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ils se laissèrent facilement aller à la révollè.
Dans les premiers mois de 1824 9 une insurrection, excitée par un cheïkti qui se disait prophète , éclata dans le Saïd. Plusieurs bataillons des nouvelles troupes qu'on expédiait du Gaire^ pour remplacer au Sennâr les restes des milices irrégulières qui en avaient fait la conquête ^ se réunirent aux insurgés , dont le nombre s éleva en peu de jours à plus de trente mille. Des barques chargées de provisions furent incendiées ; il y eut plusieurs engagemens sérieux ; et la tranquillité de la Basse-Egypte était elle-même menacée, lorsque quelques sommes d'argent adroitement distribuées aux principaux me^^ neui*s, semèrent la division parmi les révoltés } la disparition du prétendu prophète acheva de jeter le désordre dans leurs rangs, et ils se dispersèrent après avoir perdu près de dix mille des leurs. Ainsi se termina, après un mois d'hostiUtés , une insurrection conduite par des paysans sans expérience et presque sans armes , mais à laquelle le fanatisme avait imprimé un caractère de gravité, qui pouvait entraîner les conséquences les plus funestes.
Cependant ta révolution grecque faisait chaque jour des progrès plus inquiétans.
Alarmée par les succès maritimes des Hellènes, et surtout par l'inexplicable destruction des
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troupesnombreuses que Khourchid-Pacba avait conduites dans la Grèee après la défaite du satrape de Yanina^ la Porte voyait avec efiroi les cabinets les plus influens entraînés malgré eux» par la sympathie que cette révolution avait excitée en Europe; elle sentit la nécessité de frapper un coup décisif^ et toujours fidèle à sa politique, que commençait à inquiéter sérieusement la puissance de Mébémed-Ali, elle lui donna ordre de marcher contre les rebelles.
Trop faible encore pour braver les ordres de la métropole , trop habile d'ailleurs pour se refuser à la défense d'unef cause qui semblait celle de sa religion menacée , le vice^roi obéit aux. ordres du Sultan, qui l'appelait aux armest au nom de Tlslamisme en danger* Les prépa* rati& de l'expédition furent poussés avec assez d'activité; et le 1 6 juillet 1824 dix-sept mille hommes , huit cents chevaux et soixante-trois bàtimens de guerre, escortant plus de cent transports de diverses nations^ partirent d'Alexaû* drie. Bientôt l'île de Candie fut pacifiée, et Ibrahim-Pacha promena ses armes victorieuses dans tonte la Morée, où , quoi qu^on en ait pu tlire à cette époque , il donna plus d'une preuve de générosité.
Des résultats si facilement obtenus durent
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faire comprendre à Méhéraed-AIi ce qu'il pouvait attendre des troupes qu'il venait de créer; et peut-être, dès ce moment , se serait-il décidé à proclamer ses prétentions sur la Syrie, si la bataille de Navarin n'était venue l'obliger, par l'anéantissement de la plus grande partie de sa marine , à ajourner l'exécution de ses projets.
Ija journée de Navarin causa un vif chagrin à Méhémed-Ali ; mais il sut le dissimuler, et fut assez politique pour songer d'abord à proléger les Européens. Par ses ordres, des mesures immédiates furent prises pour prévenir le mouvement que cette funeste nouvelle pouvait faire naître parmi la populace , d'autant plus irritée contre les Francs^ que par une circonstance singulière, une éclipse de lune, toujours de mauvais augure chez les Orientaux, eut lieu le jour même de l'arrivée des ,bâtimens qui avaient pu échapper au désastre.
Malgré la destruction de sa flotte , le vice*roi ne varia pas un seul instant dans ses desseins. Il ne songea qu'à réparer ses pertes et à reprendre l'attitude militaire qui lui avait valu ses premiers succès, et qui devait encore lui en faire obtenir de plus signalés. Aucun moyen^ aucun sacrifice ne furent négligés pour atteindre ce but • et nous avons vu quel développement incroyable ont acquis ses forces de terre et de
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mer, relativement à Tétendue du pays auquel il commande et au nombre de ses habitans.
Tel est le tableau fidèle de l'organisation, des réformes nombreuses, des institutions nouvelles que rSgypte doit aux vingt années de règne de Méhémed-Ali. Hâ.tons-nous maintenant de faire connaître quelles charges écrasantes il a dû imposer à ses sujets pour atteindre ce but ; disons à quel priic il a obtenu , avec le titre de régénérateur de l'Egypte , de voir décorer du beau nom de civilisation son déplorable système de monopole. commercial, et la ruine du pays soumis à sa domination.
