XLIV INTRODUCTION
pecte personne et qui dévore les générations de l'Egypte , a été ordonnée en Syrie.
Des mesures aussi violentes envers des populations aussi irritables ne pouvaient tarder à produire une explosion. De nombreuses insurrections éclatèrent bientôt. En 1 8349 elles avaient pris dans la Palestine un caractère tellement grave , que Méhémed-Ali sentit la nécessité de venir en personne à la tête de quinze mille hommes au secours de son fils repoussé sur plusieurs points, avec des pertes considérables.
Il fallut alors tout l'épuisement et toute l'impéritie de la Porte pour que des révoltes qui pouvaient aller jusqu'à compromettreTexistence du vice-roi en Egypte , aient pu être aussi promptement comprimées. Il est vrai de dire cependant que si le Sultan. ne sut pas profiter des troubles de la Palestine , cette faute ne fut pas entièrement la sienne , et que toute l'influence de la Russie fiit emplo} ée pour arrêter ses dispositions belliqueuses.
Le traité d'UnkiarSkelessi venait de fixer surles projets des Russes l'attention del'Europe. L'alliance de la France et de l'Angleterre , alarmées de leurs progrès, pouvait enfin recourir à des mesures énergiques pour y mettre un terme s'ils tentaient de profiter, pour s'agrandir encore, d'une lutte nouvelle entre le Sultan et son
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vassal. Dans de pareilles conjonctures^ la politique de la Russie devait être d'empêcher une collision qui ne pouvait que changer un état de choses tout à son avantage, et que la maladresse de ses rivaux, plus encore que son habileté, semble avoir créé tout exprès pour elle. Laisser l'Egypte et la Turquie s'épuiser en dissensions intestines, et n'allumer la guerre entre elles que lorsqu'elle sera sûre de pouvoir en profiter sans risque: tel est le but de la Russie. En conséquence elle se garda bien de laisser engager des hostilités dont le résultat ne pouvait être que de conduire Méhémed-Ali à Constantinople ou de faire rentrer la Syrie sous l'autorité du Sultan, et dans tous les cas de rendre à la Turquie l'unité qui peut le mieux la mettre en état de lui résister. Elle ne négligea au contraire aucun moyen pour décider la Porte à attendre, et à ne pas se livrer à des espérances prématurées. La position de la Russie ne fut pas comprise par les cabinets européens. On craignit de sa part une tentative immédiate , sans réfléchir que, sure de l'avenir, tant que nous lui laisserions en Orient l'attitude qu'elle a réussi à y prendre parle traité d'Unkiar-Skelessi, elle ne peut, en bâtant inconsidérément Inexécution de ses projets , que compromettre le succès d'une entreprise conduite depuis deux siècles avec une ad-
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mirabieprudence. Desforces navales imposantes envoyées dans TArchipel pendant les troubles de Syrie, pour prévenir de la part des Russes une tentative à laquelle ils |ie pensaient pas ^ sillonnèrent sans but les mers du Levant.
1^ présence des escadres anglaise et française, si singulièrement nommées alors escadres d'évolution, fut inutile aux Turcs. Mais comme si un génie fatal présidait, à Paris et à Londres, à toutes les combinaisons qui se rattachent à la question turque, la présence de ces mêmes escadres devint profitable à la Russie. Etonné d'un déploiement de forces auquel l'incurie habituelle de la France et de l'Angleterre pour ce qui regarde la Turquie, ne l'avait pas préparé, le Czar comprit qu'elles connaissaient son côté faible et que c'est par ses possessions de la mer Noire qu'il courait risque d'être attaqué. Dèslors il n'a plus regardé à aucun sacrifice pour être à même d'offrir de ce côté la plus vigoureuse résistance.
Aux cinquante-deux navires de haut bord, dont seize vaisseaux de ligne, que la Russie possède dans la mer Noire , elle travaille mainte-, nant à ajouter vingt-neuf nouveaux bâtimens.
