‹ L'ÉgypteChapitre 64 sur 186 · MEMPHIS · texte numérisé non relu

MEMPHIS

déjà, le train approche de la ville des califes. Déjà, avant que nous atteignions la station de Kalyoub, les pyramides se lèvent sur l’ho-

rizon lointain. Elles sont vraiment la marque

distinctive du Caire; c’est à elles que s’atta-

che la plus ancienne histoire de la métropole aujourd'hui disparue de la terre, et dont le De de te on de

Caire doit être considéré comme le sueces

eur. Avant de pénétrer dans la capitale moderne, reportons-nous jusqu'à l’antique Memphis, et jusqu'aux monuments vénérables qui s'élèvent sur le sol de sa nécropole.

Mille fois déjà on à appelé le Caire la cité des pyramides. Ce n'est pas sans raison : de chaque point élevé de la ville on aperçoit les formes simples de ces remarquables constructions. Toutefois, il n’y à que des rapports extérieurs entre la capitale animée qui s'étend sur la rive droite du Nil et les corps de pierre impérissables qui lui font face. Depuis sa fondation, le Caire a vue sur les pyramides; mais les plus an-

ciennes pyramides avaient déjà quatre mille ans de durée derrière elles, avant qu'on eût posé la première pierre de la première maison du Caire.

La capitale, avec son orgueilleuse citadelle, là-bas, au loin, est une parvenue qui est arrivée rapidement à une grande fortune par la chute d’un prédécesseur vénérable. Memphis tomba, et de ses ruines le Caire s'agrandit. Il faut prendre cette phrase au pied de la lettre. À mesure que la nouvelle ville, fondée par Amr de l’autre côté du fleuve, devint plus importante, les habitants de l'ancienne résidence des Pharaons y émigrèrent, emmenèrent avec eux les vieux édifices memphites, transportèrent au delà du Nil les blocs bien taillés et les poutres en pierre, et les employèrent, soit à fonder des maisons nouvelles, soit à bâtir de puissantes murailles en maçonnerie. Les monuments de marbre et d'albâtre furent brisés et calcinés dans les fours à chaux. Mainte colonne des plus anciennes mosquées sort des temples memphites. La vieille ville devint une carrière de blocs tout préparés, qu’on ne ménagea point. On s’en servit même avec tant d'imprévoyance, qu'aujourd'hui il ne reste rien de la ville la plus antique et la plus considétable de l'Égypte, rien, si ce n'est quelques tas de décombres et quelques débris plus ou moins endommagés de monuments.

Les rues, les places, les palais, les temples, les écoles, les fortifications dans lesquelles les Memphites ont vécu par centaines de mille, remué, travaillé, prié, souffert, joui, trafiqué, pensé, profité des plaisirs de la paix et livré des batailles sanglantes, tout à complètement disparu. Memphis, ville des vivants, n’est plus; mais la ville des morts, la nécropole de Memphis, comme si elle participait à l'indestructibilité de ses habitants endormis en Osiris, s’est conservée d’une manière admirable. Ici, comme ailleurs, c’est l'endroit où on peut le mieux se rappeler ce trait par lequel les Grecs cherchaient à caractériser le genre d'esprit des Égyptiens : € Leurs maisons sont des auberges, et leurs tombes des maisons éternelles; l’existence « terrestre est pour eux un court voyage, et la mort la vraie vie. » En fait, leurs cimetières ont survécu à leurs villes, et leurs tombes ont prolongé leur vie jusqu’à nous.

Il n’y a point de centre de civilise

ion humaine plus vénérable que celui que nous allons visiter, point de monuments plus anciens que ceux qu'on a découverts ici. Celui qui va tout droit aux pyramides, se rend par la même occasion à la nécropole. Nous suivrons notre chemin à nous, et nous apprendrons à connaître la ville des vivants avant de pénétrer dans celle des morts. Comme rien ne nous gêne, ni question de temps ni raison de convenance, nous préférons nous confier à un bateau du Nil plutôt qu'au train qui traverse le territoire de Memphis, et nous abordons à Bédréshêin, gros bourg habité par les Fellahs. Les bois de palmiers qui l'entourent, sont parmi les plus beaux de l'Égypte. Comment pourraient-ils ne pas prospérer ? Ils enfoncent leurs racines dans le sol sur lequel à vécu, pendant plus de quatre mille ans, une des villes les plus populeuses du monde!

C'est un vrai plaisir de galoper sur la digue qui traverse cette plaine : il n’y a jamais excès

de soleil ou excès d’ombre sous la couronne des palmiers, et la succession incessante des effets de

lumière nous préserve du sentiment de la monotonie. Et pourtant tous les arbres de ces bois, pris isolément avec leurs troncs en forme de colonnes et leurs têtes empanachées, se ressemblent terriblement! Le modèle en est beau, mais on dirait qu'il est unique, et ils sont bien loin de présenter les différences individuelles de nos chênes et de nos hêtres.

Sur le petit port de Bédréshêin sont entassés de gros paquets de côtes arrachées à la couronne des palmiers et dépouillées de leurs plumets : c'est vraiment un spectacle étrange de voir les Fellahs grimper le long des troncs unis, et s'attacher solidement à la tête des arbres

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