pacha y qui se rendait au Kordofal. Nous nous hâtâmes de mettre à la voile pour le rejoindre, mais nous ne fûmes pas plus heureux à Debbeh, qu'il venait de quitter pour retourner chez lui dans l'intention de nous recevoir.
Prévenu du cadeau que nous avions fait à son collègue d' Amboukol , le k^hef de Debbeh , qui se flattait de n'être pas moins favorisé, nous envoya une gazelle qu'il nous priait d'accepter: mais nous rejetâmes cette offrande intéressée y dont l'exiguité de notre barque ne nous permet-*
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tait pas d'ailleurs (le nous charger, et nous nous mîmes en route le soir même. Un peu avant d'arriver à l'île de Tangoss , nous remarquâmes les ruines d'un édifice de briques, construit dans le lit même du fleuve et que les eaux couvrent entièrement aujourd'hui pendant la plus grande partie de Tannée.
Bientôt nous vîmes fuir derrière nous Tîle fer^ tiled'Ammour;et Dongolah-el-Agouz disparut à son tour à l'horizon. Nous voulions nous ar* rê ter à Ha ndak où se fabriquent les rahdd lés plus estimés; mais pressés de profiter de la brise favorable qui soufflait avec force , nous nous décidâmes à poursuivre , sans aller voir le kachef Hassan-Âga qui commandait cet arrondissement et auquel nous avions été recommandés par nos amis de Dongolah.
Comme à notre premier passage, nous fûmes fi:'appés de la suite presque continuelle de villages , de palmiers et de cultures que présentent les rives du Nil, aux environs d'Handak. Mais audelà des champs fertiles apparaît tout à coup le désert et son affreuse aridité. C'est quelque chose d'inconnu dans les campagnes de notre Europe, que ce brusque passage d'une fécondité sans bornes à une stérilité complète. Nos champs, lors même qu'ils sont improductifs, offrent toujours quelques traces de végétation^ II. ao
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quelques herbes parasites viennent au moins Jes semer de verdure et de fleurs; mais sous ces brûlans climats ^ l'industrie de l'homme peut seule à force d'irrigations arracher à l'action dévorante du soleil les productions des terres qu'il cultive. Au*delà tout est aride et désolé. Encore tous les efforts des habitans ne peuventils arrêter les sables du désert qui s'avancent lentement et leur enlèvent chaque année une partie de leurs champs ^ pour les condamner à une stérilité éternelle; laissant ainsi entrevoir l'époque où , dans leur marche progressive et presque régulière^ils auront englouti pour jamais l'étroite Usière cultivable que ces contrées offrent encore sur les bords du Nil. Cependant il est vrai de dire que ces envahissemens n'ont lieu lé plus souvent qu'avec une extrême lenteur ; mais lorsque quelque catastrophe vient , en diminuant la population, la forcer à suspendre momentanément ses travaux sur quelque points alors la destruction marche à pas de géant, et il est bien rare qu'un village abandonné pendant quelques années puisse ensuite être occupé de nouveau.
Peu d'instans avant Tetteh «'élève au milieu du hameau de Téguir, la ruine d'un vaste pa^ lais de Mélek. Là le désert à tout envahi ; seulement sur la rive droite une épaisse bordure
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d'acaci33 6t de tamarix entrelacés s'inclinent sur les eaux. Cet impénétrable rideau de verdure oppose une digue aux sables accumulés derrière lui; il en supporte tout le poids , et offre le spectacle curieux de la dernière lutte de la végétation ÇQi^Xr^ les envî^biissçpttçiii^ (Ju désert. Sur quelques points les sables sont parvenus à triompher de ce dernier obstacle et viennent tonjber (Jans le fleuve e^ lopgs çboulemeiiSy p^r dessus les arbres qu'ils ont engloutis.
Le vent avait faibli , et nos homm^ , qui ne pouvaient forcer les riverains à halep 1^ jb^rque, obligation qui ne leur est imposée que pour remonter le courant, se refusaient à ramer pendant la nuit. Cependant la promesse d'un bakhchicb , si nous arrivions le lendemain matin àMaraka, (ut pour eux un argument irrésistible, et nous nous trouvâmes au lever du soleil en vue de la forteresse du nouveau Dong^olah.
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