‹ L'Égypte et la NubieChapitre 6 sur 25 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

long succès y on lui substitua bientôt un thème philosophique. On avait signalé la Turquie comme la persécutrice du nom chrétien; on la signala comme l'enneinie de toute civilisation. £n Orient y protectrice infatigable de la cause de la liberté , qu'elle poursuit sans relâche en Europe , la Russie ne négligeait aucun moyen d'attiser ce feu de piété, de philosophie, ou de libéralisme, allume dans toutes les têtes. La presse du Nord , vendue aux intérêts russes , n'avait d'autre tâche que de soutenir chaque jour cette grande déception , et de varier, sous toutes les formes, les argumens en faveur de la cause sacrée des Grecs. Invoquant tour-à-tour le nom du Christ et ceux d'Aristide et de Léonidas, elle appelait, dans le fait, l'Europe entière à la défense d'une faible portion des descendans de Grecs du Bas-Empire; ou plutôt elle la conjurait, au nom des choses les plus saintes , d'affaiblir l'Empire ottoman , et de plonger la Morée et l'Archipel dans une interminable série de guerres et de dévastations, le tout à son seul profit. Les philantropes furent dupes de ces appels hypocrites faits à leur sympathie, au nom des plus nobles sentimens. Oui, sans doute la cause des Grecs méritait l'intérêt des nations! qui l'a jamais nié ? qui n'a pas exprimé ce vœu, à cette

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époque, de voir un médiateur généreux s'intarposer pour mettre un terme aux malheurs de la guerre qui décimait deux populations? Mais par quel débordement d'odieux mensonges ^ de principes anti-sociaux , d'apostasie à la doctrine si importante de l'indépendance des nations^ comme nations, cette cause ne fut-elle pas souillée!

Les gouvernemens de France et d'Angleterre, débordés par l'opinion publique, ne furent pas maîtres de résister à cette fièvre irréfléchie d'hellénisme, dont on a peine à se rendre compte aujourd'hui que l'engouement est passé. L'Autriche seule, entre les puissances que menace l'agrandissement de la Russie , fut assez sage, ou plutôt assez forte, pour s'abstenir de prendre parti en faveur des Grecs.

La Porte ne possédait alors aucun des moyens de publicité qui donnent tant de force aux gouvernemens européens; elle ne put rien opposer aux perfides accusations portées chaque jour contre elle; et bientôt, mise au ban des nations comme elle avait été mise au ban de la chrétienté, elle dut subir l'injuste loi du plus fort.

Nul doute que le Divan n'ait commis une faute en refusant de se soumettre aux conditions que lui imposait l'intervention euro- II. b

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