Sans cesse occupé des moyens d'accroître une puissance militaire qui seule pouvait le conduire à l'indépendance , Méhémed-Ali chercha toujours et avant tout à se procurer des ressources ; une pensée unique domina toutes ses réformes administratives , celle de faire rendre à l'Egypte le plus possible et le plus promptement possible; et jamais il ne parut songer qu'en épuisant ainsi le pays, il dévorait non pas seulement son revenu annuel , mais encore , avec lui, toutes les espérances de l'avenir.
L'établissement du monopole commercial suivit de peu d'années son avènement au pouvoir. Tous les produits de ITîgypte furent versés dans les magasins du gouvernemei^t ,
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qui se réserva le droit exclusif de les vendre. L'espoir de les réaliser plus facilement engagea le vice*roi à s'adresser aux Européens établis à Alexandrie. Marchands, courtiers , commis^ médecins même, tous ceux (}ui se présentèrent, offrant des prix avantageux, reçurent bientôt des denrées délivrées à crédit et san& aucune garantie. Il était facile de prévoir que cette étrange manière d'encourager le com raerce ne tarderait pas à avoir des résultats différens de ceux que l'on semblait se promettre. La plupart de ces négocians improvisés et sans bonne foi , étalant un luxe effréné, furent ruinés d'autant plus promptement, que, pressés de se faire des ressources pour satisfaire à leurs engagemens et pour obtenir de nouvelles denrées , ils achetaient et réalisaient à tous prix ; quelques-uns même quittèrent l'Egypte emportant des sommes considérables.
Séduit pnr les brillans avantages qu'on lui promettait d'un commerce avec Tlnde, le viceroi^ s'y livra avec ardeur; quelques spéculations mal combinées lui enlevèrent en peu de temps vingt millions de francs, et son trésor éprouva ainsi des pertes énormes.
En même temps, dans l'espoir de s'affranchir du tribut qu'il était obligé de payer à l'Europe pour les tissus qu'elle lui envoyait , Méhémed-
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Âli éleva à grands frais de nombreuses fabriques, comme s'il pouvait y avoir avantage à rendre manufacturière une nation dont tous les in* téréts sont dans l'agriculture j et à enlever à la terre des bras qui produisent dix fois plus en la remuant, qu'ils ne peuvent jamais le faire en tournant la roue d'une machine ? Voulant, avec les avantages qu'il espérait retirer de ces fabrications nouvelles , s'assurer ceux de tous les autres genresd'industrie(i), il força les ouvriers à ne plus travailler que pour son compte, et soumit tout à des apaltes ; de là le découragement et la détérioration des produits, tandis que , par une taxe, ou un droit de timbre sur les ouvrages sortant des ateliers, il aurait pu participer d'une manière plus juste et plus avantageuse aux bénéfices des fabricans.
Cependant les dépenses s'accroissaient dans une proportion effrayante. Il fallait fournit* à l'entretien des forces de terre et de mer; il fallait suffire à l'achat de bois de construction, de machines pour les fabriques., de munitions de toute sorte pour l'arsenal; il
(i) L'ÎDdostrie indigèoe consistait principalement en toilei de 61 de lin de diverses qualités, en tissus de laine gris pour rhabillement des fellahs , en soieries connues sous le nom de Sélaouy, d'Otmié et d'Alagby, et enfin en nattes de jonc fabriquées» If enouf, dans le Fayouro, à Assouan et à Wadi-Halfab.
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fallait enfin satisfaire à l'avidité d'une nuée d'Européens, que les circonstances rendaient tous les jours plus nécessaires, et qu'il était urgent de retenir au service de l'Egypte.
D'un autre côté, la Porte réclamait impérieusement des subsides. Pour faire face à cette dépense, aussi bien qu'à celles qu'entraînait Tex" pédition de Morée(T), le Pacha imposa unecon* tribution extraordinaire de huit piastres par feddan , mais elle fut insuffisante. Hors d'état de pourvoir, à l'aide de cette faible ressource , aux exigences du Divan , Méhémed-AIi frappa sur les maisons de chaque province une contribution nouvelle, dont le produit s'éleva à plus de 45,000 bourses (6,760,000 fr.). Déjà les moyens du peuple étaient épuisés ; mais les agens du pouvoir furent sourds aux murmures, il fallut payer, ou mourir sous le bâton ; les fellahs réalisèrent les bijoux de leurs fenimes; d'autres furent forcés d'exposer leurs bestiaux en vente dans les marchés , pour faire face aux demandes du fisc; enfin ceux auxquels les précédentes réquisitions n'avaient rien laissé , abandonnèrent leurs foyers et se sauvèrent en Syrie.
