CHAPITRE III
Départ de Damiette. — Productions du Delta. • — Indigo.
— Vers-à-soîe. — Lin. — Chanvre. — Coton. — Misère des habitans du Delta. •>— Naiti^tion du NiL -r^'Maniourah. — Semenhoud.— Taat^h. — Foire. ^- Un fondé de pouvoirs. — Dattiers. — Kélioub. — Exécution.— Balhnel-Baghar. — Barrage du Nil. — Boulak. — Télégraphe. Greniers de Joseph. — Place de l*Ezbekièh. —Fantaisie.
— Quartier franc. — Le Caire. — QuartlersL. — Police.
— Citadelle.
Le gouvernement avait mis les barques en réquisition, et nous eûmes besoin de l'assistance de M. d'Armandy pour obtenir une daabieh (i). •
Bientôt une brise favorable nous entiyiîna loin de Damiette; notre barque, qui voguait paisiblement , nous permettait d'admirer ces belles plaines du Delta où la nature étale une végétation si puissante et si variée. Le blé, l'orge, le riz, le doura, le millet, le maïs, le chanvre, le lin, le coton, le carthame, l'indigo, la canne à sucre et une foule de plantes potagères croissent à l'envi de tous côtés. Le saule à la chevelure pendante , l'osier aux branches
(i) Grosse barque pontée , qui porte deux voiles latines.
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flexibles, naissent au bord des eaux ; le dattier , le gommier,' le jujubier, Toranger, le bananier, l'accacia, cent arbres divers, s'élèvent dans la campagne, où de grands sycomores déploient aussi leur magnifique ombrage.
La culture de l'indigo a pris depuis peu d'années, dans le Delta, une extension prodigieuse f on fait tous les ans, dans la plupart des terrains , jusqu'à sept coupes de cette plante , dont les feuilles sont bien développées et abondamment pourvues de principes colorans. Dix fabriques (i) viennent d'être établies pour la préparation de l'indigo ; elles sont dirigées par des Indiens appelés en Egypte pour instruire les Arabes. La récolte annuelle peut être évaluée à 100,000 oques, ( i25,oookil.) dont le sixième est réservé pour la consommation du pays. L'iu* digo est une des importations étrangères qui ont le mieux réussi : la cochenille et le café ont échoué , et le vice-roi y a renoncé, aussi bien qu'aux aj^res à racine pivotante, à la culture desquels le sol de l'Egypte parait se refuser.
L'éducation des vers-à-soie n*a pas été né-
(i) A Choubra. A Achmoun-Ghiress.
— Chehab. — Ebiar.
1— El-Agagdeb. — Menouf.
— Mit-Kamer. — Bîrket-el-Kassab.
— l^fs^nsourab. — Mehallet-Ml-l^oubra.
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gligée , elle a été confiée à plus de cinq cents Arabes venus de Syrie j et ce produit s'est élevé en i833 à la^ooo oques( i5,ooo kil^). On peut évaluer à trois millions le nombre de pieds de mûriers plantés en Egypte.
. La culture du lin a été sacrifice à celle du cotoj) , et sa production aqnuelle, qui s'élevait naguère à 809000 oques (100,000 kil.)^ se trouve réduite à 4^000 , que le vice-roi garde pour les besoins de ses fabriques. Il en est de même du chanvre , dont toute la récolte est absorbée par le service de la marine.
C'est principalement sur le coton , dit Jamel on Maho j que s'est portée l'attention du vice-, roi , et ce riche produit est sans aucun doute l$i branche la plus importante de ses revenus. On sait que M. Jumel fut le premier qui , en 1 82 1 , signala le parti qu'on pouvait tirer de cette plante y dont quelques pieds végétaient ignorés dans le jardin d'un Turc du Caire nommé Mabo, Le Paçha s'empressa de^rofiter de cet avis , et les premières plantations , qui exi 1821 avaient donné 947 quintaux, furent portées, en i8a3., jusqu'à près de i5o,ooo.
Depuis cette époque, 1^ récolte du coton a diminué d'une manière sensible, et en i833.
çlle ne s'est élevée qu'à 60,000 quintaux, ce que l'on peut attribuer à lexpéditioii de Syrie,^ et
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plus encore à la dépopulation de l'Egypte. On a planté depuis^ en 1826, une nouvelle espèce de coton longue soie (Sea-island)*, mais cette espèce est moins recherchée que le Jumel sur les marchés d'Europe.
La Delta , par sa situation favorable au commerce d'exportation, se trouve plus qu'aucune autre province de l'Egypte , victime du monopole du vice-roi, qui, pour alimenter son commerce, y enlève souvent jusqu'aux denrées de première nécessité. Ainsi , par une étrange destinée , les habitans de celte partie la plus riche et la plus fertile du pays en sont peut-être les plus malheureux. Le pain dont se nourrissaient alors les fellahs était composé d'un cinquième de fèves, de deux cinquièmes de graine de lin dont on avait extrait Thuile , et de deux cinquièmes de graine de coton ; cette nourriture, insuffisante et insalubre, décimait la population; des enfans nus, le corps enflé et couvert d'ulcères, le cou chargé d'amulettes, pâles, rachitiques, portant dans leurs traits et jusque dans leurs cris mal articulés , l'expression de la souffrance , se traînaient au bord du fleuve pour implorer notre pitié, pendant que leurs mères venaient remplir d'eau des cruches dont elles avaient peine à soutenir le poids.
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La navigation du Nil est extrêmement dangereuse y tant à cause de la quantité et de la mobilité des bancs de sable dont son lit est semé , qu'à cause de Fénormité de la voilure hors de toute proportion avec la portée des barques, qui courent risque de chavirer au moindre coup de vent. Aussi, dans la crainte des accidens, qui, malgré les précautions , se renouvellent fréquemment, on n'amarre jamais les voiles d'une manière fixe , et un batelier se tient toujours à l'écoute, prêt à leur donner de l'air lors des r affales, qui se succèdent quelquefois d'une manière alarmante.
Les détours multipliés du fleuve font que le même vent n'y est pas long-temps favorable; aussi notre équipage était souvent obligé de tirer notre barque à la cordelle. Rien n'égale le courage et l'ardeur avec lesquels nos Arabes se jetaient dans l'eau, alors très froide, pour dégager notre daabieh, chaque fois qu'elle était arrêtée par les bancs de sable , et pour l'amariner sur l'autre rive, où ils recommençaient à la tirer au cri cadencé d^Elessa , monotone et presque invariable cantilèkie des marins de tous les pays.
Toute la rive droite est semée de tombeaux de santons, espèce de chapelles miraculeuses où la plupart des infirmités humaines ne
manquent pas de trouver une guérison complète.
Nous avions franchi Farescour , où périt le dernier sultan Aïoubite. immolé en présence de saint Louis et de ses barons , prisonniers des Sarrasins. Mansourah déroula bientôt à nos regards ses plaines couvertes de doura et d'indigo , et ses maisons agglomérées de la manière la plus pittoresque. Une fabrique de coton a été élevée non loin du B^zar-elrKadim , où furent détenus les chefs des Croisés français , et où saint Louis signa la paix avec la reddition de Damiette.
MansQurah était , il y a quelques années , la ville la plus importante de la branche Phat^ métique. Semenhoud , qui lui a succédé , et dont la population peut être évaluée , comme à Mansourah , de trois à quatre mille âmes , sert de port à Tantah , ville centrale du Delta , où se célèbre chaque année une grande fête en Fhonneur du santon Seîd- Ahmed -el-Be-?
daouy. Cette solennité religieuse donne lieu à une foire dont l'affluence des pèlerins est la cause ; elle dure près de huit jours , pen^ dant lesquels Tantah est le rendez-vous des dévots, des marchands, des baladins et des danseurs, qui y accourent de plus de cent lieues h la ronde. C'est pendant toute une semaine
un bruit , une cohue dont rien en Europe ne peut donner une idée; des tentes sont dresisées de tous côtés pour cette foule, que Tantah ne saurait contenir. Ici des musulmans assis récitent des surates du Coran; là deux ou trois cents énergumènes debout , rangés circulairement et se pressant les coudes , sautent en cadence et, d'un ton sourd et caverneux, poussent, du fond de leur poitrine épuisée , le nom d* Allah mille fois répété. A côté de ces groupes circulent des musiciens et des filles de joie ; des aimés dansent au son des tambours de basque ; enfin des jeux de bagues , des escarpolettes et cent autres divertissemens de tout genre sont en pleine activité.
Ce mélange de plaisirs profanes et de pratiques de dévotion, joint à l'étrangeté des figures et à la variété des costumes , font de la foire de Tantah un des spectacles les plus curieux de rOrient. Voici une récente aventure que l'on nous y raconta^
Un négociant européen né en Egypte, qui se trouvait, il y a quelques années, à cette foire, vêtu à Torientale, fut arrêté par la police, sous je ne sais quel prétexte , et crut avoir le droit de se prévaloir de son titre de franc pour frapper le chef de la garde. Conduit devant le Nazir, il ne put, faute de passeport, justifier
de ce titre, contre lequel semblait d'ailleurs témoigner la facilité avec laquelle il parlait la langue du pays; et, malgré ses protestations, il reçut cent coups de courbacb sur le dos.
De retour à Alexandrie, il porta plainte à son consul; et sur les représentations énergiques de celui-ci , le Nazir fut condamné à recevoir le même nombre de coups qu'il avait fait administrer; mais ce personnage, fort en crédit auprès du vice-roi , obtint d'envoyer à sa place son khaznadar (trésorier). Cet officier , ainsi chargé de la procuration du Nazir, reçut les cent coups de courbach en présence du consul et du négociant bâtonné , qui voulurent bien consentir à cette substitution.
A me&ure que nous avancions , les dattiers devenaient plus nombreux et leur culture était plus soignée. C est principalement sur ces arbres précieux , dont le nombre s*élève en Egypte à près de cinq millions , que l'administration de Méméhed- Ali pèse de tout son poids; et il n'est peut-être aucun produit qui , proportion gardée, rende autant au gouvernement , ni qui puisse mieux donner l'idée de la perfection à laquelle est. arrivé dans ce malheureux pays l'art de pressurer le peuple.
Ainsi , le terrain qui porte les dattiers paie d'abord la taxe foncière.
Chaque dattier paie en outre une taxe de 2 piastres à 2 i |a piastres (60 à 75 centimes ).
Le fruit paie un autre droit, et de plus est érigé en apaite (i).
La gr&ppe qui porte ' les fruits et dont ou fait le liffip^ est un autre apaite.
Les branches dont on se sert pour faire des kafass (3) paient un autre droit et sont encore un apaite.
