COURSE DE CHAMEAUX A L'ABPBASIYÈH
champs bien arrosés, de beaux jardins verdoyants, de vignes richement chargées de fruits. Demandez au campagnard, quand il a semé le blé dont les épis mûrs attendent la moisson, demandez au travailleur sur le bord de la route, quand on à planté les arbres magnifiques dont le large dôme se projette au-dessus de la chaussée, ou le bel eucalyptus qui, là-bas, domine la haie, vous obtiendrez des réponses auxquelles vous croirez difficilement, Des arbres qui, en 1869, venaient à peine d’être plantés et avaient besoin d’un tuteur, commencaient, quand je les revis en 1873, à élargir leur couronne de feuillage. Le lebbakh (Albizzia Lebbek), depuis des années un des produits caractéristiques du pays, fut transporté ici des Indes orientales sous Mohammed-Ali. La reproduction par bouture, qui chez les autres espèces n’est possible que si l’on prend de jeunes pousses ou des branches nouvelles, réussit chez le lebbakh avec des branches grosses comme un homme, où même avec des pièces détachées du tronc c’est du moins ce que m'a affirmé le botaniste Schweinfurth.
Beaucoup des jardins que nous rencontrons sur notre chemin sont plus beaux, plus agréables, mieux entretenus que celui devant lequel nous mettons pied à terre; aucun n’est plus célèbre. C’est là que s'élève, environné d’une grille, le sycomore sous lequel, dit-on, Marie et le Christ enfant se reposèrent pendant la fuite en Égypte. Le khédive Ismaïl, lors de son séjour à Paris en 1867, en avait galamment fait cadeau à l'impératrice Eugénie. C’est un arbre fort vieux, et pourtant ce n’est que le successeur d’un arbre plus vieux, qui était déjà mort en 1672, au moment où Vansleb visitait l'Égypte. Des moines du Caire racontèrent à ce voyageur véridique, que l'arbre de Marie s'était abattu de vieillesse en 1656, et lui montrèrent les débris qui étaient conservés comme reliques très précieuses. Toutefois, les jardiniers lui indiquèrent une souche qu'ils prétendaient être le reste du vieux sycomore.
— L'arbre actuel paraît avoir été planté exactement sur le site de l’ancien. Le tronc en est rongé, déchiqueté, percé, et beaucoup de voyageurs ont écrit leur nom sur l'écorce. Non loin de là, au fond d’un puits, un filet d’eau douce sourd de la terre, qui, partout ailleurs, dans le voisinage, ne fournit que de l’eau saumâtre et amère : il sert à arroser le jardin au moyen d’une double noria. Il est mentionné dès une haute antiquité; si le baumier, dont l'Italien Brocardi compare la feuille à celle de la marjolaine, ne pouvait, selon une tradition fausse à laquelle on à cru pieusement pendant des siècles, croître qu'ici et rien qu'ici, cela tenait, disait-on, à l'influence bienfaisante de cette eau qui servit à
l’arroser dans la légende de Marie. On prétend que le Christ enfant fut baigné RARE EUR 199 OUR CRÉES,
à cette source, et que, depuis ce temps-
là, elle ne cessa de donner de l'eau douce. Ailleurs, on raconte que Marie lava ici les langes du Sauveur, et que partout où une goutte tomba, la terre produisit un baumier. Quand les meurtriers lancés à sa poursuite approchèrent de la famille, la Vierge et l'Enfant se cachèrent dans un creux du sycomore; une araignée fila sa toile, et les déroba aux regards de ceux qui les cherchaient. Que d'éléments païens il y a dans cette légende! Le mythe égyptien, lui aussi, avait un dieu qu'on mit dans un tronc d'arbre à l'abri de ses persécuteurs, et des baumiers nés de l'eau avec laquelle les habitants du ciel avaient arrosé la terre.
Les Arabes nomment le jardin et ses environs, y compris les ruines d'Héliopolis situées à un petit quart d'heure de marche, Aïn-Shems, qu'on traduit habituellement, en songeant à la source, « Source du Soleil, » mais qui paraît avoir signifié en réalité « Œil du Soleil. » — Une idole portait ce nom, qui était demeurée debout au milieu des débris; on prétend qu'elle dé-
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pouillait de sa dignité quiconque, tenant un emploi, osait se présenter devant elle. Le sultan Ahmed-ibn-Touloun aurait entendu parler de cette légende, se serait allé placer devant l'idole, aurait ordonné aux tailleurs de pierre de la mettre en pièces, et aurait rendu l'âme après une maladie de dix mois. Nous savons de reste qu'il mourut en Syrie. Cette idole nommée « l'Œil du Soleil, » était probablement une statue égyptienne qui était restée pendant des années dans les larges salles du sanctuaire d'Héliopolis.
Le célèbre temple du Soleil est le seul en Égypte qui nous ait été décrit exactement par un Grec, le géographe Strabon. Aussi faut-il s’affliger d'autant plus vivement que la prédiction