‹ L'ÉgypteChapitre 26 sur 186 · UE NOIR · texte numérisé non relu

UE NOIR

A l'exception d'Abbas pacha, dont DAME D'ALEXANDRIE AVEC SON DOME:

l'esprit était hostile aux étrangers, tous

les successeurs de Mohammed Ali suivirent l'exemple du fondateur de la maison. Ils utilisèrent, dans l'intérêt d'Alexandrie, les résultats de la civilisation européenne, et mirent leurs soins à développer tout ce qui pouvait lui rendre les communications faciles avec l'Europe et le reste de l'Égypte.

Le canal Mahmoudiyèh s'envasait : Saïd pacha, prédécesseur d'Ismaïl, le fit curer, approfondir, et y maintint l’eau toujours courante au moyen de travaux grandioses. Il termina le chemin de fer d'Alexandrie au Caire, et commença l’exécution de ce réseau de voies ferrées dont les mailles, se resserrant toujours, couvrent le Delta, rattachent le grand port de la Méditerranée au port de Suez, et relient les villes les plus importantes du Delta les unes aux autres.

Saïd pacha résidait de préférence dans Alexandrie : d'abord amiral de la flotte égyptienne, il avait contracté pour cette ville un goût tout particulier. Retiré dans son château et ses

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jardins de Gabari, aujourd’hui tombés en ruines, à l'extrémité occidentale de la ville, sur l'emplacement de l'antique Nécropole, à l'endroit même où maintenant on fait courir des chevaux à l’européenne, cet original dépensier, mais non sans talents, surveillait les exercices de ses troupes. On voit encore les traces du plancher en fer qu'il fit construire pour pouvoir surveiller, sans être incommodé par la poussière, la parade des soldats, et par parenthèse, les

malheureux, forcés à marcher avec leurs bottes vernies d'ordonnance sur cette surface de métal chauffée par le soleil, devaient souffrir terriblement. Il relia Alexandrie et le palais d'été qu'il avait à Marioût par un chemin de fer destiné à transporter tous les objets nécessaires aux troupes qui campaient sous ses yeux en cet endroit : ce railway, long de cinq milles, passait à travers un désert et n'avait point d'autre utilité. Ces folies, et bien d’autres semblables, n'empêchaient pas ce capricieux et ce prodigue, que son précepteur Kœnig bey avait mis au courant de tout ce que la civilisation et la culture européennes ont produit de remarquable et d’élevé, d’être access

ble aux grandes idées. L'histoire n’oubliera pas qu'il accueillit avec faveur les plans de M. de Lesseps, quand celui-ci lui proposa de percer l’isthme de Suez et de mettre la mer Rouge en communication avec la Méditerranée, et qu'il assura au génie et à la persévérance de notre compatriote les moyens de réaliser son idée. Il ne lui fut pas donné de vivre jusqu'à l’accomplissement de cette entreprise, qui devait avoir sur le développement du commerce d'Alexandrie l'effet le plus considérable. En janvier 1863, il mourut au milieu d’atroces souffrances, et ses restes mortels allèrent reposer dans une des petites mosquées d'Alexandrie. Seulement, quelques fidèles visitent encore le mausolée isolé de cet illustre mort. Ses parents les plus proches, selon la malheureuse loi de succession qui prévalait alors et qu'on à rejetée, n'avaient aucun droit à la dignité vice-royale. Il eut pour succe

ur le petit-fils de Mohammed Ali, Ismaïl, fils d'Ismaïl pacha, le glorieux vainqueur de Nézib.

Ismaïl, depuis 1867, khédive ou vice-roi d'Égypte, n’a pas moins fait pour Alexandrie que ses prédécesseurs. Comme chacun sait, c'est lui qui à terminé le percement de l'isthme de Suez. Les fêtes brillantes célébrées à l’occasion de l'ouverture du canal, attirèrent l’attention de l'univers sur l’accomplissement d’une entreprise qui est un bien, non pas pour un seul peuple, mais pour toutes les nations commerçantes de la terre. Dès que les premiers bâtiments eurent franchi le canal, de nouvelles compagnies de transports maritimes naquirent : aujourd'hui, des lignes de bateaux à vapeur autrichiens et italiens, anglais et français, russes et

turcs, entretiennent avec Alexandrie un commerce régulier. Le chiffre de navires qui entrent dans le vieil Eunostos s'élève d'année en année : et les travaux entrepris dans ces derniers temps feront de l'antique havre hellénique un des premiers ports, non seulement de la Méditerranée, mais du monde entier.

Au sud-ouest de la ville, près du Meks, s'étendent les chantiers dans lesquels des entrepreneurs fabriquent en quantité incalculable des blocs de pierre artificielle, tandis que les ouvriers extraient la pierre naturelle des carrières creusées dans les rochers de la falaise. Le brise-lames, qui aboutit en face de la pointe ouest de l’île de Pharos, et se dirige à angle obtus vers le Meks, sur une longueur de trois kilomètres et plus, est une construction dont la grandeur n’est dépassée que par un petit nombre d'œuvres du temps des Pharaons : plusieurs millions de quintaux de pierre naturelle et artificielle y ont été engloutis. Un second môle, long d'environ un kilomètre, relié à l’ancienne gare, et une ligne de quais, nouvellement bâtis à l’ouest de l’an-

cien Heptastade, donnent au port une extension et une sécurité telles qu'il n'en eut jamais peut-être, même sous les Ptolémées.

On a souvent parlé en Europe des sommes immenses que le gouvernement égyptien a dépensées dans les dix dernières années avec l'insouciance et l'ostentation orientales; on à rarement songé aux millions et aux millions qu'ont exigé ces grandes entreprises. De même que les plantations de chênes, elles ne profiteront entièrement qu'aux générations futures;

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