IL-HAKÈN. dent le plus incompréhensible. Il s’imagina être
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dieu pendant les dernières années de sa vie; la secte des Druzes, aujourd'hui encore florissante en Syrie, le tient pour une incarnation du Très-Haut, et croit qu'il à disparu pour revenir un jour et recevoir l’adoration du monde entier. Le Caire ne lui doit pas grand'chose de sa prospérité, et les différentes classes d'habitaïts furent traitées par lui de vingt manières bien différentes, selon sa disposition du moment. Les Coptes chrétiens et les Juifs eurent lourdement à souffrir de ses persécutions, mais il leur accorda dans d’autres temps la liberté la plus complète, et permit même à ceux d'entre eux qui s'étaient convertis à l'Islam, de revenir à leur ancienne religion. Le bas peuple, au milieu duquel il avait prié tout jeune, et qu'il avait gagné par sa libéralité inépuisable, lui était dévoué, tandis que les grands le redoutaient. Rien qu'à son nom l’on tremblait dans le harem des riches, car il défendit à toutes les femmes de sortir de leur demeure, où de laisser franchir le seuil de la maison même aux marchands de comestibles. Grandeur d'âme et petitesse d'esprit, sévérité désordonnée et douceur bonhomme, affabilité et hauteur poussée jusqu'à l’infatuation la plus formidable, dévotion étroite et intolérante au dernier point pour la doctrine chiîte et rejet complet de la religon de ses pères : toutes ces tendances contradictoires passèrent et se chassèrent l’une l’autre dans l'âme mobile de cet homme bizarre. Tantôt, il allait par les rues, en pompe, avec une suite nombreuse; tantôt, il sortait seul, monté sur un âne, ou restait une demi-semaine enfermé dans des salles obscurcies artificiellement, et cherchait à remplacer par des lampes et des flambeaux la lumière du soleil : une fois même, comme Néron, il mit le feu à sa résidence. Il finit par disparaître sans laisser de trace, dans une de ses promenades nocturnes sur le Mokattam. I fut probablement assassiné, mais les Druzes attendent encore son retour. Il construisit trois mosquées, dont la plus belle, celle qui porte son nom, fut renversée par un tremblement de terre. L'édifice majestueux, surmonté d’un minaret assez laid mais un peu endommagé, qui servait d’observatoire sous son règne, s'appuie aujourd'hui contre la partie nord-est du mur de la ville, et se trouve entre les deux portes les plus importantes du Caire, Bab en-Nasr, la porte de la Victoire, et Bab
el-Foutoukh, construite par le tout-puissant vizir Bedr el-Gamäli, sous le second successeur de Hakim, le faible el-Moustansir. Bab en-Nasr est une œuvre considérable de la meilleure époque de l’art arabe : les connaisseurs y admirent avec raison la solidité et la netteté avec laquelle les pierres ont été taillées. Bab el-Foutoukh, avec ses tours rondes, bien disposées et admirablement conservées, mérite semblable éloge. Aujourd'hui, quand on parcourt les fauboures et qu’on approche de ces portes et de la mosquée de Hakîm, on aperçoit sur la gauche un petit cimetière; c’est là, au milieu des musulmans, dont il étudiait les pays et les mœurs,
que J.-L. Burckhardt, le plus grand écrivain de voyages des temps modernes, a trouvé le repos éternel.
Ces deux portes ont été construites par le vizir, et non par le calife sous lequel elles fu-
rent bâties : c’est là un fait significatif. À partir de Moustansir les vizirs réglèrent de plus ,
en plus les destinées de l'Égypte, du Caire et de la dynastie fatimite. Elle compta huit
princes encore après Hakîm, et s’éteignit aussi misérablement qu’elle avait brillamment com-
mencé. Le califat d'Égypte reçut le coup mortel sous le faible Adid, moins par contre-coup des victoires que remportèrent, sous les avant-derniers Fatimites, les armées triomphantes de la première croisade, que par l'ambition et la jalousie des véritables maîtres de l'État, les vizirs, sans cesse en lutte l’un contre l’autre. L’un des dernie
, Schaouer, pour consolider sa situation, demanda des secours à Nour ed-din, prince d'Alep, et ouvrit les portes de l'Egypte