‹ L'Égypte et la Nubie (volume 3)Chapitre 14 sur 30 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Ejebel-Arambo. — Kirmabw — Sépultures. — FoarmU blanches. — Tombes. — I^ippopotames. — Ibî^. — Ue et cataracte de Tombes. — Hadjar-el-Dabab. — Cataractes de Fogo et de Kabay. — Pélican. -» Haffyn — . Cataracte de Kaîbar. — Temple de Sfsacé.^ Tynareb. — Jffofkquée de Gourien-Taoua. — Ue de Sâys. — Sakies. — Citadelle. — Ruines chrétiennes. — Nous reprenons le désert.— Amarah. — Maladie de M. de GadalTene. — Tumalus. — Source alumineuse. — Trayerséed'ane chaîne

' de montagnes, — A^khorA — Aroass^.— Am.U. — Arrivée à la Gange.

A peu de distance d' Ai^o, cni commence à distinguer le sommet de Djebet- Arambo^ grande montagne isolée, située à quatre milles^ envirmi à Test du Nil , et qui marque de temps immémonal les frontières du Dongolah et du pays de Mahass.

Cette province était, avant Finvasion égyptienne , gouvernée assez despotiquement par des ch^ ou mélëks, qui, malgré le peu d'étefbdùe de leur territoire, s'y maintenaient dans une

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sorte d'indépendance , grâce à l'esprit guerrier de leurs sujets et à la distance qui les séparait d'états plus puissans qu'eux. Chaque mélek résidait dans un château fortifié ^ guerroyait habituellement avec ses voisins et mettait à contribution les marchands qui passaient sur son tetritoife.

Les habitans de Mahass se prétendent descendus de k tribu des Roniîisch, à kquelle appaiteAftit h famille de ïlllàhomet. Il est certain pourtant que leurs traits et leur langage tont ceux des Kubieas » et c'est à peine si la plupart d'tentreeux comprennentquelques motsd'ambe. On nous atôtira cependant que quelques Arabes Koreïsch habitaient pendant une partie de l'année le désert voisin

On tirait autrefois , au rapport d'Abou-Selah , une grande quantité d'émeri, de la province de Mahass» On le recueillait dans lé lit même du Nil^ où les plongeurs le distinguaient des autres pierres parce qu'il était plus froid au toucher. S'il restait quelque inoertitude^oti achevait dé s'assurer de la tiature de la pierre^ en soufflant dessus ; et si c'était réellement de l'émeri, elle se couvrait aussitôt de gouttelettes d'eau. U paraît qile Témeri était alors fort estimé; car^ àbou* Selah a soin d'ajouter que le Màks (Mababfe) et l'île de Serendib (Geylan), sont ^ dans fuoiifters ^

SOtPTE £T itUBIÉ. à4i

les seuid pays où Ton rencontre Cette piètre. Nous prîmes terre près de Kirmah, hameau situé sur la rive droite. A une demî-lieue environ, à Test, s'élève dans le désert une grande constmciion dé briques crues, doiit la forme est celle d'un carré long ; ses gmnds côtés oiit plus de cent mètres de longueur, et ^ hauteur est encore aujourd'hui dé près de Vingt. Quelques oofistruetions sont jointes du côté de l'est aU massif principal. Elles sembleiit avoir servi à soutenir les raknpes, au moyen desqudlles oti pàr^ venait sur le plateau. A l'etCeptiou de quelques étroits passages aujourd'hui obstrués , la tnasse de l'édifice paraît construite eu plein et U'ôffire aacune trace de salles intérieures. Une énorme qtiarïtité d'ossetttehs humains , dont là terre ^t couverte jusqu'à une a^seis grande distancé , ue peut laisser aucun doute sur la destination âé^ paleràte dé ce monument , dont la position au Mittèu d'une Vaste plàiue, ne permet pas d'aiU teurs de croire qu'il ait jamais pu servir de fôr leres^.

Une Ueue plus loin, à la hauteur du village de Deffoufah et au milieu de la même piaiue dé- • èèrte^ on trouvé led ruines d'un monument ëembluble. Tous deux paraissent remonter à une hstuté autiquité et sOiit faciles à di^tih^Uér des Constructions d'époque chrétienne par les dl-

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mensioDs plus considérables des briques qui j sont employées.

Nous eûmes beaucoup a souffrir dans tout ce district d'une espèce de grosse fourmi d^un blanc roussâtre , à laquelle les naturels donnent le nom de gourdah. Rien n'est à l'abri de ces insectes incommodes qui venaient souvent pendant la nuit / percer le tapis ou les nattes sur lesquels nous reposions, et jusqu'à nos vêtemens. Leur marche est presque toujours souterraine ; à mesure qu'ils avancent , ils construissent avec une étonnante rapidité des espèces de galeries de terre sous lesqueiUes ils circulent;. ils couvrent d'un dédale de ces galeries la surface des rochers 9 les branches des arbres et jusqu'à la cime des palmiers les plus élevés. C'est surtout vers le soir qu'on voit les gourdahs sortir par myriades de ces retraites et se jeter sur tout ce qu'ils peuvent atteindre. Malheur alors à tout ce qui est à leur convenance et surtput aux grains qu'on n'a pas eu l'attention d'enfermer soigneusement et d'isoler du sol, sur des pieux, pour les garantir de leurs attaques. L'espace d'une nuit suffit à ces insectes pour en enlever et en détruire une incroyable quantité.

La chaleur contribue également au développement d'une petite mouche dont les essaims innombrables se répandent dans la vallée du

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Nil, çe précipitent sur les hommes' et les animaux, pénètrent dans leurs yeux, dans le nez , dans les oreilles , et font des piqûres très douloureuses. La fumée peut seule garantir de ces insectes ; aussi les naturels portent-ils souvent à la main uo morceau de bouse de vache allumé, dont la fumée leur enveloppe et leur garantit le visage.

. La force croissante du courant et quelques rochers disséminés çà et là dans le lit du fleuve, nous annonçaient depuis quelques instans l'approche des premiers rapides de la troisième cataracte , lorsque le vent contraire , qui soufflait avec violence , nous força de nous arrêter près du village de Tombos ; nos matelots n'osèrent pas , à moins d'un temps* calme, se hasarder à la franchir. Le Ut du Nil est dans cet endroit semé d'im assez grand nombre d'ilôts peu considérables pour la plupart, et dont quelques-uns sont couverts d'arbres et de végétation. Au milieu d'eux est l'île de Tombos , longue de plus d'une demi-lieue et bien cultivée. Sur les rives du fleuve s'élèvent quelques collines couronnées de tombeaux de santons ou de forteresses en terre.

