‹ L'ÉgypteChapitre 129 sur 186 · BAB · texte numérisé non relu

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aux mercenaires kourdes du prince syrien que commandaient Shirkouh et son jeune neveu, le célèbre Salakh ed-dîn, Saladin, fils d'Eyyoûb. Après de nombreuses vicissitudes, et bien qu'il eût sans le moindre scrupule appelé les croisés à son aide, le vizir perdit par la main des Kourdes son emploi et la vie. Quand Shirkouh mourut, Saladin prit sa place

BAB EL-FOUTOUKH.

et gouverna d'abord au nom du dernier Fatimite, Adid, qu'il tint enfermé dans un palais avec ses femmes, bientôt, après la mort d'Adid, en son propre nom, comme sultan indépendant, mais sans prendre le titre de calife. Il était en effet sunnite, et pensa qu'il vaudrait bien mieux, pour sa sûreté, permettre qu'on priât, dans les chaires du Caire, au nom du calife abbasside, dont il partageait la croyance. À partir de ce moment, une nouvelle dynastie, qu'on appelle Eyyoubites, d'après Eyyoub, le père de Saladin, présida aux destinées de l'Égypte.

Écxpre, I. 68

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Les exploits guerriers de Saladin, son caractère chevaleresque, sa libéralité, sa bonté, l'ont maintenu beaucoup plus vivant dans la poésie et la légende des Européens que dans celle des Orientaux. Déjà Walter von der Vogelweide, pour demander un présent, s’écriait : « Songe « au benin Saladin: » et benin veut dire ici, large et libéral. Dante lui assigne une place

isolée dans l’espace où sont confinés les plus nobles parmi les païens : Et seul, à part, j'aperçus Saladin.

Lessing et Walter Scott ont achevé d'entretenir l'image de Saladin vivante dans la mémoire de l'Occident. Sa valeur fit perdre Jérusalem aux croisés, et pourtant la chevalerie chrétienne trouva en lui un esprit de la même famille que le sien : la légende aime à croire qu'il était le fils d’une chrétienne, et qu'il se fit armer, par son prisonnier Hugues de Tibériade, chevalier de l’ordre du Temple. — Sa vie n'est pas exempte de petitesses, mais il fut un s coreligionnaires qui sut respecter la

héros et un vrai chevalier, le seul en ce temps parmi grandeur même de ses ennemis, un prince qui ne se fatiguait jamais de donner, qui donna des millions, et n'avait plus dans son trésor, au moment de sa mort, qu'une somme d'environ soixante francs. Sa sœur s'appelait Sitt esh-Shaméh, et l'histoire lui fait un titre de gloire d'avoir pris sur son propre trésor pour faire des aumônes, au moment de la mort de son frère, parce que le trésor de son frère était vide.

Saladin fonda et bâtit la citadelle qui domine majestueusement la ville. Si elle n'avait eu d'autre destination que de défendre le Caire et de le tenir dans l’obéissance, on ne pourrait dire que le choix de son emplacement était heureux, car elle est dominée par d'autres hauteurs, situées plus au sud, et qui la commandent complètement. Saladin voulait établir sa résidence dans le nouveau château, et Makrii raconte qu'il prit, pour y bâtir, la hauteur appelée « le pavillon de la Fraîcheur, » parce que la viande s'y gardait fraîche deux jours et deux nuits, tandis que vingt-quatre heures passées dans la ville suffisaient à la corrompre. Il avait d'abord habité le château des grands vizirs et donné à ses émirs le palais des califes; mais, après la chute des Fatimites et le rétablissement de la confession sunnite, il fut menacé des plus grands dangers par les chiîtes de la résidence, et il ne pouvait mieux choisir qu'il ne fit un emplacement d’où il tint le Caire en respect. L'eunuque Karakoush fut chargé de construire la citadelle et le mur d'enceinte qui devait environner la ville. Ce ministre étonnant, qui paraît avoir été moitié fou, moitié sage, diminua le chiffre de la somme -qu'on lui avait allouée pour les dépenses, en faisant détruire les petites pyramides de Gizèh, et exploiter, en guise de carrière, la troisième des grandes pyramides, celle de Mykérinos. Les blocs bien taillés qu'il volait aux mausolées des Pharaons furent transportés au-delà du Nil, et l’œuvre avança rapidement, bien que le sultan fut alors occupé à guerroyer en Syrie; elle ne fut terminée complètement que sous Melik el-Kamil, le dernier neveu et successeur de Saladin.

La mémoire du directeur des travaux, Karakoush, est restée vivante en Égypte d'une facon toute particulière. Le pître, qui est un des personnages inévitables de chaque représentation dramatique, porte son nom, et il paraît réellement avoir mérité cette destinée par beaucoup de ses actions. Une veuve lui demandait un linceul afin d’ensevelir son mari, qui venait de mourir; Karakoush lui répondit : « La cassette aux aumônes est vide à présent, « mais reviens l'an prochain, car alors, avec l’aide de Dieu, je pourrai te donner le linceul. »

Une histoire, qu'on met, sous une forme altérée, au compte de plusieurs autres person-

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