‹ L'Egypte et les Franciscains [microforme]Chapitre 19 sur 37 · JI · texte numérisé non relu

JI

Providence.

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sez-les ; ce sont les nôtres, ”

temps, des évolutions pour appareiller, des mouvements de va et vient qui durèrent quatre heures. Tout semblait concourir pour rendre cette journée une des plus douloureuses de notre vie. Il est vrai que dans cet intervalle, encore sur la demande du Comte Gloria, Arabi-Pacha avait envoyé un nombreux détachement de soldats pour défendre les Chrétiens : mais nous restions toujours en péril, tant que nous n’aurions point quitté le Caire : le moindre incident, en présence de cette foule, ivre de sang, pouvait provoquer les malheurs les plus extrêmes. Pour nous, nous nous recomma\dions à 'a divine

Pendant que nous étions encore tous entassés dans nos wagons de charbon, déjà la foule était accourue et de loin elle nous adressait des menaces. Elle en voulait surtout à nous, pauvres Franciscaines, parce que nous emmenions les peñrtes négresses. I] n'y avait, de fait, la permission de partir que pour les seuls Européens. C’est pourquoi la populace noire, de colère, criait aux Sœurs : .“ Laissez les noires (de peau), lais-

C'était vers l’heure de midi, et avant le premier mouvement du train, sœur Marie Christine qui s'était chargée de trouver place pour une Sœur très âgée et infirme et qu'on ne trouvait à placer nulle part, lui trouva finalement sa place; mais elle sœur Christine resta dehors. Toutefois la courageuse Sœur ne se déconcerta point. On avait placé entre chaque wagon, deux soldats armés, pour la sécurité du train, Sœur Christine alla bravement s'installer entre ces deux soldats, debout, sur un sac de pain qu'elle portait pour provision de voyage. Le Comte Gloria la voyant dans cette position lui fit donner immédistement un troisième soldat pour sa garde personnelle! Sœur Christine est restée là dehors en plein soleil, exposée à toutes les menaces, toute la durée du voyage, jusqu’à l’arrivée du train à Ismaïlia.

Pendant que le train entre midi et quatre heures exécutait ses mouvements d'aller et:

retour sur l’embranchement de Ghizir qui mène à la grande voie du Caire à Zagazig, la foule qui était alors immense, parvenait de temps en temps à approcher de nos wagons, entre la file de nos soldats à cheval

qui circulaient sur la voie pour maintenir l'ordre.

Alors sœur Christine, qui était la plus exposée, distribuait aux plus rapprochés du pain pour les faire taire. Ces pauvres affamés le prenaient de ses mains avec avidité, et allaient le manger de grand appétit, sur la place de Ghizir.

Enfin, à quatre heures du soir, après douze heures d'attente, nous partîimes définitivement! Nos bons Anges veillèrent sur nous, durant le voyage. Notre énorme train traversa les diverses gares, sur le parcours, sans s'arrêter. Dans les villages, les Fellahs essayèrent bien de nous jeter des pierres ; mais il n’y eut à déplorer aucun accident sérieux.

A notre arrivée à Zagazig, seule station où nous nous arrêtâmes, nous trouvâmes la foule parquée derrière des palissades pour l'empêcher de nous assaillir, Il y avait là également un nombreux détachement de troupes pour maintenir l’ordre. Malgré la vigilance des soldats, plusieurs des plus fanatiques réussirent à franchir les palissades, et l’un d'eux à demi-nu, comme les

Bédouins, et armé jusqu'aux dents et tenant en main un coutelas, s’approcha de sœur Christine dans cet air menaçant.

Son soldat de garde, à cette vue, la bayonnette au fusil, se met à la défendre. D'un autre côté, deux enfants lui jettent des pierres. La Sœur, pleine de calme, offre à ces deux petits enfants méchants, un grand pain, et ils se retirèrent contents : puis elle se retourne, sans se décontenancer davantage, vers l’autre bandit au grand coutelas et lui donne aussi un pain. Cet homme farouche tend à la Sœur inoffensive sa main désarmée; ct ce pain de la charité, en apaisant sa faim, lui fait passer aussi sa stupide colère.

Pendant que cette scène se passait audehors, sur la plate-forme, nos sœurs qui se trouvaient au-dedans du wagon, les plus voisines des trois soldats, les entendirent répéter entre eux: nous aussi nous avons faim! L'une d’elles sachant bien l'arabe dit à sœur Christine : les soldats ont faim !

Aussitôt la Sœur tire de son sac deux pains, qu'ils acceptent avec joie.

Les Sœurs de leur côté se mirent à dire entre elles: quelle chaleur ! comme nous

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