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LE VIEUX PORT

On sait ce que fut la courte époque de la domination française, avec ses brillants commencements et sa fin malheureuse. Elle eut pour résultat, non seulement de diriger dans des voies nouvelles la destinée politique de l'Égypte, mais d'attirer l'attention de l'Europe savante sur la terre antique des Pharaons et sur ses monuments gigantesques. Ils avaient traversé les siècles, et voici qu'avec leur secours, il allait devenir possible d'étudier dans tous ses aspects, dans tous ses développements, dans toutes ses tendances, une des civilisations les plus remarquables et les plus vieilles de l'humanité, et de l'éveiller à une vie nouvelle, comme on ferait d’un homme enterré vivant.

Parmi les officiers subalternes envoyés par les Turcs contre les Français, se trouvait, en 1802, cet homme dont l'activité sans scrupule et les talents administratifs réussirent à

produire dans la vallée du Nil une transformation complète. Mohammed-Ali a inscrit son

AL MAHMOUDIYÈH.

ORDS DU CA

TE

nom parmi les plus illustres de notre siècle. Tout le monde connaît en lui le fondateur de la maison princière à laquelle appartient le vice-roi Toufik pacha, et le héros à qui le trône des sultans de Constantinople aurait échu, sans l'intervention des puissances européennes : peu savent ce qu'il fit pour le développement intérieur de l'Égypte. Le pays reçut de lui le goût de toutes les innovations, qui l'enrichissent comme une bénédiction dans le présent, et sur lesquelles reposent toutes ses espérances d'avenir : Alexandrie lui doit une renaissance complète. C’est à bon droit qu’elle lui a marqué sa gratitude, en appelant de son nom, et en ornant de sa statue équestre la plus belle place du quartier franc, si riche en rues splendides.

Mohammed Ali avait deviné qu'il ne pourrait mener à bonne fin les projets grandioses qui agitaient son génie infatigable, sans se servir de la civilisation de l'Occident et des moyens d'action qu'elle avait découverts. Il appela donc à lui des ingénieurs et des architectes européens, dès qu'il s'agit de creuser, d'élargir et de fortifier le vieux port, nouvellement ouvert aux vaisseaux de toutes les nations. Aidé par d'excellents spécialistes français, il avait déjà donné des soins particuliers à l'irrigation du pays qu'il gouvernait : il ne tarda pas à reconnaître que, pour se développer sûrement, Alexandrie demandait, avant tout, un approvisionnement régulier d'eau potable et un canal qui l’unît au Nil.

Maître suprême et irresponsable de la population entière, il appela les paysans à la corvée de toutes les parties de l'Égypte, et creusa un canal navigable qui, décrivant une large courbe, contournait le lac d'Edkou, et s’embranchait à

Foum el Mahmoudiyéh sur le bras de Rosette.

UE ou Deux cent cinquante mille fellahs concoururent à l'exécution de cette entreprise. On ne peut s'empêcher de plaindre ces malheureux qui, mal entretenus et contraints à travailler au delà de leurs forces, périrent par milliers; on ne peut s'empêcher non plus d'admirer leur œuvre, et de reconnaître qu’elle atteignit complètement son but. Les produits de l'Égypte arrivent de nouveau dans le port d'Alexandrie, le sol durci de la ville est arrosé aisément, et ses habitants ont en abondance la plus importante des choses nécessaires à la vie, l’eau.

Quand on se promène le long du canal, on s'imaginerait difficilement que cinquante ans à peine se sont écoulés depuis que le premier coup de pioche a été donné. A l'endroit où les bateaux égyptiens étroitement serrés l’un contre l’autre viennent aborder, la berge est et dans le voisinage immédiat de la ville, dans la partie où,

couverte de beaux palmie parmi les bâtiments à fond plat de la province, les dahabièhs aux formes élégantes, appro-

priées aux voyages de plaisir des riches ont jeté l'ancre, ainsi que les barques lourdement

| chargées et les petites chaloupes à vapeur, de superbes palais s'élèvent, des rangées de villas | s’allongent, pour la plupart entourées de jardins où verdoient et fleurissent des plantes de

| tous les climats.

Jamais la richesse que ce canal a rendue à la ville appauvrie n'apparaît plus éclatante

| qu'aux heures de l'après-midi, quand, sortant de la porte de Rosctte, on va dans la direction

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