Le tissu fibreux du haut du tronc, dont on fait des cordes, paie des droits; c'est également un apaite.
La coupe des branches est en apaite; les feuilles dont on fait des couffes, paient encore un droit.
Enfin, les fabricans de liff, de kafass, de cordes et de couffes, paient chacun un autre droit.
Ëntrainés par un vent rapide, nous avions à peine le temps de reconnaître ces rives si riches de végétation, si fécondes en souvenirs de toutes les époques. Nous venions de des-
(i) Sorte de revenu que le gouvernement tire des particuliers, en leur affârmant le privilège de la vente de certaines marchaDdises. Cette institution, qui existe dans tout Tempire ottoman, répond exactement à celle des fermes de France avant la révolution.
(a) Sorte d'étoupés dont on se sert dans les bains.
(3) Sièges et cages.
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cendre au village de Mit-Arourn , célébré par la quantité de filoux qu'on y rencontre , et nous faisions emporter à bord de notre barque les faibles provisions que nous avions pu nous y procurer , quand une m&ison de boue auprès dé laquelle nous nous trouvions, s'écroula subitement ; nous eûmes à peine le temps de nous éloigner ; moins heureux y un pauvre enfant assis près de nous, demeura écrasé sous les décombres. De semblables accidens ne sont pas rares après les crues élevées. Les eaux minent la base de ces buttes misérables , qui, crevassées ensuite par le soleil, ne tardent point à s'écrouler.
Notre reïs nous ayant demandé de s'arrêter à Kelioub, sa patrie ^ nous profitâmes de cette halte pour parcourir la ville. Kelioub , où sont établies des fabriques et des filatures , est très fréquenté à cause du marché de bestiaux qui s'y tient chaque semaine. Après une assez longue promenade dans ces rues étroites et enterrées , comme celles de toutes les villes de l'Egypte , au milieu de monceaux d'ordures et de décombres, nous allâmes voir le Mèmourj qui nous accueillit de la manière la plus amicale. Tandis qu'il était occupé à nous donner des renseignemens sur la province confiée à son administration, on amena devant lui
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quatre hommes qui venaient d'être arrêtés eomme prévenus d'assassinat. Ces malheureux furent aussitôt envoyés au Kiahia ( secrétairegénéral ) pour être interrogés ; celui-ci rentra au bout d'un quart d'heure , assurant qu'à l'embarras de leurs réponses, il ne doutait pas qu'ils ne fussent les meurtriers de TEffendi tué quelques jours auparavant.
« C'est bien ; demandez au Caire , par le télé* « graphe/ ce que je dois faire d'eux. »
La réponse ne se fit pas long-temps attendre. — « Puisque leur culpabilité est reconnue , « ( mandait le chef du conseil) , il faut les faire « exécuter. »
C'était justement jour de marché; d'ailleurs nous allions partir pour le Caire, et le Mèmour était bien aise que nous pussions rendre bon compte de la manière dont s'administrait la justice dans sa province : l'ordre fut donné de pendre ces malheureux dans la journée.
Les lenteurs de notre reïs ne nous permettant pas de partir avant la nuit, nous assistâmes à cette exécution.
Les quatre patiens furent tirés d'un magasin où on les avait enfermés, faute de prison, et on les conduisit sur une petite place voisine de la maison du Mèmour. Les marchands qui s'y trouvaient rassemblés , demeurèrent accroupis f. 6
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auprès de leur étalage, et virent passer, avec la plus complète indifférence, ces malheureux conduits par six soldats et un sergent. Chacun continuait de vaquer tranquillement à ses affaires; et n'étaient les cris des femmes et des enfans, qui suivaient au lieu du supplice un père , un mari , leur unique soutien , on eût pu croire que rien n'allait arriver là qui ne fût dans l'ordre habituel de chaque jour.
Quatre potences avaient été plantées aux quatre coins de la place. Les soldats demandèrent des cordes aux voisins; mais c'était un objet de luxe que personne ne possédait. Le sergent alla donc acheter des ficelles , que les soldats se mirent en devoir de tresser. Quelques assistans prêtèrent obligeamment leurs secours pour cette opération j que les patiens regardaient avec tranquillité, sans songer à prendre la fuite ; et cela leur eût été fiicile , car leurs mains seulement étaient faiblement liées derrière le dos, et personne ne faisait attention à eux.
Le moment fatal était arrivé : le plus jeune fut désigné pour être pendu le premier.
« Imbécille ! ce n'est pas ainsi qu'il faut s'y « prendre ( dit un des soldats à son camarade qui s'occupait de passer d'abord la corde autour du cou du patient), mieux vaut commen-
(f cer par lattacher au haut de la potence. »
Là*dessus, il se fait apporter une échelle par un des spectateurs , et se ttiét en devoir d'expédier le condamné, qui, pris à bras le corps par un autre soldat, et soulevé san^ opposer la moindi^ résistance, expire bientôt après avoir crié qu^il n'est pas coupable.
Déjà trois de ces malheureux avaient cessé de vivre : restait le dernier, vieillard à barbe blanche, qu'entouraient sa femme et ses enfansy et qui , pour toute réponse à leurs sanglots et à leurs cris, répétait par intervalles qu^l était innocent.
a Ali! dit le sergent à un de ses soldats, si « tu allais chez le Mèmour demander la grâce ce de ce pauvre viedx ; il l'accorderait peut- « être va ! »
Et le soldat, mettant nonchalamment son fusil sur l'épaule , se rend à pas lents chez le gouverneur pour remplir sa mission. Pendant ce temps, le condamné faisait paisiblement la conversation avec sa famille. Au bout de quelques minutes, le soldat reparut; à sa vue, un éclair d'espéraïïce et de joie brilla sur le visage des femmes ; mais bientôt les cris et les sanglots redoublèrent : le Mèmour avait refusé la grâce.
« C'est dommage, dit le sergent, ce vieillard
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« a l'air d'un brave homme; mais son edjel{i) a est venu. »£n prononçant ces mots, il s'occupait de passer lui-même la corde autour du cou du patient 9 qui, après avoir embrassé, avec une admirable résignation, sa femme et ses enfans , se contenta de s'écrier : Dieu est grand!
Le petit nombre de curieux que ce triste spectacle avait attiré, se perdit lentement dans les cafés voisins; et nous n'entendîmes bientôt plus que le son des instrumens de musique des aimés.
Le vent du nord reprit avec force vers le soir, et nous arrivâmes en peu d'heures au sommet du Delta, appelé par les Arabes Bathnel'Baghar ( ventre de la vache). La hirgeur du fleuve est étonnante au Bathn-el-Baghar; son aspect magnifique et une foule de barques qui se croisent dans tous les sens, ajoutent encore à la beauté du spectacle.
C'est là que Bonaparte avait forme le projet de fonder la capitale de l'Egypte ; et c'est aussi sur ce point que s'exécute en ce moment le barrage du Nil. Ce barrage, dont la construction est dirigée par un Français, M. Linant (a),
(i) Edjel, deroière heure.
(a) C'est à M. Linanl que la chambre des députés avait voté, en i8a8, une somme de qo,ooo fr. pour aller à la recherche des sources du Nil. Il est à regretter que les fonctions nouvelles
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permettra de régulariser TinondatioD et pourra augmenter de beaucoup la quantité des terres susceptibles de culture. Pour la facilité des communications et pour larrosement continuel d'un plus grand nombre de feddans, un large canal avec plusieurs embranchemens sera creusé de la pointe du Delta jusque vers Damiette. Douze mille fellahs ont été arrachés aux travaux de l'agriculture, et réunis au Bathnel-Baghar pour exécuter cette grande opération qui doit les occuper au moins sept années.
Certainement cette entreprise est pour l'Egypte une œuvre de la plus haute importance ; mais lorsque le manque de bras se fait sentir d'une manière si déplorable , pourquoi Méhémed-AK n'a*t-ii pas préféré en confier l'exécution à ses soldats, qu'il aurait ainsi commencé à former aux travaux d'utilité publique ? C'est par ce moyen, c'est en occupant des milliers de bras que nous laissons oisifs, que les Romains ont réussi à élever ces constructions colossales qni nous frappent encore aujourd'hui d'étonnément. Ce système offre d'ailleurs un double avantage : d'abord de faire exécuter des ouvrages
(]ui attachent ce voyageur/au service ilu vice-rot, l*aient empêché d'accomplir celle glorieuse mission, à laquelle ses Ira- ^ vaux, son courage, et sa profonde connaissance des hommes et des lieux, Tavaient fait désigner par toute TEuropr savante.
qu'il serait souvent impossible d'entreprendre en salariant des ouvriers , puis d'entretenir la vigueur et l'habitude du travail parmi des hommes formésainsià touslesgenresde fatigue.
C'est peut-être là le seul bien qu'on puisse retirer des armées permanentes dont la formation remonte à des temps de servitude et de conquêtes violentes , qui n'ont jamais servi qu'à opprimer la nation à laquelle elles appartenaient, ou à aider cette nation à opprimer les autres : institution funeste que ne tardera pas sans doute à ébranler l'esprit de réforme qui s'est emparé de l'Europe entière.
Cependant le vent s'élevait, et notre navigation devenait de moment en moment plus difficile. Une quantité de balles de coton entraînées par le courant, annonçaient que quelques djermes du Pacha venaient d'être chavirées par la tempête. Enfin nous vîmes s'élever d'un coté les Pyramides, et de l'autre le mont Mokattam et la citadelle du Caire ; puis, à l'orient et à l'occident , la double chaîne qui ferme comme un mur la vallée de l'Egypte en se prolongeant jusqu'à Philœ, et encore bien au-delà. Après avoir salué, en passant devant Ëmbabeh , le champ de bataille des Pyramides , vis-à-vis duquel le magnifique palais de Choubra occupe la rive orientale , nous atteignîmes
le faubourgs de Boiilak, où nous débarquâmes après quatre jours de navigation.
Boulak , incendié par les Français lors du siège du Caire , n'est séparé de cette capitale que par une petite plaine , et compte à peine dix mille âmes de population. C'est le port du Caire pour toutes les barques qui arrivent du Delta, comme le Vieux-Caire, pour celles du Saïd ou de la Nubie.
La première station télégraphique de la ligne entre le Caire et Alexandrie est établie sur la forteresse de ce faubourg. Il ne faut pas moins de trente-cinq minutes pour recevoir au Caire des nouvelles d'Alexandrie y et il est bien rare en outre que les signaux se fassent avec exactitude. Il y a quelques mois que le télégraphe , voulant donner avis au vice-roi de l'incendie de la frégate la Dja*feriè^ annonça que le capitaine de cette frégate était tombé à la mer. De semblables erreurs se reproduisent fréquemment.