(i) Cette expédition a coûté au vice-roi i56,4i8 bourses» soit 78yai4tOoo piastres (près de 2 3 millions 1/2 de francs'^.
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Effrayés par le monopole ^ les marchands du Darfour, du Uedjaz et de TYémen, renonçant à leurs antiques habitudes ^ abandonnèrent la route de l'Egypte pour échapper à leur ruine. Le café moka devint si rare lui-même et si cher , que Méhémed-Ali fut forcé d'autoriser pour quelque temps l'introduction du café d'Amérique, et de demander au dehors l'approvisionnement de l'Egypte eu un café bien inférieur à celui qui y depuis tant d'années , était devenu en quelque sorte sa propriété. Cette circonstance eut du moins ce côté utile , qu'elle vînt créer momentanément une nouvelle branche d'importation, et raviver un peu le commerce, que l'épuisement du pays avait fait déchoir d'une manière si effrayante , que la consoDfimation des objets manufacturés d'Europe avait déjà diminué de plus des deux tiers.
La nécessité de soutenir à tout prix des finances qui s'obéraient chaque jour davantage, força bientôt Méhémed-Ali à se jeter dans les voies de l'arbitraire le plus révoltant ; car ces ressources indispensables , il lui était désormais impossible de se les procurer autrement que par la violence. Qui ignore en effet que le mot Crédit public est aussi peu connu en Orient , que les ressources qui en découlent ? Chacun vit au jour le jour, et se garderait bien
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de faire la moindre avance au trésor. Pour faire de l'argent 9 dans les circonstances urgentes, le seul moyen que le gouvernement puisse employer est l'avanie; et cette source était ellemême tarie, car il n'existait plus en Egypte de propriétaires fonciers. Les négocians du pays, n'ayant aucune branche de commerce libre , étaient eux-mêmes presque tous ruinés. Il n'y avait de riches que les premiers employés du Pacha, qui devaient leur fortune à sa générosité, et qu'il eût été imprudent de mécontenter, en diminuant leurs énormes appoiutemens. Le poids des charges publiques tomba tout entier sur les cultivateui^ ; le joug qui pesait sur eux devint de jour en jour plus despotique. Ce ne fut plus le despotisme turc, c'est-à-dire inégal , capricieux y fantasque , et laissant , par ses fantaisies mêmes, quelque relâche; mais un despotisme réduit en charte, pour ainsi dire, et qui ne dort pas un instant.
Forcé , comme tant d'autres gouvernemens, de donner toute son attention aux expédiens du moment , sans s'occuper de ceux du lende-^ main , Méhémed-Ali ne tarda pas à fouler aux pieds les règles qu'il s'était imposées. La perception des contributions en nature devint en tre ses mains un enlèvement général, un envahissement de tous les produits. Réduit au rôle d'iii-
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strument passif, le fiellah ne conserva plus aucun droit sur la récolte du champ qu'il cul<tivait; elle appartint tout entière au vice-rm, qui seul put en disposer et Tacheter au prix qu'il lui convint de fixer. Dès ce moment enfin ^ Méhémed-Ali se déclara possesseur absolu et sans réserve du sol et des productions de rSgypte y et la vie entière de ce pays fut concentrée dans sa personne.
Cependant les produits diminuèrent rapidement. La loi de solidarité, établie pour renié'^ dier au mal , acheva d'y mettre le comble.
L'émigration des habitant des provinces voisines de la Syrie , qui s'enfuyaient par troupes , malgré les dangers (i)t pour échapper à tant de tyrannie, vint à l'aide de la misère , pour hâter la dépopulation , dont les progrès furent tels , que de près de trois millions de fellahs que l'Egypte renfermait lors de l'invasion française , il en reste à peine aujourd'hui deux millions : race£siible et chétive, sur laquelle on a prélevé plus de deux cent mille soldats.