Nous tuâmes près de Tombos plusieurs ibis blancs , les seuls que nous ayons vus dans tout le cours de notre voyage. Ces oiseaux sont fort

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rares dans ces parages où Ton n'en rencontre gtières que quelques semaines avant h saison des pluies. Les ibis noirs à pied rouge sont plus communs, mais néanmoins ne se rencontrent pas fréquemment. Ces deux espèces d'ibis^ claS'^ sées par Buffon, diffèrent un peu de la descrip^ tion donnée par Hérodote, des ibis sacrés des Egyptiens ; et malgré la découverte faite par Bruce en Abyssinie de Toiseau appelé abouharmès , daiià lequel il a crii voir le véritable ibis, la question n'est pas encore éclaircie^ Un seul individu de la collection du Stat^ bouder décrit par Cuvier répond complètement à la description de l'ibis blanc d'Hérodote ; mais notre ibis noir ^ dont le bec et les pieds sont rouges, ne peut pas être celui des anciens, représenté comme entièrement noir.

Au surplus, l'inspection des individus dé* couverts dans le^ catacombes consacrées à la sépulture des oiseaux sacrés^ ne peut elle-même que compliquer la discussion y puisqu'avec Xa>boïé-hatinès y l'ibis blanc et l'ibis noir de Buffotl ^ on y rencontre encore le courtier d'Italie. Peut-être faudr^itril en conclure que plusieurs espèces partageaient les honneurs sacrés, ou bien que les descriptions que nous ont laissée^ les auteurs anciens , ne sont pas d'une complète eicactitiidcl. A l'exception de l'ibis blanc de Buffon^ qo'oik

rencontre encore quelquefois dans les paràgé6 du lac Menzalè, les ibis sont aujourd'hui foi^t rares en Egypte, {Personne n'ignore cependant iSombien ces oiseaux étaient jadis cdmniuhiï dans cette contrée ^ où ils aidèrent les premier» habitans à purger Une terre vierge y des reptiles qui l'infestaient^ et comment ce bienfait les avait rendus l'objet de l'adoration publique. Peut^trë^ faut-il attribuer la rareté actuelle des ibis en Egypte à l'exhaussement successif du sol , qui^ en fisiisant disparaître les tnarécages où ils trottvaient leur ttoumture> les aurait forcés à abandonner le pays.

Lorsque nous arrivâmes à Tombos , les habi«* tans étaient occupés à épier les mouvemens de cieilx hippopotames qui étaient sortis du Kil lu nuit précédente et avaient ravagé pluSieuns champs. Nous les apercevions dans le fleuve à cinquante pas environ du rivage ; ils élevaient par intervalle leur énorme tête aunlessus des eaux et faisaient entendre leur ion&Le bruyant ; puis ils disparaissaient entièrement pour re^ paraître de nouveau après im intervalle de cinq ou six minutes. Nous leur tirâmes quelques coups de fusil qui ne semblèrent pas d'à* bord les intimider beaucoup ) mais Tun d'eux âjant été atteint à la tête par une de nos balles^

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ils plongèrent brusquement et nous ne les revîmes plus.

L'hippopotame est appelé par les Arabes, bagher^l-bahr(hœnfde fleuve) ; il est maintenant peu commim dans la basse ^ubie, et entièrement inconnu en Egypte où on le rencontrait fréquemment dans l'antiquité; aujourd'hui les Egyptiens n en connaissent pas même le nom.

Du temps d'Abdellatif , deiix hippopotames firent près de Damiette des ravages affreux. Après avoir tenté inutilement tous les moyens de les détruire , on fut obligé de faire venir des Maris (habitans de la Nubie inférieure) qui les tuèrent à coups de lance.

L'hippopotame, long-temps inconnu aux naturalistes modernes , fut pour la première fois décrit d'une manière exacte par le chirurgien napolitain, Zerenghi, qui en tua deux en i6o3, dans une fosse qu'il avait fait creuser exprès aux environs de Damiette.

Le dernier hippopotame dont on ait entendu parler en Egypte fut tué près de Djirgéh,

en i658.

Il parait au surplus que , comme les hippopotames, les crocodiles tendent chaque jour à se retirer vers le sud ; car , à une époque peu reculée, on les représente comme très communs

dans la basse Egypte , tandis qu'on en rencontre à peine aujourd'hui quelques-uns au«dessous de Syout. « Il se trouve dans ledit fleuve des « crocodiles en grande abondance , dit le comte « d'Aramont , qui voyageait en i548. J'en ai vu « beaucoup , tant de petits que de grands et de a moyens. Il nous fut dit qu'aucuns Mores en « mangeaient faute de meilleure viande. » Cependant le comte d'Aramont ne remonta pas au-dessus du Caire.

L'hippopotame est extrêmement redouté des Nubiens, dont il ruine les champs en peu d'instans, foulant aux pieds ce qu'il ne mange pas, et laissant derrière lui, dans les récoltes qu'il ravage, un sillon de plus de deux mètres de largeur. Souvent , au lieu de leur faire la chasse, les naturels se contentent de les éloigner des champs cultivés. Pour cela, ils allument la nuit de grands feux le long du rivage , poussent des cris et font beaucoup de bruit avec des tamboiu*s et des vases de cuivre.

Les deux hippopotames reparurent de nouveau vers le soir; les chasseurs qui épiaient \evrs mouvemens, les découvrirent à l'ombre d'une petite île boisée près de laquelle ils se reposaient, cachés par des osiers touffus dont les branches retombaient sur la surface de l'eau. Trois d'entre eux montant aussitôt dans une

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embarcatipn ^^ère, vinrent aborder Vx\f^ 4ucôté opposé à celui où sa trouvaient les hippopotaja^s. Un homme armé d'ui^e lance barbelée à laquelle était attaché par une longue cor4e une as3ez forte pièce de bois ^ s'avança daps Pile avec précaution, pendant (|^e ^e9 compagnons se tenaient prêts à faire force d^ rameiSi

bientôt aprè^y pous le vîme* ^e précipiter dans la barque, qui s'éloigna aiis^itôt riipid^^

ment; au même instant, un bruit épouvaiilable retentissait de l'autre (;ôté de l'îl^^ I^^ javelot avait pénétré dans l'gçil de rbippopQtam0* Mu^ gisant de douleur et arrêté p»v la çprdf^ ^t te

pièce de bois qui fii'embarraa^fftf nt dapsleabran' cbes d'osier, Tauimal broyait ayec foreur SQW sas pieds les touffes qui couvraient le rivage et faisait jaillir au loio l'eau du fleuve souillée de fimge et de ^ang. Au bout de quelques minuteti, il parvint k ae dégager et k gagoer le wîliett du Nil. l^e village q^cl la pièce de bois tru^aîi dtM

le fleuve y indiquait aux chasseurs la mafcbe de

l'ampbibi^ ; tantqt à l'agitati^^in de Teau oii pouvait juger qu'il 1^ débattait violemn»wt pour ^rmfib^r le trait dç «^We^sure, Tai»t6tQ>^lft vw^it paraître à l^ surface çpnupi^ pour a'awurer ^% était poursuivi et nag^r l^t^in^wt p^ui^cber^ qber un abri, Aprèa plu^ 4f dw^f kWT^ i| «ff décida enfin à s'arrêter prè^ de q^ekfuea w*r

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cherfi k fleur d'eciu , à un quart de lieue environ

au-dessus du point où ii avait d'abord été

frappé.

