‹ L'Égypte et la NubieChapitre 10 sur 25 · XL INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL INTRODUCTION

Bosphore, si le Czar a consenti à se retirer, c'est que son but était atteint. Dès avant le départ de sst flotte, Nicolas savait bien que le temps n'était pas venu de prendre possession de ces contrées convoitées si long-temps. Les escadres combinées de la France et de l'Angleterre étaient à Ténédos; d'ailleurs il fallait, avant tout, accoutumer sans danger, à la présence des soldats russes, les populations turques, trop unies encore pour que la Russie osât impunément les braver, et détruire, autant que possible, par l'étalage de belles troupes bien discipli nées , pleines de respect pour les coutumes et la religion des pays occupés ^ la haine invétérée des Musulmans contre les Mos^ covites.

Diviser, corrompre par l'or, réduire la Turquie à n'exister qu'à sa discrétion , en faire la conquête réelle, et n'avoir plusqu'àfixer lui-même le jour où il lui conviendra d'en prendre possession, tel était le but du Czar, tel est celui qu'il a atteint par la signature du traité d'Unkiar-Skelessi.

A la nouvelle de ce monstrueux traité, l'Europe n'eut qu'un cri d'indignation; on devait croire que la France et l'Angleterre ne regarderaient à aucun sacrifice pour l'anéantir: il n'en fut rien; comme pour donner lu mesure de

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leur incurie, elles se bornèreirt à des protestations; mais ainsi qu'il était facile de le prévoir, ces protestations deoieurèrent sans, résultat. Quelle confiance en effet le Sultan, abandonné quand il était si facile de le secourir, pouvait-il attacher à cette tardive démonstration d'intérêt; et quand bien même il eût pu prendre confiance, quel résultat pouvait-il attendre, en présence de la Russie et de ses nombreuses légions , d'une protestation que n'appuyait aucun déploiement de forces.

Un seul motif plausible , celui de gagner du temps et de satisfaire momentanément la Russie, a été allégué pour justifier ce système d'incertitude et de concessiims. Certes , si la Turquie , ou plutôt si ce qui reste de la Turquie était demeuré libre , si le sort de la Syrie eût été fixé d une manière stable , si une paix solide, en déterminant d'une manière irrévocable les rapports du Vizir d'Egypte avec le Sultan, eût donné à Mahmoud, par quelques années de repos, le temps de consolider ses institutions nouvelles , ce système eût au moins pu présenter un côté spécieux. Malheureusement, si notre diplomatie avait pu s'abuser au point de croire à la réalisation de cette utopie , les évènemens n'ont pas tardé à donner à ses prévisions le plus éclatant démenti*

KLlï INTRODUCTION.

La Russie n'eût pas si f^cilemeat consenti à se retirer^ si un état de choses fijte, établi en Orient , eût pu entraver Tavenir de «es projets ; si elle l'a fait^ c^est qu'elle savait que nous venions de fonder un état de lutte et d'hostilités permanent, dans lequel la Turquie achèverait de s'épuiser à son profit , sans qu'elle-même courut aucun risque.

Les nouvelles frontières des États de Méhémed-*Ali étaient en effet à peine fixées que des résistances imprévues vinrent lui prouver que pour être maître de la Syrie, il ne lui suffisait pas de l'avoir arrachée aux Turcs. Habitué au despotisme le plus dur, comme unique moyen de gouvernement, le vice-roi ne comprît point que la Syrie n'est pas comme l'Egypte peuplée d'esclaves façonnés au joug. La Syrie, coupée de montagnes où l'opprimé est sûr de trouver un refuge contre la tyrannie, habitée par des peuples belliqueux, remuans, impatiens de toute autorité, n'accepte le joug qu'autant qu'il lui paraît moins pénible que la lutte qu'il lui faudrait soutenir pour le secouer ; quand il devient trpp pesant, elle le brise.

Il fallait pour gouverner les Syriens, respecter les moeurs , le^ coutumes locales , il fallait ne pas les froisser dans leurs intérêts matériels ; ce n'est qu'à la longue^ et à l'aide du bien-être

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qu'une administration sage pouvait leur procurer , que le vice-roi devait songer à s'associer à leurs richesses.

Pressé de jouir , Méhémed • Ali a voulu exploiter la Syrie comme il avait exploité l'Egypte. La force, parce qu'elle lui a réussi une fois; voilà encore l'élément auquel il a eu recours , sans tenir compte ni des hommes ni des lieux.

Des tavernes publiques, l'apalte des vins, des lieux de prostitution, ont été sans pudeur établis dans Damas, la villesainte par excellence. On a menacé les montagnards du Liban du monopole des soies; des impôts réglés, il est vrai, mais quadruples de ce qu'ils étaient sous l'autorité de la Porte(î), ont été établis partout, et chose inouie, ils ont indistinctement pesé sur les chrétiens et sur les musulmans. En récompense de sa popularité perdue,en récompense des secours efficaces qu'il a prêtés au conquérant, l'Émir Beschir, ce vieux chef de la montagne, à la voix duquel, avant l'invasion égyptienne, cinquante mille guerriers se levaient armés , a été brutalement dépouillé de son autorité et relègue' dans sa demeure royale de Beït-ed-din. Enfin la conscription, cette véritable presse qui ne res-

(x) Le ittcbalik d*Alep fondait à la Porte 4,000,000 de piastre^ Méhéned-AU Ta imposé à io,ooo,eoo.

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