I^ désolation générale dont le pays était frappé, n'empêcha pas Méhémed-Ali de persé-
(f ) Plusieurs ppsies établi» au désert c|^s les environs d'£l- Arichy pour s'opposer à ces émigrations, a« aient ordre de faire feu sur les fuyards, et de les massacrer plutôt que de leur lâUx ser forcer le passage.
vérer dans l'exécution de ses plans ^ et de. poursuivre avec la même ardeur son système de monopole commercial. S'apercevant j mais trop tard , que les négocians auxquels il avait vendu ses denrées , étaient par leurs pertes ou leurs folles dépenses 9 hors d'état de s'acquitter, il résolut d'expédier désormais ses produits en Europe pour son propre compte, ou de ne plus les vendre sur place qu'au comptant; mais, cette fois encore , le résultat ne répondit pas à son attente.
Les acheteurs furent rares en Egypte : comment, en effet, un négociant pouvait-il , quelles que fussent ses ressources, lutter,avecle moindre espoir desuccès, contreun gouvernement dont il dépendait, pour ces mêmes affaires qu'il entreprenait concurremment avec lui? La crainte de le voir intervenir dans l'exportation de tel ou tel produit , arrêtait toute entreprise un peu importante. Force fut donc au vice-roi de faire entièrement des expéditions pour son compte; mais l'inconvénient n'était pas moindre, et il ne tarda pas à reconnaître que ses affaires commerciales en Europe étaient traitées comme celles d'un prince qu'on sait pouvoir perdre , et que, tout en écrasant, par ses immenses envois , les opérations des commerçans établis en Egypte, il ne pouvait cependant jamais
espérer de voir prospérer les siennes ^ comme elles l'eussent fait si la même masse de produits eût été divisée entre les mains d'un certain nombre de particuliers , qui auraient eu à faire fructifier leurs propres intérêts.
Le retour dlbrahim , après sa campagne de Morée , fit espérer un instant que des améliorations importantes allaient enfin être apportées au sort du peuple. On se flattait que rexpérience acquise par ce prince dans son contact avec les Européens , aurait une heureuse influence sur la prospérité du pays. Une réunion extraordinaire de tous les membres du gouvernement eut lieu au Caire pour délibérer, sur les réformes dont le besoin se faisait sentir chaque jour davantage ; mais ces réformes furent sans importance ; on se borna à faire quelques changemens dans l'administration, à assurer d'une manière plus exacte la perception des produits y à introduire un peu plus d'ordre dans les finances , à construire et armer des vaisseaux avec un peu plus d'économie , et à établir plus de discipUne parmi les équipages. Toutes ces choses avaient sans aucun doute leur utilité 9 et il en put résulter quelque bien ; mais des modifications de cette nature n'étaient que secondaires et presque insignifiantes.C'était à améliorer le sort de la population arabe,
qu'il fallait songer^ c'était à en faciliter l'accrois* sèment y à encourager l'agriculture, à affranchir le commerce; et c'est ce dont à peine on daigna s'occuper.
Cependant le besoin d'argent devenait plus pressant chaque jour, et les moyens de s'en procurer plus difficiles. Convaincu par ies essais précédens, que le système d'expédition pour son compte paralysait en Egypte toute espèce d'émulation, et rapportait beaucoup moins au trésor que le débit sur place, Méhémed'^Ali décida que le gouvernement n'expédierait plus rien, et que l'exportation des denrées serait abandonnée aux spéculations particulières.
Cette sage mais tardive mesure est venn imprimer une nouvelle direction au commercé européen, et lui rendre une activité depuis long-temps inaccoutumée. De nombreux établissemens se sont formés à Alexandrie ; ils achètent du vice-roi les produits du pays , pour lesquels ils obtiennent des fermans de sortie, à l'époque de la récolte, et la loyauté avec laquelle Méhémed-Ali a toujours rempli les engagemens qu'il avait contractés, a puissamment contribué au succès de cette nouvelle combinaison commerciale.