Pèa que ranimai fatigué eut cessé de se dé<-

bat tre, les chasseurs firent leurs dispositions pour continuer l'attaque. Une vingtaine d'homines armés d^ lances se placèrent sur le bord d^ fleuve 9 4ans un endroit où le rivage s'élevait à pic de cinq pieds environ , au-dessus du nive^^ de l'eau ; pendant le même tem])s j six; de leurs compagnons se dirigeaient dan$ une barque, ver^ la bpuée qui signalait l'hippopotame^^ Un^ longue cordç fut attachée à la bouée et; la bgrqne s'éloigna lentement. Aucun signe n'ii)" diqnait juçîquçs là qu^ l'hippopotamç pnt pm* brage de toutes ces manqçuvre^; mais lorsque arrivés à l'e^^trémité de la corde , les chasseur^ après l'avoir filée tout entière > lui donnèrent upq secousse violente, le monstre parut tout à coup k la surface de ^eî^u et ^e mit à nager vçrs çq^ ^vçc une effrayante rapidité, l4es Nubiens forçaient dç rames, et déjà ils touchaient le rivage lorsque l'hippopotame parvint à saisir ftv^p ses 4.çnts |e bord de la barque ; la secousse Wl; si rud?«qH un des chasseurs fut renversé dani; |e fleuve, et il eût infailliblement péri victime de \% r^p d^ l'wiïnal si, percé de vingt blessures ^ la (çAs y celui-ci n'^v^iit été fojfcé de tourner sies

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efforts contre des ennemis plus dangereux.

L'hippopotame , repoussé à coups de lances d'un rivage qu'il essayait en vain de gravir, combattit long-temps avec une incroyable fureur. Affaibli par la perte de son sang, il essaya cependant plusieurs fois' de se retirer; mais alors les chasseurs , tirant la corde du harpon et l'irritant de nouveau par la douleur , le ramenaient vers le rivage, et le perçaient de nouveaux coups. La lutte avait duré près d'une demi-heure quand l'hippopotame épuisé cessa d'offrir une plus longue résistance. Il n'étaitpas mort encore, mais la perte du sang qui coulait en abondance de ses blessures devait suffire pour l'achever, et les Nubiens , célébrant leur victoire par de grands cris , se contentèrent d'amarrer fortement la corde du harpon, remettant au lendemain à dépecer l'animal. .

Le 20 mai , le calme du matin permit à nos matelots de franchir sans malencontre la cataracte de Tombos. Nous-mêmes montés sur des ânes, nous suivîmes pendant ce temps la rive droite du fleuve avec nos bagages, que nous avions été forcés de mettre à terre, pour soulager d'autant notre barque dans le trajet dangereux qu'elle avait à parcourir.

En face de l'extrémité nord de l'île de Tonibos , s'élèvent sur le rivage une grande quantité

de blocs de granit isolés, semblables à ceux qu'on rencontre aux environs de Phila^. Sur lun de ces rochers , appelé par les naturels Hadjar^ eUDahah (la pierre d'or) , est une longue inscriptionbiéroglyphique. Un autre rocher voisin porte également une inscription dans laquelle on distingue le cartouche d'Aménophis III, Pharaon de la xviii® dynastie. Le Cheïkh*el-beled de Tombos qui nous accompagnait , nous assura que ces inscriptions étaient relatives à l'expédition des Turcs en Nubie, sous le règne de Sultan-Sélim dont les troupes victorieuses né portèrent jamais leurs armes au-delà de ce point. Nous nous gardâmes bien d'élever aucun doute sur l'assertion lumineuse du Gheïkh, et pour la prgmière fois peut-être, nous pûmes, sans être soupçonnés dé magie , examiner à notre aise un monument antique. A une centaine de pas de cet endroit, on trouve étendue sur le sable une statue colossale de granit, dont le travail rappelle celui des colosses d'Argo, lesquels, selon toute apparence, ont dû être tirés eux-mêmes des carrières où celui-ci est encore couché.

Après trois quarts d'heure de marche , nous nous embarquâmes de nouveau; nous eûmes encore à franchir ce jour-là trois cataractes , dont la plus forte est celle de Fogo , vis-à-vis de la montagne du même nom. Ce n'était pas "• -23

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sans une certârine inquiétude qu'à chacune de ces chutes , hùtiB sentions notre barque lancée avec une forcé irrésistible , à travers les écueifs contre lesquels elle semblait devoir se brisei*; heureusement nous en fûmes quittes pour la peur, et nous arrivâmes sans avarie au-dessous des rapides de Kabay, où l'on trouvé , âous Fombràge de quelques grand sacacias , des ruines de constructions. du moyen-âge peu intéressantes.

Dans tout res(>ace que nous avions parcouru depuis Tombos , le désert arrive jusqu'au fleuve. L'œil attristé ne rencontre de toutes parts que des rochers noirâtres aux formes arrondies, s'élevant les uns du milieu d'un paysage de sable , les autres du seih des eaux inugissantes du Nil, qui se brisent en les couvrant d'écume. Nul être vivant ne vient animer ces sombres solitudes, si ce n'est quelque crocodile qui se plonge lourdement dans. le fleuve à totre approche, ou des troupes de pélicans d'une éblouissante blancheiur , qui couvrent immobiles le sommet des rochers des cataractes.

