VEUVE AU TOMBEAU DE SON MARI
d'elles se fond dans l'autre et cependant. Qu'est-ce? voici des voiles gonflées au vent, voici la nappe éclatante d’un large fleuve! C’est le N77! Non pas le Nil entier, sans partage, mais un des deux bras principaux qui conduisent aujourd'hui ses eaux à la mer.
Le train s'engage avec un bruit de tonnerre sur un pont de fer; « Kafr-ez-Zaiyät » est là, contre les bâtiments blanchis de la station, et nous quittons notre voiture. La fête de Tantah, à laquelle nous comptons assister, commence vendredi prochain, et, ne fût-ce que pour rêver au passé glorieux sur l'emplacement des cités jadis célèbres, il vaut vraiment la peine de voir de près le grenier du vieux monde, ce Delta où s’approvisionnaient les flottes dans l’arrivée desquelles un retard pouvait affamer Rome et Byzance.
On a vite fait de louer un bateau; vent et courant nous emmènent rapidement sur la branche de Rosette, bien avant dans l’intérieur du Delta propre, dont le sol est vraiment un don du Nil,
comme l’a dit avec raison le père de l’histoire. Pendant une longue succession de milliers d'années, l’homme a su profiter de ce présent, mais de facon variable et en proportion des besoins de chaque époque. Il y eut un temps où les filets d’eau qui coulent ici se frayaient un cours à travers des marais, des barrages de plantes aquatiques, des fouillis de branches et des lacis de fleurs. Des îlots et des langues de terre s’élevaient seuls au-dessus de l’eau, une végéta-
tion violente et désordonnée, que nous trouvons représentée dans les tombeaux les plus anciens,
formait mille fourrés, mille taillis, sous lesquels, comme à l'abri de remparts et de murs, des hippopotames, des crocodiles, des reptiles et des animaux de toute sorte vivaient protégés contre toute attaque.
Au sud, des peuples venus jusque sur les bords du Nil à travers l'Arabie et le détroit de
Bal-el-Mandeb, au nord, les colons sémitiques prirent possession du pays. Les forêts furent