C'est à Boulak qu'existe l'imprimerie où le Pacha a fait publier plusieurs livres arabes , turcs et persans, qui passent pour être assez corrects. On y imprime aussi un journal arabe Oukaîa^Masriè (évèneraens de l'Egypte); mais cette publication, faite par le gouvernement, est entièrement dénuée d'intérêt.
D'avides employés de douanes se présentèrent pour visiter nos effets ^ acte dont ils s'acquittent de la manière la plus brutale. Il n'est pas rare de les voir frapper impitoyablement , même les femmes, pour avoir cherché à frauder quelques paras aux fermiers de la douane. Ces fermiers sont des Grecs et des Arméniens, qui, moyennant quelques bourses de plus, ont enlevé cet apalte à une compagnie à laquelle le vice-roi l'avait accordé précédemment. Us paient 6,750 bourses (environ 1,000,000 fr.) pour la douane d'Alexandrie, et 8,5oo bourses (1, 275,000 fr.)poiircellesduCaireetdeDamiette, somme énorme pour un pays où le commerce d'importation a diminué d'une manière si notable depuis quelques années ; aussi ces fermiers sont-ils obligés de commettre toute sorte d'exactions et de rapines pour pouvoir remplir avec profit leurs engagemens envers le gouvernement (i).
Cette visite terminée, nous quittâmes Boulak pour nous diriger vers la capitale que les Arabes
(x) La douane du Caire a donné de bénéfice net aux apal-
tateurs:en i83i 73,000 piastres turques.
i83a 48yOoo
x833 a4,ooo
x834 i£>ooo
Donnnent £1-Masr (j)^ et qui n'est éloignée des bords du Nil que d'un quart d'heure environ.
A peu de distance de Boulak, nous aperçûmes les greniers d'abondance, nommés vulgairement Greniers de Joseph. Ce sont de grandes cours carrées dont les murs en briqu,es crues ont quinze pieds d'élévation. Ces cours renferment des tas de blés, d'orge , de lentilles , etc. , d'une hauteur prodigieuse; on croirait voir des montagnes recouvertes avec des nattes. Les greniers sont au nombre de sept, et fermés avec des serrures de bois, sur lesquelles est apposé un cachet de limon du Nil empreint du sceau du divan. On traverse , en entrant dans la ville , la place de l'Ezbekieh, la plus remarquable du Caire, qui offre line étendue-à-peu près égale à celle de l'intérieur du Champ-de*Mars de Paris ; elle est entièrement inondée, lorsque le Nil arrive à son plus haut point ; et dans les années de grandes crues , des^ barques légères sillonnent ce vaste bassin , où quelques mois plus tard les promeneurs vont prendre le frais sous d'antiques sycomores.
C*est sur la place de l'Ëzbekieh que l'étatmajor du général Bonaparte s'était établi; la maison qu'occupait le vainqueur des Pyra-
(i) Masr, mysr, myssir, nom attribué à toutes les capitales de rÉgypte , et que Memphis porta pendant long-temps.
raides est encore debout, miiis menace ruine, et l'on ne songe guère à la réparer.
Une fantasia (fête) , mot qui dépeint d'une très^beureuse manière l'imagination bizarre, capiicieuse et enjouée des Arabes, traversait la place de l'Ezbekieh au moment où nous y arrivâmes. C'était le double cortège d'un mariage et d'une circoncision. La jeune fiancée, qu'un voile, retombant de tous côtés, dérobait entièrement aux regards des curieux, était placée sous une espèce de dais orné de clinquant, symbole de l'hymen dans l'Orient; escortée de tous ses parens ou amis , et conduite par quelques matrones , elle marchait lentement vers le domicile de son époux, où cehii-ci devait la voir pour la première fois.
Plus loin s'avançait, sur un beau coursier, un enfant paré de toutes les grâces de son âge, et couvert de magnifiques habits, qu*il prenait plaisir à contempler, sans paraître soupçonner les douleurs de l'opération qu'il allait subir.
Chacun de ces cortèges était précédé de musiciens qui faisaient retentir l'air d'une musique bruyante dont les sons aigus étaient accompagnés du roulement discordant des tambours de basque. Il faut vraiment être pourvu d'oreilles arabes pour être en état de supporter cette burlesque harmonie , rehaussée encore
par les. cris joyeux de la foule et des ferames louées pour cet usage.
Après avoir traversé quelques rues étroites et tortueuses, nous arrivâmes au quartier franc [£lrMouski)f et uous descendîmes à une auberge italienne, la seule du Caire où se trouvaient réunis quelques Européens.
La société franque est bien moins nombreuse au Caire qu'à Alexandrie. Elle ne se compose guère que de personnes attachées au service du Pacha , parmi lesquelles on compte surtout beaucoup d'Italiens^que des condamnations politiques, des aventures fâcheuses ou enfin l'espérance d'un sort meilleur ont attirés en Egypte.
Comme le vrai talent trouve le plus souvent moyen de vivre dans son pays, il s'ensuit que la grande majorité des Européens du Caire est infiniment médiocre, et qu'à quelques honorables exceptions près , les plus nobles profes* sions y deviennent un métier plus ou moins mal exercé. Il n'y a peut-être pas au monde de ville plus corrompue , où l'on s'inquiète moins de la moralité des individus , et où l'on compte pour si peu la probité et le désintéressement.
Masr-el^Kaherah (la capitale victorieuse), dont par corruption nous avons fait le Caire , recueillit la population du Vieux-Caire , lorsque
cette vilie, élevée par Amrou sur les débris d'un établissement romain , fut livrée aux flammes par le vizir Chaouar.
Le Caire acquit dès-lors une certaine importance, mais ce fut du Sultan Selah-eddin (Tépée de la religion), plus connu sous le nom de Saladin, qu'il reçut un accroissement prodigieux et des embellissemens d^ tous genres. Par les ordres de ce prince éclairé, fameux dans l'histoire des croisades , le Caire fut entouré de murs; des mosquées aux coupoles hardies, aux minarets élancés, des bains élégans, de magnifiques hôpitaux s'élevèrent sur plusieurs points de cette capitale égyptienne; une forteresse redoutable fut construite pour la défendre contre l'invasion des Français qui s'avançaient sous la conduite d'Amaury-^ roi de Jérusalem.
Placé entre l'Asie et l'Afrique, point central du monde alors connu, le Caire jouit pendant plusieurs siècles du monopole commercialqui lui était dévolu en partage, aussi bien qu'à Alexandrie ; et il ne fallut pas moins que la découverte du Cap de Bonne-Espérance , pour anéantir sa prospérité, à laquelle il est vrai de dire que l'ignorance et le fanatisme de ses dominateurs avaient porté le premier coup.
Sous les Sultans Mamlouks, cette ville s'était élevée au plus haut point' de splendeur; mais
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sa décadence fut rapide après la conquête qu'en fit Sultan Sélim I" , et après la réunion de l'Egypte à l'empire ottoman.
Les malheurs qui ont accompagné et suivi l'invasion des Français, en 1798 9 et le système de monopole adopté aujourd'hui par le vice-roi, ont réduit le Caire à n'être plus qu'une simple place de transit ; aussi la plus affreuse misère règne- t-elle dans cette immense cité, dont la population s'élève encore à deux cent mille âmes.
On peut à peine évaluer à dix mille le nombre des Coptes, seul reste de ce mélange d'Egyptiens, de Perses et de Grecs, de ces derniers surtout, qui depuis Alexandre et les Lagides, ont si long-temps possédé l'Egypte. Déshérités à jamais du patrimoine de leurs pères, ils ont trouvé un refuge dans l'administration turque , dont ils remplissent les emplois avec le titre d'écrivain {Mâlem); ils professent le christianisme suivant le schisme d'Eutichès, et portent une haine profonde à tous les autres chrétiens. Aux traits de leur visage et à la couleur jaunâtre de leur peau, il est difficile de ne pas reconnaître le caractère de figure des anciens Égyptiens que nous trouvons représentés sur les monumens.
Rien dans nos capitales européennes ne peut
donner une idée de l'aspect d'une ville turque et priticipalement du Caire; oti se croirait dans un vrai dédale quand on parcourt ces rues sans nom y sans pavés , torses, brisées sur elles-mêmes , encombrées d'immondices , défendues des rayons du soleil par des lambeaux de nattes , et fermées par un double rang 4le palais, de mosquées, de maisons, quelquefois de belle apparence, mais irrégulières et entremêlées à chaque pas de masures et de ruines. Ici , des estropiés étalant leurs plaies hideuses aux yeux des passans, dont ils implorent la pitié ; là , un personnage passant gravement à cheval , entouré d'esclaves qui frappent impitoyablement tout ce qui gène la marche de leur maître ; plus loin , un Santon à la chevelure longue et sale, et dans un état de nudité complette, nonchalamment couché à la porte d'une mosquée , et recevant avec indifférence les hommages des femmes qui espèrent trouver un remède contre la stérilité dans leurs pieux, attouchemeûs ; un bruit rauque et perpétuel de mots durs à l'oreille; des juremens et des disputes à faire craindre du sang; des personnages qui semblent se battre et qui concluent seulement une affaire; et, au milieu de tout cela, un aveugle sur vingt personnes, et seulement un sur vingt ayant les yeux bien
sains.... voilà le tableau que présentent les rues du Caire.
Du reste, rien ne porte dans cette ville Fempreinte de la magnificence du Prince ; point de mosquées , point d'hôpitaux ; en un mot 9 aucun établissement d'ntilité publique auquel il ait attaché son nom. A peine quelques fontaines construites sur les tombeaux des membres de sa famille, quelques palais élevés pour lui et pour les siens à l'instar de ceux de Constantinople, ont signalé pendant quelques jours la grandeur de Méhémed-Ali.
Ces constructions fragiles, élevées à grands frais, ornées de peintures au-dedans et audehors, commencent à se mélér aux décombres qui s'accumulent de tous côtés ; ce sont cependant là les seuls monumens dont les Turcs aient doté cette ville que les Ar^ibes nomment la mère du monde. — Les Màmlouks, aux jours de leur opulence, employaient mieux les faveurs de la fortune , et l'oeil s'arrête encore aujourd^ui avec plaisir sur plusieurs des monumens qu'ils ont élevés.