Nous avions réussi à atteindre d'un coup de fusil un de ces oiseaux d'une, grosseur remarquable. Désirant en conserver la peau> nous ne voulûmes ^as permettre à nés gens de lui couper la gorge ^ etjaous nous chargeâmes nous-rméniçs de cette opération,, en pi^tiquant

une incision au-dessus du cou j de manière à ménager la poche de Tanimal. Nous eûmes l'attention d'ouvrir une artère pour faire couler le sang, afin d'obtempérer au précepte du Coran, qui exige que toute victime soit saignée à la gorge avec un instrument tranchant > sans que le fer quitte la plaie avant qu'elle soit complète. Nos matelots attentifs suivaient chacun de nos mouvemèns dans cette importante opération , dont ils s'empressaient de corriger l'illégalité en criant toar à tour uUlah-Ekbar {Dieu est grand). Mais après avoir attentivement examiné la plaie qui se trouvait faite à plusieurs reprises au lieu de l'avoir été d'une seule fois , et sur le coù du pélican au lieu de l'être en dessous, ils renoncèrent, à leur grand regret, au régal qu'ils s'étaient promis, déclarant que leur conscience ne leur permettait pas d'en manger. Ix>rsqu on approche de Fakir-Bint, le paysage devient plus riant pendant quelques heures, et la grande âe d'Outay ab s'élève verdoyante au-dessus des flots» au milieu d'une fotile d'ilots que bordent des rivages couverts de culture. Bientôt cette nature fertile cesse pour faire place à des montagnes aux flancs nolHtres et escarpés, à la cime couronnée de forteresses en ruines et qui encaissent profondément le lit du fleuve. Ces montagnes granitiques sont se*

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parées de distance en distance par quelques étroites vallées plantées d'acacias et de palmiers dont le feuillage toujours vert contraste de la manière la plus pittoresque avec le ton fouge éclatant des sables du désert et les teintes rembrunies des rochers.

Après Haffyr dont le territoire est fertile en dattiers^ la partie cultivable commence à s'élargir, et le désert, devenu moins aride, offre quelques traces de végétation. Deux énormes rochers fot*tifiés d'une configuration bizarre , appelés par les naturels Kisbalet et Mahoury^ s'élèvent isolés , près du village de Gherabyn , situé sur la rive droite. Du même côté du fleuve et à une lieue et demie de distance, un fort construit au sommet d'une colline, qui domine le cours du Nil , signale de loin la cataracte de Kaïbar; la rapidité extrême du courant en annonce déjà l'approche à une assez grande distance.

Un banc horizontal de granit forme une digue presque régulière, et barre toute la largeur du fleuve, qui se précipite en nappe écumeusè, entre les pointes aiguës des rescifs. La hauteur (le cette chute est , dans les basses eaux , d'environ huit mètres , et son inclinaison de plus de trente degrés. Un chenal étroit et tortueux sert de passage aux bateaux près de la rive gauche.

EGYPTE ET Ni^BIE. SSy

Cest à force, de bras et au moyen de câbles amarrés aux rochers , qu'on parvient à diriger les embarcations au milieu des détours de cette passe, dans laquelle il est inconcevable qu'on ait jamais osé se hasarder. Toute l'adresse des naturels a'empéche pas qu'il n'y périsse souvent des barques, et ces accidens se renouvellent d'autant plus fréquemment que, composés seulement de filamens de palmier, les câbles dont ils se servent ofifreni peu de solidité et ne sont changés que bien rarement.

Le bassin qui. reçoit les eaux de la cataracte , présente laspect d'une mer orageuse où les flots tumultueux se brisent en mugissant au milieu d'affreux tourbillons. A quelques pas , au-delà de ces abîmes , le fleuve reprend tout-à-coup sa majestueuse tranquillité et recommence à couler paisible au milieu de la vallée qu'il fertilise.

Sescé {^bocjcis) nous montra bientôt ses ruines , situées sur la rive gauche , à six cents pas environ du rivage. Quatre colonnes encore debout, surmontées de leurs chapiteaux à feuilles de palmiers (i) avec les bases de plusieurs autres , et les soubassemens de murs, sont

(i) Le diamètre de ces colonnes est de i piètre 65 centimètres ; leur hauteur de 4 mètres; celle des chapiteaux de i mètre 5o centimètres.

358 ilgtpte et nobie.

les seuls vestiges d'un temple assez vaste, qui s'en va pièce à pièce , et que peut-être les voyageurs à venir ne retrouveront plus. Les matériaux de ce monument ont été enlevés en très grande partie pour la construction des villages voisins. Le style de ces colonnes est lourd, et leurs hiéroglyphes , d'un travail médiocre , sont extrêmement détériorés (i).

A peu de distance , on aperçoit quelques dél)ris de murs de briques crues, et un peu plus loin les ruines du bourg de Sescé, que dominent celles d'une vaste citadelle. A partir de cet endroit , le fleuve est semé d'une suite de belles et grandes lies f qui deviennent la partie la plus peuplée et la plus cultivée du territoire; cependant, dans quelques endroits , les rives du Nil sont ellesmêmes fertiles et offrent l'aspect le plus riant.

Le a a mai, nous dépassâmes les ruines de la forteresse de Tynareb, bourg regardé comme la capitale du Mahass. Cette forteresse est célèbre dan$ le pays, pour avoir été la demeure du

(t) Ces hiéroglyphes appartleoDent à deux époques bien distinctes ; les plus anciens, dont on retrouve des traces an bas des colonnes , sont en relief et représentent des prisonniers à demi couverts par des cartouches , comme ceux du temple de Gorguia ou Solib. Les autres, gravés en relief dans le creux, sont peu nombreux. Us représentent seulement Timage du soleil, et se rattachent évidemment à une restauration de Tédifice.

SGYPTE ET NUBIS, 359

Cheïkh Abd-el-Ghadi , gouverneur de Mahass, mort il y a quinsKï ou vingt ans. La réputation de sainteté 4e ce personnage est tellement répandue en Nubie , que les naturels , dans leurs invocations ^ substituent souvent son nom à celui d'Allah ou de son prophète.

Bientôt pous nous trouvâmes à la hauteur de Kohé^ village en face duquel on aperçoit sur la rive opposée les ruines d'une autre forteresse* Quel* ques heures de navigation nous conduisirent de Kohé) en vue du temple de (k>rguia ou ScÀïby élevé par Amonotph III et dont la physionomie grecque est encore plus frappante qiiand on les découvre en descendant le Nil.

A une demi-lieue environ de ce temple ^ vers le sud , s'élève , loin de toute habitation , une petite mosquée qui jouit d'une immense célébrité ; les vrais croyans prétendent y distinguer la forme du pied du Prophète , empreinte sur le rocher qu elle recouvre. C'est en effet, suivant les traditions du pays , sur cette roche sacrée que Mahomet laissa l'empreinte de son pied dans une halte, lorsqu'il fut transporté par l'Ange Gabriel de la Mecque à Jérusalem. On a ménagé au n^ilieu des briques crues , dont le sol est pavé, un espace carré où le rocher est resté à nu : c'est la place où Mahomet fit, diton, sa prière. Malgré toute notre bonne volonté,

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il nous fut impossible de reconnaître la forme d'un pied, sur la surface inégale et raboteuse du rocher 9 ce qui n'empêche pas les bons musulmans de regarder le fait comme un point de foi incontestable. Un petit drapeau de satin vert et rouge, flotte au-dessus de cette empreinte révérée. Des versets du Coran sur la puissance de Dieu, sur la résignation dans le malheur et sur les devoirs de la charité, sont les seuls ornemens des murs.

