PLACE MOHAMMED-ALI
eut une fois de plus l’heureuse destinée de marcher à la tête des autres nations orientales dans les domaines les plus nobles de la vie; mais la ville d'Alexandre ne fut plus le point central où résidèrent sa puissance et son pouvoir.
Le Caire était sorti du camp qui entourait la tente (Fostàt) d'Amr, et Omar avait prononcé son verdict sur la turbulente colonie grecque, qui lui paraissait peu propre à devenir la résidence d'un maître de l'Égypte. C’est au Caire que les gouverneurs, nommés par les califes, au Caire que les califes eux-mêmes tinrent leur cour. Les caravanes, auxquelles désormais l'Orient et l'Occident étaient également ouverts, y firent leurs étapes. Alexandrie continua toujours à servir au commerce maritime de l’ouest et du nord; mais les
nouveaux marchés arabes et les ports de la Méditerranée, Venise et Gênes, rapidement accrus, lui enlevèrent la part de lion qu’elle s'était jusqu'alors taillée dans les bénéfices. Lorsqu'on eut doublé le cap de Bonne-Espérance, touvant ainsi une voie nouvelle pour aller aux Indes, et qu'on eut découvert l'Amérique, le nombre des navires qui pénétrèrent dans ses ports à moitié détruits se restreignit de plus en plus. Les beys tures et l'insolente noblesse mamelouke l'épuisèrent, après l'incorporation de l'Égypte à l'Empire ottoman, et la poussèrent à une ruine complète : elle n’était plus vraiment qu'un orphelin réduit à la misère, quand l'armée française y débarqua, quand Bonaparte remporta en vue des Pyramides la brillante victoire qui lui livra l'Égypte, et quand Nelson anéantit près d'Aboukir la flotte française.