‹ L'Égypte et la NubieChapitre 7 sur 25 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

péenne, nul doute que des concessions, faites à temps, pour l'indépendance de la Grèce, n'eussent protégé celle de la Turquie , en enlevant à son implacable ennemi le prétexte de récriminations qu'il a su si habilement exploiter. La Porte ne comprit pas qu'il est des nécessités qu'il faut savoir subir. Elle résista aux sages conseils de l'habile représentant de la France, M. le comte Guilleminot; et le traité du 6 juillet, en mettant la Grèce sous la protection de la France , de l'Angleterre et de la Russie , confirma l'excommunication politique lancée contre les Turcs.

Aussi étonné de voir les puissances européennes protéger contre lui des sujets rebelles, que nous le serions nous-mêmes aujourd'hui de le voir intervenir dans les détails intérieurs de notre administration , le Sultan eut le tort de repousser leurs représentations , parce qu'elles étaient injustes. Il ne put croire qu'on songeât sérieusement à se liguer contre lui au nom de la civilisation outragée, au moment même où il trouvait, dans la révolution grecque, le moyen de répandre enfin sur ses sujets les bienfaits de cette civilisation au nom de laquelle on s'apprêtait à le combattre.

Depuis long-temps, en effet, le plus puissant obstacle à la prospérité de la Turquie était

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Texistence des Janissaires. Redoutables aux ennemis de l'empire , à Tépoque de leur crëation, les Janissaires n'étaient plus qu'une milice indisciplinée, turbulente, inutile à l'État, et prête à combattre seulement lorsqu'il s'agissait de défendre, contre l'autorité impériale, les privilèges du corps. Depuis plusieurs règnes la puissance des Janissaires et leurs privilèges étaient tels, que les souverains et le peuple ne reconnaissaient plus, en quelque sorte, d'autre loi que celle de leur caprice. Maîtres de l'empire des sultans, ces prétoriens factieux le révolutionnaient à leur gré, et les abus les plus révoltans demeuraient sans répression pos* sible.

Mahmoud T', et après lui Abdul-Hamid, avaient essayé vainement de porter remède à ces abus et de réformer le corps des Janissaires; l'infortuné Sultan-Sélim III perdit le trône pour avoir voulu tenter une entreprise semblable (1807). Un an après, le fameux Moustapha Baïraktar tenta dé remettre Sélim sur le trône; Sultan-Moustapha IV , son successeur, iie livra qu'ikn cadavre à l'imprudent Vizir, qui s'en vengea en proclamant Sultan-Mahmoud II, et fai* sant mourir l'auteur du meurtre de Sélim.

Mahmoud , héritier des vues dé ce prince, persévéra dans le projet d'une réfornie qui seule

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pouvait sauver l'empire , et permettre enfin à la Turquie régénérée dç reprendre son rang parmi les nations.

Trop faible néanmoins, pendant les premières années de son règne, pour oser heurter de front la puissance de ce corps redoutable, Sultan-Mahmoud fut forcé de souffrir ses insolentes prétentions jusqu'au moment où la révolution grecque lui offrit enfin l'occasion de l'affaiblir. Les Janissaires sommés , au nom de l'islamisme menacé , d'aller combattre la révolte de sujets chrétiens, furent successivement envoyés en Grèce , toujours en nombre insuffisant , et détruits peu-à-peu par les in» surgés.

Au commencement de 1826, leur influence était assez réduite à Constantinople pour permettre au Sultan de tenter d'assujettir au joug de la discipline, les restesde cette milice turbulente. Enhardis par l'exemple des règnes précédens, les Janissaires se refusèrent à toute espèce de réforme, et le i5 juin 1826, après une lutte acharnée, dans laquelle Mahmoud hasarda contre eux son trône et sa vie , leur corps fut enfin à jamais anéanti.

Presqu'en même temps qu'il déracinait l'oligarchie militaire, le Sultan détruisit , avec autant d'adresse que de fermeté, la féodalité, qui

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pouvait bien être favorable aux inte'réts de quelques localités, mais qui nuisait à l'ordre général comme obstacle à l'uniformité admi* nistrative indispensable à un grand État.

Ces réformes y fécondes en résultats pour Tavenir de l'Empire Ottoman , désormais accessible aux bienfaits de la civilisation, le laissaient momentanément sans défense entre l'ancienne force militaire qui n'existait plus, et la force militaire nouvelle qui n'était pas encore créée. Privée de ses institutions anciennes, sans foi dans les nouvelles, qu'elle ne connaissait pas encore , la Turquie se trouvait dans un de ces instans de crise toujours suivis d'une prostration de forces momentanée. Quelques années de tranquillité étaient nécessaires au Sultan pour fonder, sur les débris de la puissance des Janissaires, un ordre de choses nouveau, pour organiser le pays, pour tirer parti de ses ressources, et lui rendre enfin, par une administration régulière , la force de mettre un terme aux empiétemens de ses voisins.