Une partie du Caire est divisée en quartiers , nom qu'on est convenu de donner à un certain nombre d'impasses qui aboutissent les uns aux autres, mais n'ont avec le reste de la ville de communication que par une seule is*
g|6 JÉGYPTE ET NUBIE.
sue. Des places encombrées de ruines coupent de temps à autre ces agglomérations informes de maisons qu'il est souvent impossible de parcourir sans horreur; la fièvre , la peste semblent habiter ces lieux infects , et planent sur ces demeures mal-propres et mal aérées.
 Tissue de chaque quartier est placée une porte qu'on ferme tous les soirs, et qui l'isole pendant la nuit du reste de la ville. La garde de ces portes est le plus souvent confiée à des Barabrans ou Barbarins qui sont renommés dans le pays pour leur fidélité (i).
Les habitans d'un même quartier appartiennent le plus souvent à la même nation; ainsi les Coptes , les Juifs , etc. , ont leurs quartiers séparés, où ils demeurent seuls.
Le gouvernement choisit dans chaque quartier un chef ( Cheikh-eUHara ) , chargé de rendre compte aux diverses autorités de ce qui peut se passer de contraire à l'ordre et à la tranquillité dans l'étendue de sa juridiction. Ce chef est de plus responsable des habitans de son quartier pour le paiement de la capitation.
La police générale de la ville est aujourd'hui
(i) Ou compte au Caire 240 rues principales, 25,000 maisons habitées, 46 carrefours, 58 quartiers, as bazars^ 400 mosquées, T,265 okels ou caravansérails, 3oo citernes publiques, i4o écoles, 1,170 cafés, 65 bains publics.
. EGYPTE ET IVUBIB. g<J
confiée à rautorité militaire et exercée sous les ordres du commandant de place. Ce commandant a sous sa direction le Zabit-Bey (commissaire de police) 9 spécialement chargé d'ordonner les patrouilles de nuit ; d'apaiser les rixes, d'arrêter les malveillans et de diriger l'espionnage qui s'exerce sans cesse dans tous les lieux publics.
Avant cette nouvelle organisation , VOuafy' ( àga de la police ) avait l'inspection directe des voleurs, des femmes publiques, des danseurs, escamoteurs, des chariatans, des bouffons, etc. ; mais cette place a été supprimée, et le tribut annuel, que payaient ces diverses classes d'individus, a été changé en un apalte aujourd'hui dévolu a un certain Autoun-Tboma qui paye annuellement au gouvernement quatre mille bourses pour cet objet.
I^ police des marchés rentre dans les attributions immédiates du Mohtes$eb{c)iéf Aes subsistances ). On le voit chaque jour parcourir les quartiers les plus populeux de la ville , escorté de quelques satellites qui portent devant lui les balances. Le vendeur de comestibles qui est surpris fraudant èur les ppids ou se servant de poids non approuvés par le gouvernement , ou vendant enfin à un prix supérieur au taux fixé, reçoit incontinent plusieurs coups de bâton,
g8 EGYPTE 'ET NUBlË.
dont le nombre augmente s'il est pris en éfat de récidive. Cet officier municipal fixe égaie^ ment le prix de vente des légtimes et des fruits suivant labotidance des récoltes.
Grâce à la tolérance religieuse , plus grande aujourd'hui en Egypte que dans aucune autre contrée de l'Orient , les Européens peuvent visiter toutes les mosquées. Les plus remar* quables du Caire sont celles de Sultan-Hassan et celle d'^SZ-^/i^ar (des fleurs.) La hardiesse des coupoles y Télégance des minarets ornés d'un double rang de gakrfies du haut desquelles les muezzins appellent les vrais croyans à la prière , font de ces monumens deux des plus gracieux modèles de l'architecture arabe.
A la pointe du Mokattam, surim rocher séparé du reste de la montagne par une étroite vallée, s'élève la Citadelle (i) qui domine la ville. On arrive à cette forteresse par deux rampes taillées dans 'te roc. Du haut de ses murs d'où un mamlouk ne craignit pas de se précipiiter, lors du massacre de cette milice bel-
(x) La Citadelle est défendue par trente canons de gro» calibre y dirigés sur la tilk, et par dix mortiers du côté du Mokattani. Les vivres ep sont changés tous les ans. Elle est dominée elle-même parla pointe de cette montagne, sur laquelle Méhémed-AH a fait élever un pfetit fort qui remédie en partie à cet inconvénient.
EGYPTE ET NUBIE. gC)
Uqueuse, on aperçoit les. tofiièeaiiix (kaKhafifes^ vaste ;foécropob àbandonkiée^ où reposent ies Ibildaleurs tl'uo eiitp^ne <pxi fifit «pnissaiitv et dont les monumeiié funéraires s'^endent dàn^ uïi lointain sablonneux.
lie palais du Pacha occupe ^anjoiard'but une pa;irtie considérable de Ti^nceiDte de Ja cîtacleile; Près de là^ ime otosqûée^ oraiée des lAa^ifie^és colonnes de granit rose qui décorèrelit le divan de Saladin > va s'élever sav les débris de |oetté salle fameuse où les Sultans Aioubites reiidaic|nt la justice; et le puits de Joseph (i) rappellerisi seul désdrinais dans la citadelle du Gaire le nom . de son fcHidateur (a).
C'est à la Citadelle que sont établies la fon'^ dèrie deleanonsy la fabrique d'ai^mes et cdiiS'des machines dirigée par un Anglais ,4^. Gallawayt On peut estimer à cinquante canons^ neuf mille fusils et près de huit mille sabres, le nom^bre desarthes qtii y sont annuellement fabriquées^
(i) Le puits est dé forme carrée; sa (^rofofideur totale est de
deux cent quatre-vingts pieds. Uest divisé eu deux parties qui
ne se trouvent pas sur la même ligne verticale. Ab bas de la
p^emiè^ partie, qui a prèadeUeux cents pieds- dé prdfoiniearv
et dans laquelle on descend par upe rai^pe en^pente douci*,
^illée, comme le puits, dans le roc vif, est un manège et un ré-
'^Sir d'où Teau est élevée par un autre manège jusqu'à l'ou^
^•^«•^S du puits.
^*^ "^^eph {Youeouf)^ prénom de Saiadin.
' OXFORD
lOO EGYPTE ET NUIJIE. ^
Une imprimerie, qu'on peut considérer comme une succursale de celle de Boulak, publie de temps en temps quelques volumes d'histoire ou de poésie; mais de même que ceux de Boulak y ces ouvrages, à peine sortis de la pressé, sont entassés dans des magasins oîi ils pourrissent , parce que personne ne se soucie de les acheter, encore moins de les lire, qu*ils ne répondent en aucune manière à Tesprit de la population , et qu'ils ne sont nullement en rapport avec le pays qu'il s'agit d'instruire et d'éclairer.
r.e dernier établissement industriel de la citadelle est l'hôtel des monnaies qui consomme, année commune, environ qnatre cent raille drachmes d'or ( i ) pour la fabrication des khaïries ou pièces de neuf piastres. On peut évaluer à trente pour cent environ le bénéfice du gouvernement. La détérioration successive dé toutes les monnaies turques, et principalement des medins (paras), a forcé le vice-roi à renoncer à la fabrication de cette petite monnaie qui était, il y a quelques années, une des branches les plus actives du commerce d^ l'Egypte. Il sera facile d'apprécier la détérioration que ces monnaies ont éprouvée, quand on remarquer"
(i) La tirachmii d'or vaut i-o fr Soc.
loi
qu'en 1772, sous le gouvernement d'Ali-Bey, q ua tre* vingt-dix medin s formaient la contrevaleur d'une piastre forte d'Espagne; le cours de la même monnaie fut fixé à cent cinquante niedins lorsde l'arrivée de l'expédition française, et elle en vaut aujourd'hui huit cents.
lOa EGYPTE ET HDBIE.
CHAPITRÇ IV.
Genseil-royal. — Division de l'Egypte en gouvernement, généraux, provinces, départemens et cantons. — Sa population. — MbncRrs. — Mèmonrs. — Ihizirs. — Kachefe. '—■ Kalmakams. — Gheikhs-el-Beled. — Sarafs. — Ifassah. — Ghahed. — Ministères. — Finances. — Assignations. — Ministre de la guçrre. — Instructeurs européens, -^r Administration de Tarmée. — Uniforme.
— Armement. — Cavalerie. — Haras. — Artillerie. — Conscription. - Considérations suç la levée des troupes.
— Avancement. — Conseil supérieur de la guerre. — Solde. — Taaiin. — Écoles de Kasr-el-Aîas; — de médecine humaine et vétérinaire; -^ d*état - major. — M. Kçpuig. — École de cavalerie, — d*artillerie. — Manufactures. — La Malta. — Fabriques de draps. — Laines d*Égypte. — Fabriques de soieries, -r de papiers,
— de produits chimiques. — Considération^ sur les fabriques.
Pendant le séjour du vice-roi à Alexandrie, Fautorité supérieure est confiée, au Caire, à un Conseil royal {Machouèra^el'melikié)çim exerce une haute surveillance sur toutes les administrations civiles et militaires. C'est à lui que sont soumises toutes les questions médicales et scientifiques qui concernent les écoles; mais ce conseil composé de Turcs ignorans et intéressés , çt qui n'ont d'autre mérite, pour la plupart,
EGYPTE ET SIUBIE. lo3
qu«xl'avoir accompagné le yice-roi en Egypte, ofire peu d'avantager. Rien n'égale les entraves qu'éprouvent à chaque instant les améliorations proposées par les Européens sincèrement dévoués aux intérêts de Méhémed-Ali ; et l'on peut dire que cette institution dont on devait attendre de bons résultats, n'en produit le plus souvent que de nuisiblesXes attributions prin« cipales du Conseil royal sont relatives aux instructions qui doivent être transmises auxagens des provinces. Pour mieux en faire comprendre l'importance et l'étendue, il est indispensable de dire un mot de l'organisation nouvelle que Méhémed-Ali a établie en Egypte.
Là vallée du Nil a été divisée en cihq gouvernemens généraux subdivisés en provinces , départemens et cantons, dont la population, diaprés des calculs aussi exacts que possible ^ se compose de
Turcs. ........ 1 5,ooQ
Fellahs ( Arabes cultivateurs ). i ,800,000
Coptes. ........ 145,000
Nubiens 7,000
Mamlouks 49^o<^
Mamloiiks françciis i5
^ reporter. . . 1,971,015
Report. .. ., 1,971,015
Arabes bédouins :
— 16 tribus de pasteurs. 56,oooj
— 34 tribus de nomades. i5o,ooo) *
Grecs et Syriens 8,000
Arméniens i,5oo
Juifs 3,5oo
T^T, (femmes. i3,oool „
Nègres. . . {, ^ 18,000
nommes. 5,ooo
Européens 5,ooo
Total. . , . a,ai3,oi5
. Les Moudirs^ ou gouverneurs-généraux, reçoivent leurs ordres du vice-roi ou du Conseil royal. Ces Moudirs exercent un droit d'inspection directe et immédiate sur les Mèmours ou chefs des provinces de leur gouvernement, qu'ils visitent de temps en temps pour s'assurer si leurs instructions sont suivies avec exactitude.
