FEMME DU SHEIKH DES CUISINIERS
sence’ de saule la plus coûteuse, Koufa l'essence de gïroflée et de violette la plus fine; on estimait par-dessus tout l’huile de lis égyptienne. Les aromates les plus exquis et les parfums les plus délicats étaient, sous les califes comme au temps des Pharaons, tirés de l'Arabie du Sud et de la côte des Somali. La dépense de parfums qu'on fit aux jours brillants de l'Égypte musulmane dut être énorme, La religion voulait qu'on se parfumât chaque vendredi; on frottait les cadavres d'huiles odorantes, on aromatisait les sorbets et les plats doux avec des essences végétales; la mode exigeait que chaque maison riche fût remplie d’une vapeur agréable, qu'un parfum délicat s’exhalât des lettres et des présents qu'on s’envoyait l’un à l’autre. Les femmes se baignaient dans de l’eau parfumée, les hommes se frottaient la chevelure de pommades odorantes, et les deux sexes employaient des frds roses,
jaunes et verts. Pendant les grandes fêtes, on brûlait des parfums dans toutes les rues de la ville, afin que le plus pauvre pâût, rien qu’en respirant, éprouver une sensation de contentement. On ne manquait pas non plus de narcotiques : on tirait l'opium de Siout, et le sultan Bibars dut plusieurs fois lancer des édits contre l'usage du hâchîch. En dépit de la défense du Prophète, les dévots seuls s'abstenaient de vin. L'alcool a été découvert par les Arabes; encore au temps des califes, on fabriquait et on consommait la bière, cette boisson favorite de la vieille Égypte. Les poètes arabes ont composé maint chant joyeux en l'honneur du vin, et beaucoup de musulmans des premières époques refusèrent d'admettre que le Prophète eût dé-
fendu l'usage du jus de la vigne. On lit dans un vieux manuserit de Tha’alibi : « Le Prophète &« — le salut et la bénédiction de Dieu soient sur lui! — à établi que le vin était permis et bon, « afin que nous pussions nous fortifier lors de nos repas et avant le départ, et soulever le voile « de nos chagrins et de nos soucis. » Il est dit aïlleurs : « Il n’y a qu'une âme vile pour « prohiber le vin, et qu'une âme noble pour le permettre, qu'un généreux et un magna- « nime pour le louer, qu'un avare et un ladre pour le blâmer. Mais craignez l'ivresse, car « elle est une honte et une chute. » Le vin est nommé « l’alchimie de la joie » et « le don le
« plus agréable dont se réjouisse le monde! » — « Le monde est une maîtresse, et le vin, « l'humidité de sa bouche. » Ibn el-Mou'tazz chantait :
Laisse le temps, qu'il te soit long, ou qu'il aille trop vite pour toi! Ne crie ton chagrin qu'au vin, qui est dans la coupe devant toi.
Pourtant, dès que tu auras bu trois fois, garde bien ton cœur
Que la joie ne s'envole loin de toi et ne laisse derrière elle en toi que la douleur.
C’est la médecine la mieux éprouvée qu'on puisse donner à tous les chagrins ;
C’est pourquoi écoute ce que je te conseille, sachant ce qui t'est utile :
Laisse le temps, car combien n’y en a-t-il pas qui souhaiteraient
Améliorer le temps mauvais pour maint pauvre diable, — mais, hélas! ne le peuvent pas?
D'autres panégyriques du vin le louent tout entier, avec un enthousiasme ardent et sans restriction. Le buveur égayé chante en levant le verre :
Allons, vidons, avant que la vie nous quitte, La coupe de vin jusqu'à la dernière goutte!
Que de vin on devait boire alors en Égypte, s'il est vrai que l'impôt sur le vin y rapportait plus de mille dinars en un seul jour! Les moines chrétiens paraissent avoir fêté la noble boisson avec la dévotion la plus constante; le poète Ibn-Hamdis, qui vivait au temps des Fatimites, décrit d’une manière charmante une nuit qu'il passa tout entière à boire avec des amis,
dans un cloître de la Sicile, sa patrie. C’est là qu'on trouvait les meilleures muscatelles, et pour une pièce d'argent il acheta « de l'or liquide. »
Dans leurs palais, les princes et les grands avaient, pour la table, une vaisselle en métaux précieux; ils avaient aussi des assiettes d'onyx et de pierres analogues. Les manches de couteaux et de cuillers en jaspe et en cornaline, les vases en cristal de roche, n'étaient pas rares. Le verre, transparent ou teint, servait à mille usages. Autant l’intérieur de la maison. les
mandara destinés à la réception des visiteurs et le harem, étaient d'ordinaire luxueux, autant