En même temps elle construit des forteresses; elle établit de nouvelles lignes de défense sur des points qui ne lui oi^t jamais donné aucun
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sujet d'alarme. Dix mille ouvriers travaillent à Sévastopol à des fortifications formidables, et vingt mille kommes sans cesse exercés y tiennent garnison « Seize mille Russes gardent Silistrie, dont, au mépris des traités, ils augmentent aussi les fortifications. Toula été prévu, calculé d'avance, pour le cas d'invasion de la Turquie; des Grecs, devenus sujets russes, ont fait avec l'argent de la Russie et sous le prétexte despé-' culations particulières , dts approvisionnemons considérables en blé et en orge sur toute la }igne que les armées russes doivent parcourir* Leur marche même a été calculée; et en vingtdeux jours quarante mille hommes se trouveront campés sur le Bosphore et à l'embouchure des DardanôHes(i).
La Russie corrompt, elle intrigue , elle menace , elle fait approcher des troupes , couvre ses frontières; n'est-ce donc pas assez révéler ses pensées d'avenir ?
En présence de ces formidables préparatifs, qu'elles ne peuvent ignorer, que font la France et l'Angleterre ? par quels moyens cherchentelles à se mettre en état d'arrêter dans ses envahissem0ns une puissance dont l'ambition ne connaît pas de limites ?
(i) La Por^e s*ç^^ procucç )a ppte 4ef étapes déçjgii^ jmwt rarmée russe en cas d'occupation.
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Satisfaites de n'être pas directement attaquées par la Russie, elles ont fait rentrer dans les ports de Malte et de Toulon leurs flottes dont toute la mission s'est bornée à sillonner inutilement les mers de la Grèce; puis, inaclives à l'aspect du danger, elles semblent compter pour rien leurs intérêts compromis , l'avenir de l'Europe^ et l'imminence de la catastrophe qui doit changer le sort de l'Orient.
Lorsque en 1 453 l'Europe laissait dans son imprévoyance anéantir l'empire grec par les Ottomans, un seul trône lui semblait menacé par leur invasion. Pour la tirer de sa léthargie, pour lui faire enfin comprendre l'énormité de sa faute, il fallut que les Turcs, poursuivant leurs succès, vinssent l'attaquer au cœur et lui faire redouter un envahissement général. Un bras vigoureux sut, il est vrai, arrêter les musulmans aux portes de Vienne; mais qui pourrait aujourd'hui affirmer que la Russie, qui s'avance menaçante avec bien d'autres élémens de stabilité et de succès, pourra de même être arrêtée ?
En vain la diplomatie qui n'a pas su empêcher les progrès de la Russie, cherche-t-elle à se rassurer, en se persuadant que , plus cette puissance s'étend, moins on doit la craindre , parce que la faiblesse doit bientôt suivre ces développemens hors de proportion avec les li-
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mites dans lesquelles un grand empire est naturellement forcé de se renfermer. Il en serait ainsi si cet état formant au loin des colonies séparées de la métropole par des possessions intermédiaires , était obligé d'épuiser le centre pour fournir aux extrémités et morcelait sa puissance en la divisant sur des portions de territoire sans liaison entre elles ; mais la Russie ne commet pas cette faute, qui fut une des causes de la dissolution du grand empire romain. La chsune qui part de la capitale n'est jamais interrompue. Elle enveloppe dans ses vastes anneaux le pays sur lequel on juge nécessaire de l'étendre 9 sans jamais rien laisser en arrière. Chaque progrès de la Russie est toujours proportionné à ses forces ; à chaque pas elle s'arrête , elle organise militairement, et ne songe à s'étendre plus loin que lorsque la conquête est devenue partie homogène de cette masse compacte qui s'avance tout d'une pièce tantôt sur l'Europe , tantôt sur l'Asie.
Loin d'affaiblir la Russie , ses possessions la fortifient/ parce que chacune d'elles devient à son tour un nouveau rempart dont la popula* tion, exclusivement exercée aux armes, est le premier gardien.
Certes, comme tous les empires dont l'extension est excessive, l'empire des Czars périra par