Un petit corps de cavalerie et d'infanteri'»
irrégulière , destiné à la police , est placé da js chaque gouvernement sous l'autorité des moudirs; et des aides-de-camp attachés à leur personne sont chargés d'aller porter leurs ordres aux chefs de ces milices. Enfin, des Djornaldjiy
EGYPTE ET NUBIE. Io5
commis turcs 9 parcourent les provinces et leur rendent compte jour par jour de ce qui se passe, et principalement des opérations agricoles.
LeMémour exerce les mêmes fonctions que le Moudir , mais avec plus de détails dans ses rapports avec le Nazir^ commandant de département. Il doit indiquer à chaque village la quantité de feddans destinée à telle ou telle culture, suivant la qualité du terrain ; surveiller l'exacte perception àwjurdy et du miri} et faire réunir dans les magasins, après la récolte, les produits destinés au gouvernement. Le Mèmour est encore chargé de propager la vaccine, et de faire exécuter avec rigueur le$ ordres qu'il reçoit du ministre de la guerre pour la conscription militaire.
Les attributions du Nazir dans le département qui lui est confié, sont les mêmes que celles du Mèmour dont il dépend. Il donne aux fellahs reçu des denrées qu'il leur prend. Le Nazir est spécialement chargé de surveiller l'arpentage des terres et la distribution des cultures. Il correspond avec le Conseil royal , auquel il envoie le journal de ses opérations ; il indique les changemens à faire et propose les aniéliorations. La décision du conseil sur toutes ces opérations est ensuite soumise au vice- roi , qui approuve, rejette ou modifie.
lo6 EGYPTE BT IIÏUBIE.
Des ingénieurs sont envoyés auprès de chaque Nazir pour s'occuper principalement du nivellement des terrains, et pour fixer Tépoquei et le lieu où l'on doit de préférence ouvrir les digues, lors de l'inondation.
Immédiatement après le Nazir, et dans les mêmes attributions, vient le Hakem-el^khot ou Kachefi chef de canton, chargé de surveiller l'exécution détaillée des oi:dres de ce fonctionnaire.
Dans cette hiérarchie de pouvoirs , tous les emplois- étaient naguère confiés exclusivement à des Turcs ; ils viennent d'être donnés à des Arabes, par une décision toute récente ( 1834) qui n'a réservé aux Turcs que les seules fonctions de Moudir. Cette réforme, dont les bienfaits à venir sont incalculables, a eu pourtant pour premier résultat de rendre les pauvres fel* iahs encore plus malheureux que du temps des Turcs, et on voit les nouveaux chefs exercer sur leurs compatriotes une autorité plus despotique et plus vexatoire encore que celle des étrangers.
Le Kaïmakam (substitut) recevait du Nazir (hi département des ordres qui lui étaient transmis par le Kachef . Chaque village un peu important était soumis à l'inspection souvent arl)itraire de cet employé, qui, choisi parmi les
iGTPTE ET NUBIE. IO7
ie\laksj avait pour mission de protéger les agens^ siiballeroes dans l'exercice de leurs fonctions. Il était ^1 outre chargé de contraindre, par tous les mdyeqs possibles, les habitans au paiement de leurs contributions.
Ma» depuis lés premiers mois de 1 834 9 ^^ fonctions deKaïoiakam ont été supprimées , et réunies à celle^ de Cheikh^l-beled ^ tilre que Ton pourrait traduire avec assez d'exactitude par celui de[maire.G'cstaa CheïkhTjel-beled qu'on a recours pour les affaires de détail de chaque localité. Il est, en outre, chargé d'apaiser les querelles et de terminer à l'amiable les différends et les procès. Mais le plus souvent il met les plaideurs à contribution, et sert ainsi luimême d'instrument d'oppression aux malheureux fétlahs, constamment avilis et dépouillés par les toille tyrans qui les gouvernent.
La comptabilité de chaque département était confiée, il y a quelques années, à un Copte choisi parmi les principaux de sa nation. Cet etnptoyé , placé sous la surveillance du Kazir, qu'il était hii^méme ordinairement chargé de surveiller en secret , dirigeait tous les écrivains de canton, les changeait ou les révoquait à son gré. Aussi rietait-il pas rare qu'il trouvât parmi eux dés dénonciateurs; et l'exercice de celte place, s'il était lucratif, n'était pas sans dan-
gers. La nouvelle réforme vient de réduire le nombre trop considérable de ces employés, et la comptabilité a été réunie, dans le chef-lieu de chaque gouvernement , sous l'inspection et la responsabilité des Moudirs.
Un Saraf ( banquier ), copte ou arabe , est placé dans chaque village en qualité de percepteur. Il tient le rôle des impositions, et en reçoit le montant des fellahs. Il est aidé dans ses fonctions par le Che'ikh-el-beled el\eMassah (arpenteur). Si cet employé prévarique, le Nazir qui l'a nommé est retsponsable. A mesure de la rentrée des fonds , le percepteur les envoie à l'agent comptable, résidant au chef-lieu du gouvernement dont il dépend. Pour éviter des concussions qui se répétaient fréquemment, on exige aujourd'hui que tous ces employés, avant d'entrer en fonctions, fournissent un garant solvable.
Le Châhed est une espèce de délégué du Cadi.
Chargé de rendre la justice dans les causes peu importantes, il exerce aussi les fonctions de notaire, et dresse les actes publics, comme transactions, contrats de mariage , etc. Les fellahs recourent à son tribunal, quand le Cheikhel-beled n'a pu terminer leurs différends; et quelquefois il juge et prononce ses arrêts sans qu'il soit besoin ni d'instance , ni même à peine
EGYPTE El NDBIE. I09
de l'exposé des faits. Il va sans dire que dans ces diverses fonctions , le Châhed est toujours chèrement rétribué. Le temps de la distribu tion gratuite des ilam (sentences ) est passé ; et les greffes sont aujourd'hui tout aussi lucratifs en Egypte que dans notre Europe.
Les ministres sont de droit membres du Conseil royal, que l'un d'eux préside le plus sou* vent. On se ferait toutefois une bien fausse idée des ministères égyptiens, y si on les croyait organisés d'après le mode de ceux des gouverneméns d'Europe. Les ministres ne sont ici que de véritables chefs de bureau, dont les attributions ne sont pas Èaéiiie déterminées d'iine manière fixe , et qui ont à peine le libre arbitre pour la nomination dés plus minces employés.
Les opérations les moins importantes ont besoin de la sanction du vice-roi, sanction dont le Conseil royal ne peut lui-même se passer pour aucune de ses décisions.
Le ministère ou , pour parler plus exactement , l'administration des finances est confié à deux Khaznadars (trésoriers), le djéhadié ( militaire) et le mirié ( civil ). Ces deux officiers turcs sont responsables de tout le mouvement des fonds. Aucune pièce, aucun mandat n'est valable s'il n'est revêtu de leur visa, qui con-
ilO EGYPTE ET NUBIE.
sîste dans l'apposition de téur cachet ^ ce qui ^ chez les orientkuk, équivaut à la signature.
Les paiemens se font au khazné (trésor) en numéraire 9 ou en assignations délivrées par un des khaznadars. Ces bons ou assignations sont soumis à un agio, qui varie suivant les circonstances politiques et commerciales. Pendant la guerre de Syrie ^ on les escomptait à a5 ou 3o p. loo : aujourd'hui , on en trouverait difficilement au-dessous de 7 pv 1 00. Leur remboursement est facultatif dé la part du gouvernement, qui ne les admet en paiement des denrées qu'autant que la convention en a été faite préalablement avec l'acheteur.
Pour faciliter le travail compliqué de l'admi* nistration des finances , les attributions ont été partagées entre trois effendis turcs, placés à la tête de la division des assignations, et trois premiers commis coptes qui dirigent celle de la comptabilité. Tous les écrivains coptes et da-* masquins, employés sous leurs ordres, ont appris à tenir leurs livres en parties doubles :à la manière européenne, nonrseulemeût pour ce qui concerne le trésor public^ mais encore pour la comptabilité des diverses administrations de l'Egypte. Malgré ces améliorations, il règne dans le département des finances , comme dans
ÉGTPTE ET NUBIE. I I I
tous lesatitres, un gaspillage effroyable, source de scandaleuses fortunes pôinr quelques-uns et de misères pour le peuple.
Le seul haut employé du Pacha , dont les fonctions aient réellement quelque valeur, est le ministre de la guerre. C'est à lui qu'est confiée radministration de l'armée, et la surveillance supérieure de toutes les opérations mili* taires ; et quoique; rien ne se fasse sans l'autorisation préalable de Méhémed*Ali , il Êiut reconnaître que l'influenee de ce ministre- est immense : il est rare que toutes les réformes ou changemens qu'il propose n'obtiennent pas l'approbation de son maître. C'est du reste la partie de l'administration qiii marche le mieux: et quoique susceptible elle-même de bien des améliorations, on peut dire qu'elle est en grande voie de progrès.
Nous avons déjà indiqué le chiffre de l'armée : nous alloDs maintenant entrer dans quelques détails qui i^ous paraissent néces^ saires pour compléter ce que nous avons à dire sur ce sujot.
Un Taalimdjii^ instructeur ) et un chirurgien européens sont attachés à chaque régiment; mais ils ne comptent pas dans les rangs de l'armée. La religion y a toujours été un obstacle insurmontable. On pourrait donc à la
lia ÉOYPTK ET NUBIE.
rigueur les considérer comme de simples employés civils, dont l'avancement se réduit à une augmentation de paie lorsqu'on est contetit de leur service (i).
La fausse position dans laquelle sont placés des hommes qui , sans occuper un rang dans l'armée , se trouvent chaque jour dans la nécessité de surveiller l'instruction des officiers supérieurs, les expose à des tracasseries continuelles ; aussi , lassés par les entraves qu'on ne cesse de leur opposer, presque tous les instructeurs de quelque mérite ont quitté un pays où ils n'éprouvaient que des dégoûts. Il ne reste pour ainsi dire aujourd'hui, au service du vice-roi , que des Italiens bannis de leur pays pour opinions politiques, et qui, dépourvus de moyens d'existence , sont réduits à souffrir les avanies dont on les accable.