L'adoption de ce nouveau système , en fournissant au vice-roi le moyen d'anticiper ses
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revenus ^ avait momentanément apporté quelque amélioration à sa situationfinancière. Cepen^ dant les choses ne pouvaient pas demeurer longtemps dans le même état; une crise était imminente , et le moment était venu de tenter enfin le coup décisif pour lequel il avait fait tant de sacrifices. Ses différends avec le Pacha de Sainte Jean-d'Acre vinrent lui en fournir le prétexte. L'intervention de Méhémed-Ali auprès du Divan ^ en faveur d'Abdallah-Pacha . n'avait pu suffire pour lui en faire un allié. Celui-ci avait facilement compris que seconder le vice-roi, c'était se donner un maître plus dur que le premier , dont l'éloignement rendait d'ailleurs la puissance moins à craindre. Aussi s etait-il rapproché de la Porte y et n'avait-il pas manqué, à chaque occasion , de traverser les plans de son redoutable voisin. Les grie£s principaux repro^ chés par Méhéraed-Ali au Paeha de Saint-Jean d^Acre, £arent une dette de onze millions de piastres, qu'Abdallah se refusait à lui rembourser, et surtout la permission accordée aux fellahs fugitifs d'Egypte de s'établir en Syrie. Aux injonctions réitérées qui lui étaient fsiites, de fermer l'entrée de son gouvernement aux émigrés égyptiens, et de rendre ceux qui déjà s'y étaient établis, Abdallah-Pacha se contentait de répondre :
« Vizir, comme VOUS, de notre glorieux maître <c Sultan-Mahmoud, sur qui soit la protection a victorieuse de Dieu , je n'ai pas plus que vous « le droit de m'opposer à ce que ses fidèles sujets « quittent l'Egypte pour venir en Syrie , ou la « Syrie pour aller en Egypte. Obtenez de la « Sublime Porte que je vous rende vos fellahs, « et je m'empresserai d'obéir à son ordre. »
Le Divan , auprès duquel Méhémed-Ali porta ses plaintes, ne les accueillit pas plus favorablement : ce Lespaysans arabes sont les sujets de Fem- « pire et non les esclaves de mon Vizir, répondit tf le Sultan, au mois d'août i83i;il leur est loi- « sible de se transporter où bon leur semble.... »
A la fin d'octobre delà même année, l'armée égyptienne se mettait en marche pour la Syrie, la flotte, avec des troupes de débarquement, faisait voile pour Jaffa; et le a 21 décembre i832 , la victoire de Konieh ouvrait à Ibrahim les portes de Constantinople*
Nous venons de voir l'Egypte, tirée çle l'anarchie par la main vigoureuse de Méhemed-Ali , grandir sous l'autorité de cet homme, l'un des plus énergiques réformateurs des temps modernes. Nous l'avons vu , de simple volontaire albanais , s'élever en peu de temps sur les débris des partis qui se disputaient le pays , exterminer
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les Mamlouks; puis, maître chez lui j se répandre au dehors, ajouter l'Arabie à l'Egypte, participer aux guerres de la Grèce, occuper Candie ; enfin dans ces derniers temps, s'avancer dans l'Asie mineure, et faire trembler le Sultan sur son trône , défendu seulement par l'intervention protectrice des puissances européennes. Nous l'avons vu créer une marine comme il avait créé une armée; imprimer à l'administration une unité despotique sans doute , mais temporairement nécessaire peut-être, dans un pays aussi délabré ; appeler à lui les militaires , les ingénieurs, les savans de tous les pays; et son activité a suffi à tant de travaux , son esprit à tant de préoccupations. Mais qu'ont gagné à tout ce mouvement l'Egypte et ses malheureuses populations? sans doute il est juste de reconnaître qu'avant de songer aux améliorations intérieures, il était indispensable que Méhémed-Ali travaillât, avant tout et sans relâche, à se mettre en mesure de résister aux agressions du dehors. L'Egypte, couverte de moissons, percée de canaux, ne l'aurait pas défendu contre les attaques du Sultan, s'il n'avait eu ni vaisseaux, ni soldats. Mais aujourd'hui rien ne l'empêche de déposer la coignée avec laquelle il a abattu les Beys, les Uleraas, les Multézims , la résistance des Bédouins , enfin la I. 12
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suprématie de la Porte. Libre et indépendant de tous les côtés y le voilà maître de choisir sa route f et d'aller s'asseoir parmi les inflexibles despotes qui ont été l'exécration des malheureux jetés par la colère de Dieu dans leurs bras de fer, ou parmi les bienfaiteurs de rhumanité et les régénérateurs d'une racé oubliée d'elle-même et des autres.
Le moment est venu de juger si des vue»
d'avenir ont, plus qu'une soif insatiable de pouvoir, présidé aux réformes de Méhémed- Ali. Aujourd'hui que l'esprit de création durable lui est aussi facile que le despotisme perpétuel dans sa rigueur présente , c'est la route qu'il va adopter qui déterminera sa place dans l'aVenir.
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