INTRODUCTION. IX
plus juste. Et depuis un siècle et demi, par une bien étrange fatalité , toutes les vicissitudes de rhistoire, toutes les combinaisons de la politique changeante des autres cabinets européens semblent avoir conspiré avec la Russie la destruction de l'empire des Sultans.
Dès 1696 Pierre-le-Grand commença cette oeuvre d'envahissement que les évènemens le forcèrent d'ajourner. L'impératrice Anne la reprit en 1736; mais la paix de Belgrade, conclue en 1 739 par la médiation prévoyante de la France , rendit à la Turquie une partie de ce qu'elle avait perdu. L'incendie de la flotte turque à Tchesmé, en 1770, et la défaite de Choumla en 1774? forcèrent la Porte à signer avec Catherine le traité de Kaïnardji, qui commença l'asservissement de la Turquie en ouvrant pour toujours la mer Noire aux Russes, qui gagnèrent encore au traité de Constantinpple, en 1784 9 l'adjonction de la Crimée et du Kouban à F-empire.
La Turquie reprit les armes en 1787 pour secourir la Pologne, son alliée et son appui; mais le sort des combats lui fut encore contraire, et la paix de Yassi, en 1 792 , hâta sa décadence, en consacrant l'indépendance des provinces de Yalachie et de Moldavie ; enfin la fondation d'Odessa, bâtie par Catherine
X HTTRODUCTlOir.
vers le même temps ^ vint prouver à l'Europe; si elle avait pu s'abuser jusque-là , qu'il ne sagissait pas d'une occupation passagère, mais que le territoire conquis par les Russes était à jamais réuni à leur empire. Soit pusillanimité, soit imprévoyance y les puissances européennes demeurèrent paisibles spectatrices de tous les progrès des Russes , sans rien tenter pour la défense de leur ancienne alliée ; à la constance des efforts de la Russie, à sa politique sans cesse tendant vers un but unique, elles n'opposèrent jamais qu'une politique vacillante, sans but fixe , sans projet arrêté , politique guidée par les circonstances, propre tout au plus à retarder momentanément l'exécution des plans des czars , et dont les résultats furent le partage de la Pologne et le démembrement de la Turquie.
La descente des Français en Egypte donna à la Russie l'occasion de poursuivre, sous une autre forme, ses projets d'envahissement. D'ennemie qu'elle était , devenue protectrice , elle s'unit à la Porte par un traité de garantie mutuelle , traité qui , de même que celui de 1768 l'avait été pour la Pologne, devait plus tard être pour la Porte un acheminement vers la servitude.
Les grands évènemens qui occupèrent toute
mTRODUCTIOK.' XI
la durée du règne de Napoléon ne lui permirent pas de suivre y à l'égard de la Turquie , une marche constante: aussi la Porte le punitelle de ses tergiversations en signant, en i8ia, sous l'influence de l'Angleterre , la paix de Bukarest, qui nous devint si funeste en permettant à Alexandre de tourner toutes ses forces contre la France. Cependant, malgré les dr* constances défavorables dans lesquelles la Russie fut forcée de conclure cette paix , elle négocia si habilement, qu'elle réussit à réunir la Bessarabie à ses États et à s'avancer jusqu'au Danube. .
Les succès des armées alliées en 1814 et les traités qui furent la suite de l'occupation de la France , laissèrent quelques années de trêve à la Turquie , en occupant sa rivale dans l'Occident , où commençait à se développer cet esprit d'indépendance qui fit éclater les révolutions de ïïaples, dç Piémont et d'£spagne« Déjà la Russie était devenue, en Europe, puissance prépondérant^ , et si la Sainte- Alliance ne fut pas une concepti<)|i purement russe , le cabinet de Saint-Pétersbpurg avait au moins eu l'habileté de s'en faire )e centre; c'est peutél;re là le chef-d'œuvre de sa poUtique,
Pendant cet instant de trêve apparente ^ et malgré les graves intérêts qui semblaient de-