L'administration de l'armée est laissée aux chefs de corps. Ce sont eux qui font distribuer les rations et prennent les moyens nécessaires pour assurer les subsistanceis. Le ministre de la guerre est le centre commun avec lequel
(i) Le traitement des instructeurs varie de a,ooo a 4»ooofr. Ceux qu'on envoie au Kordofâl et au Sennaar reçoivent jusqu'à 6,000 fr. ; et ce traitement est porte à 8,000 fr. pour ceux qui suivent l'armée en Arabie. On accorde à tous une indemnité d'habillement de a5o fr. environ par an.
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tous les corps communiquent directement.
Son délégué^ dans chaque régiment, est un major chargé de sa comptabilité , et chaque bataillon à ensuite un écrifain copte y qui tient les registres. Le plus affreux pillage règne dans cette administration. Le colonel , qui lé plus souvent né sait pas lire, appose son cachet sui* toutes léis pièces; son ignorance le force à tout admetti'e sans vérification. D'ailleurs ^ preisque jamais les colonels des régiinens éloignés né manquent de profitei' avec avidité d*un désordre qui laisse leurs actes administratif sans contrôle possible. On n'a cherché qu'imparfaitemetlt jusqu'ici à remédier aux vices de cette comptabilité; et les moyens de répression se sont bornés à la destitution et à l'exil dans le fort d'Âboukir dé quelques colonels convaincus des plus honteuses dilapidations;
L'uniforme de l'infanterie est le même poui^ tous les régimcnéi sans distinction régimèntaire. Il se compose, en hiver, d'un pantalon de sei^e rouge plissé à la ceinturé et serré au genou , et d'une veste de même étoffe liée par une ceinture de Cuir. Depuis la campagne dé Syrie, chaque homme reçoit en outre un habit de drap brun ou noir. En été , l'habillement est de toile blanche.
Toute la cavalerie est vêtue de serge bleue.
1(4 EGYPTE F.T VCBIÈ.
Ces uniforme^ sont mal confectionnés ei presque toajours en lambeaux. Des souliers le plus souvent traînés en pantoufle , suivant l'usage oriental , complètent ce misérable costume* Le tarbouch ou fess ( calotte rouge ) est la seule coiffure pour tous les militaires et pour les Européens attachés au service.
Les soldats ont l'armement français ^ mais en assez mauvais état. I>es armes ont été, dans l'Origine I tirées presque en totalité des fabriquée de liége ou d'Allemagne ; mais aujourd'hui la manufacture établie à la citadelle du Cairis suffît aux besoins de l'armée. Les serges et les tarbouchs sortent aussi des fabri^ ques du Pacha; mais grâce à la mauvaise direction de ces établissemens , leurs produits coûtent à peu près le double du prix auquel ils reviendraient si la fourniture en était abandonnée au cotnmerce.
Ce n'est qu'après son retour de Morée, qu'Ibrahim-Piacha a commencé à former sa cavalerie. Cette arme pouvant plus que les autres ^ passer d'ordre ^ et les orientaux préférant à un ensemble régulier la fougue et l'élan individudl y on n'avait pas jusque-là songé à la mettre sur le pied européen. La création d'une cavalerie régulière offrait d'ailleurs en Egypte de grandes difBailtés. Les
chevaux manquent dans la vallée du Nil, et Ton fut d'abord forcé de prendre aux officiers venus du Nedjd , les chevaux de race qu'ils avaient amenés. On en fit ensuite venir de Syrie, de Garamanie et dé Bomélie. Enfin ^ on acheta aux Bédouins une partie de leurs jumens; cette mesure eut le double avantage de les rendre moins redoutables en les démon* tant , et de faciliter la formation des haras , dont on peut attendre les plus brillans résultats, si Ton s'occupe d'une manière sérieuse dé Ces utiles établisseïnens (i);
L'artillerie avait été tellement négligée
(f) Une décision toute noavelliB de Mébémed- Ali vient .d*au* tpriser M. Hamont, directeur de l'école vétérinaire, à former à Choubra on haras qui pourra contenir 800 chevaux. IndepiBndamoient des hangars» des écuries rtiodèlea, de deûit manèges couverts» etc., Cent feddans seront joints à rétablissement j[M)ur la culture des divers herbases nécessaires à la npurriiure des animaux du haras. Cet établissement est d*autant plus utile, que lés Tlircs n*ont anen ne connaissance des soins qu'exigent les cbeyauz/etqueebex eux ks appareillemens se font sails règles et sans principes. Atbsl la belle race des chevaux des Mamlouks, produit d*un croisement d'étalons asiatiques et de jumens égyptiennes , a presque entièrement disparu. La race des chetaux indigènes (mosné), est elle-même devenue mauvaise, très faible, sans beauté » impropre à aucun service fctif; et elle se détériore tous les jours. Quantaux bons chevaux secs et vigoureux qu'on remarquait dans la Hante-Égypte, l'expédition militaire deHedjaz a tout absorbé, et la race est perdue.
Il6 JÎGYPTE ET NUfflË.
pendant long^-temps , qu'après la campagne dé Morée elle n'existait pour ainsi dire que dé nom. C'est à ce corps qu'on empruntait les hommes nécessaire^ pour compléter les bâtait Ions d'infanterie qui recevaient un ordre de départ; de telle sorte que le seul régiment de cette arme que possédât Méhémed-Ali , se trouvait journellement disloqué et avait constamment de nouvelles recrues à former; Dans une levée faite en 1828, on ne craignit pas d'y incorporer des enfans de douze ans. Ibrahim- Pacha f parfaitement secondé par un colonel espagnol , M. Seguéra, a rendu à cette arme le privilège dont elle devait jouir, celui de choisir ses recrues parmi les plus beaux et les plus intelligens soldats de Tarmée ; et le personnel en est aujourd'hui très satisfaisant. Le matériel est également nombreux et en bon état.
L'âfméeégyptienne,tant de terré que de mer, se recrute parmi les fellahs ou cultivateurs. Les Arabes du désert, avec leurs habitudes guerrières et leui* existence endurcie aux fatigues, seraient bien propres à faire d'excellens soldats ; mais leur caractère indépendant et la vie libre à laquelle ils sont accoutumés, ne permettent pas de les enrôler sous les drapeaux de corps réguliers. Au^si le vice-roi ne l'a jamais tenté. Les levées se font de la manière la plus.
«xpéditive. Le gouvernenient. envoie à tous tes Moudirset ceux-ci à tous les Cheïkhs-el-beled Tordre de fournir un certain nombre de con**: scrits dans un délai déterminé. Aussitôt les Arnaouts, irréguliers, attachés au service de chaque gouverneur, fondent à l'improviste sur les villages. A leur approche tous les habitans prennent la fuite. Les malheureux qui ne peuvent parvenir à s'échapper, sont saisis sans aucune distinction d'âge, ou de condition et conduits au chef-lieu de la province. Là, ils sont visités par un chirurgien et renvoyés sur-lechamp comme impropresau service, ou dirigés, les mains liées derrièce le dos, sur le Caire ou sur Alexandrie, suivant l'araqie à laquelle ils ^nt destinés. ,
En Turquie, les hommes qui ont songé à introduire les innovations européennes, ont commis la £siute de les substituer brusquement aux institutions du pays. Au lieu de donner à ces innovations une base solide, en les ap* puyant sur les coutumes anciennes qu'on eût peu-à-peu modifiées, on a heurté les mœurs de front f et, devenues hostiles au pays,, les institutions nouvelles ont trouvé dans les préjugés ^ des peuples une opposition que le despotisme le plus absolu a peine à comprimer.
G't;st surtout dans l'organisation du système
Il8 £GYPT£ £T NUBIE.
milUaire que cette absence de pi*ofondeur dans Les vues, que ce uumque <de patience dans Texé-^ cution se font sentir d'une manière déplorable.
Mefaémed-Ali voulait une armée et conséquemment des booimesj il les a fait saisir viol^BOiiml çoinine on prend au lasso les chevaux sauvages des Pampas de l'Amérique ; la force ^ rien que la force, tel a été l'unique élément appelé à organiser. Aujourd'hui encore on en est là 9 parce que la ibroe a réussi et que le succès en a sanctionné l'emploi. Mais aussi par te seul fait du mode de recrutement, le métier des aitnes inspire encore aux fellahs la même horreur que le premier jour; et un seul revers de l'armée suffirait peut-^tre ppur entraîner sa dissolution , et avec elle la ruine de la puistsance du vice-roi.
En créant une armée , il fallait comprendre pour quelque chose dans son organisation les paœuns et les croyances nationales. Le dogme de la fatalité se présentait : pourquoi ne pas s'^n «servir ? pourquoi ne point approprier le mode de recrutement aux idées religieuses des fellahs? En prenant, dans l'origine, un homme $nr cent au moyen d'un tirage au sort dans chaque village, on eut évité l^antipathie secrète et les oppositions ouvertes. L'homme désigné par le sort eût baissé la tête et adoré la volonté
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de Dieûf il serait arrivé sous les drapeaux^ «ni, saDS gardiena^ sans liens. Pliù tani on i^ût pa augmenter le chiffre des demandas e» suivant toujours le même, mode de levées, et mettre ainsi à pr^t, avec i|ii immense avantage pour lalbrce morale dagquyememenr, k fanatisme qui^ blessé au vif, lutte avec opiniàtrelé contre r^Sreox Bio}Pea de la chasse aux hommes^
Le& Turcs sont seuls admis aux grades aur ^dessus de celui de lieutenant) et c'est là y on peut le dire, le plusgirand obstacle à la formar tion^ d'une bonne armée en Egypte. QuqI sèle, quelle: émulation peut-on attendre de soldats amenés par la force sous les drapeaux, dont le temps de service est illimité et dont la vie en«> tière est invariablement fixée , sans siucune pei^pective de bien-tétre à venir? Pour les ^jlBit ciei«,au contredire, dès quç le titre de Turc wf&t pour leur fisiire obtenir les grades , quf 1 désir d'instruction peuvent-ils avoir? quelle influence peuvent-ils avoir sur des soldats qu'ils méprisent comme appartenant à uQe caste iaférieure, et qui les haïssent à leur tour de toute la haine qu'on peut porter à des éti^anger^ par lesquels on voit usurper tous ses droits.
Des Mamlouks , qui n^avaient jamais quitté le sérail du vice- roi, ont été tout-À-coup impro*visés colonels ; et on les voit, chamarrés d'or çt
laO iGYPTE IST NOBIE.
étincelans de diainaiis^ venir commander à des sqldats en guenilles^ auxquels ils présentent, au sein de leur profonde, misère , le contraste décourageant du luxe le plus eilréné. Cependant la race de ces Turcs auxquels le pays est sacrifié, tend à diminuer rapidement en Égyptef.
