‹ L'ÉgypteChapitre 17 sur 186 · NE DE NUIT AU BORD DE LA MER ROUGE · texte numérisé non relu

NE DE NUIT AU BORD DE LA MER ROUGE

l'antiquité. Tout le papier qu'on employait en Occident et en Orient, et qu’on fabriquait avec le papyrus du Nil, venait nécessairement de chez eux. Les denrées de l’Afrique intérieure, livoire, l’ébène, les plumes d’autruche, les peaux tachetées des animaux féroces, étaient débarqués dans le port intérieur du lac Maréotis, et transportés, soit en barque, par le canal, au port Eunostos, soit par terre jusqu’au marché du Grand Port. Le commerce avec l'Arabie, riche en plantes odoriférantes, avec la côte des Somali, avec Ceylan, avec les ports du

Malabar et de l'Inde, d'où venaient les raretés coûteuses pour lesquelles les voluptueux

tomains payaient des prix insensés, faisaient couler un gain immense dans les caisses des marchands. Les diamants étaient estimés par-dessus tout, puis les perles : une livre de soie valait son pesant d’or. Au temps des longues nuits, les flottes quittaient Myos-Hormos, sur la mer Rouge, pour revenir d'ordinaire en décembre. On débarquait les marchandises à Bérénice, on les amenait par convois de bêtes de somme à Coptos, sur le Nil, et de là, par eau, jusqu'à

Alexandrie, où des marchands de tous les pays attendaient leur arrivée : la plupart s’en allaient à Rome. Le mouvement commercial était plus considérable sur les ports du lac Maréotis que dans les ports maritimes, où les marchandis

ses exportées dépassaient de beaucoup, en valeur et en quantité, les marchandises importées.

L'activité industrielle n’était ni moins infatigable ni moins productive. Pendant son séjour, Hadrien écrivit à Servien une lettre qui nous est parvenue et à grande importance. En premier lieu, elle nous apprend que les chrétiens, qu'il ne savait pas encore distinguer des adorateurs de Sérapis, commencçaient à faire sentir fortement leur influence; puis, elle trace un portrait fidèle de l’activité des Alexandrins. L'empereur les dépeint comme un peuple léger, incertain, troublé au moindre bruit, turbulent, futile, médisant. « La ville d'Alexandrie est riche et industrieuse. Personne n'y « demeure la main dans les poches. Ici on travaille le verre, là le € papier, plus loin le lin. Chacun de ces affairés paraît exercer un « métier : podagres, aveugles, même ceux qui ont la main gout- « teuse, se créent une occupation. Ils n’ont tous qu'un même « dieu (Mammon?) : juifs, chrétiens, tous l’adorent. C’est pitié « seulement que cette ville ait si mauvais caractère : son im- « portance, et aussi son étendue, la rendraient digne d'être la ca- « pitale de toute l'Égypte. »

La critique n’est pas moins bien fondée que l'éloge. Gibbon dit à bon droit des Alexandrins, qu'ils unissaient la vanité et la ver-

satilité grecques à la superstition et à l’entêtement des Egyptiens.

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