‹ L'ÉgypteChapitre 19 sur 186 · JEUNE FILLE COPTE · texte numérisé non relu

JEUNE FILLE COPTE

Écyrre, I. 9

Iu milieu du siècle précédent, quand le voyageur Norden visitait Alexandrie, il la comparait à un pauvre orphelin qui n'aurait rien gardé de tout ce que possédait son père, si ce n’est un nom illustre.

Aujourd’hui, celui qui viendrait jeter l'ancre dans cette rade où fourmillent les vapeurs de toutes les nations, contempler les immenses constructions des ports nouveaux, parcourir le superbe quartier

franc, et suivre, pendant les heures de l'après-midi, les carrosses qui vont rouler en rase campagne par

la porte de Rosette, jadis porte de Canope, celui-là trouverait l'expression trop dure et inclinerait peut-être à croire que l’orphelin a gardé, outre le nom, une bonne partie de lhéritage de son glorieux père. Et pourtant, Norden avait raison, cr, de son temps, la ville comptait à peine autant de mille habitants qu’elle avait, au temps de sa splen-

deur, compté de centaines de mille. Le commerce s'éloignait

de plus en plus. Le seul des ports dans lequel les Européens

eussent le droit d'aborder était si mal conservé et si peu sûr, que, lors de la visite de ‘Volney, un coup de vent y brisa vingt et un navires contre les quais; à l'entrée, chaque nouveau vaisseau courait risque de toucher ou de s’enliser, Quant à l'autre port, le Vieux: Port actuel, dans lequel les Turcs seuls pouvaient mouiller, il était

menacé dune ruine ‘complète, par l’insouciance tout orientale avec laquelle les capitaines y jetaient leur lest.

La population n'était plus qu'un misérable ramassis de mendiants, manquant de tout, même d'eau, quand le Nil, au moment de l'inondation, n’alimentait pas richement le canal qui le

reliait à la ville. Les maisons étaient basses et de pauvre mine; on ne voyait sur le marché que des dattes et des miches de pain rondes et plates; dans les rues s’amoncelaient l’ordure et les décombres. Le glapissement des chacals et le cri des hiboux troublaient le sommeil de la nuit; sur les remparts abandonnés on ne trouvait pas quatre canons qui fussent en état de servir. La cité d'Alexandre, autrefois si riche et si vivante, se mourait de consomption et de misère quand notre siècle commença. Aujourd’hui qu'il entre dans son dernier quart, elle a repris sa santé et sa fraîcheur : c'est encore une malade, si l’on veut, mais une malade qui se guérit de plus en plus.

Voyons par quelle série de circonstances l'arbre puissant perdit sa fleur, et à quel renouveau il doit sa parure de fleurs naissantes.

Dès le premier siècle après la naissance du Sauveur, le christianisme se répandit rapidement sur la vallée du Nil et sur Alexan- LL die, On prétend que l'évangéliste Mare y prêcha lui-même la nou- || velle doctrine. Les Égyptiens étaient mieux préparés à la recevoir qu'aucun autre peuple de l'antiquité. Depuis des milliers d'années ils s'étaient accoutumés à donner toute leur attention aux choses de la mort, à considérer la terre comme une hôtellerie de passage et ce qui est au delà comme la véritable maison de l’homme. Les initiés parmi les prêtres connaissaient le dieu Un, qu'ils montraient au peuple sous des noms et sous des formes multiples. Ils symbolisaient le cours de la vie dans un beau mythe, dont le héros triomphait de la mort, des ténèbres et du péché. Leurs images d'Isis avec son petit Horus au sein sont les premières représentations connues d'une Mère de Dieu avec l'Enfant. La pénitence et les œuvres de la pénitence ne leur étaient pas étrangères. Même dans

Page 1