Quelques masures tombant en ruine entourent la mosquée. C'est là que les marchands, après avoir fait don de quelque légère offrande, sont dans l'usage de laisser en dépôt tous les bagages qui peuvent les embarrasser dans leur route, sûrs qu'ils sont de les retrouver à leur retour, quelque long-temps que dure leur voyage ; et on nous assura qu'il n'y a pas d'exemple que leur confiance ait jamais été trompée. Nous trouvâmes ces espèces de magasins remplis de selles de dromadaires, débats de chameaux, de vieilles outres et de divers effets laissés ainsi sous la sauvegarde du Prophète.

A notre arrivée au hameau d'Éboudeîa , nous rencontrâmes nos dromadaires qui nous attendaient , et nous donnâmes l'ordre de poursuivre jusqu'à l'île de Sâys, dont nous n'étions plus éloignés que de quelques heures. Un Aga indé-

pendant, gouvernait autrefois cette île et le territoire voisin/GetÂga était, comme ceuxdlbrim et de Derr, un des descendans de la garnison Bosniaque établie dans cette contrée en i5i8, par Sultan-Sélim I, conquérant de l'Egypte. Cet officier avait reconnu pendant long-temps la suprématie du Pacha du Caire dont il recevait Tinvestiture , et auquel il payait un tribut annuel. Mais après avoir éludé pendant quelques années le paiement du tribut sous divers prétextes, il avait fini par se rendre à peu près indépendant. L' Aga de Sàys était en quelque sorte président d'une espèce de petite république aristocratique, qui, lors de l'invasion égyptienne, se soumit au Pacha. M éhémed-Ali la laissa d'abord subsister; mais en 1828, ces insulaires s'étant réfusé à payer l'impôt , le Vice-roi envoya contre eux quelques troupes pour les soumettre, çt depuis cette époque, ils obéissent au même gouvernement que le reste du pays.

Florissante au moyen-âge, Sàys faisait alors partie du royaume de Dpngolah. Sa capitale était le siège d'un évêché et la dernière ville impor-r tante de la Nubie, vers le nord (i). La popula-

(i) La Nubie était alors divisée en trois provinces, comprenant ensemble dix -sept évéchés; dans la province de Maraka étaient ceux de Korta, d'Ibrym, ^e Çucoras, de Dunkala (qu*on prononce Dungala) , de Saï, de Termus et de Suenkur,

( Vanslebf Histoire d'Alexandrie, )

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tion de Tîle n'excède pas aujourd'hui cinq cen ts âmes. Une grande partie des terres est demeurée inculte i soit par le manque de bras ^.soit à cause de la trop grande élévation du sol. Sâys a environ trois lieues de longueur sur une largeur moyenne de plus d'une demi-lieue; la partie orientale est là plus fertile et produit surtout des dattes fort estimées comme toutes celles du district de Sokkot dont elle fait partie. Les bords de l'île sont de ce côté garnis de sakies que l'exhaussement progressif du terrain a obligé d'élever au niveau de la cime dès palmiers , et dont la construction est de l'effet le plus singulier. Du côté de l'ouest, le rivage est en grande partie désert et couvert d'une énorme quantité de cail-* loux roulés 9 débris d'une montagne autrefois considérable et aujourd'hui presque écroulée, qui occupe le centre de l'île. On trouve parmi ces cailloux une grande variété de beaux échantillons de bois pétrifiés , de schistes, d'agatfaes y d'onyx, de cornalines, de granit, de serpentine, et d'une espèce de porphyre rouge fort remarquable.

Sur le rivage, au nord-est de l'île , on remarque les restes d'une bourgade fortifiée, construite sur un rocher. Les troupes du Pacha achevèrent de la ruiner en iSaS. Sa première construction doit remonter à une haute anti-

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quité, car parmi les monceaux de débris qui en encombrent aujourd'hui l'enceinte , on trouve ceux de plusieurs colonnes égyptiennes , restes d'un temple qui existait encore dans le moyenâge. Des pierres couvertes d'hiéroglyphes, sont également élevées autour de quelqugi tombeaux voisins. On voit près des murs de la place trois ou quatre pièces de canon de bronze d'ancienne fabrique turque , apportées sans doute par les soldats de Sultan-Sélim , lorsqu'ils vinrent en former le siège.

A une demi-heure environ des débris de cette citadelle , non loin de la pointe nord de l'ile et parmi quelques constructions de terre qui paraissent avoir appartenu à une ville assez considérable , on trouve plusieurs colonnes de granit de fort mauvais style, dont les chapiteaux sont ornés de croire.

Au nord de Sâys, sont deux autres petites îles du même nom , jointes à l'île principale pendant toute la saison des basses eaux. La fa<cilité avec laquelle on peut alors passer à gué le bras occidental du Nil amène à Sâys un grand nombre de loups et de gazelles auxquelles les insulaires donnent la chasse lorsque la crue du fleuve vient leur fermer la retraite.

Nous étions arrivés au terme de notre navigation. Nos matelots nous déposèrent sur le rivage

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OÙ notre tente était dressée dès la veille, et remirent à la voile pour Dongolah. Notre position était des plus embarrassantes : atteint depuis trois jours d'une fièvre violente, M. de Cadalveiie était hors d'état de se soutenir et de supporter les fa|i(gues de six journées de marche qui nous séparaient de Ouady Halfah. Mahmoud à peine convalescent était encore incapable d'aucun service; et pour comble de malheur, un de nos chameliers, piqué la veille par un scorpion, était aussi , pour quelques jours, dans l'impossibilité de nous aider en rien. Cependant les cataractes s'opposaient à ce que notre voyage pût être continué par eau , et nous nous trouvions au désert sans secours , sans médicamens , presque sans vivres , et dépourvus de moyens de nous en procurer quand ceux qui nous restaient seraient épuisés. Nous hésitâmes quelque temps sur le parti que nous devions prendre; mais plus puissantes que la maladie , ces dernières considérations l'emportèrent, et nous résolûmes de poursuivre notre voyage.

Après avoir marché deux heures et dépassé quelques tombeaux de santons ^ nous arrivâmes vers le soir au village d'Amarah, près duque sont les restes d'un temple égyptien. Six colonnes du pronaos sont encore debout , elles sont de pierre calcaire et d'une forme assez élégante.

