‹ L'ÉgypteChapitre 21 sur 186 · COPTE · texte numérisé non relu

COPTE

image de sainte Catherine, nous plaçons volontiers la figure virginale et noble d'Hypatie, que l’évêque Cyrille fit assassiner par ses moines fanatiques. Dès le troisième siècle, le patriarche Théonas avait pu oser dédier dans Alexandrie une

église à sainte Marie. Au quatrième, après la mort de Julien, qui essaya vainement de rendre aux dieux la place qu'ils avaient perdue, l'Égypte entière se soumit au christianisme. La doctrine de paix du Sauveur ne réussit ni à calmer les esprits orageux et turbulents des Alexandrins, ni à refroidir les chaleurs de leur sang. L'instinct commercial, désormais sans but, de ces citadins si faciles à émouvoir, trouva dans le domaine de la foi matière à nouvelle agitation. Comme autrefois à propos de bagatelles mondaines, l'Alexandrin mit l'épée à la main dès qu'il s'agit de défendre des opinions dogmatiques différentes. Elles n'avaient garde de Éavyrre, I. 10

manquer dans cette ville de raisonneurs, de critiques, de regratteurs de syllabes, qui se mirent à analyser la nature de Christ comme ils avaient jadis soumis à un examen minutieux les systèmes philosophiques, les formes grammaticales et les données de l’histoire. C’est un spectacle pitoyable et sublime à la fois, car il prouve d'une manière incomparable à quel point la vie de ce temps était pénétrée, et comme impréenée de sentiment religieux.

Les plus célèbres de ces querelles, celles qui ont eu les conséquences les plus importantes, touchaient à la question de savoir si Jésus était semblable ou égal à Dieu en substance, si l’on doit croire à deux natures en Christ ou bien à une seule, la divine. La croyance en une seule nature, défendue par Eutychès, fut adoptée par Dioscore, patriarche d'Alexandrie, et par toute son Éelise, tandis qu’elle était repoussée et anathématisée au concile de Chalcédoine. Les Césars de Byzance, qui possédaient l'Égypte et s'étaient soumis aux décisions du concile, combattirent l’erreur des monophysites, — on appelait ainsi les sectaires qui n’ad- ‘attachèrent obstinément à leur

mettaient qu'une seule nature en Christ; — les Égyptiens foi, et, comme signe de mépris, donnèrent aux partisans de la doctrine orthodoxe le nom de melkites, qu'on pourrait traduire « valets du roi. » Aujourd'hui encore, les chrétiens indigènes, que nous connaissons sous le nom de Coptes, appartiennent à la communion monophysite.

Les employés et les soldats du César orthodoxe traitèrent rudement leurs sujets hétérodoxes. Ceux-ci résistèrent au changement et à la déposition de leurs évêques; de sanglantes batailles de rues, dans lesquelles les légionnaires avaient d'ordinaire le dessus, décimèrent la population d'Alexandrie. Elle renfermait alors un nouvel élément de discorde turbulent

et dédaigneux de la vie, un nombre immense de serviteurs de l'Ég ise, moines et anachorètes, qui affluaient de toutes les parties de l'Égypte; car, depuis la fin du quatrième siècle, l'Égypte était, de toutes les contrées du monde, celle la plus riche en cloîtres et en établissements religieux. :

On pourrait croire qu'à cette époque remarquable la religion avait cessé d'être, et que la manie du dogme possédait seule la communauté chrétienne. Il n’en est rien; mais les historiens

du temps, qui ont tant à raconter, fondations et conversions grandioses, martyrs et visions,

luttes pour la foi soutenues par l'épée et par la parole, n’ont pas trouvé de place dans leurs

ou pour nous dépeindre la condition de l’ermite, du pénitent, qui se soumettait à toutes les

res pour décrire la vie intérieure de la maison chrétienne et de la famille chrétienne,

privations du corps, se laissait aller à toutes les exaltations spirituelles, poursuivait dans le calme et la sincérité de son âme le salut et la rédemption, et souvent avait, sans rien dire, abandonné son bien aux pauvres, pour s’en aller, loin du monde, gagner le paradis à force de prières et de mortifications.

L'orthodoxe Byzance fut plus fatale à Alexandrie chrétienne que ne l'avait été Rome païenne. Non seulement elle exigea des citoyens qu'ils donnassent leur sang et leur bien, elle chercha à déplacer le centre scientifique du monde et à dépouiller sa rivale de l'éclat littéraire qui avait été son plus beau titre de gloire. Sans parler des païens, c'était à Alexandrie qu'avaient vécu, au temps des Césars, les plus grands parmi les savants chrétiens : Clément, Origène, Athanase. La vie spirituelle et l'aspiration vers les hautes régions de la pensée s'éteignirent peu à peu. Aucun malheur ne fut épargné à la ville d'Alexandre. Les garnisons byzantines étaient trop faibles pour défendre l'Égypte contre les razzias des pillards du dé-

sert, et les gouverneurs trop occupés d'eux-mêmes et de leurs intérêts pour songer sérieuse-

Page 1