La Russie sentit que le moment était décisif. Presser l'exécution de ses projets d'envahissement; les rendre infaillibles, sinon les accomplir avant que la régénération de la Turquie fut achevée, ou y renoncer à jamais, telle était l'alternative qui lui était offerte , et dès-

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lors tous ses efforts ne tendirent plus qu'à ressaisir sa proie prête à lui échapper.

L'Europe , toujours sous l'empire de la manie d'hellénisme , qui avait gagné jusqu'aux cabinets^ lui en offrit trop tôt les moyens.

Un an s'était à peine écoulé depuis la destruction des Janissaires 9 lorsque la sanglante et inutile bataille de Navarin vint, en anéantissant la flotte ottomane, assurer aux Russes, dans la mer Noire, une supériorité maritime à laquelle ils n'avaient pas encore osé prétendre. Un pareil résultat, bien qu'inespéré, ne pouvait satisfaire l'ambition du -Czar. Vainqueur des Persans , auxquels il venait d'imposer une énorme contribution en. argent, il profita habilement de l'état d'abandon où se trouvait alors la Porte, maudite et repoussée, pour réveiller d'anciennes prétentions, et il lui déclara la guerre pour son compte.

« Une guerre avec la Turquie, disait le ma- <c nifeste russe, ne pouvait entraîner aucune i< complication des rapports de la Russie avec <c les principaux alliés ; nul pacte de garantie , « nulle solidarité politique, ne rattachait les « destinées de l'empire Ottoman aux stipula- <c tiqns réparatrices de i8i4 et de ]8i5. »

Ainsi , parce que la Sainte-alliance n'avait rien stipulé sur les destinées de la Turquie ,

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ces destinées pouvaient changer au caprice des Russes; elles pouvaient être jouées dans une bataille , sans que personne eût le plus petit mot à dire; et la victoire qui, suivant le manifeste, devait, sans aucun doute, appartenir à l'aigle moscovite , pouvait faire de l'empire des Sultans une possession russe !

Médiatrice et belligérante à la fois , la Russie pressa bientôt l'Empire Ottoman de toutes ses forces; et cette guerre, la plus injuste peutêtre qui ait jamais été entreprise, fut cependant proclamée sainte et protectrice de la civilisation, comme si la première base de toute civili* sation ne devait pas être la justice.

Assaillis pour aiqsi dire à l'improviste, et au moment où leur nouvelle armée comptait à peine trente mille combattans, les Turcs se montrèrent plus dignes qu'on ne l'avait cru de l'intérêt de l'Europe, L'appui de la diplomatie permit, il est vrai , au général Diebitsch , de venir dicter au Sultan une paix onéreuse, à la tête de dix raille hommes isolés de l'armée et coupés à Andrinople (le i4 septembre 1829); mais deux campagnes désastreuses, et cent mille Russes * ensevelis dans les plaines de la Bulgarie, suffirent du moins pour sauver l'honneur, et pour prouver à l'Europe de quoi eût été capable la Turquie régénérée.

XXIV IITTRODUCTION.

Les mots de modération , de de'sintéressement, de magnanimité , mis en avant par le jeune Empereur, dès le commencement de la guerre, avaient donné le change à l'opinion; le traité d'Andrinople vint faire connaître la valeur de ces grands mots. Le rôle ignominieux auquel fut alors réduite l'ambassade turque, rôle que jouèrent volontairement avec elle les représentans de la plupart des puissances de l'Europe , en complète le sens. Ce n'est pas , en effet, d'une transaction de puissance à puissance qu'il fut question dans l'acceptation de ce traité, rédigé à Saint-Pétersbourg, et envoyé, avec quelques lignes en blanc, à la signature des plénipotentiaires turcs , mais d'une humble prière d'un esclave à son maître. Les diplomates européens s'abaissèrent jusqu'à supplier Sa Majesté Impériale pour qu'elle daignât gracieusement , dans l'excès de sa magnanimité, accorder une légère diminution des peines imposées dans sa justice à un ennemi qu'ils lui livraient pieds et poings liés.

Le traité d'Andrinople fut le premier acte qui commença à dessiller les yeux de l'Europe; l'esprit de spoliation qui s'y décelait à chaque mot, son opposition flagrante avec les protestations de générosité qui avaient présidé à l'ouverture des hostilités, révélèrent tout le

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