La base carrée sur laquelle elles reposent est une imitation évidente des ordres grecs ^ et ne permet pas de leur attribuer une origine bien antique , non plus que le style des hiéroglyphes qui les recouvrent et qui semblent à peine terminés (i).

On ne trouve plus aujourd'hui aucun vestige des chapiteaux ni presque aucun autre frag** ment du temple. Ces murs paraissent avoir été construits en briques crues, aussi bien que le massif sur lequel il est assis. Une enceinte fortifiée, entourée de fossés qui l'enveloppaient , ainsi que nombre d'autres constructions , à environ quarante mètres de distance^ étaient bâties de la même manière.

Le !i4 ni^î 1 bien que l'état de M. de Cadalvene se fut encore aggravé , nous quittâmes Amarah long-temps avant le jour. Une marche de cinq heures nous conduisit en vue de la cataracte de Dâl dont nous entendions de loin les eaux se briser contre les rochers. Une heure au-delà, la plaine se resserre tout-à-coup, et de hautes

(i) La dkpositioD de ces hiéroglyphes est tonte particdièir. Quatre lignes verticales de caractères sacrés et quatre zones chargées d'étoiles, divisent chaque colonne en carreaux réguliers , dans chacun desquels sont sculptée» deux figures. Celles du rang inférieur ont la tête ornée de fleurs de lotus , et tiennent des urnes d'où elles répandent de l'eau.

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montagnes de granit s'avancent jusqu'aux bords du Nil. C'est là que finit le pays de Sokkot et que commence le Dar-el-Hadjar qu'il nous fallait traverser pour arriver à Ouady Halfah.

A moins d'un demi-mille du pied des montagnes, on rencontre trois énormes turoulus circulaires ( I ) ; deux de ces buttes ont été fouillées ; mais il paraît que ces fouilles furent sans résultat, car la troisième est intacte, ainsi que sept ou huit autres tumulus semblables , mais de moindres dimensions , qui s'élèvent à peu de distance. Il serait d'autant plus difficile de déterminer la destination de ces monumens, qu'aucun signe ne peut indiquer l'époque à laquelle ils furent élevés. A en croire nos guides , ils servaient à marquer les frontières de Dar-Sokkot et de Dar-el-Hadjar ; mais alors un seul eût été suffisant, à moins qu'après chaque guerre on n'ait été dans l'usage de marquer de nouveau leâ limites du pays. Quoi qu'il en soit ^ si cette assertion était jugée inexacte, on serait alors forcé d'admettre que les tumulus de Dâl sont des tombeaux , hypothèse que leur analogie avec les autres monumens de ce genre et les fouilles

(x) Ces tumulus ont environ sept mètres de hauteur sur vingt-cinq ou trente de diamètre; ils sont entouras de larges fossés de peu de profondeur, d'où a été tirée la terre employée à leur construction.

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déjà exécutées fendent d'ailleurs assez vraisemblable.

Après avoir marché pendant cinq heures sur un plateau élevé où la route est indiquée par de petites pyramides de pierre élevées de distance en distance pour guider les caravanes, nous redescendîmes sur le bord du fleuve. Dans cet endroit sont quelques tombeaux musulmans au milieu desquels s'élève celui d'El^D/ebi-Ouka^ chehy santon révéré dans tout le pays, LesJ caravanes^ et principalement celles des kadji ( pèlerins ) , déposent en passant des offrandes sur sa tombe. Quelques-uns de ces pieux visiteurs distribuent aussi des aumônes aux habitans de deux ou trois cabanes voisines , qui se prétendent les descendans du santon dont ou vient invoquer la sainte intercession.

La vallée dans laquelle nous venions d'entrer fut autrefois cultivée ; ce dont ne permettent pas de douter quelques jetées de pierres brutes pratiquées pour empêcher les terres d'être enlevées par la violence du courant. Quelques arbres croîssent épars sur cette étroite langue de terre qui est resserrée entre le Nil et des rochers verticaux, et qui souvent n'a pas cinquante mètres de largeur. La rive opposée n'offre que des collines entièrement arides où végètent çà et là quelques pastèques dont la chair est fade et filandreuse ;

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mais dans l'intérieur desquelles est une assez grande quantité d'un liquide douceâtre ^ souvent précieux au désert contre le terrible fléau de la soif; et les rochers nus et noirâtres qui s'élèvent du sein des eaux achèvent de donner au paysage un aspect sauvage et désolé. A une heure environ du tombeau d'Ël-Nebi-Oukacheh f après avoir dépassé une . île très élevée, que couronnent quelques forts de terre d'une parfaite conservation , nous nous trouvâmes en face d'une source thermale considérable^ qui existe sur la rive gauche , au milieu d'une vallée inculte et abandonnée( i ).L'impossibilité où nous étions de traverser le fleuve, nous fit vivement regretter d'avoir ignoré , lors de notre premier passage, l'existence de cette source auprès de laquelle sont, dit-on, quelques restes de constructions antiques (2).

(x) Le Maks {Mahass), est pris dans les historiens arabes tantôt pour une ville, tantôt pour une province. Cest sans doute à la source dont nous parlons qu*est relatif le passage d'Abou-Selab , qui dît , au stijet du Maks : « Près de cette ville est une tikon-^ « tagne qui renferme une source d'eau chaude comme celle de « Tibériade. ■

(2) Sa température est celle de Teau bouillante, et se$ eaui, chargées d'alun et de sel marin, couvrent d'une épaisse couche de ces sels les pierres qu'elles baignent dans leur cours. Nous avons eu occasion de voir à Dongolah, chez le docteur Germain, plusieurs échantillons fort curieux de ces pierres»

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Avaiit d'arriver à Tangour, le rivage ri'ôfffant pas de route praticable , nouâ rabandoniiâmes pour suivre, parallèlemeilt au fléiive, la crête des dunes Arides qui h bot*deiit. La chaleur déjà excessive depuis plusieurs jours devenait de moment en moméiït plus insupportable. Le ther^ momètre de Réaumur marquait 4^* à Foiiibrej et nous devions rester tout le jolir ëi[<osés aux ardeurs du soleil. De temps efi tempiâ la routé traversait des ravins dont le sol j impfréghé d'eaû pendant l'inondation , était alors ; par Téffet dû dessèchement, sillonné dans tous les sens dé ùre^ vasses profondes dé plusieurs inétres ; elles Hé brisaient sous les pieds de nos drotnadaites,- qui ne pouvaient les franchir chaque fois qu'après de l6ng£i et pénibles efforts. Nous ne découvrions à perte de vue qu'une iiniiiense plaine de sable 6ù croissaient à peifié quelques plante^ de séné et quelques arbustes rabougris.

