FATMÉ
Écypre, I.
ur à vu devant les portes de Tantah la
place où s’assemblent les myriades de
pèlerins, peut-il ne pas songer aux campements des Juifs lors de leur Exode? Les plus belles figures de la Bible se levèrent devant nous en chair et en os, et devinrent pour ainsi dire saisissables, lorsque nous vîmes des hommes à la longue barbe, aux traits accentués et aux yeux d'un noir étin-
celant, parés du turban, vêtus de la
robe en forme de chemise des peuples orientaux, les pieds nus, mais non sans dignité ni sans distinction dans les mouvements d’un corps que rien n’entrave, errer pensifs, ici, prendre soin du bétail; là, se quereller en paroles précipitées et en ripostes rapides; plus loin, aider des femmes voilées à désaltérer leurs chameaux.
Nous nous trouvons à la frontière du pays de Gosen; les images bibliques revivent en nous et nous invitent à visiter ces lieux que nous avons appris à vénérer dès l'enfance, et que Pharaon concéda à son ministre Joseph pour les siens et leurs troupeaux."
Nous voici de nouveau à même de prendre le chemin de fer. Nous changeons de wagon une première fois à Benha/’l- Assal, une seconde fois à Zagazig. Nous sommes déjà sur le territoire du vrai Gosen, c’est-à-dire de la province orientale du Delta. Autant qu'on peut en déterminer les limites,
il affectait la forme d’une trompe de chasse dont le pavillon ouvert à l'Orient venait aboutir à la grande voie d’eau qui sépare l'Afrique de l'Asie. Le canal d’eau douce, qui existait déjà au temps du séjour d'Israël en Égypte, et qui a été récemment rétabli par M. de Lesseps, baignait la frontière sud; au nord, le lac Menzalèh; à l’ouest, l’ancienne branche tanitique, réduite aujourd'hui à n'être plus qu'un canal étroit.
Quelque grands changements qu'aient opérés les siècles dans Gosen, ils n’ont pu effacer les traits qui en caractérisaient le paysage.
Partout où atteint l'inondation du Nil, de même que le long des rives du canal d’eau douce, la terre fécondée récompense le travail du paysan par de riches moissons;
dans les parties hautes, bien loin
ne nn vers l'Orient, s'étendent de vastes
plateaux arides sur lesquels poussent
quelques plantes du désert et où les bergers campent avec leurs troupeaux. C’est au nord, dans le canton du lac Menzalèh, que la nature du pays paraît avoir subi le changement le plus complet. A l'endroit où, jadis, les pasteurs sémites faisaient paître dans de gras marais leurs innombrables troupeaux de bœufs, une eau saumâtre, amère, roule ses vagues; où, jadis, des citadins paisibles accumulaient des richesses dans mainte ville florissante et industrieuse, de pauvres pêcheurs sèchent maintenant leurs filets, devant des huttes misérables.
Nous invitons nos lecteurs à nous suivre, à travers les champs labourés et les solitudes, jusqu'au lac du pays de Gosen.
C'est de l’ancienne Bubastis, aujourd’hui Zagazig, que nous partons pour notre excursion. Elle sert de centre au commerce du coton de la province orientale, et les principaux employés du gouvernement y résident : il y a beaucoup à voir dans la gare de cette ville florissante. Les salles d'attente sont d’une propreté aussi occidentale que les bureaux des négociants européens dans
la ville même, et plus d'un voyageur à négligé de faire ici
un excellent déjeuner, pour se donner le plaisir de contempler les étranges compagnons de route qui se rencontrent dans cette gare. Ce sont surtout les pélerins de la Mecque, venus de toutes les parties de l'Orient, qui, pendant les semaines
qui précèdent le mois du pèlerinage, attirent, aux balus-
trades et sur les perrons, le regard de l'étranger. Chaque mu- FEMME DE TUNIS.
sulman doit, une fois au moins dans la vie, aller aux lieux
saints, devoir que les chemins de fer et les bateaux à vapeur ont rendu plus aisé de notre temps. Les musulmans affluent ici des trois parties du monde. Les Kabyles élancés de l'Algérie et les Maures de Tunis, avec leurs burnous blancs, présentent l'aspect le plus majestueux. Ce sont les Tartares qui tiennent le plus à leur comfort: ils portent avec eux leur samovar russe et ne peuvent pas, même au milieu des sables arides du désert et sous le