‹ L'Égypte et la NubieChapitre 28 sur 41 · ÉGYPTE ET IV U ME · texte numérisé non relu

ÉGYPTE ET IV U ME

retourner prendre le café chez lui. Prévenus à temps, nous résistâmes aux pressantes instances de cethormne qui s’était créé aux dépens des voyageurs une industrie toute particulière, fiâtonné et menacé de perdre sa place pour quelques avanies qu’il s’était permises envers des Européens, l’honnête Kachef n’avait pas pour cela renoncé à leur extorquer de l’argent; seulement il avait cru prudent d’adopter des formes plus polies pour parvenir à son but. Un voyageur arrivait-ii à Thèbes, le Kachef ne manquait pas de le faire aussitôt complimenter et de lui envoyer quelque petit présent, comme un mouton ou quelques poules; puis, venant chaque jour le visiter à sa cange, il n’en sortait jamais sans avoir, à force d’importunités, réussi à obtenir quelque cadeau et prélevé ainsi sans risques et au nom de l’hospitalité un impôt plus considérable que celui qu'il avait jamais tiré de ses avanies. Malheureusement il n’est ruse si bien combinée qui ne s’évente à la fin, et la petite spéculation du Kachef, signalée d’avance aux voyageurs, n’avait plus de notre temps le même succès qu’autrefois. On lui renvoyait ses présens, on évitait ses politesses, et le pauvre homme, réduit à la proie isolée que lui offrait de loin en loin quelque voyageur inexpérimenté, voyait diminuer de

jour en jour le produit de ses honnêtes exactions.

Les ruines d’une jetée antique attestent que Luxor était autrefois , comme il est encore aujourd’hui, le port de Thèbes. A quelques pas du fleuve s’élèvent deux grands pylônes qui , avec une colonnade d’une énorme dimension, quelques centaines d’autres colonnes et un assez grand nombre d’appartemens , composent ce qui reste aujourd’hui du palais d’Aménotph III, Pharaon de la xvme dynastie.

Cet admirable édifice, auquel ont attaché leur nom Ménephtah Ier, Ramsès -le- Grand , Sabacon , le fils d’Alexandre- le -Grand, Ptolémée-Philopator, et tant d’autres souverains, est maintenant encombré de sables et de débris. Autour de ses mines ont été construites des maisons de boue surmontées de colombiers assez élevés, qui, au nombre de deux cents environ, forment le village de Luxor. Une fois par semaine, les habitans des villages voisins s’y réunissent pour échanger leurs marchandises.

Devant les pylônes étaient placés, à côté de deux colosses à demi enfouis, les deux magnifiques obélisques destinés, par Sésostris, à l’ornement du Ramséion, et de l’un desquels la France vient de s’enrichir. Les hiéroglyphes qui

décorent ces monolithes sont de l’exécution la plus parfaite; gravés seulement en creux, ils auraient laissé quelque chose à désirer; laissés en relief, ils seraient demeurés exposés aux injures des hommes et aux intempéries des saisons ; d’ailleurs ces sculptures saillantes auraient altéré la pureté des lignes de l’obélisque; on a donc pris le parti de réunir les deux moyens; le plan des figures est en creux, mais dans ce creux les figures sont en relief et garanties de toute atteinte par la vive arête du granit.

Voilà toutce qui reste aujourd’hui de Thèbes, de cette cité superbe qui vit par chacune de ses cent portes sortir à la fois dix mille guerriers; de cette cité foyer d’une antique civilisation , gardienne des traditions des sciences, dont le dépôt sacré se conservait intact à l’ombre du sanctuaire. Un nom et quelques pierres, voilà toutce quia survécu à tant de splendeur , à tant d’orgueil. Le désert a remplacé ces maisons qui suffisaient à peine à la foule immense qui s’y pressait; du sable et quelques huttes couvrent les débris de l’impérissable granit qui jadis avait reçu la vie des mains des plus habiles artistes. On ne retrouve pas même la trace de ces innombrables canaux qui répandaient la vie et la richesse dans toute la contrée. Seul, toujours le même après tant de siècles, le Nil

roule encore aujourd'hui ses ondes bienfaisantes au milieu des campagnes qu’il a créées; seul, toujours aussi grand, aussi merveilleux qu’au temps de la splendeur des Pharaons, il répand encore la fertilité au sein de ces plaines couvertes d’informes amas de palais écroulés , de colonnes abattues , de fondemens arrachés , de socles et de chapiteaux roulés pêle-mêle avec les urnes, les autels et les membres mutilés des dieux.

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