L'état de faiblesse de M. de Caddlve'ne afug^ mentait à chaque instant; De violéïiteâ attaquer de nerfs commencèrent alors à se joindre à la fièvre, qui avait pris depuis plusieui*s jours un caractère pernicieux, et firent reconnaître à nos gens que le malade était atteint du kab-kab où peste de Nubie. Cette maladie , qui réunit eh soi les caractères de la fièvre intermittente pë^ni-^ cieuse et ceux du typhus contagieux , part le'

plus souvent du Sennàr, suit les pas des caravanes qu'elle décime , s'introduit avec elles en Egypte et s'y répand sur leurs traces , souvent jusqu'aux portes du Caire. Heureusement , et grâce sans doute au fatalisme musulman , la crainte de la contagion ne fit aucune impression sur nos guides et l'idée de nous abandonner ne leur vint pas à l'esprit. Une chaîne de mon* tagnes élevées que nous avions à traverser ne tarda pas à ajouter de nouvelles difficultés à notre route déjà si pénible. Il nous Êdlut nous engager dans un dédale de gorges escarpées et presque impraticables. Des blocs de granit amoncelés l'un sur l'autre sans aucun mélange de terre et qui semblent prêts à s'écrouler, encaissent ces étroites vallées et bornent l'horizon de toutes parts. Aucune trace de végétation ne vient rompre la sombre uniformité de ces rochers arides , parmi lesquels les pas dés onces et des hyènes empreints sur le sable au fond des ravins , sont les seules traces d'êtres vivans que rencontre le voyageur.

Le soleil dardait d'aplomb ses rayons sur nos têtes , et sa réverbération sur les rochers avait embrasé l'atmosphère ; de temps en temps un vent brûlant comme l'air qui s'échappe de la bouche d'une fournaise, circulait dans ces gorges étroites et menaçait de nous suffoquer. La tem-

pérature devint bientôt insupportable pour celui que la fièvre consumait déjà depuis tant de jours. U se sentait brûler; ses forces l'abandonnèrent; il se laissa glisser à bas de son dromadaire qu'un de nos guides eut à peine le temps de faire abattre , et d'une voix éteinte il demanda de Feau. U n'en restait plus une seule goutte....

Le Gararych Ali connaissait à peu de distance un puits saumâtre ; il nous quitta pour aller y remplir une de nos outres. Au bout de quelques instans , craignant de voir succomber leurs drc^ madaires à l'excès de la chaleur, nos autres chameliers prirent les deyans , et nous demeu* rames seuls au milieu de ces affreuses solitudes. Étendu sur le sable , le malade souffrait la plus cruelle agonie.

Cependant le guide ne paraissait pas. Chaque minute nous semblait un siècle; enfin , après trois heures des plus affreuses angoisses les cris d'Ali se font entendre ; il avait trouvé le puits desséché et avait dû par un long détour aller jusqu'au fleuve pour remplir les outres. Sans étancher la soif qui dévorait M. de Gadalvene, cette eau lui apporta quelque soulèvement ; mais sa faiblesse était devenue telle que lorsqu'il fut replacé sur son dromadaire^ il lui fut presque impossible de se soutenir , et nous

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fumes ol>Iigés de cheminer à ses côtés pour veiller sur lui. Après deux iiefnres de marche dans ces montagnes nous nous i^approchâmes du fleuve;

Nous laissâmes ensuite derrière noui qdél^ ques îles escarpées couronnées de grands châteaux de terre y près desquels trois cataractes faisaient entendre le bruit de leurs eaux; enfin , accablés de fetigue, nous arrivâmes à Atteyn , raiséfable hameau où deuic où trcis fàmillefs arabes végètent dans quelques cabanes de paille , tirant de la culture de leurs champs de doura les moyens de soutenir une Inen chétive existence;

Lor^ue Fapproche de la nuit eut rendît moins insupportable la chaleur qui nous accablait, nous reprîmes notre route; bientôt nous nous trouvâmes en vue de l'île fortifiée d' Abkhor qui domine Tune des plus fortes ^ et peut-être la plus pittoresque^ de toutes leà chutes de la seconde oitaracte. Obstrué pa^ d'immenses rochers qui s'élèvent au-dessus des flots et profondément encaissé entre des rives à pic y le fleuve coule avec une effrayante rapidité. Aucun être animé, aucune trace de végétation n'apparaissent sur cette sombre plage oùroëil attristé ne découvre de toutes parts que des sables arides et des rochers noircis par le temps.

La nature entière ^mble frappée de mort dans ces sauvages solitudes dont Ta&pect à la fois majestueux et désolé pénètre Famé d'un indicible gentiment de terreur et d'admiration.

Notre première intention avait été de suivre |a rive du Nil pqujr yisiter le second temple de Samneh; mais l'état toujours plus alarmant de M. deCadalyene nous obligea à prendre la route du désert^ comme Ig plu§ courte, et dans la nuit, après une courte longue et pénible , nous arri<vâmçs ^ Aroa^sa. Ce hameau est situé dans une plaine de moins d'une depi-lieue de longueur , enferagiée 4^ tputes pa^ts entre le fleuve et des rochers élçvés. Dans cette petite oasis, s'élèvent au milieu ^es champs cultiyés quelques cabanes entremêlées de dattiers dont l'ombrage bienfais^t paraît euçore plus précieux au. voyageur, p^r le contraste des plaines de sable qu'il vient de parcourir.

Vis à vis , sur l'autre rive, nous apercevions une petite oasis semblable, dont les habitans élèvent des chameaux et quelques chèvres à la uourriture desquels suffisent les arbustes rabougris qui croissent entre les fentes des rochers.

Une saliie npus servit d'abri à Aroassa, et, grâce à une faible brise du nord , nous pûmes enfin jouir d'une ten^pérature meilleure et

goûter quelques instans de repos. Dans cet endroit, le fleuve est, comme à Abkhor, profondément encaissé entre des rochers , sur lesquels nous pûmes observer les traces de la crue , élevées de vingt mètres au-dessus du niveau des plus basses eaux dans la saison desquelles nous nous trouvions.

Les Nubiens, habitans de ce petit canton isolé, vivent dans une grande pauvreté et dans des craintes continuelles des vexations du Gouvernement et des incursions des Bédouins ; aussi n'estce qu'avec la plus grande peine que nous parvînmes à triompher de leur défiance et à obtenir un peu d'orge pour faire du pain dont nous manquions depuis deux jours. Ces malheureux n'osent conserver dans leurs maisons aucune espèce de provisions , et c'est au désert, dans le d'eux de quelque caverne, où ils sont obligés de l'enfouir pour le soustraire à la rapacité de leurs oppresseurs , qu'ils allèrent déterrer le peu de grain qu'ils consentirent à nous vendre.

