‹ L'ÉgypteChapitre 25 sur 186 · SAÏS OU COUREUR · texte numérisé non relu

SAÏS OU COUREUR

de ses rives. Le vendredi et le dimanche surtout, jours de repos pour les Arabes et les

chrétiens, sur la route, arrosée par des ouvriers noirs et cependant poudreuse, roule un flot pressé de piétons avides de récréations, de cavaliers et de voitures. Ces jours-là et à ces heures , les cochers basanés tirent de leurs belles voitures bien équipées double et triple bénéfice;

les sais aux pieds nus, parés de leurs plus riches vêtements, précèdent en courant les carrosses des millionnaires, sans se fatiguer, quand même les chevaux fougueux les poursuivent à toute bride. Dans les voitures, hommes et femmes, et la plupart des piétons sont vêtus à

l'européenne; mais le tarbouche arabe, plus connu sous le nom de fez, et qui consiste en une

calotte rouge ornée d'un gland de soie noire, fait concurrence au chapeau de feutre. Ceux qui le portent restent toujours couverts et, au lieu de se découvrir pour saluer, adressent un geste de la main à leurs connaissances.

La soie bruisse, l’or brille, les plumes flottent orgueilleusement dans les endroits où les belles Alexandrines se montrent en public. Il n'en manque point parmi elles dont les maris peuvent, sans se gêner, commander des toilettes à Paris, des carrosses à Vienne ou à Milan, et louer une loge aux représentations d'Opéra italien du théâtre Zizinia. Les grosses fortunes datent surtout de la guerre d'Amérique; mais aujourd'hui encore le commerce maritime

enrichit les négociants hardis de toutes les nations, et, dans les dernières années, à attiré trois mille vaisseaux à Alexandrie. L’exportation d’une denrée relativement nouvelle, le coton, est particulièrement productive, et les opérations des banques alexandrines sont bien autrement importantes que celles des maisons de la capitale. Le pauvre orphelin est redevenu riche, et son bien-être découle en grande partie des mêmes sources qui remplissaient le trésor de ses ancêtres. Dans ce marché, désert au temps de Norden, on trouve maintenant tout ce qui orne la table d’un riche européen ou d’un riche oriental.

Les fruitiers et les verduriers sont Égyptiens pour la plupart; mais parmi les acheteurs, on rencontre des Européens de toute condition, et parmi

D AE PES eux plus d’une élégante ménagère au

teint blanc, que son domestique nègre

suit comme une ombre noire. po

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