Certes, si aucune secousse ne vient tirer de leur léthargie les populations arabes, elles pourront demeurer quelque temps encore dans cette situation passive ^e la brute, à la;quelle on laisse Tair qu'elle respire et la nourriture indispensable pour ne pas mourir de faim; mais, à la moindre commotion, elles sauront retrouver leur énergie et reconquérir leur rang d'hommes.
La guerre de Syrie a ^ous ce rapport hâté rapidement le développement des idées. Annobli par la victoire, le soldat égyptien a compris qu'il était plus qu'une machine; il a osé se plaindre de ce qu'on ne récompensait que son général-euH^hef pour les victoires de Homs et de Konieh; il a commencé à comprendre tout ce qu'il y a d'odieux dans l'ilotisme dont il est frappé , et pour la première fois il a su murmurer hautement.
Aucune ordonnance ne fixe le mode d'avancement, qui est tout entier à la faveur. Depuis quelque temps cependant, on n'a choisi les
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chefs que parmi ceux qui, après avoir' déjà passé par les grades inférieurs , avaient plu-^ sieurs années de service.
Le conseil supérieur de la guerre es^t seul appelé à prononcer sur les délits et sur l'application des peines. Du reste , la dignité de l'officier n'est pas même comprise en Egypte; et son rang ne le met pas plus que le simple soldat à l'abri de la bastonnade. La solde étant sans proportion avec l'importance des grades , les rapports d'inférieur à supérieur sont encore plus serviles que respectueux. Là , le capitaine est serviteur du chef de bataillon et maître du sous-lieutenant; et l'on voit tous les jours des officiers allumer la pipe de leur commandant , et servir. le café tant à lui qu'à ses botes.
Nous venons de dire que les traitemeus des officiers supérieurs étaient dans une disproportion choquante avec ceux des officiers subalternes. Les chiffres établiront d'une manière plus positive la vérité de cette assertion.
Le trsiitement des pachas ou généraux de division n'est pas fixe ; mais on peut l'évaluer à cent mille f rancs, sans y comprendre le taaïin ( i ) ou ration en nature, dont la quantité augmente avec les grades,
(i)Le taaïin est calculé à 25 p. par mois pour le soMat. L'officier le reçoit eo argent.
laa KGYPTE ET NUBIE. »
PiaAire*. Fr«ne«. Rat. i» Uiio.
y'tr Uwa (maréchat-de-camp ). i5o,ooo 45,ooo a 4
Uir-ahi (ooloDel) xoo,ooo 3o,ooo
Kaîmakam (lieutea.-oolonel ). 3d,ooo 10,800
^ijs-3acAi (chef de bataillon). 3o,ooo 9,000
Saghrkol^gassUhàyàà.'aaloT), iSooo 4,5oo
5oAilo/^^jjî(adj.degauehO. 9,ooo a,4.oo
Yux-bachi (oBpitaine). . . ^ 6,000 z,8oo
3Jttlazim (lieutenant) 3, 600 x,o8o
Blulaùmisani (sous-lieuten.)* 3, 000 900
Baeh'tchaouch{mM\oT), . . . 36o 108
Tchaou^h (aergent) 3oo . 90
O/i-^acAi (caporal). 240 7a
Nefer (soldat) x8o 54
Le comptable turc xo,8uo 3,a4o
lie comptable eppte :j 9,000 3,700
On conçoit que dans l'origine , la nécessité ait en quelque sorte commandé cette inégale répartition. Il était en effet indispensable au succès des changemens médités par Méhémed^* Aliy que l'impulsion fût donnée par les hommes , les plus influens ; il fallait dès lors qu'ils eussent intérêt à voir s'établir le nouvel ordre de choses, et à le défendre contre les attaques des masses. Mais aujourd'hui que le système du vice-roi est affermi y aujourd'hui que l'exécution de ses ordres n'a plus nulle part d'opposition sérieuse à redouter y il serait temps pour lui de faire disparaître ces abus désormais inutiles, de suspendre ses prodigalités envers les grands, mais surtout d'améliorer le sort de ses soldats
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et de ses employés dénaés de tout, et dont la misérable solde n'est pas même payée exactement ( I ).
C'est aussi au ministre de la guerre qu'es^ confiée la direction des nouvdies écoles dou^ Soliman-Pacha (A. Sèves) vient d'être nommé inspecteur-général.
La plus importante, puisqu'elle fournit des élèves à toutes les autres , est l'école de Kasr-el- Aïn^ où douze cents enfans dé six à dix ans apprennent à lire et à écrire le turc et Farabe. Après c[ue les études sont terminées, on les envoie dans les écoles spéciales.
Celle d'Abou-Zabd contient <leux centquinze élèves auxquels on apprend la chirurgie et la médecine. M. Hamont, de l'école d'Alfort, a créé depuis 1 829 , sur le même modèle , une école vétérinaire où ^ent vingt élèves apprennent l'anatomie descriptive , la médecine opé-; ratoire, la botanique et la langue française (1).
(t) PendaAâ reipédkîon dks Syrie, il ^it dû viagt^ept mois de solde à 1*amiée.
(«) Cest «aas oootfcdii an^ très lieureuse idée que dé 8*occyper de la conaerKalioD «des moiittoos, des bœafs, des cba- «iMiis* «104 nais no eoio plus inpnlMitdevrait fixer l'atten- Ueo dtt gonveroeneat. Ce aerail de défendre la vente de li| cbaîr àts ainwAux «ahdes. Que quelques buffles, chameaux et autres beatiaux, atteints de maladies souvent contagieuses, •soient sur le point d'expirer, on en vend ia viande, et les iellafas
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Les directeurs de ces deux écoles ont fait de vains efforts pour empêcher que les élèves en soient retirés avant d'avoir eu le temps de perfectionner leur éducation. On leur laisse à peine trois ou quatre ans pour apprendre le français , puis pour faire leur cours de médecine humaine ou vétérinaire. Au bout de ce temps y quels que soient leurs progrès, le gouvernement , impatient de jouir de l'instruction qu'il fait donner à ces jeunes Arabes, les envoie danç les régimens, où l'on conçoit qu'ils font souvent plus de mal que de bien. L'école d'état-major, fondée en 1827 par le colonel Gaudin, promettait des résultats sur lesquels il n'est plus permis de compter. Elle se trouve à Tunisson de beaucoup d'autres créations, c'est<< à-dire frappée de stérilité, parce que le caprice du maître a cessé de la protéger dé cette volonté ferme sans laquelle tout périt en Egypte^
sont forcés de l'acheter. De là les épidémies fréquentes qui désolent la population. La cause première de cet abus doit être rapportée à l'apalte qui pèse sur la vente des viandes. On ne trouve sur les marchés du Kaire que des animaux extrêmement cliélifs que les consommateurs doivent acheter , et le cœur se serre en voyant de pauvres fellahs accroupis et dévorés par des myriades de mouches, se disputer quelques restes d*ane viande fétide et presque en pourriture. M. Hamont a vainement signalé ces abus auxquels le vice-roi a promis de romédit*r, mais qui continuent à régner comme auparavant.
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On dirait une sorte de fatalité qui fait que chacune des innovations dé Méhémed-Ali apporte avec elle le germe de destruction qui doit la dévorer presque au berceau. Il est impossi^ble de ne pas remarquer , dans cette imitation de nos institutions^ je ne sais quoi d'incomplet et d'inachevé, qui laisse percer l'ancienne barbarie et ne permet pas de croire au succès de toutes ces réformes improvisées. Et ce n'est pas seulement contre les préjugés et le fanatisme que ces réformes ont à lutter : il faut encore qu'elles triomphent des jalousies des gens du pays ^ des jalousies des Européens , et enfin de l'ignorance du Pacha lui-même, auquel il faut, pour ainsi dire chaque jour, persuader que la fondation d'une école lui est aussi utile^ que la construction d'un vaisseau ou la formation d'un régiment.
Près de cent officiers de vingt à vingtnciuq ans, ignorant pour la plupart les premiers éléraens de l'arithmétique, assistent à des cours de géométrie et de fortifications, d'ailleurs mal faits, et auxquels ils sont incapables de rien comprendre; au bout de deux ans, on en fait des instructeurs qui remplacent les Européens. Au milieu d'un ordre de choses si confus , on est tout étonné de voir un travail avoir de bons résultats; c'est celui delà traduction des
fabriques de coton qui produisent ^ année commune y douze cent mille pièces de toile , sur lesquelles le gouvernement a un bénéfice de six piastres par pièce.
Les manufactures de toiles de lin produisaient un million de pièces étroites et trente mille pièces de toile large ; mais il faut croire que le bénéfice était peu considérable , car le vice-roi vient de se décider à en abandonner le monopole. Cette mesure, dont on a voulu faire honneur à la philantropie de Méhémed-Ali, est demeurée sans avantage pour lé fellah ; car le gouvernement, qui n^èntéud pas perdre^ a donné des ordres sévères pour que la culture du lin fût réduite, et sacrifiée à celle d^i coton.
On a fait tant de bruit en Europe des innovations industrielles introduites en Egypte ,
Répott, .... 9 fabriq.
Scherbîn-el-Kom.
Zîfté
Mit'Garoar. . . .
Mahallét-eUKebir.
Semenboad.. . • Fouah.. .....
Nabaro
Daraietle
Rosette
Damanhour.. .
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
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id.
id.
à I fabriq.
BeDioaefi .... i id.
Mianiïeb x id.
Farchout i id.
Mélaouy. .... i id.
Tabta i id.
Djirdjeh i id.
Siout I id.
Kéné I id.
Ésné I îd.
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4|ii*il ne nous semble pas sans intérêt d'entrer xlans quelques détails sur un certain ciombre de ces établissemens.
La principale manufacture est établie à Boulak, et connue sons le nom de Malta (i).
Quarante métiers y sont mis en activité, au moyen de quatorze tambours, qui reçoivent leur mouvement d'un manège attelé de huit bœufs. Deux cents métiers pour tisser le fil de coton i mus par une pompe à feu venue de France, y fabriquent des batistes » des cambriks et des mousselines. On y imprime annuellement plus d^'un million die pièces d'indiennes , tant à la planche qu'à la mécanique. En général, l'impression de ces indiennes est imparfaite, et les couleurs peu solides.
Des ateliers de menuisei'ie , de fonderie pour les machines, de gravures sur bois et sur tour, enfin de tout ce qui est nécessaire à la fabrique ^ sont attachés à la Malta; et on y forme des ouvriers destinés à aller réparer, tant bien que mal, les machines de toutes les manufactures de l'Egyple. C'est dans cet établissement, dont on <loit la création à M. Jumel , que l'industrie européenne a le plus de ramifications.
