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CHAPITRE IX

Les Franciscaines après la guerre.

LES Franciscaines (i) rentrèrent au Caire, le 29 septemdre 1882, avec leur bien- 1 aimée Supérieure.

A peine de retour, elles furent demandées à la citadelle pour soigner les soldats anglais. Elles acceptèrent et consacrèrent à ces malheureuses victimes de la guerre leurs soins les plus dévoués. La Reine d'Angleterre leur décerna une croix d'honneur en témoignage de reconnaissance, tandis que le Kédive leur faisait en argent un don considérable employé aussitôt à

(1) Mme Sodar de Yaulx continue sa narration, en consacrant une dernière et très belle page à nos humbles Sœurs Franciscaines, auxquelles elle semble avoir voué une particulière vénération.

la reconstruction des couvents qui avaient souffert de la dévastation et du pillage. Toute crainte d'hostilité nouvelle avait disparu et Ton reprenait peu à peu les travaux de la paix.

Cédant aux vœux des habitants d'Alexandrie, les Franciscaines allèrent établir dans cette ville une école dans le quartier du port {alla Marina) : c'était en mars 1883. En peu de mois le nombre de leurs élèves dépassait le chiffre de deux cents. Evidemment l'habitation qui était petite ne pouvait plus suffire, et elles en achetèrent une autre spacieuse et commode au prix de cent mille francs.

C'était peut-être téméraire ; comment payer cette somme?. . . . La Providence y pourvut et les filles de saint François furent récompensées de leur confiance illimitée, comme ces multitudes qui suivirenl Jésus au désert sans souci d'elles-mêmes. La moitié de la somme fut donnée par 1 Archevêque d'Alexandrie et d'autres personnes charitables ; l'autre fut empruntée au Crédit Foncier, payable en dix années.

Nous avons visité la maison Francis-

caine d^Àlèxandrie; elle est très florissante; elle compte quatorze Sœurs, cinquante pensionnaires et plus de trois cents externes. Elle est dirigée par la sœur Maria Pia dont nous avons parlé dans l'épisode des Bédouins d'E/kom.

J'ai eu occasion de la voir pendant notre séjour dans la ville des Ptolémées et j'ai été charmée de l'élévation de son âme et de la tendresse de son cœur à l'égard des pauvres : se faire tout à tous, est sa devise.

Comme je la félicitais de tant de succès obtenus, elle me répondit modestement comme tous ceux qui se consacrent à l'exercice de la charité : " Il nous reste encore beaucoup à faire."

On appelle les Franciscaines de toutes parts, on se les dispute, c'est un irrésistible entraînement qui gagne de proche en proche. Leur fondation d'Alexandrie était à peine terminée qu'elles furent demandées instamment parl'évêquede Malte qui leur faisait don d'une maison et du mobilier. Elles étaient heureuses d'aller dans cette ville célèbre, semée de monuments chrétiens,

depuis le magnifique temple de saint Jean qui garde les cendres des chevaliers, champions de la Croix contre la barbarie musulmane, jusqu'à la modeste église des Frères Mineurs, qui a le privilège d'attirer les foules. Vivre au milieu d'un peuple fidèle à ses traditions et le plus religieux de tous, retrouver en quelque sorte le ciel et les coutumes de leur patrie, c'était une grande consolation pour nos Franciscaines.

A leur arrivée elles furent accueillies par le clergé et les habitants avec de grandes démonstrations de joie : depuis elles n'ont cessé d'être honorées et choyées; leur couvent de Malte est un des plus prospères.

Les Franciscaines à Jérusalem. — La qualité maîtresse de l'esprit de Sœur Catherine, comme nous l'avons vu (i), c'était la raison, nourrie de piété et éclairée de lumières sur naturelles. Son coup d'œil était sûr, et en toutes questions, elle trouvait le point pratique qu'elle étudiait à fond. A cette qualité si

(1) Plus haut, lorsque YAvtevr a parlé delà grande Maison du Caire dont la Sœur Catherine est la Fondatrice.

rare elle joignait la patience : partie de Férentino avec la pensée de fonder un établissement à Jérusalem, elle vit, sans se décourager, s'écouler trente années avant la réalisation du plus ardent désir de son cœur.

Le Père Guido (i), Custode de Terre Sainte, dont nous avons eu occasion de louer l'habile et bienfaisante administration, appela les Franciscaines pour compléter l'œuvre de Mgr Gaudenzio (2), et leur remit la direction de l'orphelinat de jeunes filles, qui, fondé par son prédécesseur, était jusqu'alors confié à de pieuses laïques.

Ce fut sur la terre, la dernière consolation de Sœur Catherine !

Sa longue carrière pleine d'œuvres fut couronnée par cette installation rapidement organisée au pied du Calvaire. Cette fondation restera comme une prière permanente pour celle qui, sans calcul, sans or ni provisions, s'élança àla conquête des âmes,leCru-

(1) Aujourd'hui Archevêque d'Alexandrie.

(2) Son Prédécesseur dans le gouvernement eje la Ciustodje.

.cifix sur la poitrine et la charité dans le cœur.

Sœur Catherine fut admirable de résignation dans sa dernière maladie. Au milieu de douleurs aiguës, elle ne perdit point sa gaîté habituelle ; elle relevait le courage de ses filles éplorées et les consolait de son départ prochain. Quand la parole expira sur ses lèvres, son regard, devenu plus expressif, semblait dire : " Mes enfants, ne pleurez pas votre mère ; Jésus l'appelle. . . .Suivez la voie que je vous ai tracée, et nous nous retrouverons en Lui ! "

Elle s'éteignit doucement, sereine et tranquille comme le Juste.

Les sombres images de la mort se dissipent promptement là où brillent les clartés éternelles ; bientôt la maison du Caire mit fin à son deuil et ne conserva que le parfum des vertus de sa Fondatrice.

Sœur Colombe (i) fut acclamée Supérieure Générale par ses compagnes réunies en chapitre extraordinaire. Son élection fut ratifiée avec joie par l'Archevêque d'Alex-

(1) Dont nous avons rapporté plus Haut l'intéressante relation,

andrie, qui n'ignorait pas l'influence heureuse et puissante qu'elle exercerait dans la Congrégation naissante destinée à rayonner dans tout l'Orient.

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