‹ L'ÉgypteChapitre 22 sur 186 · COUR D'UNE MAISON ÉGYPTIENNE, CONSTRUITE À L'ÉPOQUE DES CALIFES · texte numérisé non relu

COUR D'UNE MAISON ÉGYPTIENNE, CONSTRUITE À L'ÉPOQUE DES CALIFES

Quelques-uns seulement avaient su conserver leur patrimoine, entre autres un Juif de grand cœur, récemment converti au christianisme, Ourbib. Ce fut lui qui, avec une libéralité vrai ment princière, adoucit les souffrances de ses misérables concitoyens.

Byzance et les melkites hétérodoxes avaient infligé à la ville et au pays les coups les plus rudes qui les eussent frappés jusqu'alors. Faut-il s'étonner si, peu de temps après la

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jusqu'à ce qu'ils

mort du Prophète, lorsqu'une armée musulmane envahit la vallée du Nil, les Égyptiens dévoués à la doctrine monophysite firent cause commune avec les conquérants, et, suivant le conseil de leur évêque Benjamin, se soumirent au général du calife pour mettre fin à l’odieuse domination des Grecs.

Le gouverneur égyptien qui administrait pour le compte de César, Maukaukas, donna le mauvais exemple à ses coreligionnaires. Comme César lui reprochait, par lettre, d’avoir préféré payer tribut plutôt que de conduire contre les Arabes les cent mille Grecs qu’il commandait et de livrer bataille, « Par Dieu! s’écria-t-il, si peu nombreux qu'ils soient, ces Arabes sont « plus forts et plus puissants que nous avec toute notre multitude. Un homme d’entre eux € vaut autant que cent d'entre nous, car ils recherchent la mort qui leur est plus chère que « la vie. » Lorsqu'il conclut sa paix avec le général du calife, il s’engagea à lui payer

deux dinars par tête d'Égyptien, mais à condition qu'il ne traiterait jamais avec les Grecs,

nt tous réduits en esclavage et leur bien déclaré butin et de bonne prise; c'est, disait-il, le sort qu'ils méritent. Malgré cette défection, les Grecs résistèrent vaillamment. Il fallut longtemps guerroyer autour d'Alexandrie, dont l’enceinte était garnie de tours qui se protégeaient l’une l’autre. La ville ne tomba entre les mains des Arabes que le 1° Moharram de l’an 20 de l’'Hégire (10 décembre 641).

La population comptait encore six cent mille habitants, non compris soixante-dix mille

Juifs, qui s'étaient enfuis avant la fin du siège. Parmi les survivants se trouvaient quarante mille Israélites et deux cent mille Grecs. Ces nombres élevés sont surprenants. Non moins surprenant est le chiffre auquel atteignait la fortune de quelques Égyptiens riches du même temps. Un Copte, qu'on accusa d'avoir révélé aux Grecs les points faibles des positions musulmanes, possédait treize millions de dinars; un autre, nommé Pierre, douze millions.

Amr, général du calife, traita les vaincus avec douceur. On raconte souvent que, pendant six mois entiers, il fit chauffer les quatre mille bains publics de la ville avec les livres de la Bibliothèque, et que le calife Omar aurait dit : « Ou bien ils sont en contradiction avec le Coran, et alors ils sont dangereux; où bien ils sont d'accord avec le Coran, et alors ils sont inutiles. » C’est une tradition d'époque postérieure. Il y avait longtemps déjà que les grandes bibliothèques publiques avaient été dispersées, et les livres les plus précieux transportés à Constantinople, quand la ville fut enlevée par les Arabes.

Avant de se résigner complètement à la perte d'Alexandrie et de l'Égypte, le César Constantin envoya une dernière flotte à l'embouchure du Nil Les Grecs l’avaient, dit-on, appelée. Un des magistrats de leurs villes avait demandé à Amr à combien se monterait encore la rançon qu'il exigeait d'eux. Amr lui montra les murs d’une église : « Quand tu rerait des fondations jusqu'au toit,

« me donnerais une montagne de pièces d’or qui s'élè « je ne dirais pas que c’est assez. Vous êtes notre trésor : quand nous avons besoin de « beaucoup d'argent nous prenons beaucoup, et peu, quand nous avons besoin de peu. » La bataille s’engagea près de Nakious. La victoire fut chèrement achetée par les Arabes. Dès

que le succès fat consommé, Amr fit abattre les murs d'Alexandrie : il avait juré de la

rendre accessible de tous les côtés, comme la maison d’une fille. Désormais, l'Egypte entière appartint aux Arabes : une culture nouvelle enfonça ses ra-

cines dans le sol, grandit, et s’épanouit hardiment.

C'est vraiment merveille de voir avec quelle rapidité l'Islam sut en ce temps-là assimiler

à ses formes et à son esprit le pays conquis. Il y eut bien de nombreuses communautés coptes qui restèrent attachées à leur ancienne foi avec une obstination toute écyptienne

mille autres passèrent à la religion du Prophète. Les chapelles et les cloîtres tombèrent ; les minarets élancés, couronnés du croissant, dominèrent de haut les tours trapues des églises chrétiennes. Une vie nouvelle et pleine de sève ne tarda pas à se répandre dans les pays musulmans. L'art et la science, le commerce et l’industrie se développèrent puissamment. Même, les grands progrès accomplis en ce temps et par cette civilisation originale ne restèrent pas sans influence sur l’Europe; leur action se fait sentir aujourd’hui encore. L'Égypte

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