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tnachiavélisme des projets de la Russie, et fixèrent enfin l'attention des publicistes. On pesa les conséquences de ce traité désastreux ; on compara le Czar, étouffant , au mépris des protestations les plus saintes , les germes de la civilisation qui commençait à poindre en Turquie, au Sultan , consacrant ses efforts à améliorer le sort de ses peuples; et l'opinion publique, naguère ameutée contre les Turcs, l'opinion qui la veille encore demandait leur destruction, frappa de son anathème le bras qui lui avait trop bien obéi. Chacun s'étonnait de voir qu'un événement qu'on avait appelé à grands cris oDmme un bienfait pour la civilisation et la liberté 9 n'était en effet qu'un pas rétrograde vers la barbarie; et pourtant^ y avait-il, dans tout cela, quelque chose qui n'eût pas été prédit , quelque chose que' l'homme le moins clairvoyant^, un peu au fait de l'histoire de la Turquie , n'eût pu , en quelque sorte , écrire d'avance mot pour mot.
En effet, quelque loyale qu'on veuille supposer la pensée intime du souverain de la Russie, la force des choses doit empêcher cette pensée de s'accomplir. Profiter des occasions les plus injustes pour attaquer les Turcs , leur faire une guerre de spoliation , alors qu'ils remplissent loyalement toutes les conditions qui
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devaient leur assurer la paix; vaincus, les accabler, et pousser jusqu'à l'oppression la plus barbare les succès des armes, telle est la loi politique, et presque religieuse, qui règne despotiquenient sur le chef même de ce vaste empire. La conquête de la Turquie est pour les Russes une question nationale, un but avoué , un projet que personne n'ignore ; et pourtant leurs protestations de désintéressement ont fasciné les yeux de l'Europe entière, jusqu'au jour où le traité d'Andrinople est enfin venu jeter sur leurs desseins une lumière qu'il n'a plus été possible d'étouffer.
Quelques points principaux méritent d'être signalés dans le traité d'Andrinople.
Le droit de protectorat et d'intervention dans les affaires intérieures dévolu à la Russie.
Les stipulations financières.
En Europe , la cession et la destruction des forteresses de la rive gauche du Danube, et l'adjonction, au territoire de l'empire russe , de toutes les bouches de ce fleuve , détruisent la ligne de frontières naturelles de la Turquie, et livrent aux Russes , sans défense possible , l'entrée de ses plus riches provinces.
En Asie, les forteresses de la Circassie sont cédées à l'Empereur, sous le même prétexte que l'avait précédemment été la Géorgie, pour
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abolir l'odieux commerce des esclaves , scrupule assez étrange de la part du souverain d'une nation composée, en majeure partie, de serfs , dont la condition est cent fois pire que celle des esclaves en Turquie. La nouvelle ligne de frontières a donné aux Russes les débouchés des montagnes, dont les progrès si lents du général Paskéwitch ont démontré Timportauce, et qui, au dire de ce général, forment Vunique point de départ et Vunique base solide pour les conquêtes futures. La Turquie d'Asie est donc ouverte aux Russes.
Les privilèges stipulés en faveur de la Valachie et de la Moldavie , équivalent à peu près à l'incorporation de ces principautés, et les placent précisémen t dans la position de ces provinces russes dans lesquelles l'Empereur s'épargne seulement les frais d'administration.
Elles sont , il est vrai , encore astreintes, envers la Porte, au paiement d'un tribut ; mais la stipulation même de ce tribut, sans importance, cache une intention perfide , car la perception, destinée à couvrir l'oppression et le pillage des chefs, excite la haine du peuple contre le Sultan , au nom duquel il est pressuré au profit du Csar, tandis que celui-ci ne semble jamais intervenir que comme médiateur. L'expulsion
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des habitans musulmans, injustice la plus barbare qu'un vainqueur ait osé commettre en Europe dans les temps modernes , a forcément éloigné des principautés tous les hommes qu'un sentiment de nationalité ralliait au Sultan, et laissé le champ libre aux intrigues russes^ en même temps que la dispense accordée, ou, pour parler plus exactement, la défense faite aux autres habitans d'approvisionner désormais de grains et de denrées de toute espèce les forteresses de la rive droite, achève de rompre les derniers liens qui les attachaient encore à Tempire Ottoman. Enfin la formation de troupes nationales sur le modèle russe, et la ligne de quarantaine établie entre la frontière turque et les principautés, sont venues compléter l'œuvre de séparation , et achever de faire de ces provinces une première ligne d'opérations contre la Turquie. Du reste , ce n'est pas seulement pour les Turcs qu'est devenue menaçante Tattitude prise par la Russie en Valachie et en Moldavie, par suite du traité d'Andrinople; l'état de dépendance absolue dans lequel sont aujourd'hui ces provinces, n'existant désormais que pour la Russie et par elle, en fait, pour le Czar, le complément de l'occupation de la Pologne , et les principautés sont
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devenues le rendez-vous naturel, en cas de guerre y des armées russes rassemblées contre FAulriche.
Non contente de se placer dans une position offensive contre la Turquie d'Europe et d'Asie, et contre l'Autriche à la fois , la Russie n'a pas manqué de s'assurer les prétextes nécessaires pour revenir à la charge quand elle jugera le moment opportun. Le chaos de ses prétentions est tel, que la fidélité la plus inviolable, la sévérité la plus religieuse dans l'exécution de ses obligations, ne mettront jamais la Porte à même de combler cet abime d'ambition. Après avoir fait les concessions les plus exorbitantes, après y avoir englouti toutes ses ressources, le Sultan ne pourra pas même jouir de la triste consolation de croire qu'il a rassasié son ennemi et mérité quelque repos. C'est à son empire qu'on en veut, et aucun sacrifice autre que celui de son empire ne peut satisfaire la Russie. Déjà protectrice insolente, elle s'est arrogé le patronage , ou plutôt la suzeraineté d'une classe tout entière des sujets ottomans. Tout Grec peut aujourd'hui, sous le prétexte le plus léger, réclamer et obtenir la protection russe , Qu , s'absentant pour quelques semaines, aller acheter, à vil prix, à Odessa, une patente de naturalisation , revenir sujet russe,