‹ L'ÉgypteChapitre 28 sur 186 · UN JEUNE DESCENDANT DU PROPHÈTE · texte numérisé non relu

UN JEUNE DESCENDANT DU PROPHÈTE

Écvrre, JL 14

de l'œuvre, et il en a parlé avec un juste orgueil. « L'élégance de ce petit édifice et la si-

€ tuation qu'il occupe près de la rive où le vieux port arrondit pour ainsi dire et gonfle

€ son sein, en vue de la mer bleue qui s'ouvre largement devant lui, produisent une impres- 10 à MS 4e air > d’un visiteur », "ET » e 1 1

€ sion charmante et salutaire. Plus d’un visiteur étranger, et naguère encore le prince impé-

SARRAF OU CHANGEUR.

« rial d'Allemagne, lors de la visite qu'il fit en 1869, a ressenti cette impression et l’a exprimée « en paroles vivantes. »

On le voit, les peuples de toute foi ont trouvé une patrie dans Alexandrie; ils sy coudoient et s'y meuvent en liberté, dans le domaine de la vie matérielle comme dans le domaine de la vie religieuse, et la vie matérielle a malheureusement détourné à son profit la meilleure part des énergies de la colonie européenne et de la population indigène. Vivre pour une idée, lutter pour conquérir les biens de l'esprit, cultiver l’art et la science qui ennoblissaient l'antique Alexandrie, ce sont là des sentiments qui n'ont point présidé à la

renaissance de la cité cosmopolite, et pourtant ce qui se passe dans la ville nouvelle nous charme en maint endroit et reproduit, comme en un miroir, certains traits de la ville ancienne. De même qu'autrefois elle sut rester grecque au milieu des barbares, de même aujourd'hui elle n’a pris que fort peu ce cachet musulman qui frappe les yeux partout ailleurs dans la vallée du Nil. De nos jours, comme il y a deux mille ans, l’immigration d'Européens aventureux, surtout de Grecs et d'Italiens, a transformé une localité égyptienne insignifiante en une cité cosmopolite, où l'élément national est dépassé de beaucoup par les éléments étrangers. Aujourd'hui, comme alors, on peut dire que la population d'Alexandrie est un alliage hardi, frappé au coin des nations méridionales de

l'Europe. Le mot d'Hadrien à Servien, « ils

CIMETIÈRE ARABE. ne connaissent tous qu'un seul dieu (Mam

mon), » ne peut que trop bien s'appliquer à le

majorité des commerçants établis ici; car ils cherchent à ramasser rapidement par un heureux coup de spéculation hasardeuse, ces grosses fortunes, but de leurs efforts, beaucoup plus souvent qu'à s'enrichir par un travail calme et patient.

Certes, il ne manque pas d'hommes hautement recommandables parmi ces commerçants, Anglais et Français, Allemands et Suisses, Hellènes et

Levantins; mais si l’on s’aventure dans les boug

de la colonie grecque et dans ses nombreuses maisons de jeux, on rencontrera, dans ces enfers, une lie de population, corrompue, pourrie, effrénée, telle qu’on en trouverait à peine de semblable dans quelques grandes villes.

La communauté juive joue un grand rôle dans la nouvelle Alexandrie, comme jadis dans l’ancienne. Elle compte parmi ses membres des hom-

mes extraordinairement riches, et une grande par-

tie des affaires passe par ses mains. Il suffit pour

s'en convaincre de lire le nom des principales maisons de commerce, et de jeter un regard sur PEUR Le les différents changeurs (sarr@f) qui, accroupis au coin des rues, derrière leurs tables, offrent leurs services à tous venants.

Pour apprendre à connaître la vie de l'Orient, il ne faut donc pas compter sur cette métropole du commerce international; on n'a qu'à boucler vite sa valise, et s’en aller au sud, dans la direction de la belle ville des califes. L’Arabe est relégué dans les quartiers les plus éloignés et les plus pauvres d'Alexandrie, et les cimetières dans lesquels reposent ses morts sont presque plus nombreux que les quartiers qu'il habite. Les Turcs eux aussi

L’ALEXANDRIE MODERNE. b]

cr

ne comptent pas pour grand'chose. Beaucoup d’entre eux habitent l’île de Pharos. Leurs maisons, d'apparence modeste, mais souvent fort hospitalières, sont dominées par le majestueux palais du khédive, construit sur le cap des Figuiers (Râs-et-Tin) par Mohammed- Ali, et restauré par Ismaïl pacha. C’est une imitation du sérail de Constantinople, mais cet édifice, baigné par la mer, n’a point de style et rappellerait à peine l'Orient, si, près de lui, ne s'élevait le harem avec ses jardins. L’Européen curieux ne peut guère espérer surprendre le regard d’un bel œil à moitié caché par le voile et le treillis des fenêtres; mais il rencontrera peut-être un de ces eunuques qu'on emploie à garder les femmes dans toutes les riches

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