Nous apprîmes par eux qu'une barque du Gouvernement faisait quelquefois le trajet d'Aroassa au hameau d' Amté , éloigné d'environ six lieues pendant lesquelles la navigation n'est pas interrompue. Malheureusement cette barque était partie la veille. Nous expédiâmes aussitôt un

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dromadaire avec un guide muni de nos firmans, pour demander que cette embarcation nous fût envoyée sans retard.

Le 27 , Ali était de retour avec la barque. Nous y plaçâmes le malade , et pendant que le reste de notre petite caravane prenait par terre le chemin d*Amté, nous partîmes avec quelques hommes que nous étions parvenus à nous procurer pour nous haler à travers les rochers dont le cours du fleuve est semé. Pendant la nuit y nous dépassâmes quelques îles fort éle* vées , couvertes, suivant l'usage , de forteresses de terre , et le lendemain au lever du soleil nous étions arrivés à Amté où les lions de granit en* levés à Méraouy attendaient sur la plage une nouvelle crue du Nil pour être expédiés à Alexandrie.

Quelques cabanes habitées par une trentaine de familles nubiennes composent le petit village d'Amté où l'on a construit depuis peu d'années un vaste magasin confié à la garde d'un sergent et de quelques soldats. C'est dans ce hameau, qui forme vers le Nord la limite du MoucUrlik de Dongolah, que sont déposées les marchandises expédiées de la haute Nubie pour le compte du Gouvernement, lorsque les eaux trop basses ne permettent pas de leur faire franchir immédiatement la cataracte de Ouady Halfah.

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Une masure de terre tombant en ruines; était ^ Amté le seul asile offert aux étrangers. Un lit de paille y avait été préparé pour M. de Cadalvene dans le seul endroit où il fut possible de trouver un abri. Le plancher de cette chambre délabrée tremblait sous nos pied^ et paraissait près de s'écrouler ; mais il n'y avait pas à choisir. Nous avions à peine eu le temps de nous établir dans ce misérable gîte , lorsque le sergent vint réclamer le paiement de U l)arque qu'il évaluait à un prix exorbitant y refusant du ton le plus arrogant quelques piastres fortes que nous lui offrîmes. Nous nous débattions de notre mieux contre l'avanie dont qous étions menacés, quand les soldats , venant prendre part à la discussion, firent observer à leur chef que, porteurs de firmans, nous ne devions rien payer, et que s'il persistait dans $es injustes réclamations , il$ dé- )^Qncer£^ient sa conduite. Le sergent fort embarrasse se vit alors , bien à contre cœur, obligé de refuser nos offres d'argent , et il fut décidé que , pour tout prix de son empressement à se conformer aux prescriptions du firman , nous rendrions un compte favorable de sa conduite au Kachef de Ouady Halfah.

Nous avions eu peine à comprendre, au premier moment, le motif de l'intervention des solflats en notre faveur , mais nous eûmes bientôt

le mot de l'énigme. Apprenant que le sergent se promettait de nous avaniserj ils avaient voulu prendre part à Taubaine ; mais celui-ci s'étant obstinément refusé à toute espèce de partage , ils s'étaient mis en mesure de déjouer l'intrigue afin d'obliger leur chef à les associer une autre fois aux honiiétes bénéfices qu'il pourrait trouver occasion de faire.

Cependant il fallait poursuivre ! Les cataractes s'opposaient à ce que le trajet fût achevé par eau; d'un autre côté, les forces du malade étaient entièrement épuisées; et lorsqu'on voulut le soulever pour le placer sur son dromadaire , il tomba en défaillance. Un seul moyen nous restait, celui de le faire transporter sur un lit; mais il fut d'abord impossible de déterminer les habitans du village à se charger de ce pénible service. La moitié du jour s'écoula en négociations infructueuses; enfin, profitant avec adresse de la mésintelligence qui régnait entre le sergent et ses hommes, et parlant avec emphase de notre crédit auprès du Pacha et du châtiment terrible qui retomberait sur le pays s'il arrivait malheur à l'un de nous , notre Mahmoud fit si bien que les soldats , stimulés d'ailleurs par quelques piastres distribuées en cachette, ojsligèrent leur chef à donner l'ordre de rassembler tous les nar turels qu'on pourrait joindre. Us cominencèreitt

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aussitôt à aller de maison en maison , emmenant de gré ou de force tous ceux qu'ils rencontraient, et les enfermant à mesure dans une cabane dont l'un d'eux gardait l'entrée. Grâce à ce moyen expéditif y nous réunîmes en moins d'une heure une trentaine d'hommes fort mécontens d'abord ; mais qui, certains d'être bien payés , fini* rent par se résigner à leur sort.

Le sergent, qui prêta son Ut» reçût en récompense une boîte de poudre d'environ une demilivre. Malheureusement pour lui , la chose ne put être si secrète qu'un des soldats ne l'aperçût. En conséquence, ils se proposaient bien de l'obliger à partager avec eux après notre départ; ce qui aura dû être d'autant plus embarrassant pour lui, que Mahmoud, afin de se venger de ses mauvais procédés , assurait gravement que nous lui en avions donné plus de dix livres.

Nous avions expédié en avant un dromadaire pour donner ordre à nos matelots de faire avancer jusqu'à la cataracte notre cange qui nous attendait à Ouady Halfah. Lorsque le soleil eut diparu à l'horizon, six Nubiens chargèrent le lit en branches de dattier {serir)y sur leurs épaules ; leurs compagnons suivirent, prêts à relayer, et nous nous mîmes en route. Le trajet qui nous restait à parcourir n'était

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guère que de six heures , et cependant nous avions peu d'espoir de conserver jusque-là la vie de M. de Cadalvene dont les évanouissemens continuels nous obligeaient sans cesse à interrompre notre marche. L'énergie morale s'éteignait en lui par degrés , et souvent pendant de longs intervalles , nous restions indécis si son dernier souffle ne s'était pas exhalé. Enfin nous vîmes briller un feu dans le lointain ^ et bientôti avec une joie inexprimable, nous entendîmes les cris de nos matelots qui répondaient à nos cris; le mourant lui-même sembla se ranimer. Dès cet instant , l'espoir de revoir la patrie, si long-temps éteint dans son cœur, commença à renaître , et contribua , avec l'idée du repos dont il allait enfin pouvoir jouir après tant de fatigues et de souffrances, à accélérer l'époque d'une guérison , lente et douloureuse sans doute, mais dont nous avions désespéré jusqu'alors.

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