Non loin de la Malta s'élève la fabrique de
(i) AiDsi nommée de ce qiic, clans rorisjioe, le plus grand «lombre des ouvriers qu'on >• employait étaient Maltais.
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draps. Des essais avaient été faits en 1818, mais ils ne réussirent pas comme on Tavait espéré , et le projet fut abandonné. Repris deux ans après 9 il fut à la veille d'échouer une seconde fois; mais le Pacha, qui venait de créer une armée régulière j voulait à tout prix qu'elle fût habillée avecdes draps fabriqués en Egypte. De nouveaux ouvriers arrivèrent donc du Languedoc; on mit la main à l'œuvre, cent métiers furent montés, et des laines de Minieh, de Djirgeh et du Fayoum, qui sont les meilleures de l'Egypte , furent tour-à-tour employées à faire des tissus qui , quoique mauvais, ont été trouvés suffisans pour l'habillement des soldats ; mais cette ardeur n'a point tardé à se ralentir. La mort de quelques employés européens, le dégoût de plusieurs autres, ont fait peu-à-peu diminuer le travail; et c'est tout au plus si on fabrique aujourd'hui dix-huit cents pièces de drap par an.
La manufacture établie à Damanhour , confectionne pour l'armée des draps à capotes d'une qualité grossière, mais d'un assez bon usage. On peut calculer qu'il se fabrique annuellement dans cette ville cent vingt mille aunes de ces draps.
Les laines d'Egypte sont du reste peu propres à faire de beaux tissus. La poussière nitreuse,
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dont elles sont imprégnées, les rend dures et sèches, et elles donnent plus de deux tiers de déchet avant de pouvoir être tissées; aussi eston obligé de les employer concurremment avec les laines de Tunis, d'Espagne et de Russie, que l'on fait venir à grai^ds frais.
Les fabriques de soieries ne pouvaient échapper à l'esprit spéculateur et entreprenant de Méhémed-Ali. En 1819 on en établit une au Caire , près de la place de Birket-el-Fil. On fit venir de Constantinople des Arméniens capables de faire des tissus en soie, et or et soie , tels qu'on les travaille dans cette capitale et aux Indes. Les premiers essais furent satisfaisans; et cette fabrique 9 entièrement dans le goût du pays, commença à prendre, dès son début, un essor qui s'est assez bien soutenu jusqu'à ce moment. Cent soixante métiers y sont employés à tisser la soie, l'or et le coton. En i833 on a mis en œuvre soixante-dix mille kilogrammes de soie. Ces tissus sont assez unis, et les dessins de bon goût. Les couleurs mêmes ont de l'éclat, mais peu de solidité.
La manufacture de papiers a échoué, et elle est aujourd'hui abandonnée.
La fabrique de produits chimiques, confiée à un Français, M. Hayme, a eu plus de succès, et fournit aux diverses manufactures du vice-roi
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les substances dont elles ont besoin pour la teinture.
Tel est l'état des fabriques d'industrie étrangère en Egypte. On peut calculer qu'il y a dans les filatures de coton près de trois mille métiers qui donnent par journée d'hiver deux mille trois cents rôties de fil, et près du double par journée d'été. Les métiers à tisser, au nombre de quinze cents, donnent en hiver deux mille cent quarante-cinq aunes par jour, et quatre mille soixante-quinze en été. Ces produits pourraient être augmentés d'un cinquième au moins, si les chefs d'atelier exerçaient plus de surveillance sur les ouvriers, et surtout si on les payait plus régulièrement : mais ces malheureux, dont on porte le nombre à trente-cinq mille, restent sans toucher leur salaire quelquefois une année; ils sont dès-lors sans amour-propre, et s'inquiètent peu d'un travail dont les résultats ne doivent apporter aucune amélioration à leur existence. D'un autre côté, l'achat des métiers entraîne le gouvernement dans des dépenses considérables. L'excessive sécheresse de l'air fait jouer les bois les plus secs, qu'on ne réussit à conserver quelque temps en bon état qu'en entretenant sans cesse sous les métiers des vases remplis d'eau. La poussière subtile dont l'atmosphère est le plus souvent chargée, pénètre
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dans les engrenages, use le métal ;. et donne bientôt du balottement aux pièces les mieux ajustées.
Les ouvriers du pays sont complètement lior& d'état de réparer ces dommages; et le gouvernement , sous peine de voir ses fabriques suspendre leurs travaux y est sans cesse obligé de faire venir d'Europe de nouvelles machines qui périssent même souvent sans avoir servi, faute d'un ouvrier capable de les monter. Pour celles qui sont mues par la vapeur, force est, dans un pays sans combustible, de se servir de charbon de terre venu à grands frais d'Europe, encore faut-il suspendre le travail , quand les vents contraires retiennent les navires portant les provisions pour les alimenter.
A ces difficultés que présente le climat, se joint l'insouciance des préposés du vice-roi et leur propension à détourner des objets à leur profit ; enfin la facilité avec laquelle on enlève des manufactures, pour en faire des soldats, les ouvriers auxquels on était parvenu à grande peine à faire comprendre le travail de la fabrication , achève d'exercer la plus funeste influence sur ces établissemens. Méhémed-Ali le comprend; et les conseils sages et éclairés ne lui ont pas manqué; mais ces fabriques sont pour lui des théâtres, où il va de temps en temps
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prendre quelque délassement. Dès qu'il arrive, toutes les roues tournent, toutes les machines sont en mouvement; cela fait bien du bruit et il s'en amuse. Les hommes supérieurs ont aussi leurs faiblesses.
Il suffit de vouloir de bonne foi s'enquérir par soi-même de !a vérité de tout ce qu'on a écrit, depuis quelques années, sur les progrès merveilleux de l'Egypte dans la civilisation , dans les arts, dans l'industrie, pour reconnaître combien on s'est fait illusion, en jugeant de rélat général du pays par quelques établissemens isolés, qui n'ont pour les masses d'autre résultat que d'accroître leur misère. Sans doute Méhémed-Ali a beaucoup Tait pour l'Egypte; mais, il faut bien le reconnaître, il n'a pris de nos industries, que ce qui pouvait Tenrichir, il n'a emprunté de notre civilisation, que ce qui pouvait lui permettre de lutter contre le Sultan : aussi son œuvre ne peut avoir de durée, s'il ne songe enfin sérieusement à adoucir le sort des populations soumises à son autorité. Les améliorationsopérées jusqu'ici ne sont quefactices, et seront éphémères , tant que le vice-roi n'aura pas réussi à intéresser son peuple à leur succès. C'est une enveloppe dorée qui recouvre des haillons , mais à travers laquelle l'œil le moins exercé distingue aisément les plaies
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qu'elle dissimule et tous les élémens d'une destruction inévitable.
On a proposé à Méhémed-Ali plusieurs projets pour changer la condition du fellah, par l'introduction d'un système plus favorable à la civilisation ; aucun n'a été accueilli, et peutêtre aucun ne devait l'être. Tous, plus ou moins absolus dans leurs priacipes^ admettaient des mutations trop brusques , trop radicales, qu'il serait impossible d'opérer sans des résultats violens et incalculables. Comment en effet porter tout-à-coup les conséquences d'une civilisation avancée, au milieu d'un peuple chez lequel il n'existe ni propriété , ni liberté d'aucune espèce ; où le gouvernement , maître absolu de la vie et de la fortune de chaque individu , est le seul propriétaire , le seul cultivateur , le seul fabricant , le seul marchand ? Ce serait paralyser, au même instant, toutes les ressources territoriales de l'Egypte, et lâcher au milieu de l'arène des chevaux sauvages emportés par leur ardeur , qu'il serait impossible de reprendre pour les soumettre au frein. Si le vice-roi craint de s'engager dans un système nouveau qui lui inspire peu de sécurité, qu'il conserve le système actuel, mais en accordant aux cultivateurs des encouragemens et des avantages qui triomphent de leurs repu-
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gnauces. Favoriser la population , encoufager lagriculture , voilà quel doit être Tobjet constant de ses efforts ; car pour l'Egypte, c^est toute Texistence. Méhémed-Âli ne dent pa»
détacher ses regards de ces deux branches principales de la prospérité du pays, avant d'en avoir assuré complètement l'essor et d'avoir fait en sorte que toutes les autres viennent s'y rattacher. En même temps, pour éviter le poids accablant de fortes armées permanentes, mais aussi pour garantir l'Egypte d'attaques extérieures qui pourraient compromettre son existence ,. il faut qu'en arrachant les Arabes à leur indolence naturelle , il les forme à l'activité d'une vie toujours occupée : en un mot , qu'il rende son peuple à la fois militaire et cultivateur. Il faut qu'il songe sérieusement àfonder un système militaire politique, et qu'il forme des soldats citoyens qui sauront manier également bien le mousquet et la charrue , se nourrir etse défendre, et procurer au pays tous les avantages qui naissent d'habitudes laborieuses^.
Ces améliorations ne sont pas aussi difficiles^ à in^troduire qu'on pourrait le croire , et, dans notre opinion , elles doivent devenir le premier échelon de la civilisation égyptienne. Mais il serait absurde , en tout cas, de croire à la
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durée d'un système fondé, comme celui de l'Egypte, entièrement sur la force d'un côté, et sur la misère de l'autre. Quand le vice-roi aura augmenté ses revenus , ses vaisseaux , ses troupes; quand il contemplera avec orgueil tous ces attributs de sa puissance, et que sur le vaste pays auquel il commande il sera le seul à s'en applaudir, n'aura-t-il pas bâti sur lé sable; et cet ouvrage, xlont il prend aujourd'hui tant de peine à coordonner toutes les parties, ne sera-t-il pas inévitablement, un jour ou l'autre^ renversé par les mains même qu'il oblige à le construii^e ? Peut-être parviendra-t-il avec beaucoup d'efforts à le faire durer autant que sa propre vie; mais peut-il lui suffire de borner l'existence de tout ce qu'il a fait depuis vingt ans, aux quelques jours d'un homme déjà avancé en âge ? Tant qu'il ne placera pas la solidité de ses travaux dans l'intérêt des peuples auxquels il commande , tant qu'il ne voudra pas songer que ces peuples demeureront, tandis que lui passera , il n'aura travaillé ni pour son intérêt présent ni pour sa gloire à venir ; l'un et l'autre seront incessamment menacés de la destruction qui atteint tôt ou tard ce qui n'a pas racine dans l'avantage et l'affection du plus grand nombre.